TOM PETTY : ON DIRAIT LE SUD !

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   Après le choc du décès de Tom Petty, j’avais écrit dans mon hommage rendu au chanteur guitariste légendaire de Gainesvile, Florida que j’étais frustré de ne jamais l’avoir interviewé ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/tom-petty-ne-volera-plus-jamais.html ), mon collègue et ami Youri Lenquette m’a judicieusement rappelé que lui, contrairement à moi, avait tendu son micro au leader des Heartbreakers en aout 1985, pour la sortie du vibrant « Southern Accents » dans le numéro 205 de BEST: « Pourquoi ne pas republier mon interview sur Gonzo ? »…promesse exaucée, dear Youri . Thanx ! Voici donc cet entretien exclusif…     Sorti à la fin mars 1985, « Southern Accents » est le sixième LP de Tom Petty and the Heartbreakers. Enregistré en partie à la maison, chez Tom Petty, l’album porté par l’irrésistible « Don’t Come Around Here No More » a été produit avec la complicité de l’Eurythmics Dave Stewart, de l’ex the Band Robbie Robertson et de Jimmy Iovine. On découvrira avec l’ITW de Youri Lenquette que Petty s’est lui-même fracassé la main contre le mur du studio, un jour de totale frustration, on apprendra quelle était la genèse de la vibrante « Don’t Come Around Here No More », on verra Petty l’enfant de Gainesville assumer la filiation sudiste qui lui a inspiré le titre de l’album, comme son amour pour la country music. Enfin et surtout, ce qui transparait entre les lignes de ses propos, c’est combien  Tom Petty savait être un chic type, chaleureux et généreux, attentif aux autres, un artiste rare dont la soudaine disparition rend les choses encore plus douloureuses pour les aficionados tels que nous de son rock américain au sens le plus légendaire du terme. So long Thomas Earl Petty, tu nous manques déjà !   Publié dans le numéro 205 de BEST sous le titre:     TOM PETTY : UN REBELLE CAUSE "Interview de Tom Petty qui mêle les accents du Vieux Sud aux sonorités les plus modernes." Christian LEBRUN   En 1864, le général William Sherman reprenant une tactique chère a Attila, rasait tout sur son passage sur un couloir de trente-cinq milles menant à l'Atlantique. Derrière lui, la ville d'Atlanta, fière capitale du Sud n'était plus qu'un tas de ruines fumantes. Cet épisode devait marquer la fin de la Guerre de Sécession et ce qui reste malgré les Hiroshima, Vietnam et autres Watergate. l'une des plus profondes cicatrices de l'histoire américaine. Aujourd'hui, plus d'un siècle après la reddition, et malgré quelques rigolos affublés de T-shirts  « Lee surrendered, l didn’t » plus personne ne songe raisonnablement à remettre en cause l'Union. Pourtant, deux cultures et deux traditions différentes continuent de cohabiter. Le Nord, fier de son histoire et de sa puissance, et le Sud qu'on peut tour à tour voir redneck, raciste, et retardé, digne, romantique et secret selon les livres qu'on a lus, les films qu’on a vus ou les disques qu'on a écoutés. Nul doute qu'avec « Southern Accents ». Tom Petty a choisi son camp. Originaire de Floride, Petty a gardé, malgré dix ans passés entre Los Angeles et des tournées autour du monde, les traditionnelles qualités sudistes. D'un contact direct et simple, il a exactement l'air de ce qu'on peut voir sur les photos. Cheveux mi-longs blonds, mâchoire chevaline, petites lunettes à la Roger Mac Guinn, chemise à pois et une voix qui se traîne comme un alligator au-soleil. En Europe, sa réputation ne dépasse guère le cercle des amateurs avertis. Aux États-Unis, il est un artiste respecté et une star, quelque chose comme un dauphin de Springsteen. Après deux années de silence complet. « Southern Accents » s'est mis en orbite en haut des charts, sans rencontrer aucun problème. Deux ans qui ont été utilisés par Tom et ses Heartbreakers pour, outre leurs activités extérieures avec  des gens AUSSI divers que Lone Justice, Dylan, les Ramones, Rank & File ou les Eurythmics, élargir et diversifier leur champ d'action  « Hard Promises », intéressant mais trop  intimiste pour ne pas avoir été sous-évalué à sa sortie, et « Long After Dark », plus brillant, mais calqué sur l'approche de  « Damn the  Torpedoes », appelait à ce changement. Avec « Southern Accents », Tom Petty touche à tout : soul. country ou psychedelisme eighties. Un album casse-tête qui lui valut aussi une main brisée contre le mur du studio. Au moment de cette interview, Tom commençait tout juste a retrouver l'usage normal de sa main. "Tom Petty :  J'ai eu un réflexe complètement idiot. Je n’étais même  pas en colère. Juste frustré... Et je suis allé frapper le mur du studio. J'ai eu de la chance finalement. Je peux maintenant jouer de nouveau pendant une heure et demie d'affilée avant que ça ne commence à me faire mal. Quand ça s'est passé au mois d'octobre, les médecins n'étaient même pas surs que je pourrais rejouer de la guitare. C'est complètement débile d'avoir fait ça. D'après ce que m’a dit le spécialiste qui m'a soigné, neuf cas sur dix de mains cassées sont dus à ce genre de mouvements d'humeur. En dehors de ce contretemps, combien de temps avez-vous effectivement passé sur cet album ? Environ un an et demi. Mais c'est dur à dire dans la mesure où nous travaillions chez moi. Je me suis fait construire un studio. J'ai quarante-huit pistes et tous les trucs à la pointe de la technologie. L'ennui, c'est qu'avec ça il est difficile de savoir quand commence et quand s'arrête le travail.  