MINNEAPOLIS ET LE PARC PSYCHÉDÉLIQUE DE PRINCE : ÉPISODE 3

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Voici 30 ans dans BEST, était publié ce 3éme et dernier épisode des fulgurantes aventures du GBD envoyé spécial au carré de TF1 et du légendaire mensuel de la rue d’Antin, dans cette ville dont l’enfant est Prince. Après la visite au Paisley Park en première mondiale, puis l’exploration du fameux club First Avenue centre névralgique des performances du Kid et la rencontre avec l’entêtante Jill Jones,  partons à la rencontre du duo post atomique Jimmy Jam et Terry Lewis, alias the Time, qui nous ouvrent leur fameux Flyte Tyme studio où sont nés tant et tant de hits pour Janet Jackson et bien d’autres, du crooner funky cross-over Alexander O’Neal avant de percuter la dark side of the moon des twin-cities avec le label rock underground Twin Tone qui nous présentait alors leurs jeunes poulains  les Soul Asylum ! Minneapolis for ever…Episode 3 !

 

 

Dans le premier épisode, enfourchant bravement la moto pourpre de « Purple Rain », GBD vous invitait à explorer le parc psychédélique de Prince et à rencontrer les Replacements, le groupe de rock le plus excitant de la cote est ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/minneapolis-et-le-parc-psychedelique-de-prince-episode-1.html ) puis dans l’épisode 2 nous succombions à nouveau à la moue mutine de la craquante Jill Jones, vous savez la serveuse so sexy du First Avenue…où nous nous invitions également dans la foulée, découvrant ( LOL !) que Prince pouvait décider une heure avant de venir y jouer de manière impromptue  et que cette scène lui était toujours ouverte ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/minneapolis-et-le-parc-psychedelique-de-prince-episode-2.html ), cette fois avec cet épisode 3 nous franchissons le Rubicon du Minnesota  en fricotant joyeusement avec les concurrents directs de notre nain pourpre favori ( en tout cas le type le plus petit à part moi qu’il m’ait été donné d’interviewer). Enfin vous découvrirez que sans le système des « skyways » de Minneapolis, jamais la musique de Prince n’aurait pu être inventée. You wanna know why ? Follow the yellow GBD brick road to the twin-cities….

 

 Publié dans le BEST 231 sous le titre:

LA CROISÉE DES ARTISTES

MINNEAPOLIS ET LE PARC PSYCHÉDÉLIQUE DE PRINCE ÉPISODE 3Autour du lac, les joggers haletants pulvérisent sans doute quelque record du monde. Méga-Lego dans le lointain, downtown Minneapolis tranche avec ses tours de cristal sur la pureté de l’atmosphère aux senteurs de pins et d’eucalyptus. Dans « Purple Rain », Prince demande à Apollonia de subir l’initiation en nageant dans le lac Minnetonka. Et la Belle se retrouve très vite les (grosses) doudounes à l’air pour plonger dans l’eau glacée. Plouf. Saisie par le froid, les mamelons en avant, Apollonia nargue fièrement le Kid. Et ce dernier lui balance : « Hé, mais celui-là n’était pas le lac Minnetonka l». Dans la seule agglomération des Twin Cities, on compte déjà plus de 500 lacs et il y en a 10000 sur toute la superficie du Minnesota. Un conseil, kid, si une petite te donne rendez-vous auprès du lac, mieux vaut préciser lequel ! En attendant les Mazarati, je n’avais qu’une terreur: et si je m’étais planté de lac ? Produit par Prince et Brown Mark, le bassiste de the Revolution, Mazarati a balancé son premier LP voici deux ans sur le label Paisley Park. Le Kid s’était même fendu d’un titre, « 100 MPH », pour ce groupe de son giron.

