LES 40 ANS DE LA RENCONTRE ENTRE DAVID BOWIE ET NILE RODGERS

David BowieVoici 40 ans, dans un club « after-hours » de Manhattan, au petit matin la rencontre entre David Bowie et Nile Rodgers va consacrer la naissance du LP « Let’s Dance », lequel telle la langue d’Ésope est à la fois la meilleure et la pire des choses. La meilleure pour GBD et la pire pour Arnaud Berreby qui nous retrace la Genèse de ce 13ème album du Thin White Duke.

David BowieAffirmer qu’après « Let’s Dance » David Bowie aurait vendu son âme et épuisé toute sa créativité c’est comme si on disait que Stewie Wonder s’était inexorablement perdu après « Hotter Than July », Lou Reed après « Coney Island Baby », les Who après « Quadrophenia » ou encore les Stones après « Some Girls » ou allez soyons leste « Under Cover … » … c’est pourtant  concernant Bowie, la théorie de notre ami Arnaud  qui nous fait remonter le temps soit quatre décennies jusqu’à cette aube du 15 novembre 1982, où les existences de David Bowie et de Nile Rodgers se sont percutées pour faire danser toute la planète de leur funk peroxydé.

Par Arnaud BERREBYDavid Bowie

Il faut se méfier de l’obscurité des boîtes de nuit. On y danse, boit et on transpire de tous ses pores, qui servent aussi à aspirer toute substance blanche commercialisée sur Terre. Dans la section VIP, on croise des stars évidemment, fraternité des egos, reconnaissance faciale. Au petit matin du 14 novembre 1982, dans un club « after-hours » de la Grosse Pomme, une étoile avide a croisé le firmament d’une autre plus assurée, gorgée de freak, c’est chic. David Bowie, alors de passage à New-York, est donc tombé sur Nile Rodgers, le créateur du tube international sus nommé. Et il vous faut savoir que c’est un automne crucial pour Bowie. Il avait longtemps attendu ce 30 septembre de cette même année 1982, soit un mois et demi avant cette rencontre car ce jour signait la fin du contrat abusif qui le liait à son ancien manager le sieur De Fries, le fameux MainMan au dos des disques Dynaflex RCA pour ceux qui savent. Bowie pourrait enfin créer en toute liberté, ne plus se faire spolier et, pourquoi pas, enfin accéder à la richesse. Mais à quel prix ?David Bowie et Chic

Pourtant le succès de « Ashes to Ashes » en 1980 (extrait du dernier album en date, « Scary Monsters ») aurait pu amplement satisfaire son désir. (Hé non, trois fois non cher Arnaud, c’est factuellement faux. Et cela fausse l’argumentaire de ton article.  Car au tournant des 80’s LE marché principal du disque reste toujours le territoire US, ce qui permet à des stars inconnues de la country de vendre des millions de LP, par exemple. Or en ce qui concerne « Ashes to Ashes » aux États-Unis, le single a atteint la 79e place du classement Cash Box Top 100 et la 101e place du classement Billboard Hot 100… soit un pet de lapin. David Bowie n’a jamais rien vendu aux US avant « Let’s Dance » et c’est pour cela qu’il vouera une reconnaissance éternelle à Nile : NDREC). Car ce titre était à la fois exigeant artistiquement et imparable en mélodie, comme quoi on pouvait, avec une pointe de génie, devenir populaire sans tomber dans le populisme. Cette chanson évoquait un retour nostalgique vers son premier succès, « Space Oddity », dans un but de remise en question ironique et méchante de son personnage, le major Tom car au fond tout le monde sait qu’il n’était qu’un pauvre junkie, nous apprend-il en guise de solde de tout compte. Côté composition, « Ashes to Ashes » est un objet musical non identifié ou comment réussir à entrainer l’adhésion des masses sur un rythme syncopé, inhabituel à nos oreilles mal élevées, surnageant sur des instruments impossibles à identifier, en fait des guitares synthés qu’il fût le premier à utiliser. Enfin son chant attaque et tisse méticuleusement une toile mélodique imparable, chaleureuse et enveloppante : rien d’autre qu’une pop song parfaite. Que demander de plus ? L’album en question, « Scary Monsters », contenait aussi l’ironique « Fashion », dénonciation au lance-flammes d’une certaine pornographie musicale, soit plaire au plus grand nombre sans faire d’effort, est-ce cela que l’on nomme démagogie ?David Bowie

« Fashion : Il y a une nouvelle danse tendance/ Mais ce n’est pas très clair/ C’est fort et insipide/ Je l’ai déjà entendu avant/ Vous criez pendant que vous danse/ Sur tous les dance-floors / Oui, c’est à la mode ! »