Vous préférez travailler ainsi ? Disons que c'était utile pour cet album dans la mesure ou nous avons voulu expérimenter. Ça nous a permis de le faire sans nous soucier du temps qui passe et des dépenses que ça incombe. Ce qui me manque par contre, c'est les moments passés a conduire pour aller au studio ou en revenir. Ça permet toujours de prendre le temps de décompresser avant de rentrer chez soi, de se mettre un peu les idées en place... Là, tu finis de bosser, et hop tu te retrouves au lit et impossible de fermer l'œil pendant des heures. Mais bon, ça s'est avéré utile pour ce disque. Nous avons enregistré au total plus de vingt chansons, avec quelquefois cinq ou six versions différentes du même titre, nous avons beaucoup bossé dessus, mais en même temps, je tenais à ce que ça ne s'entende pas trop. Je tenais absolument à ce que ce disque ne sonne pas trop ouvragé et réfléchi. En fait, une des raisons principales de construire ce studio tient au problème que j'ai toujours eu de retrouver au moment de faire un disque le feeling des démos que j'enregistrais sur quatre pistes. Là, lorsque je travaille avec Mike, ou avec le groupe entier, nous enregistrons directement les démos sur une grosse bande et si c‘est bon on n'y touche plus. On parlait à un moment d'un album live ? C'est une autre cause du délai qui s'est écoulé entre  « Long After Dark » et  « Southern Accents ». En fait, nous avons trié, mixé et produit un double-album live enregistré plus ou moins de nos débuts jusqu'à aujourd'hui. Le disque allait sortir, mais au dernier moment j'ai préféré ajourner sa parution. Je ne crois pas que ça apportait grand-chose de nouveau. Je ne voulais pas donner l'impression de vouloir vendre notre passé. ( En fait, le live « Pack Up the Plantation Live » est sorti six mois après « Southern Accents » en novembre 1985 : NDR) Sur cet album vous utilisez des cuivres, c’est une idée que vous aviez depuis longtemps ? Non. En fait j'avais composé « The Best of Everything » pour  « Hard Promises », mais pour diverses raisons cette chanson n'a pas été utilisée. Robbie Pobertson m'a demandé le droit de l'utiliser pour la bande originale du film King of Comedy  qu'il était chargé de réunir. C'est lui qui, de sa propre initiative, a rajouté des cuivres. Et le résultat m'a agréablement surpris. Du coup, j'ai eu envie de traiter la chanson de cette façon pour cet album, dans la mesure ou au bout du compte, MCA avait refusé à Robbie le droit de l'utiliser pour le film.  Comment êtes-vous venu à travailler avec Dave Stewart ? On s'est rencontré par l'intermédiaire de Jimmy lovine. ll y a un an, les Eurythmics avaient décidé de faire une pause d'un mois à Los Angeles au milieu de leur tournée américaine. ll est venu un soir au studio, il m'a passé quelques bandes qu'il avait enregistrées et m'a demandé si ça m'intéressait qu'on essaye de travailler ensemble. On a dù bosser quinze jours, mais en fait ça a tellement collé dès le début que nous avons posé les bases de  « Make it Better » et de « Don’t Came Around Here No More » pendant la première demi-heure de notre rencontre. Dave est vraiment très branché par le rock ‘n roll. Je crois que c'est une erreur de les assimiler a tous les groupes anglais a bip- bip. Je me souviens avoir été réellement sur- pris lorsque j'ai entendu « Sweet Dreams » pour la première fois. Les paroles étranges, la voix d’Annie, le côté à la fois simple et profondément vrai de la chanson... D'autant que Dave n'est pas vraiment un allumé des keyboards et de la technologie comme je le pensais , son instrument préféré reste la guitare. Le nouvel album des Eurythmics est bourré de parties de guitare magnifiques. Lorsqu'on s'est décidé à travailler sur « Don’t Came Around Here No More », nous avons pris dès le départ le parti de faire de cette chanson quelque chose de différent, quoi que ce soit à l'arrivée. Tous les jours nous rajoutions un truc sur la bande. Dave a eu l'idée du sitar, j'ai eu envie de mettre les violoncelles et puis on a pensé à mettre les chœurs féminins... Jusqu'au dernier moment j'ai hésité entre les différents mixes et les différentes versions de cette chanson. Tu as quelquefois