1983…LE JEUNE YOURI LENQUETTE ASSISTE AU LANCEMENT DU SERIOUS MOONLIGHT TOUR DE BOWIE

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David Bowie On Serious Moonlight TourEn 1983, comme il le dit lui-même, David Bowie était un homme de 36 ans se cachant dans une mentalité de 23. Jeune reporter-photographe à BEST, un Youri Lenquette de 26 ans rencontre David Bowie au cours d’une mythique conférence de presse à Londres où le grooveur de « Let’s Dance » lançait sa plus ambitieuse tournée à ce jour : le « Serious Moonlight Tour », offrant à mon collègue une de ses plus belles couves de BEST. Un mois après le choc causé par sa disparition, puissant retour nostalgique sur David Bowie. Merci Youri !

BEST 178

Photo Youri LENQUETTE

C’est à cause d’une autre disparition, celle de Maurice White d’Earth, Wind & Fire, qu’en retrouvant un de mes articles sur le fameux funk band, que j’ai redécouvert cette magnifique « une » de BEST signée Youri Lenquette et ce dernier m’a donné son accord pour re-publier cette légendaire couverture Bowie de BEST et son reportage sur la conférence européenne au Claridge de Londres pour le lancement du « Serious Moonlight Tour » dans la foulée du fracassant «  Let’s Dance » sorti le 14 avril 1983. Juste avant la conférence couverte par Youri, j’avais eu moi-même le privilège, grâce à Nile Rodgers et au bassiste Carmine Rojas, d’assister aux répétitions de cette tournée ( voir https://gonzomusic.fr/toute-ma-life-avec-david-bowie.html ) la plus ambitieuse jamais entreprise par notre visionnaire Thin White Duke. Car, il ne faut pas oublier que Bowie, à l’exception de l’Angleterre, n’a jamais connu le succès de masse.  Pour cet inconnu des lucratives charts US, « Let’s Dance » représente son premier véritable tube. Il le dit lui même  d’ailleurs au cours de la conférence de presse: « On ne songe à abandonner que si l’on cherche à être reconnu et si le succès n’arrive pas. Depuis 1976 (Année de la sortie de « Station To Station » : NDR), cette reconnaissance publique n’est plus une priorité pour moi. » Dix ans auparavant, il s’était donc fait une raison. Et c’est sans doute ce qui explique son absence de la scène depuis 1978, soit durant plus de cinq ans. Bref c’est dire si cet LP « Let’s dance » et sa tournée ont une importance cruciale dans la carrière de David Bowie. Alors, si sa métamorphose en «Blackstar »  laisse comme un béant trou noir spatial dans nos vies,  cependant  cette étoile noire n’a pas fini de briller aux confins de nos galaxies perso…

 

Publié en Mai 1983 dans le mensuel BEST N°178 sous le titre:

 

LE MAITRE A DANSER

Serious Moonlight

Serious Moonlight

 

 

 

« Dansons ! » David Bowie quitte son ile déserte et s’en va porter cette bonne parole autour du monde. À Londres Youri Lenquette n’a pas manqué la première leçon. » (Christian Lebrun)

« And you can do anything/ But don’t step on my Blue Suede Shoes » (Carl Perkins)

Les grosses pointures sont des gens civilisés. 1981 fut l’année Springsteen. 1982 celle des Stones.

1983 appartiendra à David Bowie.

Mardi 15 mars, bureaux Capitol.

David-Bowie« Alors, c’est vous, finalement, qui assisterez à la conférence? » Le cerbère de chez Capitol avait commencé par me lancer un regard de douanier un jour de grève du zèle avant de se décider à sortir un rectangle de’ carton rose de son tiroir. « Bien, voilà votre passe. Le rendez-vous est à l’hôtel Claridge, à midi précis. Il est bien évident que cette information doit rester secrète. Comment? Non, il est impossible que vous emmeniez qui que ce soit avec vous. Des photos? Hors de question pendant la conférence, les appareils seront retenus à l’entrée. Non, pas d’interview non plus. »