Dans un crissement de pneus digne d’une série de la 5 ( Cinq you la cinq) , une Datsun Z rose-bonbon surgit de la 49° rue pour se garer face à moi. Sir Casey Terry et Craig « Screamer » Powell s’éjectent du véhicule. Drapés dans d’incroyables fringues de soies, le chanteur et le guitariste de Mazarati incarnent cette rage de vaincre qui caractérise les groupes du cross-over. Avec son costume multicolorié, sa boucle d’or au lobe de l’oreille et ses cheveux frisés qui ondulent dans le vent chaud, Sir Casey semble cultiver la même ambiguïté sensuelle que Prince. À Minneapolis, la fusion a parfois un arrière-goût d’inceste. mazarati-band-80s

« Sir Casey Terry:  Minneapolis est le foyer de tous les nouveaux musicos ; ceux-là, crois-moi, savent vraiment se battre sur une scène. À LA ou NY, les groupes passent leur vie dans les couloirs de la maison de disques au lieu de bosser. Les gens d’ici sont si différents. lls sont peut être moins nombreux, mais ils se défoncent vraiment pour gagner.

Votre musique est un fichu mélange des genres !

C’est vrai. Nous mélangeons le hard core funk et le heavy metal. On n’a peut-être pas l’air, mais nous sommes des hard rockeux déguisés l

Mazarati était en partie produit par Prince. Quels sont vos rapports avec le Kid ?

Prince… c’est notre mentor, il a vraiment été super avec nous. Mazarati tournait depuis quatre ans dans les clubs. Le Kid a assisté à plusieurs de nos concerts et il a craqué; ça lui a donné envie de parier sur Mazarati. En studio, Prince était vraiment implacable. ll nous poussait dans notre speed et forçait notre précision. C’est un sacré perfectionniste. Mazarati est un concept constitué d’énergie pure, de feeling et de fusion. C’est une machine bien réglée. Sur scène nous aimons tout casser, c’est sans doute notre côté punk.« 

Lorsqu’il ne s’adonne pas à l’art du funk cinglant avec Mazarati, Sir Casey abandonne son micro pour un carnet de croquis. Chez lui, il taille d’incroyables costards pour les chevaliers et les demoiselles de la suite princière. Styliste choc, il donne bien évidemment dans le… paisley. Le Minneapolis sound est une saga familiale infinie; « Hé comment ça baigne les Mazarati ? », lance derrière nous une grosse voix familière. Alexander O’Neal se tape son jogging sous une pluie tiède naissante, mais il conserve imperturbablement ses Ray Ban. Alex, c’est le Frank Sinatra des Twin Cities, le crooner tombeur de ces dames produit par l’équipe Flyte Tyme de Jimmy Jam et Terry Lewis.Alex O Neal

Tel un cœur de centrale nucléaire, la fusion du cross-over crée sans cesse des associations nouvelles. Comme André Cymone, Jimmy et Terry ont pratiqué de longues années avec Prince ce subtil mélange du rock et du funk. Au début des années 80, sur les conseils du Kid, Flyte Tyme devient the Time avec les frères Johnson, Jesse et Jellybean -aujourd’hui batteur chez the Family- et Morris Day. Trois ans et deux LP plus tard, Jam et Lewis claquent la porte, le Time passe sous le contrôle total du Prince qui en fait le challenger de son Revolution dans le film « Purple Rain ». Un dernier album, « lce Cream Castle » et Jesse Johnson s’esquive à son tour chez A&M pour une carrière solo : le groupe le plus intense de cette scène funk n’y survivra pas. En quittant the Time, Jimmy et Terry recréent Flyte Tyme, une cellule de production dont les performances concurrencent sérieusement l’écurie Prince. ll y a Alex, bien sûr, mais aussi Cherelle, Robert Palmer, Human League, Janet Jackson et Herb Alpert. Sir Casey me présente. Alex me tend sa grosse main et me broie au passage quelques phalanges. Je me console en lui demandant des nouvelles de sa copine Cherelle. « Elle prépare son nouvel album, chez elle à Detroit, réplique Alex.

« Minneapolis n’est-elle pas justement le Detroit de cette décennie ?