l'impression de ne pas avoir affaire au même titre. Ce n’était pas un choix évident pour un single qui tranche beaucoup avec votre style habituel ? Oui. Je sais. Je me souviens avoir fait écouter ce morceau a des amis avant qu'il ne sorte, et les réactions étaient assez mitigées. Mais d'une manière générale je trouve dommage que les singles ne soient pas plus surprenants. Je crois que l'utilité première, et ce qui fait la force d'un quarante-cinq tours, c'est justement d'offrir un certain espace de liberté, un moyen d'essayer des choses. Un album demande une certaine cohérence. une forme de logique interne. Or j'ai l'impression que ces temps-ci, le problème est pris a l'envers. Les singles sont de plus en plus bâtis sur une formule. Je me souviens quand j'étais môme de l'effet qu'ont pu faire des singles comme « ltchycoo Park », « Eight Miles High » ou « Paint lt Black ». Cette manière de prendre à contre-pied les habitudes. Je ne dirais pas que j'aime tout ce qu'il fait, mais on peut reconnaitre a Prince le talent de savoir faire de grands singles. La première fois que j'ai entendu « When Doves Cry », j'ai manqué mettre ma voiture dans le fossé. » Foutre ma voiture dans le fossé, c'est justement ce qui a failli m'arriver lorsque pour la première fois « Don’t Come Around Here No More » a jailli de l'auto-radio. L'intro au sitar avec une demi-longueur d'avance sur Prince et son « Around The World in A Day » les mille feintes sonores, la mélodie rampante et déglinguée en font à coup sûr le single de l'année, so far. Une des plus belles réussites de Tom, une chanson, qui par son excellence, a presque tendance a éclipser le reste de l'album. Signée par Jeff Stein (déjà responsable avec «  You Might Think » pour les Cars d'un des rares clips non sous- produit du cinéma et de la pub), la vidéo est magnifique, sorte d'Alice au pays du LSD, truffée d'images fortes et à la limite du malsain. Sans parier évidemment du double-sens des paroles, tellement évident que je ne m'en suis aperçu qu’après cette interview. « Don't Come Around Here No More », l'avertissement peut sonner comme le point final d'un amour déçu. Ou le début de bonnes résolutions face à de mauvaises habitudes? Et je m’étonnais que Tom reste aussi évasif lorsque j'ai voulu le faire parier sur l'inspiration de ces mots... « La ligne de départ, c'est Dave qui l'a trouvée. « Don’t Come Around Here No More » en fait est une formule qui sonne très Sud. Le reste de la chanson a été écrite par moi. C’est une chanson d’amour ? Oui. Hum... C'est une chanson d'amour avec un feeling très froid presque glacial. Sinistre en un sens. Je crois que tout le monde en arrive à ce point dans une relation où... C'est assez méchant. Tu as vu la vidéo ? Quand j'ai vu celle de « You Might Think » des Cars, j'ai trouvé  ça vraiment différent du reste et j'ai appelé Jeff Stein. La chanson lui a plu et il a accepté de travailler dessus. Je déteste qu'on m'impose une image sur une chanson. Ça tue complètement toute la partie imaginaire que la musique est censée exciter. Je pense que cette vidéo propose une image, mais qui est suffisamment éloignée du sens littéral de la chanson pour que chacun continue a y mettre ce qu'il veut. Au niveau des idées, c'est le résultat d'un travail entre Jeff, Dave Stewart et moi. Dave a eu par exemple l'idée de jouer du sitar sur un champignon géant. L'image des filles qui jouent du violoncelle en se servant de Flamants Roses comme archers m'est venue après avoir vu une version ciné de  « Alice au Pays des Merveilles », tournée dans les années trente.On y voyait des gens jouer au croquet avec des Flamants. Toute l'idée de cette vidéo était de choquer, mais sans le faire ouvertement, sans faire appel à ce qui est communément considéré comme choquant. Étant originaire de Floride, tu te considères comme sudiste ? Oui. Surtout dans le coin d'où je viens, le Nord de la Floride. Ce n'est qu'a deux heures de route de la Georgie. C'est le coin des swamps et des alligators. Beaucoup des traditions culturelles de ce secteur sont liées à celles du Sud. Lorsque j'y suis retourné après « Long After Dark » je me suis rendu compte qu'il y avait là énormément de matériel. Il y avait de quoi écrire, il y a un aspect très romantique, très mystique dans le Sud. Mais je ne m'en suis rendu compte en être parti pendant presque dix ans.  