J’ai laissé tomber, remballé mon carton et pris la fuyante sans essayer de savoir plus loin si cette charmante créature avait un jour appris à dire oui. C’est une constante. Donnez au show-biz – sans doute frustré de n’être qu’un cousin pauvre de la politique – le moindre prétexte de jouer les importants et vous le verrez enfler, gonfler et s’épandre hors des limites du raisonnable. Pas besoin de grand-chose. Trois ou quatre petits millions de disques vendus suffisent, en générai, pour que la grenouille se prenne pour le bœuf. Alors, pensez un peu, lorsqu’iI s’agit d’orchestrer le retour de la dernière grande idole ! En ce début de printemps, EMI America (la nouvelle maison de disques de Bowie) se découvrait soudainement des ardeurs de campagne présidentielle. Conférence presse dans un hôtel luxueux du centre de Londres, interviews exclusives accordées comme les clés du paradis, contrôles rigoureux, minutages précis, paranoïa à fleur de peau et obsession du secret… Tout était là. Toute la panoplie censée donner la pleine mesure de l’événement. Tout, sauf peut-être l’idée que David Bowie était aussi – et avant tout – un musicien et un artiste …

Extrait du dossier de presse.

– Le « Serious Moonlight »tour sera le 24 mai à Lyon, le 26 à Fréjus, le 29 à Nantes, le 8 juin à Paris. Ne vous affolez pas si votre patelin n’est pas sur la liste, il est David_Bowie_Serious_Moonlight_Tour_1983probable que d’autres dates seront encore ajoutées d’ici là. En Angleterre, les cinq concerts prévus initialement étaient sold-out moins d’une heure après l’ouverture des locations. La tournée touchera également l’Allemagne, la Belgique, la Hollande, la Scandinavie, l’Amérique du Nord, l’Australie et le Japon. David Bowie sera accompagné de Carlos Alomar (guitare), Tony Thompson (de Chic, batterie), Fred Mandell (claviers), Carmine Rojas (basse), Stevie Ray Vaughan (guitare solo), ainsi que d’une section de cuivres.

Jeudi 17 mars, conférence de presse

Bourré à craquer, le vaste salon de cette niche à milliardaires qu’est d’ordinaire le Claridge Hotel a pris des airs de catalogue sur pieds de la profession de journaliste. Toutes les nationalités, toutes les tranches d’âge, tous les styles sont représentés à parts égales; des vieux briscards de Fleet Street, stylo et carnet de notes en main, jusqu’aux correspondantes, bardées de walkman, des magazines japonais … Avec quelques minutes d’avance sur l’horaire, un ponte d’EMI se pointe soudain la bouche en cœur: « Comment doit-on présenter une légende? Certainement pas comme ça .. .» Et Bowie déboule derrière lui, aussi souriant et décontracté que s’il s’agissait de célébrer un anniversaire en famille. Vêtu d’un costume beige impeccablement coupé et bronzé par six mois passés dans l’ hémisphère sud, entre le tournage de « Merry Christmas Mr Lawrence (Furyo)» près de Java et celui de la vidéo de « Let’s Dance» en Australie, il rend difficilement crédibles les trente-six ans que lui accordent les biographies. Après s’être à demi perché sur une table où est alignée une rangée de micros, il nous invite lui-même à commencer le tir de barrage. Un Espagnol aimerait savoir pourquoi la tournée ne passera pas par l’Espagne. Un Écossais s’indigne que son beau pays ait été oublié du programme des réjouissances. Un Américain demande s’il compte jouer dans les super-arènes «comme les Stones, il y a deux ans ». Bowie, venu malgré tout spécialement des Antipodes pour cette conférence, répond avec une étonnante politesse à ce concours de platitude. Trois ou quatre questions d’intérêt local du même jus suivent avant que ne soit soulevée l’inévitable interrogation sur les raisons de son absence des scènes depuis 1978.

