ADIEU À HERVÉ MULLER, MORT D’UN ROCK CRITIC

Hervé Muller et Jim Morrison

Hervé Muller et Jim Morrison

La triste news est tombée hier, notre confrère et ami Hervé Muller a été retrouvé mort, chez lui à Paris, par les pompiers. C’est sa sœur Sylvie Muller qui l’a confirmé hier. Le journaliste et auteur, né dans l’est de la France et agé de 72 ans, souffrait depuis les années 80 de fibromyalgie, une maladie rare qui lui occasionnait, entre autres, de terribles troubles du sommeil. Entre la fin des 60’s et celle des 70’s, cet ami intime de Jim Morrison aura collaboré à BEST, Actuel, Rock & Folk, Libé et le Matin de Paris. Malgré nos différents, je tenais à lui rendre ici l’hommage qu’il méritait.

Hervé Muller by GBD

À l’instar de la fameuse langue d’Ésope, Hervé Muller était à la fois le meilleur et le pire des hommes. Fameux rock critic depuis la fin des 60’s, Hervé avait mis sa plume au service des magazines BEST, Actuel ou encore Rock & Folk. Au tournant des 70’s, il traduit les poèmes de Jim Morrison et entretient une solide amitié avec lui, qui ne s’éteindra qu’avec le décès par overdose du chanteur des Doors à Paris. Fameux intervieweur, à la fin des années 70, Hervé Muller assure la rubrique rock du Matin de Paris. Je rencontre Hervé fin 79, lorsque je suis brutalement lourdé de Radio 7 ( par un infect connard facho et ringard du nom de Patrick Meyer qui s’en ira ensuite fonder RFM), dont je faisais partie de l’équipe fondatrice. Viré pour avoir osé diffuser des dialogues de films entre les chansons de ma programmation ( sic !), mon camarade d’antenne Didier Hervé me présente alors à Hervé Muller. Ce dernier a un problème, il assure chaque semaine, en plus de ses papiers, l’agenda rock du Matin de Paris. Sauf qu’entre-temps, après avoir produit le premier LP de Trust, il est devenu le manager d’un jeune espoir de la variété-rock hexagonale du nom de Jean Patrick Capdevielle. Ce dernier cartonne avec son hit « Quand t’es dans l’désert » extrait de son premier 33 tours et il s’apprête à partir en tournée dans toute la France. Mais quid du Matin de Paris ? En ce temps-là pas de fax, pas de mail, rien pour lui permettre de rédiger et d’envoyer ses articles au Matin. Je rencontre donc Hervé Muller dans son appart au 5éme étage de la rue Crozatier et j’accepte de le remplacer. C’est ainsi que, durant quelques mois, j’ai joué les « ghost-writers » pour lui, rédigeant à sa place le fameux agenda rock hebdo et quelques papiers, que je signais bien entendu « Hervé Muller », avant de les déposer à la rédaction du Matin. Pour me remercier, Hervé m’a présenté Philippe Paringaux, qui était alors rédacteur en Chef de Rock & Folk. Grace à lui, j’ai fait mes premiers pas dans la presse rock, écrivant quelques mois pour le mag de la rue Chaptal… avant de rejoindre la rédaction de BEST où j’ai passé  plus de dix ans ( voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/best-vs-rock-folk-ou-la-rue-dantin-vs-la-rue-chaptal.html ).

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Par conséquent, j’ai toujours considéré avoir une dette envers Hervé Muller, qui fut l’un des tout premiers à me faire confiance. Mais au début des 80’s, très vite il part s’installer à New York… et disparait, sans jamais donner aucune nouvelle. Bien des années plus tard, vers 2015, je reçois un étrange coup de fil de Gilles Yéprémian, qui se présente comme « un ami d’Hervé Muller » et qui me demande si j’accepterais, éventuellement de parler avec lui au téléphone. Je lui réponds : bien volontiers. Et bientôt au bout du fil, je retrouve Hervé, qui n’a pas perdu sa voix éraillée. Là, il me raconte que sa sœur l’a interné de force, dans le service psychiatrique de l’hopital Saint Maurice et me demande de venir le voir, ce que je fais évidemment. En retrouvant Hervé, je suis bien entendu très ému. Il ne semble pas délirer, tient une conversation normale. Il se plaint de souffrir de fibromyalgie qui associe des douleurs chroniques, une fatigue injustifiée et des troubles du sommeil. Appelée aussi fibrosite, syndrome polyalgique idiopathique diffus (SPID) ou polyenthésopathie, la fibromyalgie est une maladie chronique, mal reconnue et de traitement difficile. Lorsqu’il sort de Saint Maurice, nous gardons le contact et je passe le voir chez lui. Il vit toujours dans le même appart que dans les 80’s, sauf que le lieu est invivable. Hervé à empilé dans toutes les pièces du sol au plafond des tas d’objets hétéroclites, des vieux faxs, des câbles en tous genres. Il ne jette rien, même les rouleaux centraux des Sopalins ou les paquets de clopes vides, conserve tous les journaux. Pour aller d’une pièce à l’autre, il faut suivre un étroit passage entre les empilements. Sa cuisine est ravagée, car m’explique-t-il, il a fait faire des travaux qui n’ont jamais été achevés. Sa salle de bains est quasi hors d’usage.  En fait, en plus de sa fibromyalgie, Hervé souffre du « complexe de Diogène » qui fait qu’il ne jette jamais rien et qu’il entasse tout ad nauseam.