Est-ce que la chanson « Southern Accent » est autobiographique ? Tu as souffert d’être venu du Sud ? Je ne peux pas dire que j'en ai souffert. Mais j'ai certainement senti la différence. Je n'ai plus trop l'accent aujourd'hui, mais je me souviens que lorsque je suis arrivé ici, il suffisait que je commande un hamburger et des frites pour qu'on me regarde comme un plouc. Cela dit, à l'intérieur des gens du Sud, il y a un peu le même rapport de mépris condescendant entre ceux des villes et ceux des campagnes. En fait, c'est même une situation assez universelle. En Angleterre, c'est l'inverse. C'est le Nord qui est mal vu par le Sud. C’est la première fois que tu fais un album avec un concept ? Oui, quoique je dirais plutôt que c'est un album avec un thème. C'est incroyable, quand j'ai commencé à m'intéresser à ça, notamment aux causes de la guerre civile. ses conséquences et à quel point ça a pu laisser des marques, j'ai' accumulé une quantité incroyable de matériel. J'avais largement assez pour faire un double-album. J'ai préféré utiliser des images, et laisser le truc un peu plus souple. Je ne pense pas que le rock se prête vraiment à une approche documentaire. D’où vient la chanson « Rebels » ? Je l'ai écrite après m'être baladé dans Atlanta. J'ai été frappé par le contraste entre les gens qui y habitent, l'incroyable campagne autour et l'allure ultra-moderne, très yankee en fait, de la ville. C'est curieux parce qu'on ressent encore très bien ce truc du « De quel côté es- tu ? ». Tu as plein de gens qui portent des badges ou des T-shirts avec des phrases du genre « Hell knows we ain't forgiven ». Les sudistes sont durs à cerner, pleins de contradictions, ils peuvent être très réticents vis-à-vis de l'étranger, être pleins de préjugés et en même temps ne pas en avoir du tout, être les amis les plus fidèles du monde. Tu as encore plein de gens qui essayent de justifier le refus d‘abandon de l'esclavage. « On ne les traitait pas si mal », ce type de raisonnement, mais en même temps, il y a une interaction, un voisinage entre noirs et blancs, beaucoup plus réel que dans le Nord ou c'est un peu chacun dans son ghetto. Est-ce que tu aimerais retourner habiter là-bas ? J'aimerais pouvoir y aller plus souvent, faire l‘aller-retour. J'aime bien la Californie, mais j'en suis un peu fatigué, Je crois que LA n'est pas une ville où il est facile de vivre longtemps. Comme le dit Dave Stewart, « Tu ne peux pas te contenter de t'asseoir et attendre que l'inspiration vienne, il faut s'y mettre ». Parce que si tu n'écris pas une chanson, quelqu'un peut aussi bien t'inviter a une party. ll y a trop d'éléments périphériques à la musique. Un artiste peut être perpétuellement diverti. Tu peux glandouiller pendant des mois. Ce n'est pas exactement l'endroit le plus créatif du monde. Tout l ‘environnement est déjà passé par un filtre. Je pense que c'est une des raisons qui explique que la scène musicale a LA s'est un peu tarie ces deux dernières années. Tu continues à t'intéresser aux nouveaux groupes ? Je pense notamment à Lone Justice ? Je les ai vus au Palomino. C'est sans doute l'endroit que je préfère a Los Angeles. Tu peux y Voir Merle Haggard jouer et descendre de scène pour aller boire un coup au bar sans que personne ne vienne le déranger. Lone Justice y jouait souvent et j'ai trouvé leur approche, qui rappelle le country sans en être vraiment, dans la forme très intéressante. C'est surtout Benmont. l'organiste des Heartbreakers, qui s'est branché avec eux. Pendant un moment, il était presque devenu membre a part entière du groupe.  Vous avez donné à Maria McKee « Never Be You » pour la Bande originale de « Streets of Fire » et « Ways to Be Wicked » pour le premier album de Lone Justice. Vous aimez voir vos chansons reprises ? Oui ; quand c'est bien fait. Il m'est arrivé aussi de ne pas reconnaître ma chanson. Je pense par  exemple que la version de « Breakdown » par Grace Jones est  excellente. Ça doit être la meilleure reprise qui ait été faite d'un de mes titres. J'ai par contre horreur de la version de Suzy Quatro. « Never Be You » va être enregistré dans une version country par Rosanne Cash. Que pensez-vous de cette soudaine vogue pour la country ? Je crois que ça ne peut être que bon. Pendant trop d'années, les gens ne semblaient pas savoir d'où venait la musique qu'ils écoutaient. Il m'a fallu du temps pour aimer la country. C'était la musique de mes parents et par principe je la refusais. Je me souviens avoir vu les Byrds se faire jeter en Floride, dans le Sud pourtant, parce qu'ils jouaient de la country, à l'époque de « Sweet Heart of The Rodéo ». Pourquoi avoir choisi ce tableau pour la pochette du disque ? J'ai demandé à un ami qui connaît bien la peinture de me trouver un tableau datant de la période de la guerre civile. Et le premier qu'il m'a amené est cette toile de Winslow Homer. J'ai trouvé que ça collait impeccable: les couleurs, le feeling que ça dégageait. Ce n'est qu'après que j'ai remarqué le titre du tableau:  « A Veteran in A New Field ». On n'aurait pas pu rêver mieux pour résumer cet album. »   En espérant que le vétéran vienne s'occuper un peu de nos champs européens dans un avenir proche...   Propos recueillis par Youri LENQUETTE   Publié dans le numéro 205 de BEST daté d’aout 1985   