Yeah… nous sommes les petits enfants du Motown sound car Minneapolis est la seule ville au monde à posséder aujourd’hui une telle unité, une perspective d’ensemble, un SON

Mazarati travaille avec Prince et toi avec Flyte Tyme, il n’y a pas de friction ?

Et comment, on s’entend! (les poings en avant Alex fait semblant de cogner sur Casey. Puis poursuit en s’esclaffant) Minneapolis est une communauté musicale très homogène. Si la compétition existe, elle est toujours amicale et c’est positif, ça nous force à travailler pour être encore meilleurs. Ça ne nous empêche pas de donner un petit coup de main de temps à autre pour aider les copains.

(Et en disant ces mots, il relève son poing soi-disant menaçant.) Charmeur, Alex tu es aussi un drôle de clown. Sur scène tu dost faire un de ces cinémas l

Hé, on se connait tous depuis si longtemps, bien avant qu’aucun d’entre nous ne commence à avoir du succès. Ce qui nous distingue, avec Prince, des autres stars internationales c’est que nous restons fidèles aux Twin Cities au lieu de nous expatrier. Je crois aussi qu’ici nous devons tous quelque chose à Prince et qu’il faut le remercier de notre succès, qu’on ait été viré de son organisation ou qu’on en fasse encore partie. Il est le parrain du Minneapolis Sound. Merci Prince… et get down ! »flyte-tyme

Prince aurait pu choisir de planter son Paisley Park dans une autre ville, mais il a préféré rester chez lui. C’est une sacrée chance pour le Minnesota. Entre le Paisley Park et Flyte Tyme, tout devient possible à Minneapolis. Let’s fly to Flyte Tyme au volant de notre Pontiac Grand Am. Petite maison anonyme sur Nicollett Avenue, le studio des  « Producteurs de l’année » se distingue surtout par sa discrétion. On est loin des fastes princiers du Paisley Park. À l’entrée, un mur de disques d’or rappelle au visiteur la fonction première de Flyte Tyme, machine à catalyser les hits. Comment l’oublier lorsque du fond du studio s’échappent par vagues successives les harmonies d’un synthé ? Quelques instants plus tard, légendaire feutre blanc vissé sur le crâne, Jimmy Jam vient me cueillir à l’entrée. Poignée de main ferme, je le suis dans un couloir tapissé de pochettes de disques, véritable roman-photo du succès du duo.

« Nous serons plus au calme dans la cabine pour discuter », m’explique Jimmy en faisant coulisser les portes vitrées. Parfaitement dans son élément, accoudé sur sa console, Jimmy ouvre des yeux ronds en m’écoutant parler.

« Vous m’avez vraiment scié avec votre production de l’album de Janet Jackson. Grâce à vous, elle revient de loin. Et puis Janet est une Jackson, c’est un peu comme si vous aviez détourné Motown à Minneapolis!

Je crois qu’avant qu’elle ne travaille avec nous elle était totalement manipulée et qu’elle finissait par détester cela. Mais papa Jackson la poussait sans cesse au derche dans le genre « cocotte, tu as une bonne voix, tu seras chanteuse ». Lorsque nous l’avons rencontrée, c’est elle au contraire qui nous l’a proposé et ça nous a sacrément simplifié la vie. Terry et moi n’avons pas fait une star de Janet, on lui a juste fourni les chansons qu’il fallait. Mais elle a tous les atouts d’une star; elle sait danser, bouger, faire vivre une vidéo. Elle a tout le talent, tout le charisme qu’il faut pour faire craquer les foules. C’est vrai que son album « Control » est gigantesque, mais nous avons juste fait notre boulot.

Parlons de vos autres productions: Human League, Robert Palmer, Herb Alpert…

Herb c’était vraiment un cas intéressant. Tu sais combien nous aimons faire des tas de choses différentes. C’est ce côté chevaleresque qui nous pousse toujours en avant. On aime sauver les gens en détresse, ceux qui ont vraiment besoin de nous. Herb Alpert n’avait pas eu un tube depuis dix ans. Cela dit, je crois que ça lui importait peu. Objectivement, il n’allait pas se virer lui-même de sa propre société phonographique ! (Herb est le « A » de A&M records NDR) Mais c’est vrai que ça nous fait plaisir de lire dans la presse que Herb avait décroché son hit grâce à nous. C’est bien plus excitant que de bosser avec quelqu’un qui marche déjà et qui se contente, blasé, de faire une autre encoche sur la crosse de son colt. Lorsque nous aidons les autres, ça nous force toujours à nous dépasser.