Hervé MullerAvec un des seuls potes qui lui restent, Patrick, nous décidons d’aider Hervé. Plusieurs week-ends de suite, avec quelques Ukrainiens, nous vidons consciencieusement la plupart des détritus qui encombrent l’appartement. Un travail de Titans, accompli pour tenter de lui faire retrouver le cours normal de sa vie. Hélas en pure perte. En quelques mois, non seulement Hervé recommence à entasser des merdes chez lui, mais surtout il devient de plus en plus exigeant à mon égard. Je dois faire ses courses, l’aider, l’accompagner auprès de sa juge des tutelles, mise en place par sa sœur, ou à la pharmacie proche de chez lui, renouveler ses ordos de médocs. Je lui tiens même la main, le jour des funérailles de sa maman, au Père-Lachaise. Un jour, Hervé se montre carrément insistant : je dois tout laisser tomber hic et nunc, pour l’accompagner chez SFR régler un problème de portable. Je lui explique que je ne suis pas dispo, car je dois m’occuper de ma maman âgée. En fait, il exige que je choisisse entre ma mère et lui. Je lui ai déposé un ancien iPhone à moi dans sa boite aux lettres et je lui ai dit que cela constituait le solde de tout compte de notre amitié, car je considérais ne plus avoir de dette à son égard.  Hervé l’a très mal pris. Au cours de notre dernière conversation, il était à la frontière de l’antisémitisme, me qualifiant de « petit tintin reporter sioniste », qualification  que j’ai, vous vous en doutez, moyennement apprécié. Il fait savoir que son père avait fait partie des « malgré lui » ces Alsaciens qui avaient été forcés de s’enroler dans l’armée nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui Hervé est parti et bien entendu je ne lui en veux pas. Je mets ses errances sur le compte de ses maladies psychiatriques et neurologiques, ne conservant de lui que l’image du rock-critic à la plume si habile, qui avait su me tendre si généreusement la main, lorsque j’en avais besoin.  On ignore à cette heure les causes exactes de son décès à seulement 72 ans, mais une autopsie doit être pratiquée. Peut-être est-ce le COVID ou les suites de ses affections ? Pour me consoler je me dis que, sans doute à cette heure, a-t-il rejoint son pote Jim et j’ose imaginer que, là- haut, tous deux se marrent de concert… for ever ! So long Hervé Muller, sache que, là où tu es, je t’ai grave pardonné.

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10 réponses

  1. Yazid Manou dit :

    Merci beaucoup Gérard. C’est Gilles Yéprémian (très grand ami d’Hervé Muller et connu de tous les fans de Doors, tout comme Hervé) qui m’avais prévenu de sa disparition. Je ne connaissais pas ton lien particulier avec Hervé. Gilles me l’avait présenté au début des années 90. Tout au long de ces années, j’avais de temps à autres des news du rock-critic par Gilles quand il se « réveillait » de ses très très longues périodes de sommeil du à sa maladie. RIP Hervé, 50 ans après le départ de son pote Jim.

  2. Johnny Trouble dit :

    Je lisais ses papiers. Je l’ai croisé rue Hérold avec Vincent lalu et Hervé Chabalier du Matin de Paris.
    On vieillit tous malgré le « forever young » que l’on croyait éternel. et il ne l’est pas. Il faut l’accépter.
    L’impermence des choses est. l’un des phénomènes de ce XXI è siècle. Nos avons tous eu le courage, grêce au rock de nous inventer une vie de légende. En tout cout ca, ex nihilo, différente de nos parents. Tout ce à quoi nous accordions une incroyable valeur n’a que la solidité des châteaux… de sable.

  3. Hervé dit :

    Un très bel éloge, merci. Je l’appréciais beaucoup en qualité de rock critique, mais ne l’ai jamais connu personnellement. RIP!

  4. Léna dit :

    merci à vous… merci hervé. à bientôt!

  5. Jasmine Bentami dit :

    Mon vieux complice avec lequel j’ai grandi..on a tant partagé…de copains,de rencontres,de musiques, de Londres, souvent avec Bruno Ducourant ..entre Kevin Ayers, Aynsley Dunbar, Mick Fleetwood et tant d’autres…tu es venu nous voir Phil et moi à Londres pour la naissance de Tommy et puis tu as disparu. Ta plume et ta passion sont gravées dans le marbre et ma tendre amitié pour toi. Je garde précieusement ton bouquin,dédicace pour moi…Jas

  6. brian newton dit :

    god bless you my dear friend

  7. Philippe dit :

    Le choc, samedi dernier, je suis allé rendre hommage à jim Morisson avec dans mon sac le livre d Hervé Muller acheté en1974″ Au dela des doors » et par hasard grace a votre tres bel article, j apprend sa mort aujourd’hui. Merci et pensée pour Hervé

  8. odile bernard schröder dit :

    Bonjour,
    Qui pourrait me dire ou H.M est enterré ?
    nous étions amis
    merci

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