Après le choc du décès de Tom Petty, j’avais écrit dans mon hommage rendu au chanteur guitariste légendaire de Gainesvile, Florida que j’étais frustré de ne jamais l’avoir interviewé ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/tom-petty-ne-volera-plus-jamais.html ), mon collègue et ami Youri Lenquette m’a judicieusement rappelé que lui, contrairement à moi, avait tendu son micro au leader des Heartbreakers en aout 1985, pour la sortie du vibrant « Southern Accents » dans le numéro 205 de BEST: « Pourquoi ne pas republier mon interview sur Gonzo ? »…promesse exaucée, dear Youri . Thanx ! Voici donc cet entretien exclusif…

 

 

Tom Petty Sorti à la fin mars 1985, « Southern Accents » est le sixième LP de Tom Petty and the Heartbreakers. Enregistré en partie à la maison, chez Tom Petty, l’album porté par l’irrésistible « Don’t Come Around Here No More » a été produit avec la complicité de l’Eurythmics Dave Stewart, de l’ex the Band Robbie Robertson et de Jimmy Iovine. On découvrira avec l’ITW de Youri Lenquette que Petty s’est lui-même fracassé la main contre le mur du studio, un jour de totale frustration, on apprendra quelle était la genèse de la vibrante « Don’t Come Around Here No More », on verra Petty l’enfant de Gainesville assumer la filiation sudiste qui lui a inspiré le titre de l’album, comme son amour pour la country music. Enfin et surtout, ce qui transparait entre les lignes de ses propos, c’est combien  Tom Petty savait être un chic type, chaleureux et généreux, attentif aux autres, un artiste rare dont la soudaine disparition rend les choses encore plus douloureuses pour les aficionados tels que nous de son rock américain au sens le plus légendaire du terme. So long Thomas Earl Petty, tu nous manques déjà !

 

Publié dans le numéro 205 de BEST sous le titre:

 

TOM PETTY : UN REBELLE CAUSE

« Interview de Tom Petty qui mêle les accents du Vieux Sud aux sonorités les plus modernes. »

Christian LEBRUN

Southern Accents 

En 1864, le général William Sherman reprenant une tactique chère a Attila, rasait tout sur son passage sur un couloir de trente-cinq milles menant à l’Atlantique. Derrière lui, la ville d’Atlanta, fière capitale du Sud n’était plus qu’un tas de ruines fumantes. Cet épisode devait marquer la fin de la Guerre de Sécession et ce qui reste malgré les Hiroshima, Vietnam et autres Watergate. l’une des plus profondes cicatrices de l’histoire américaine. Aujourd’hui, plus d’un siècle après la reddition, et malgré quelques rigolos affublés de T-shirts  « Lee surrendered, l didn’t » plus personne ne songe raisonnablement à remettre en cause l’Union. Pourtant, deux cultures et deux traditions différentes continuent de cohabiter. Le Nord, fier de son histoire et de sa puissance, et le Sud qu’on peut tour à tour voir redneck, raciste, et retardé, digne, romantique et secret selon les livres qu’on a lus, les films qu’on a vus ou les disques qu’on a écoutés. Nul doute qu’avec « Southern Accents ». Tom Petty a choisi son camp. Originaire de Floride, Petty a gardé, malgré dix ans passés entre Los Angeles et des tournées autour du monde, les traditionnelles qualités sudistes. D’un contact direct et simple, il a exactement l’air de ce qu’on peut voir sur les photos. Cheveux mi-longs blonds, mâchoire chevaline, petites lunettes à la Roger Mac Guinn, chemise à pois et une voix qui se traîne comme un alligator au-soleil. En Europe, sa réputation ne dépasse guère le cercle des amateurs avertis. Aux États-Unis, il est un artiste respecté et une star, quelque chose comme un dauphin de Springsteen. Après deux années de silence complet. « Southern Accents » s’est mis en orbite en haut des charts, sans rencontrer aucun problème. Deux ans qui ont été utilisés par Tom et ses Heartbreakers pour, outre leurs activités extérieures avec  des gens AUSSI divers que Lone Justice, Dylan, les Ramones, Rank & File ou les Eurythmics, élargir et diversifier leur champ d’action  « Hard Promises », intéressant mais trop  intimiste pour ne pas avoir été sous-évalué à sa sortie, et « Long After Dark », plus brillant, mais calqué sur l’approche de  « Damn the  Torpedoes », appelait à ce changement.

Avec « Southern Accents », Tom Petty touche à tout : soul. country ou psychedelisme eighties. Un album casse-tête qui lui valut aussi une main brisée contre le mur du studio. Au moment de cette interview, Tom commençait tout juste a retrouver l’usage normal de sa main.

« Tom Petty :  J’ai eu un réflexe complètement idiot. Je n’étais même  pas en colère. Juste frustré… Et je suis allé frapper le mur du studio. J’ai eu de la chance finalement. Je peux maintenant jouer de nouveau pendant une heure et demie d’affilée avant que ça ne commence à me faire mal. Quand ça s’est passé au mois d’octobre, les médecins n’étaient même pas surs que je pourrais rejouer de la guitare. C’est complètement débile d’avoir fait ça. D’après ce que m’a dit le spécialiste qui m’a soigné, neuf cas sur dix de mains cassées sont dus à ce genre de mouvements d’humeur.