Flyte Tyme, c’était le nom originel du Time. On parle aujourd’hui de reformation du groupe …

C’est bien plus que des rumeurs. Remettre the Time sur rails, c’est quelque chose qui nous tient particulièrement à cœur. Mais c’est compliqué, car chacun d’entre nous a signé sur un label différent.  Ça ne facilite pas les choses et je crois que nous risquons d’enrichir une nuée d’avocats. Ce prendra du temps, mais nous y arriverons.

Et il y aura tout le monde ?

Tout le monde l Pas question de reformer the Time sans tous ses membres fondateurs :Jesse ( Johnson),  Jellybean (Johnson), Morris (Day) Terry (Lewis),  Jerome (Benton).En attendant que nos avocats aient fini de prendre leur pied avec Terry nous travaillons sur nos prods. Morris fait son second album. Jesse est aussi en studio et Jerome revient d’Hollywood où il signé pour une nouvelle série télé.

En se retrouvant au Flyte Tyme, on ne peut guère s’empêcher de songer à tous ces hits en se demandant : mais comment font-ils ?

 ll y a l’amour du studio bien sûr, mais c’est aussi une question de curiosité naturelle et d’éducation musicale. Terry et moi avons passé toutes ces années à écouter tant de trucs différents. Lui écoutait du rock et du heavy funk agressif, moi j’étais beaucoup plus mélodies. Lorsque nous nous sommes retrouvés, le beat funky et les lignes mélodiques se sont unis. Le premier disque que nous avons réussi, c’est le SOS Band (« Just Be Good To Me ») et jusqu’à présent, le mélange a prouvé qu’il fonctionnait.

Avec des gens comme vous, il y a aussi cette sensation désagréable de savoir que vous pouvez faire un hit à n’importe qui.

On n’est pas des illusionnistes. Nous sommes incapables de créer ce qui n’existe pas, on peut juste aider le talent à se développer.

J’étais hier au Paisley Park de Prince. Pensez-vous qu’un jour vous irez travailler là bas ? 

J’en doute. Nous sommes très bien chez nous, c’est notre parc psychédélique ici. Et puis nous ne sommes par des forcenés de la technologie par opposition au Paisley Park équipé de tous les gadgets possibles. Nous ne sommes même pas équipés en digital. Nous utilisons de vieux claviers probablement oubliés à présent, mais ça nous convient. Nous refusons de nous laisser aveugler par la technique au détriment du feeling de la musique. En tant que studio ouvert au public, le Park doit être compétitif et posséder toute la nouvelle technologie pour attirer les groupes. À Flyte Tyme nous ne sommes en compétition avec aucun marché, car nous ne prêtons jamais notre jouet.

Vous avez fait tous vos hits ici ?

Absolument tout ce que nous avons enregistré et mixé depuis 85 a été fait ici. »Jimmy Jam Terry Lewis

Prochain hit en perspective pour le duo infernal du Minneapolis Sound: Pia Zadora. Et dire qu’ils vont sans doute réussir à me faire adorer cela! C’est la magie du Flyte Tyme. On parle aussi de Shanice Wilson, nymphette de 14 ans fraîche et funky dont les débuts discographiques sont pour septembre. Quelle palette !

