DENNER « E Gloar Ar Baradoz »

Denner by Philippe Trocherie
C’est sans doute bien plus qu’une simple coïncidence si la pochette de cet album de Denner ressemble à s’y méprendre à celle de « Sons And fascination » le LP de Simple Minds de 1981 que j’ai sans doute dû chroniquer à l’époque dans BEST. Normal, ce 5éme épisode (tout de même !) de la formation de Gilles le Guen revendique ouvertement son anachronisme via sa passion des groupes New Wave nés à l’aube des 80’s en général et de Marquis de Sade en particulier. D’ailleurs, gage de qualité, on retrouve dans ce trio post-atomique Pierre Corneau le preux bassiste de Marc Seberg, les Nus ou encore Kas Product. Il n’est donc guère surprenant que ce « Drifting Canticles » vibre de ces basses sourdes portées par une puissante vague de synthés pour nous expédier en plein trip Joy Division dans le son et même dans la manière de chanter ; on songe aussi à Eyeless In Gaza, Bauhaus, Depeche Mode et bien entendu à Simple Minds … décidément !
Elles doivent se compter sur les doigts d’une main les formations hexagonales qui s’abreuvent aussi intensément aux sources de la New Wave. J’avais justement craqué sur Waiting For Words voici quelques années ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Waiting+For+Words ). Sur ce terrain synthétique là il faut aussi compter avec Denner, le groupe de Gilles le Guen au line up boosté par la présence de Pierre Corneau et d’Antony Provost aux synthés. Et tout démarre avec le bien nommé « She Radiates Darkness », un hit porté par son intro total Depeche Mode ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Depeche+Mode ), tout comme ce qui suit dans la chanson, un tourbillon sonique propulsé par un synthétiseur vecteur à la « Never Let Me Down » prêt à atteindre sa cible… nonobstant une face cachée Marquis de Sade ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Marquis+de+Sade ), preuve que Denner assume assurément ses racines Françaises. Puis « Ultima Thulé » au sombre courant à la Killing Joke pour le son et des vocaux en Français originaux quelque part entre Jad Wio et Marquis de Sade forme un arc électrique d’une saisissante intensité. Bien joué ! Mais c’est incontestablement « Inner Voices » qui est le titre le plus émotionnel du CD, puisqu’on y retrouve la voix venue d’ailleurs de Philippe Pascal ( Voir sur Gonzomusic PHILIPPE PASCAL AU PARADIZE ) et cela donne forcément la chair de poule et surtout pour tous ceux qui l’ont connu. Sa voix identifiable entre tous irradie littéralement cet « Inner Voices », qui n’aura jamais aussi bien porté son titre. En effet, habitées par des synthés d’une rare élégance crépusculaire les « voix intérieures » chantées par l’ex-MDS ont des échos de New Order ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=New+Order ), des Psychedelic Furs ( Voir sur Gonzomusic THE PSYCHEDELIC FURS : « Midnight To Midnight » et aussi THE PSYCHEDELIC FURS “Made of Rain” ) et bien entendu des débuts de Human League ( Voir sur Gonzomusic HUMAN LEAGUE : « Crash » et aussi HUMAN LEAGUE AND HEAVEN 17 SHEFFIELD GOLD Part 1 ) et de Simple Minds ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Simple+Minds ).

Denner by Philippe Trocherie
« Speak To Me » n’est certes pas la reprise du Floyd, mais un titre porté par la légèreté d’un piano et toute l’ivresse des violons. On songe à Durutti Column, à Orchestral Manœuvres in the Dark ( Voir sur Gonzomusic ORCHESTRAL MANŒUVRES IN THE DARK : AU CREPUSCULE DE LA NEW WAVE , ORCHESTRAL MANŒUVRES IN THE DARK À LA CIGALE et aussi ORCHESTRAL MANŒUVRES IN THE DARK « Bauhaus Staircase »), on se laisse envahir par toute cette mélancolie, mais elle constitue avant tout une des plus belles réussites du projet. Quant à la suivante « I Will Remain In Light”, là aussi on n’est pas chez les Talking Heads ( Voir sur Gonzomusic TALKING HEADS: DES TÊTES ME PARLENT et aussi TALKING HEADS « Sp eak in gi n to ngu es » ) mais carrément bien plus chez les Depeche Mode lorsque « Shades and parasols » évoque également à nouveau certains écossais de Glasgow déjà cités. L’originalité du titre bilingue est assez évocateur de ce mix de culture New Wave franco-britannique prôné par Denner. « Turbulence » sonne irrésistiblement New Order « Bizarre Love Triangle » puissant intense dans ses sombres… turbulences, lorsque « Heart and Soul » aux synthés sous hypnose nous mène en plein trip Depeche Mode. Enfin, « In Limbo » pour le coup projette l’ombre tutélaire de Marquis de Sade et un chant grandiloquent et fantasque aux accents incroyablement pascaliens. Deux titres bonus parachèvent ce retour vers le futur de la Nouvelle Vague, soit « Refuelled » au petit grain de folie rock, en belle grandiloquence gorgée d’harmonies bien Curesques à la « Let’s Go to Bed », où la basse de Pierre fait des miracles cardiaques, en lui prêtant vie, pour encore un titre remarquable. Et « 1982 », en ode à la nostalgie des jeunes gens modernes… sous l’ombre tutélaire de l’emblématique « Rectangle » de Denis/ Jacno et aussi semble-t-il un petit côté Chromatics , ce groupe US fétiche de David Lynch qui partage manifestement les mêmes références 80’s que Denner. Comme son titre l’indique « E Gloar Ar Baradoz » traduit en français c’est « aller vers la gloire » une citation du Cantique du Paradis que l’on chante aux enterrements dans les églises bretonnes, tout un symbole donc !