En dehors de ce contretemps, combien de temps avez-vous effectivement passé sur cet album ?

Environ un an et demi. Mais c’est dur à dire dans la mesure où nous travaillions chez moi. Je me suis fait construire un studio. J’ai quarante-huit pistes et tous les trucs à la pointe de la technologie. L’ennui, c’est qu’avec ça il est difficile de savoir quand commence et quand s’arrête le travail.

Vous préférez travailler ainsi ?

Disons que c’était utile pour cet album dans la mesure ou nous avons voulu expérimenter. Ça nous a permis de le faire sans nous soucier du temps qui passe et des dépenses que ça incombe. Ce qui me manque par contre, c’est les moments passés a conduire pour aller au studio ou en revenir. Ça permet toujours de prendre le temps de décompresser avant de rentrer chez soi, de se mettre un peu les idées en place… Là, tu finis de bosser, et hop tu te retrouves au lit et impossible de fermer l’œil pendant des heures. Mais bon, ça s’est avéré utile pour ce disque. Nous avons enregistré au total plus de vingt chansons, avec quelquefois cinq ou six versions différentes du même titre, nous avons beaucoup bossé dessus, mais en même temps, je tenais à ce que ça ne s’entende pas trop. Je tenais absolument à ce que ce disque ne sonne pas trop ouvragé et réfléchi. En fait, une des raisons principales de construire ce studio tient au problème que j’ai toujours eu de retrouver au moment de faire un disque le feeling des démos que j’enregistrais sur quatre pistes. Là, lorsque je travaille avec Mike, ou avec le groupe entier, nous enregistrons directement les démos sur une grosse bande et si c‘est bon on n’y touche plus.

Tom Petty

On parlait à un moment d’un album live ?

C’est une autre cause du délai qui s’est écoulé entre  « Long After Dark » et  « Southern Accents ». En fait, nous avons trié, mixé et produit un double-album live enregistré plus ou moins de nos débuts jusqu’à aujourd’hui. Le disque allait sortir, mais au dernier moment j’ai préféré ajourner sa parution. Je ne crois pas que ça apportait grand-chose de nouveau. Je ne voulais pas donner l’impression de vouloir vendre notre passé. ( En fait, le live « Pack Up the Plantation Live » est sorti six mois après « Southern Accents » en novembre 1985 : NDR)

Sur cet album vous utilisez des cuivres, c’est une idée que vous aviez depuis longtemps ?

Non. En fait j’avais composé « The Best of Everything » pour  « Hard Promises », mais pour diverses raisons cette chanson n’a pas été utilisée. Robbie Pobertson m’a demandé le droit de l’utiliser pour la bande originale du film King of Comedy  qu’il était chargé de réunir. C’est lui qui, de sa propre initiative, a rajouté des cuivres. Et le résultat m’a agréablement surpris. Du coup, j’ai eu envie de traiter la chanson de cette façon pour cet album, dans la mesure ou au bout du compte, MCA avait refusé à Robbie le droit de l’utiliser pour le film.

Comment êtes-vous venu à travailler avec Dave Stewart ?

On s’est rencontré par l’intermédiaire de Jimmy lovine. ll y a un an, les Eurythmics avaient décidé de faire une pause d’un mois à Los Angeles au milieu de leur tournée américaine. ll est venu un soir au studio, il m’a passé quelques bandes qu’il avait enregistrées et m’a demandé si ça m’intéressait qu’on essaye de travailler ensemble. On a dù bosser quinze jours, mais en fait ça a tellement collé dès le début que nous avons posé les bases de  « Make it Better » et de « Don’t Came Around Here No More » pendant la première demi-heure de notre rencontre. Dave est vraiment très branché par le rock ‘n roll. Je crois que c’est une erreur de les assimiler a tous les groupes anglais a bip- bip. Je me souviens avoir été réellement sur- pris lorsque j’ai entendu « Sweet Dreams » pour la première fois. Les paroles étranges, la voix d’Annie, le côté à la fois simple et profondément vrai de la chanson… D’autant que Dave n’est pas vraiment un allumé des keyboards et de la technologie comme je le pensais , son instrument préféré reste la guitare. Le nouvel album des Eurythmics est bourré de parties de guitare magnifiques. Lorsqu’on s’est décidé à travailler sur « Don’t Came Around Here No More », nous avons pris dès le départ le parti de faire de cette chanson quelque chose de différent, quoi que ce soit à l’arrivée. Tous les jours nous rajoutions un truc sur la bande. Dave a eu l’idée du sitar, j’ai eu envie de mettre les violoncelles et puis on a pensé à mettre les chœurs féminins… Jusqu’au dernier moment j’ai hésité entre les différents mixes et les différentes versions de cette chanson. Tu as quelquefois l’impression de ne pas avoir affaire au même titre.

Ce n’était pas un choix évident pour un single qui tranche beaucoup avec votre style habituel ?