En quittant Flyte Tyme j’ai remonté Nicollet jusque Downtown sans pouvoir cesser de penser à cette histoire de cross over. Et c’est au Crystal Court, que j’ai tout pigé, là au cœur de Minneapolis dans cette cathédrale centre commercial de verre et de lumière. Isolée entre les forêts canadiennes et les grandes plaines, la ville marque aussi avec le Mississippi la frontière précise entre l’est du biz et l’ouest pionnier, ça crée un choc. Si l’été est radieux, l’hiver par contre on se les gèle. Pour survivre dans le froid et circuler, les Minneapolitains ont inventé les « skyways ». Comme les satellites de Roissy 1, chaque building est relié a un autre par le premier étage. On peut traverser tout le centre-ville sans mettre le nez dehors. Et tout le monde se rencontre dans les skyways. Blancs. Pauvres. Indiens. Riches. Noirs. Toutes les minorités se retrouvent pour traverser. CQFD : le cross-over ne pouvait éclater nulle part ailleurs.

Au Crystal Court, centre du skyway system, j’ai justement rendez-vous avec Craig Sinard. Vidéaste indigène, il a réalisé des clips pour Paisley Park et pour les garagistes de Twin Tone. Comment voit-il l’avenir dans son objectif ?

« On a la chance de pouvoir faire un boulot génial ici. Mais est-ce que ça peut durer ? ll y a eu le Chicago Sound, le Detroit Sound,  Philadelphia Sound. Aujourd’hui c’est le Minneapolis Sound. Pouvons-nous continuer à le faire vivre ? Bien sûr il y a des trucs comme le Paisley Park. C’est un building génial, mais ce qui va permettre à Minneapolis de continuer, ce sont les gens. ll y a des choses remarquables qui se passent ici, spécialement au niveau des jeunes groupes garage. En vidéo, le problème c’est qu’il leur faut souvent des plans simples qui les montrent sur scène. Moi j’ai envie de faire des tournages plus sophistiqués. À Minneapolis lorsqu’on fait des clips c’est vraiment pour le pied, pas pour le blé. Si tu veux en gagner, il faut aller à LA ou à NY, car les dollars et le management sont là-bas. Pour que le Minneapolis Sound continue de gagner, il faut que ça change. »

 


Dave Ayers from Twin Tone records

 

La cité du Kid est aussi celle du nouveau rock garage le plus vivace du moment grâce au label indépendant Twin-Tone sur lequel les Replacements ont sorti tous leurs albums jusqu’à leur signature l’an passé avec Sire. Twin-Tone, le son destroy des Twin Cities (Minneapolis-Saint Paul) occupe un atelier sur Nicollett Avenue. Monté en 78 par l’association d’un disquaire, d’un DJ de club et d’un journaliste sportif fou de rock and roll, Twin Tone sortit tout d’abord une compilation de groupes locaux. Aujourd’hui, le label incarne un certain futur du rock and roll, c’est une affaire qui tourne.

En attendant les Soul Asylum, LE groupe neuf le plus excitant de Twin Tone, Dave Ayers le talent-scout maison accepte d’affronter le feu mes questions :

« Comment réagissez-vous lorsqu’un de vos groupes leader vous quitte pour signer sur une multinationale ?

C’est tout ce que nous pouvons leur souhaiter, car nous n’avons pas la puissance commerciale nécessaire pour diffuser la musique sur une grande échelle. Et c’est aussi très rentable pour nous, car nous détenons le fonds de catalogue. C’est d’ailleurs nous qui avons branché les Replacements sur Sire, nous savions qu’ils seraient dans de bonnes mains. Minneapolis est une vraie ville d’artistes et nous parlons sur eux à très long terme. On sort un album, on les fait tourner puis on sort un autre album et ça repart. Ici, chaque soir tu peux voir sur scène un groupe unique qui a quelque chose de fort à exprimer. Avec nous, Husker Dü et les Replacements ont ouvert la voie en montrant qu’on peut réussir sans passer par les schémas d’HoIlywood ni castrer ses convictions.

Vous avez plus de liberté ici qu’à LA ou NY ?