« Principalement, je tenais à remettre mon travail en perspective. J’avais fait beaucoup de choses en très peu de temps et l’enthousiasme était parti. C’était en train de devenir un pur exercice. Aujourd’hui, cet enthousiasme est de retour. Je ne sais pas trop comment cette tournée va se présenter, mais, pour l’instant, je suis complètement excité à l’idée de l’entamer. Ça serait terrible, au bout d’un mois, de réaliser que je déteste ça de nouveau… Mais je ne me serais pas lancé là-dedans si ce n’était pas pour en apprécier chaque minute. »

Jusqu’où comptez-vous remonter dans votre carrière?

Aussi loin que « The Man Who Sold The World ». Je pense que le show représentera assez bien les divers aspects de tous mes albums. »

Y a-t-il, une fois encore, une idée générale gouvernant la tournée?

Voyons… Ce tour sera simplement élaboré. Plein de goût bien que trashy. Ah Ah’ Non, je crois que ce sera uniquement un set de bonne musique. Je ne compte pas en attendant y incarner de personnage particulier. »

Bowie est un cas à part. Une anomalie. Un accident de parcours dans l’histoire de la  musique populaire. Parce qu’en y regardant de plus près, si pas mal de gens – que ce soit Dylan, Chuck Berry, James Brown, Lou Reed, Hendrix, Hank Williams ou n’importe lequel de vos préférés peuvent se vanter d’être les instigateurs d’un style, d’une mode ou d’un courant musical, seul David Bowie peut prétendre en avoir inspiré PLUSIEURS et qui plus est, radicalement antinomiques les unes les autres. Prenez les charts de ces cinq dernières années en Angleterre et vous le retrouverez à peu près partout. Le punk de 77 ? La plupart de ses acteurs ont appris le rock’n’ roll, les vertus de l’outrage et de la concision en même temps qu’ils découvraient « Ziggy Stardust ». Le flash sur le funk et la musique noire, ABC et consorts? « Young Americans ». Human League, Soft Cell, Gary Numan et l’électro-pop? La trilogie « Low-HeroesLodger ». La redécouverte de l’héritage sixties? « Pin-Up ». L’élégance fin de race de Japan ou Associates? « Station to Station ». Alors, pur effet du hasard? Ou faut-il voir une sorte de symbole dans ce retour de Bowie au moment même où toute une génération dont il fut l’inspirateur principal se mord la queue sans direction ni perspective?

Jeudi 17 mars, conférence de presse

david-bowie XDavid, que pensez-vous de tous ces gens qui imitent votre style?

J’ai commencé en imitant Syd Barrett et Anthony Newley! Si un l’a fait, pourquoi pas d’autres? »

Vendredi 25 mars, Kid Jensen Show, BBC 1

David, un nombre important de groupes s’inspirent de votre travail. Percevez-vous votre propre influence lorsque vous entendez des disques de ces gens, particulièrement ceux qui sont produits en Angleterre?

Oui … Mais ça ne m’empêche pas d’en apprécier certains. Je pense particulièrement à Human League que j’ai toujours aimé depuis leurs débuts. Ils ont beaucoup de choses intéressantes à dire. Mais… oui, effectivement, j’arrive à sentir ces influences.

 

Écoutez-vous beaucoup ce qui se fait actuellement?

Non. Je connais en général ces choses en deuxième main. Volontairement j’ai toujours essayé de me couper de ce qui se faisait au moment d’écrire moi-même, afin que mon travail ne soit pas influencé par l’air du temps. Ou s’il m’est arrivé d’écouter de la musique du moment c’était quelque chose de complètement en dehors des normes, quelque chose que personne d’autre n’écoutait. Ça pouvait être de la musique ethnique ou même de la musique classique contemporaine. À l’époque du punk et de la New-Wave, par exemple, j’écoutais Philip Glass et Steve Reich. Je préfère toujours aller contre le vent pour que ma propre écriture garde une certaine fraicheur.

Que pensez-vous de la reprise de « Ziggy Stardust » par Bauhaus?

Je dois avouer que ça a été un choc d’entendre Ziggy ramené à la vie par quelqu’un d’autre que moi. Mais je ne pense pas que leur reprise soit vraiment une réussite. Maintenant, je ne crois pas non plus avoir vraiment voix au chapitre, dans la mesure où en général, mes propres reprises sont plutôt loupées. Il y en a très peu que j’aime encore.