Oui. Je sais. Je me souviens avoir fait écouter ce morceau a des amis avant qu’il ne sorte, et les réactions étaient assez mitigées. Mais d’une manière générale je trouve dommage que les singles ne soient pas plus surprenants. Je crois que l’utilité première, et ce qui fait la force d’un quarante-cinq tours, c’est justement d’offrir un certain espace de liberté, un moyen d’essayer des choses. Un album demande une certaine cohérence. une forme de logique interne. Or j’ai l’impression que ces temps-ci, le problème est pris a l’envers. Les singles sont de plus en plus bâtis sur une formule. Je me souviens quand j’étais môme de l’effet qu’ont pu faire des singles comme « ltchycoo Park », « Eight Miles High » ou « Paint lt Black ». Cette manière de prendre à contre-pied les habitudes. Je ne dirais pas que j’aime tout ce qu’il fait, mais on peut reconnaitre a Prince le talent de savoir faire de grands singles. La première fois que j’ai entendu « When Doves Cry », j’ai manqué mettre ma voiture dans le fossé. »

Tom Petty

Foutre ma voiture dans le fossé, c’est justement ce qui a failli m’arriver lorsque pour la première fois « Don’t Come Around Here No More » a jailli de l’auto-radio. L’intro au sitar avec une demi-longueur d’avance sur Prince et son « Around The World in A Day » les mille feintes sonores, la mélodie rampante et déglinguée en font à coup sûr le single de l’année, so far. Une des plus belles réussites de Tom, une chanson, qui par son excellence, a presque tendance a éclipser le reste de l’album. Signée par Jeff Stein (déjà responsable avec «  You Might Think » pour les Cars d’un des rares clips non sous- produit du cinéma et de la pub), la vidéo est magnifique, sorte d’Alice au pays du LSD, truffée d’images fortes et à la limite du malsain. Sans parier évidemment du double-sens des paroles, tellement évident que je ne m’en suis aperçu qu’après cette interview. « Don’t Come Around Here No More », l’avertissement peut sonner comme le point final d’un amour déçu. Ou le début de bonnes résolutions face à de mauvaises habitudes? Et je m’étonnais que Tom reste aussi évasif lorsque j’ai voulu le faire parier sur l’inspiration de ces mots…

« La ligne de départ, c’est Dave qui l’a trouvée. « Don’t Come Around Here No More » en fait est une formule qui sonne très Sud. Le reste de la chanson a été écrite par moi.

C’est une chanson d’amour ?

Oui. Hum… C’est une chanson d’amour avec un feeling très froid presque glacial. Sinistre en un sens. Je crois que tout le monde en arrive à ce point dans une relation où… C’est assez méchant. Tu as vu la vidéo ? Quand j’ai vu celle de « You Might Think » des Cars, j’ai trouvé  ça vraiment différent du reste et j’ai appelé Jeff Stein. La chanson lui a plu et il a accepté de travailler dessus. Je déteste qu’on m’impose une image sur une chanson. Ça tue complètement toute la partie imaginaire que la musique est censée exciter. Je pense que cette vidéo propose une image, mais qui est suffisamment éloignée du sens littéral de la chanson pour que chacun continue a y mettre ce qu’il veut. Au niveau des idées, c’est le résultat d’un travail entre Jeff, Dave Stewart et moi. Dave a eu par exemple l’idée de jouer du sitar sur un champignon géant. L’image des filles qui jouent du violoncelle en se servant de Flamants Roses comme archers m’est venue après avoir vu une version ciné de  « Alice au Pays des Merveilles », tournée dans les années trente.On y voyait des gens jouer au croquet avec des Flamants. Toute l’idée de cette vidéo était de choquer, mais sans le faire ouvertement, sans faire appel à ce qui est communément considéré comme choquant.

Étant originaire de Floride, tu te considères comme sudiste ?

Oui. Surtout dans le coin d’où je viens, le Nord de la Floride. Ce n’est qu’a deux heures de route de la Georgie. C’est le coin des swamps et des alligators. Beaucoup des traditions culturelles de ce secteur sont liées à celles du Sud. Lorsque j’y suis retourné après « Long After Dark » je me suis rendu compte qu’il y avait là énormément de matériel. Il y avait de quoi écrire, il y a un aspect très romantique, très mystique dans le Sud. Mais je ne m’en suis rendu compte en être parti pendant presque dix ans.

Est-ce que la chanson « Southern Accent » est autobiographique ? Tu as souffert d’être venu du Sud ?

Je ne peux pas dire que j’en ai souffert. Mais j’ai certainement senti la différence. Je n’ai plus trop l’accent aujourd’hui, mais je me souviens que lorsque je suis arrivé ici, il suffisait que je commande un hamburger et des frites pour qu’on me regarde comme un plouc. Cela dit, à l’intérieur des gens du Sud, il y a un peu le même rapport de mépris condescendant entre ceux des villes et ceux des campagnes. En fait, c’est même une situation assez universelle. En Angleterre, c’est l’inverse. C’est le Nord qui est mal vu par le Sud.

