CHANIA ROCK FESTIVAL 2026
Tous les crétois sont bien loin d’être des crétins, pour tous ceux qui auraient pu être tentés d’en douter, la preuve par le Chania Rock Festival 2026 lorsque le metal fait vibrer à fond les pierres ancestrales ! En effet, cette 24ème édition se tenait comme à l’accoutumée dans le cadre grandiose du East Moat Theatre, un amphithéâtre en plein air. C’est ainsi que tels des gladiateurs dans l’arène se sont succédés les Grecs de Veil of Omega et d’Ars Notoria, puis les Espagnols d’ETJM, avant les têtes d’affiches, soit les yankees tonitruants de Crimson Glory suivis des italiens über-gothiques en diable de Lacuna Coil. Alors, JCM en Empereur Romain peut enfin lever son imperial pouce… pas de morituri te salutant ce soir… bien au contraire !
Par Jean Christophe MARY
Ce dimanche 2 août restera comme l’un des grands moments de cette édition 2026. Une journée intense, chaleureuse, profondément humaine, portée par une organisation irréprochable et deux prestations majeures : la venue d’une légende américaine, Crimson Glory, et l’entrée en scène des Italiens de Lacuna Coil, qui ont littéralement envoûté le public crétois. Le soleil disparaît lentement derrière les remparts vénitiens. La chaleur de la journée retombe enfin, une légère brise venue de la mer traverse les anciennes douves de la vieille ville. Dans quelques minutes, les déflagrations des premiers accords de guitare vont faire trembler ces vieilles pierres sous un ciel devenu orangé. Mais avant tout, petits rappels des faits. Lorsque Nikos Athineos lance le Chania Rock Festival en 2002, beaucoup pensent que le défi est un peu fou. Faire venir en Crète des groupes internationaux de rock et de metal paraît irréaliste. À l’époque, les grandes tournées passent exclusivement par Athènes ou Thessalonique.
Et un quart de siècle après, le pari est largement réussi. Le Chania Rock Festival est même devenu une véritable institution en Grèce. Plus de 150 groupes y ont défilé. Des légendes comme W.A.S.P., Blind Guardian, Kreator, Paradise Lost, Soulfly, Sabaton, Moonspell, Exodus, The Sisters of Mercy, Anathema, Therapy? ou Geoff Tate ont foulé sa scène. Sans oublier les piliers de la scène hellénique : Rotting Christ, Septicflesh, Planet of Zeus, Villagers of Ioannina City, Nightstalker, Naxatras ou encore l’excellente prestation des 1000mods en 2022.
En 2026, le Chania Rock Festival demeure le grand rendez-vous rock et metal de Crète. Un festival respecté qui ne cherche pas à grossir à tout prix mais à préserver son identité.Cette réussite, Nikos Athineos ne l’a pas construite seul. À ses côtés, Yannis Anastasakis, guitariste, compositeur, est devenu l’autre visage du festival. On se souvient d’un entretien en 2022 où il nous racontait avec passion les débuts de l’aventure : chercher des sponsors, convaincre les tourneurs, monter les scènes, accueillir les groupes, résoudre les problèmes de dernière minute… « Ici, tout se fait presque en famille. Nous n’avons jamais voulu devenir un énorme festival », expliquai-t-il. « Nous voulions un lieu où les artistes restent accessibles et où les festivaliers profitent aussi de la ville. » Cette philosophie n’a jamais changé. Peu de festivals européens peuvent offrir un tel cadre. Le Chania Rock Festival se déroule au East Moat Theatre, un amphithéâtre en plein air aménagé dans les anciennes douves des fortifications vénitiennes du XVIᵉ siècle. Derrière les hautes murailles de pierre, la Méditerranée n’est qu’à quelques dizaines de mètres. Le vieux port se rejoint en cinq minutes à pied. Les terrasses des tavernes débordent encore de touristes lorsque les premiers festivaliers franchissent les portes. On imagine difficilement qu’à cet endroit se trouvait autrefois un vaste parking. Aujourd’hui, les anciennes douves accueillent près de deux mille spectateurs dans un amphithéâtre parfaitement intégré au paysage historique. À mesure que la lumière décline, les remparts prennent une couleur dorée quand les premiers accords de guitares saturées résonnent contre les vieilles pierres. L’image est saisissante. On comprend pourquoi tant de groupes parlent du Chania Rock Festival avec tant d’affection.