Nommez-en une, que nous puissions la passer.

Hmm. .. OK ! « I Can’t Explain » de « Pin Ups ».

Jeudi 17 mars, conférence de presse

Photo Youri LENQUETTE

Photo Youri LENQUETTE

« Peut-on dire que votre nouvel album, au vu du titre, est un disque orienté vers la danse?

Non, pas vraiment. Bien que certains titres puissent être effectivement dansés. J’ai essayé, principalement, que ce disque soit plus positif, plus évident que les trois ou quatre précédents. Je pense que j’étais arrivé au bout de ce que je pouvais faire sur le plan de l’expérimentation des sons. J’ai donc développé, cette fois, un feeling plus narratif en essayant de garder des paroles aussi simples et directes que possible. La technique des découpages (cut-ups) ne m’intéresse plus vraiment aujourd’hui. Dans l’ensemble, je tiens à adopter une attitude plus positive vis-à-vis de la musique. Et si je m’aperçois que ça ne fonctionne plus au bout de deux ou trois albums, j’arrêterai.

Ce disque est donc plus proche de ce que vous faisiez à l’époque de « Young Americans »?

En un sens, oui … Mais, principalement, il y a que lorsque je suis parti tourner « Merry Christmas Mr Lawrence » sur une ile déserte du Pacifique, j’avais emporté une cargaison de cassettes avec moi. Arrivé là-bas, je me suis aperçu qu’inconsciemment, j’avais eu tendance à emporter presque exclusivement du r&b, du blues des fifties et sixties. James Brown, Albert King, Elmore James … Ce genre de choses. Et je me suis demandé pourquoi. Qu’est-ce qu’il y avait dans cette musique qui me poussait à l’écouter et à la réécouter sans arrêt ? J’ai compris que c’était simplement parce qu’elle possédait un enthousiasme, un élan positif, un degré d’humanité bien supérieur à tout ce que j’avais pu faire. Au moment d’enregistrer l’album, j’ai donc voulu capturer moi-même cet enthousiasme. »

Voyez-vous ça comme un retour en arrière?

J’espère que ce n’en est pas un … Je dirais plutôt qu’iI s’agit d’une réévaluation de ce que je faisais. Mon travail a, de toute façon, toujours oscillé entre les exercices techniques et un contenu émotionnel. Disons que je suis intéressé actuellement par l’aspect émotionnel.

Que pensez-vous de la tournure prise par la musique récemment?

Je crois qu’il y a une étrange couleur à la fois nihiliste et romantique qui est en train de recouvrir tout. Le style primant sur le contenu tend à devenir le critère de valeur. Beaucoup plus en Europe qu’en Amérique d’ailleurs …

Vous voulez dire que la musique synthétique n’est pas capable de véhiculer un contenu émotionnel?

Non, pas du tout. Il y a définitivement une forme d’émotion dans la musique synthétique, mais cette émotion ne fonctionne pas de manière linéaire. Elle touche beaucoup plus à l’inusuel. Et je ne voulais pas, de nouveau, toucher à l’inusuel, parce qu’il aurait été trop facile de le faire. Actuellement, l’inusuel est tellement sollicité que j’ai préféré revenir à quelque chose de plus terre à terre.

Pourquoi avoir choisi de faire revivre deux de vos anciennes chansons sur cet album ?

« Cat People » parce que la première version manquait un peu de tripes. Et « China Girl » parce que j’avais toujours rêvé de la faire depuis ce jour où je l’ai écrite avec Iggy. Comme il m’a donné le feu vert…voilà !

Vendredi 25 mars, Kid Jensen show BBC 1

Radio Bowie« Comment en êtes-vous arrivé à travailler avec Nile Rodgers ?

J’ai toujours bien aimé ce qu’il faisait avec Chic. Nous avons fini par nous rencontrer dans un club de New York. Comme tout le monde dans ce cas-là, nous avons commencé à discuter en essayant de trouver quels étaient les goûts et les points de référence que nous avions en commun. Il se trouve que c’était justement le rythm’n’ blues. Donc, quand plus tard j’ai pensé à cet album, il m’est venu à l’idée qu’il pourrait bien être l’homme de la situation.