C’est la première fois que tu fais un album avec un concept ?

Oui, quoique je dirais plutôt que c’est un album avec un thème. C’est incroyable, quand j’ai commencé à m’intéresser à ça, notamment aux causes de la guerre civile. ses conséquences et à quel point ça a pu laisser des marques, j’ai’ accumulé une quantité incroyable de matériel. J’avais largement assez pour faire un double-album. J’ai préféré utiliser des images, et laisser le truc un peu plus souple. Je ne pense pas que le rock se prête vraiment à une approche documentaire.

D’où vient la chanson « Rebels » ?

Je l’ai écrite après m’être baladé dans Atlanta. J’ai été frappé par le contraste entre les gens qui y habitent, l’incroyable campagne autour et l’allure ultra-moderne, très yankee en fait, de la ville. C’est curieux parce qu’on ressent encore très bien ce truc du « De quel côté es- tu ? ». Tu as plein de gens qui portent des badges ou des T-shirts avec des phrases du genre « Hell knows we ain’t forgiven ». Les sudistes sont durs à cerner, pleins de contradictions, ils peuvent être très réticents vis-à-vis de l’étranger, être pleins de préjugés et en même temps ne pas en avoir du tout, être les amis les plus fidèles du monde. Tu as encore plein de gens qui essayent de justifier le refus d‘abandon de l’esclavage. « On ne les traitait pas si mal », ce type de raisonnement, mais en même temps, il y a une interaction, un voisinage entre noirs et blancs, beaucoup plus réel que dans le Nord ou c’est un peu chacun dans son ghetto.

Est-ce que tu aimerais retourner habiter là-bas ?

Tom Petty

J’aimerais pouvoir y aller plus souvent, faire l‘aller-retour. J’aime bien la Californie, mais j’en suis un peu fatigué, Je crois que LA n’est pas une ville où il est facile de vivre longtemps. Comme le dit Dave Stewart, « Tu ne peux pas te contenter de t’asseoir et attendre que l’inspiration vienne, il faut s’y mettre ». Parce que si tu n’écris pas une chanson, quelqu’un peut aussi bien t’inviter a une party. ll y a trop d’éléments périphériques à la musique. Un artiste peut être perpétuellement diverti. Tu peux glandouiller pendant des mois. Ce n’est pas exactement l’endroit le plus créatif du monde. Tout l ‘environnement est déjà passé par un filtre. Je pense que c’est une des raisons qui explique que la scène musicale a LA s’est un peu tarie ces deux dernières années.

Tu continues à t’intéresser aux nouveaux groupes ? Je pense notamment à Lone Justice ?

Je les ai vus au Palomino. C’est sans doute l’endroit que je préfère a Los Angeles. Tu peux y Voir Merle Haggard jouer et descendre de scène pour aller boire un coup au bar sans que personne ne vienne le déranger. Lone Justice y jouait souvent et j’ai trouvé leur approche, qui rappelle le country sans en être vraiment, dans la forme très intéressante. C’est surtout Benmont. l’organiste des Heartbreakers, qui s’est branché avec eux. Pendant un moment, il était presque devenu membre a part entière du groupe.

 Vous avez donné à Maria McKee « Never Be You » pour la Bande originale de « Streets of Fire » et « Ways to Be Wicked » pour le premier album de Lone Justice. Vous aimez voir vos chansons reprises ?

Oui ; quand c’est bien fait. Il m’est arrivé aussi de ne pas reconnaître ma chanson. Je pense par  exemple que la version de « Breakdown » par Grace Jones est  excellente. Ça doit être la meilleure reprise qui ait été faite d’un de mes titres. J’ai par contre horreur de la version de Suzy Quatro. « Never Be You » va être enregistré dans une version country par Rosanne Cash.

Que pensez-vous de cette soudaine vogue pour la country ?

Je crois que ça ne peut être que bon. Pendant trop d’années, les gens ne semblaient pas savoir d’où venait la musique qu’ils écoutaient. Il m’a fallu du temps pour aimer la country. C’était la musique de mes parents et par principe je la refusais. Je me souviens avoir vu les Byrds se faire jeter en Floride, dans le Sud pourtant, parce qu’ils jouaient de la country, à l’époque de « Sweet Heart of The Rodéo ».

Pourquoi avoir choisi ce tableau pour la pochette du disque ?

J’ai demandé à un ami qui connaît bien la peinture de me trouver un tableau datant de la période de la guerre civile. Et le premier qu’il m’a amené est cette toile de Winslow Homer. J’ai trouvé que ça collait impeccable: les couleurs, le feeling que ça dégageait. Ce n’est qu’après que j’ai remarqué le titre du tableau:  « A Veteran in A New Field ». On n’aurait pas pu rêver mieux pour résumer cet album. »

 

En espérant que le vétéran vienne s’occuper un peu de nos champs européens dans un avenir proche…

 

Propos recueillis

par Youri LENQUETTE

 

Publié dans le numéro 205 de BEST daté d’aout 1985

BEST 205

 

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