Oui, car personne ne vous surveille. On a le droit à l’erreur et c’est aussi du rock and roll. Tout ce qu’on veut, c’est continuer à sortir les disques qu’on aime par les gens qu’on aime. Et c’est justement le cas desSoul Asylum.« 

Totalement glauque à trois heures de l’après-midi, look néo baba, cheveux blonds dans les yeux, Dave Pirner, le leader guitariste de Soul Asylum déboule dans le bureau avec Grant Young le batteur. Puissant et impulsif, le rock de Soul Asylum a ce côté massacre à la tronçonneuse des grands frères Husker Dü. D’ailleurs, Bob Mould a souvent offert- les premières parties de ses tournées aux Soul Asylum et il a produit leurs premiers disques, mais il y a aussi l’influence sauvage des forêts du Nord. Nouveaux trappeur  speedés par la punkitude, les Soul pratiquent un rock essentiel.Soul Asylum

« Dave Pirner : J’ai passé ma nuit dans un studio. Hé, je produisais comme on dit.

Vous êtes heureux sur Twin Tone ?

Grant Young : C’est une histoire de famille ; on s’aime d’amour.

D.P. : C’est super d’avoir sa maison de disques dans son quartier.

Vous êtes aussi sur Twin Tone parce que vous n’avez aucune envie de quitter Minneapolis 7

D.P. : Naaan, j’aime vivre ici, même si on a un peu l’impression d’être paumé au milieu de nulle part.

Slim Dunlop des Replacements m’a dit que les rockers s’épaulaient ici. Si vous craquez sur un groupe, vous les aidez ?

D.P. : Minneapolis a une dimension humaine. Si tu tombes sur quelque chose que tu aimes vraiment, tu connais forcément les gens. Dans ce cas tu vas les voir pour leur dire que tu les aimes et tu te défonces pour les aider. De toute façon, on se retrouve toujours dans les mêmes bars!« 

Twin Tone n’est pas le seul indépendant en ville. Dorénavant, il faut aussi compter avec Pendulum, le label rock multicolore de Rip Nordhousen, genre étudiant attardé, mais passionné. Fou de musique, Rip se fait manifestement plaisir. Moins punk et plus pop que Twin Tone, les prods Pendulum ont un certain potentiel. D’abord Mile One, un quatuor de frangins qui oscillent entre les Cars et REM. Ipso Facto, un surprenant groupe reggae, dans la lignée d’UB 40. Formation multiraciale, Ipso Facto est indiscutablement le two-tones des Twin Cities. Presque british à la Psychedelic Furs, les Phones ont d’abord sorti deux LP sur Twin Tone avant de passer chez Pendulum. Leur petit nouveau, « Stick Man » me rappelle aussi les Nerves par sa pèche et les Beatles pour leur sens de la spontanéité pop.First Avenue Minneapolis

Du Sign O The Times du Kid aux rockers garagistes, le Minneapolis Sound est une gigantesque histoire d’amour. Vingt ans après le « Summer Of Love » de San Francisco, les Minneapolitains incarnent ce retour forcené du feeling. Déçus par les promesses bafouées, l’Irangate, le PTLgate, le Gary Hartgate et la sénilité de Reagan, les nouveaux Américains rejettent enfin l’égoïsme yuppie. Si le reste des States se met à ressembler à Minneapolis, les hypocrisies de la « majorité morale » ne seront plus qu’un mauvais souvenir à ranger dans la même poubelle que le Mac Carthysme. Si révolution il y a, ici elle passe forcément par le rock. Une heure du mat, au First comme dans les bars de Uptown, les derniers accords de fusion déchirent la tiédeur de la nuit. À cause de la prohibition sur l’alcool, les kids se retrouvent sur le bitume. Dans les rugissements des moteurs se concluent in extremis les tout derniers plans. La radio à fond et l’éclat des phares blancs, les caisses magnifiques jouent le rock et sa légende. Ils sont décidément sauvages ces Minnéapolitains l

P.S. Ce papier n’aurait jamais pu naître sans: Patrice Drevet, Chris chez WEA, Bob Hunt, Harry Grossman, Karen. K et PRN, Chrissie Dunlop et Fred au First Ave, et Prince. Thank U ALL…

 

 Publié dans le numéro 231 de BEST daté d’octobre 1987

 

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