Y a-t-il quelqu’un en particulier avec lequel vous aimeriez enregistrer ?

Non absolument personne. Chaque fois qu’il ‘est arrivé d’enregistrer avec quelqu’un c’était dû au hasard, comme par exemple ce truc avec Bing Crosby ( La chanson de Noël (« Little Drummer Boy » : NDR). Cela dit et sans aucune intention particulière, je pense qu’il serait amusant de travailler avec Kraftwerk.

Comment réagissez-vous bis à vis de toute la série de rééditions et de compilations effectuées récemment par Decca et RCA ?

J’ai l’impression que tout cela a été fait en une demi-heure pendant une réunion de business, histoire de rafler trois ou quatre ronds supplémentaires. Cette compilation « Rare Bowie », par exemple, je n’en vois pas l’utilité. S’ils m’avaient demandé une compilation, j’aurais pu leur en préparer une et je leur aurais donné quelque chose de vraiment intéressant. Mais, bien sûr, ils ne l’ont pas fait. J’ai bien peur que ce genre de choses risque de continuer longtemps. Je n’ai malheureusement aucun contrôle sur ces sorties.

Détenez-vous une collection complète de tous vos travaux passés ?

Non. Je ne suis pas un très bon collectionneur. Mon public semble par contre particulièrement efficace. Je reçois sans arrêt à mon bureau de New York une énorme quantité de matériel que j’aurais pu ne pas entendre. C’est comme ça que je crois connaître à peu près tous lesbootlegs qui sont sortis. Récemment, j’ai même reçu des bandes de studio dont l’existence m’était complètement inconnue. Entre autres une version de « I’m Waiting For the Man » qui doit bien remonter à 1970. J’ai en revanche gardé à peu près tous mes habits de scène. Ces choses là ont une valeur sentimentale à mes yeux. (Il le prouvera de manière cinglante 32 ans plus tard avec l’éblouissante expo « David Bowie Is » consacrée à ses costumes de scéne et autres memorabilia à la Philarmonique). »

Prince mod, cosmonaute junkie, poussière d’étoiles, mince duc blanc … David Robert Jones se contente aujourd’hui d’être David Bowie. Star sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter le préfixe pop ou rock. Sûr de son talent sans arrogance ni fausse modestie. Charmeur. Joueur. Acteur …

Jeudi 17 mars, conférence de presse

Merry Christmas Mr. Lawrence« Vous avez tourné deux films l’an passé ?

Oui. « The Hunger », avec Catherine Deneuve et Susan Sarandon, qui est sexy et sanglant. Et « Merry Christmas Mr Lawrence » dirigé pas Oshima, que je qualifierais de plus intellectuel… Enfin, c’est un film plus long. » (Rires)

Vous reconnaissez-vous dans les rôles que vous interprétez ?

Dans « The Hunger », il s’agissait surtout d’un travail de maquillage. Quatre heures tous les matins pour que je puisse ressembler à un vieillard de trois cents ans. « Mr Lawrence » est, par contre, mon meilleur travail à ce jour. C’est la première fois que j’ai l’opportunité et la liberté de travailler un rôle en profondeur. J’y interprète celui d’un prisonnier de guerre dans un Japonais. »

Votre rôle dans la version théâtrale de « Elephant Man » vous a-t-il aidé à maîtriser votre jeu ?

Monter sur scène pour la première fois fut une expérience assez terrifiante. Mais le rôle en lui-même était assez facile. Le lien émotionnel avec le personnage, John Merrick, était tellement fort qu’il aurait fallu être complètement idiot pour se planter sur ce coup-là.

Quels sont vos futurs projets ?