À 17 h 30, les Grecs de Veil of Omega ouvrent les hostilités avec un metal lourd et énergique. Ars Notoria leur succède dans un registre plus traditionnel, entre Iron Maiden et Helloween. Puis viennent les Espagnols d’ETJM, efficaces, mélodiques, parfaits pour faire monter progressivement la température. Le public arrive par vagues successives. Certains s’installent tranquillement dans les gradins, d’autres discutent encore autour d’une bière. Peu à peu, l’amphithéâtre se remplit. Tout est prêt pour les deux grands rendez-vous de la soirée.
20 h 20. Les lumières s’éteignent. L’apparition de Crimson Glory provoque immédiatement une salve d’applaudissements. Fondé en Floride en 1979, le groupe fait partie des formations culte du heavy metal américain. Rare sur les scènes européennes, il se produit pour la première fois à Chania, offrant aux passionnés une occasion presque inespérée. Dès les premières minutes, la puissance vocale du chanteur impressionne. Les aigus restent d’une étonnante maîtrise tandis que les longues compositions progressives conservent toute leur intensité. Impossible de ne pas penser à Iron Maiden ou à Queensrÿche devant cette élégance mélodique. Le groupe présente également plusieurs morceaux de son nouvel album paru en 2026, sans oublier les classiques que tout le monde attend. Valhalla, Dragon Lady, Lady of Winter, Painted Skies, Where Dragons Rule, Lonely, Masque of the Red Death, Azrael, Lost Reflection ou Red Sharks déclenchent de véritables ovations. Dans les gradins, plusieurs générations chantent ensemble les hymnes d’un groupe devenu culte.
22 heures tapantes. Le changement d’ambiance est total. Les musiciens de Lacuna Coil et la chanteuse Cristina Scabbia apparaissent sous les projecteurs. Originaire de Milan, Lacuna Coil est sans doute le groupe le plus prestigieux de cette édition 2026. Véritable référence du gothic metal, la formation italienne s’est imposée depuis plus de vingt ans grâce à une signature immédiatement identifiable : le dialogue permanent entre la voix lumineuse de Cristina Scabbia et le chant plus rugueux d’Andrea Ferro. Sur scène, Cristina Scabbia est fascinante. Elle occupe chaque mètre carré de l’espace. Elle danse, sourit, interpelle les premiers rangs, multiplie les échanges avec le public. Mais surtout, elle chante avec une puissance impressionnante. Lorsque résonnent Layers of Time, Blood, Tears, Dust, Spellbound, Gravity, Oxygen ou Heaven’s a Lie, l’amphithéâtre chante à l’unisson. Puis vient l’un des moments forts de la soirée. La reprise d’Enjoy the Silence, de Depeche Mode où les milliers de voix reprennent le refrain. Visiblement émue, Cristina Scabbia remercie longuement le public. « You are very strong! » lance-t-elle avec un large sourire. Puis elle ajoute : « This is our first time in Chania… Metal is a family! » Quelques morceaux plus tard, elle demande au public de répéter plusieurs fois : « We fear nothing ! » L’amphithéâtre entier reprend la phrase en chœur. Rarement une communion entre un groupe et son public aura semblé aussi naturelle.
À l’heure où de nombreux festivals misent sur la démesure, Chania Rock Festival démontre qu’un tel événement peut conserver une âme sans renoncer à l’excellence artistique. Entre patrimoine vénitien, douceur méditerranéenne et programmation exigeante, il propose une expérience que peu de rendez-vous européens peuvent revendiquer. Plus qu’un festival de rock, le Chania Rock Festival est devenu, au fil des ans, un art de vivre. Et ce dimanche 2 août 2026 en fut sans doute l’une des plus belles illustrations.
Un grand merci à Yannis Anastasakis et aux équipes du Chania Rock Festival pour leur accueil chaleureux et leur gentillesse.
All pics by JCM