David a donc enfin pu goûter en 1980 au succès mais il en redemande, l’être humain est ainsi fait. Alors cette rencontre tombe à pic, il offre à Nile Rodgers une collaboration, il veut reproduire sa recette de « The Freak »  que les premiers rappers Sugarhill Gang  puis Debbie Harry de Blondie ( Voir sur Gonzomusic CHIC… MA PREMIÈRE RENCONTRE AVEC NILE RODGERS… Part One et aussi  CHIC… MA PREMIÈRE RENCONTRE AVEC NILE RODGERS Part Two ) ont déjà très largement consacré en le samplant. Après son aventure black « Young Americans », si décriée à l’époque au point que certains fans taxaient son groove de « Barry White », ce qui était l’injure suprême, il récidive pourtant dans cette blackitude avec « The Gouster » l’album fantôme que RCA avait refusé de publier… jusqu’à cette année 2016  où il a enfin été édité (Voir sur Gonzomusic J’AI DÉGUSTÉ « THE GOUSTER » DE BOWIE  ). Ce retour à la musique noire n’est donc guère surprenant, mais Bowie aura patienté six ans avant de plonger dans le funk à la mode Chic. Car dans son briefing à Nile Bowie souhaite : des airs chics et entrainants, des paroles simples, pas de second degré, ce qui constitue en fait un reniement total de son parcours artistique des dix dernières années, dix années durant lesquelles le Britannique a créé ou devancé les modes, se renouvelant à chaque album, incarnant des personnages si singuliers.

David Bowie(Mais justement Bowie a toujours su endosser de nouveaux personnages comme Fregoli pour nous surprendre et nous conduire là où on l’attendait le moins, y compris dans le groove et c’est bien tout son génie : NDREC TOUTE MA LIFE AVEC DAVID BOWIE ).  Cinq petits mois après cette rencontre historique dans cette boîte, l’album entier est publié le 14 avril 1983. ( En juin 83 j’assistais justement à NY pour BEST aux répétitions de la tournée « Serious Moonlight Tour » qui suivait justement la sortie de « Let’s Dance »… un reportage qui sera de nouveau publié. Mais Youri Lenquette de son coté avait assisté aux premières dates de cette tournée et ce reportage est déjà disponible: NDREC. Voir sur Gonzomusic : 1983…LE JEUNE YOURI LENQUETTE ASSISTE AU LANCEMENT DU SERIOUS MOONLIGHT TOUR DE BOWIE )

David se peroxyde dorénavant blond permanenté, il joue de la Stratocaster en gant blanc (Avez-vous déjà essayé de jouer de la guitare avec des gants ?). Pourtant notre héros sera exaucé au-delà de ses espérances, l’album fera un succès monumental, son tout premier hit planétaire massif après TREIZE ALBUMS en QUINZE ans de carrière, une tournée mondiale des stades suivra qui verra deux millions six cent mille spectateurs assister aux concerts ! L’euphorie de la victoire éclatante passée, l’artiste se remet au travail dès l’année suivante. Mais voilà, toute chose ayant un prix, pour la première fois depuis ses débuts en 1969, il sèche. Ainsi, sur l’album suivant qui sort en 1984, « Tonight », seules deux compositions seront totalement signées de sa main, les autres étant des reprises ou des co-signatures… La critique est sévère, la qualité des morceaux faible, mais là encore le nouveau public arrivé pour « Let’s Dance » est au rendez-vous.

David Bowie L’artiste tente ensuite de retrouver son originalité sur l’album suivant, « Never Let Me down », en revenant aux fondamentaux plus Rock aux cotés de Peter Frampton. Malheureusement, une fois de plus, il déçoit les critiques ainsi que ses fans historiques qui ne reconnaissent plus en lui l’homme complexe et original qu’il fût jusqu’à « Scary Monsters ». Camouflet supplémentaire pour cet album, il perd son public américain alors qu’il avait tout fait pour le séduire à la parution de « Let’s Dance ». L’homme légèrement désemparé décide, pour la première de sa carrière, de se fondre au sein d’un collectif, Tin Machine, une espèce de gloubi-goulba bruitiste hard rock qui ne trouvera, quant à lui, ni public de fidèles, ni public de circonstances ( Je confirme je ne suis resté que dix minutes au showcase Tin Machine à la Cigale … pourtant sur le papier Bowie à la Cigale cela faisait rêver mais là c’était insupportable : NDREC) . L’élégant David se perd alors dans la noirceur et la fureur, les quais de gare opaques, les filles à soldat et les concerts intimistes en Germanie. La boucle est bouclée, le diable peut se réjouir, il a réussi son coup. L’homme attendra de toucher le fond pour revenir en 1993, étrangement dix ans après la parution de « Let’s Dance ». Dix années d’originalité et profondeur dans les années 1970 suivies par dix années de banalité et de passions tristes. Mais l’album suivant « Black Tie, White Noise » voit enfin le retour d’un artiste singulier aux compositions fouillées et complexes qui ne se dévoilent pas à la première écoute ou comment re-tranformer un art mineur en art majeur. La suite de sa belle carrière (sept joyaux) brillera du même feu orange et magique. Sans complaisance ni compromission. Jusqu’à la fin, sa fin, en 2016 qu’il fera coïncider, suprême pied de nez aux règles du marketing, avec la sortie du beau ténébreux « Black Star » ( Voir sur Gonzomusic DAVID BOWIE : « Blackstar »  ).

Bowie Black Star

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