J’ai deux projets en cours. Une pièce sur la vie d’Abraham Lincoln créée par Robert Wilson qui, si tout se passe normalement, devrait voir le jour au moment des Jeux Olympiques, avec une musique de David Byrne et Philip Glass. Et un film avec Robert Altman, « The Easter Hunt », s’il arrive à trouver l’argent nécessaire à sa production. Mais à plus long terme, mon but est de mettre moi-même en scène des films. J’ai déjà dirigé quelques vidéos rock mais l’éventail des possibilités dans un format de quatre minutes est assez limité, J’espère pouvoir faire, l’année prochaine, un truc d’une trentaine de minutes pour la télévision en utilisant Iggy comme acteur.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec des aborigènes pour la vidéo de « Let’s Dance» ?Let's dance

Parce que la chanson était ouverte à un grand nombre d’interprétations. C’est une chanson d’amour désespérée et j’avais envie de donner une vision du monde à travers les yeux d’un couple. Il se trouve que ces deux kids, que j’ai rencontrés à Sidney, correspondaient à cette image … Il y a, en Australie, une polarité des modes de vie qu’on ne retrouve nulle part ailleurs sauf peut-être en Afrique du Sud. Il y a un code très rigide des comportements. J’ai voulu évoquer l’idée d’un indigène sans réelle place dans le monde moderne tout en évitant de retomber dans les clichés des tribus préhistoriques et des peintures de guerre. C’est pourquoi je tenais à les garder dans leurs habits modernes.

Continuez-vous à peindre ?

Occasionnellement, oui. J’ai contribué récemment à une exposition de peintures sur bois qui devrait être amenée dans diverses grandes villes d’Europe, bientôt. » _

Où avez-vous votre base principale d’habitation?

En Suisse. Je suis allé là-bas, au départ, parce que je n’avais pas assez d’argent pour payer les impôts anglais. Mais j’apprécie beaucoup ce pays maintenant. Je peux faire du ski et, malheureusement, c’est aussi la seule activité physique que je pratique avec une certaine régularité.

Est-ce qu’il n’y a rien qui pourrait vous faire revenir en Angleterre? (Inutile de préciser que cette question émanait d’un journaliste au service de Sa Majesté.)

Juste des gens, des amis. Ce sont les gens plus qu’autre chose qui m’attirent dans certains endroits. Je n’ai pas vraiment de grand sentiment national. Il me serait, de toute façon, difficile de me sentir anglais, dans la mesure où j’ai passé les douze dernières années un peu partout dans le monde.          .

Il y a neuf ans, vous aviez déclaré que ce pays était au bord de la guerre civile. Pensez-vous que Madame Thatcher l’en a rapproché ?

(Bowie fait mine de regarder ses ongles.) Effectivement, travailler avec Oshima était une expérience unique … (Rires) … Question suivante ?

Pensez-vous tenir le choc physique que représente une tournée de six mois ?Bowie 83

Je l’espère … Je ne me suis jamais trouvé dans une aussi bonne forme.

Que faites-vous pour ça ?

Heu … Je me lève plus tôt.

Quelle heure ?

Six heures et demie du matin.

Et à quelle heure vous couchez-vous ?

Six heures et demie du matin … (Rires)…Non, vers dix heures.

Avez-vous, un jour, pensé à arrêter la musique ?

On ne songe à abandonner que si l’on cherche à être reconnu et si le succès n’arrive pas. Depuis 1976 (Année de la sortie de « Station To Station » : NDR), cette reconnaissance publique n’est plus une priorité pour moi, Les seules fois où je songe à tout laisser tomber, c’est quand je viens de passer une nuit terrible à écrire et qu’au matin les chansons semblent fades et sans espoir. »

Quelle est, dans la vie, la chose qui vous procure le plus de satisfactions ?

Être avec mon fils et me réveiller en pensant que j’ai un futur devant moi en tant que personne et non en tant que commodité. »

Vous vous êtes trouvé ?

« Disons que j’ai peut-être trouvé un homme de trente-six ans se cachant dans une mentalité de vingt-trois. »

Jeudi 17 mars, entrée du Claridge Hotel.

Une fan: « Si, si, j’en suis sûre, il fera partie, un jour, de la culture anglaise. Tu verras, dans cent ans, on l’étudiera au moins comme on étudie Shakespeare! »

En attendant Bowie dans les écoles,…LETS DANCE !

Youri LENQUETTE

BEST 178

Photo Youri LENQUETTE

 

Publié dans le BEST N°178 daté de Mai 1983

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