MA PREMIÈRE INTERVIEW AVEC MARK KNOPFLER

Dire StraitsVoici 40 ans dans BEST, un jeune GBD rencontrait pour la première fois, avant bien d’autres, un certain Mark Knopfler, chanteur guitariste leader, alors âgé de 31 ans, avant d’assister à son grand show Dire Straits, donné sur la mythique scène du Rainbow Theater, alter ego du Grand Rex, à Londres. Et, pour une fois, le souvent mutique Knopfler s’était montré particulièrement volubile, livrant sans filtre sa vision perso de son parcours musical et familial. Flashback…

Mark KnopflerC’était ma toute première rencontre avec Mark Knopfler avant bien d’autres pour la presse, mais aussi pour la télévision ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/la-guitare-de-mark-knopfler-en-couve-de-best-pour-la-tournee-love-over-gold.html ,  https://gonzomusic.fr/la-guitare-de-mark-knopfler-en-couve-de-best-pour-la-tournee-love-over-gold-2eme-partie.html  et aussi  https://gonzomusic.fr/?s=Mark+Knopfler ) . Christian Lebrun, mon rédacteur en chef de BEST m’avait prévenu en me confiant cette mission : le chanteur leader de Dire Straits n’était pas un « client » facile; le novice que j’étais avait donc intérêt à lui poser les bonnes questions. Pourtant, dès le début de cet entretien, Mark s’était montré à la fois ouvert et amical, se confiant même de manière surprenante. Après coup, j’ai mis cela sur le compte de nos origines juives communes d’Europe de l’Est : son père était un juif hongrois, moi ma famille venait de Russie ( désormais l’Ukraine) et de Turquie. Plus tard, lui en 87 et moi en 90, nous nous sommes découvert un autre point commun : nous étions, lui et moi, pères de jumeaux/jumelles à éduquer, vaste sujet de discussion. Mais cet hiver 81, un peu plus de trois mois après la sortie de « Making Movies », le 3èmeLP de DS,  nous étions Mark et moi encore traumatisés par le choc de l’assassinat de John Lennon, aux pieds du Dakota building le mois précédent ( Vor sur Gonzomusic   https://gonzomusic.fr/il-y-a-40-ans-john-lennon.html ). Knopfler l’évoquera non seulement durant l’ITW, mais aussi durant le concert  sur la scène du Rainbow en dédiant la chanson « News »  à l’ex-Beatles. Déjà star du rock et pourtant si simple et si cool, jamais il ne tentera d’esquiver la moindre de mes questions, y compris les plus indiscrètes d’un jeune reporter de 24 ans. Mark évoque ainsi ses débuts de prof puis de journaliste. Il se souvient aussi qu’avec sa première guitare, une copie de Fender Stratocaster ( qui a inspiré le logo de Dire Straits)  à 15 ans, il avait fait sauter le poste de radio familial.  Il me rappelle également la véritable signification du nom Dire Straits : dans la dèche. Il évoque sa rencontre avec Bob Dylan à LA et leur  première collaboration sur « Slow Train Coming », comme son travail en studio avec Phil Lynott ou  avec les maniaques du son, Fagen et Becker de Steely Dan. Sans oublier d’évoquer, pour illustrer son désintérêt total de la flambe et de la frime, le chiotte en or qu’il n’achètera jamais de sa vie.

Publié dans le numéro 151 de BEST sous le titre :Dire Straits

 

BANDE ORIGINALE

« DIRE STRAITS: Groupe anglais dont le son nouveau et certainement pas anglais a pris par surprise les hit-parades mondiaux.

MARK KNOPFLER:  Leader de Dire Straits, guitariste sensible et inventif, conçoit ses compositions comme la musique des films qui passent dans sa tête ou son champ de vision.

GÉRARD BAR-DAVID:  Jeune reporter de BEST, rapporte de Londres une cassette sur laquelle il fait parler Mark Knopfler et c’est assez rare, parait-il. » Christian LEBRUN

 

Le couloir du métro a l’air tout droit sorti d’une scène de « Métropolis ». Il court loin devant moi et je n’en vois pas la fin. À quinze heures de |’après-midi, on croise quelques grappes de néo-punkettes en mini-jupes a carreaux. La touffe verte ou pourpre et le visage livide, les minettes de la crise ont l’air bien désœuvrées. À la sortie, le jour est aussi triste que leur visage est blême. Pour ses cinquante ans, le bon vieux Rainbow, lui, ne s’est pas maquillé : c’est une bâtisse aux contours flous, un kitch ciné banlieusard. Pourtant, dans la mythologie rock and rollienne, le Rainbow, c’est du solide comme le Roxy de LA ou le Paradiso d’Amsterdam. Si l’on était tenté de l’oublier, Clapton et son « Rainbow’s Live » sont là pour nous le rappeler.

Mark KnopflerPour quatre dates, «L’Arc en ciel» héberge Knopfler et sa bande. Mais à cette heure, le Rainbow ressemble plus au navire du « Hollandais volant » qu’à une salle de concert. Sur le plateau déserté où I’on tourne le dernier Knopfler, en dehors d’une antique caissière, il n’y a pas âme qui vive. Pour rejoindre Dire Straits, il faut longer le  vieux vaisseau par sa gauche, compter cinq séries de coursives-sorties de secours pour enfin trouver l’entrée dite « des artistes ». On frappe d’abord (crainte ancestrale du service d’ordre-musclé-mais-zélé-style le Palace), mais pas un body ne se manifeste. Alors, on finit par pousser la porte de bois qui s’ouvre sur un dédale de couloirs et d’escaliers qui courent de tous côtés. Je tombe enfin sur un indigène qui me branche sur une nana du style « under assistant West Coast promotion manager ». Elle est grande, plutôt jolie et porte une paire de superbes godasses léopardisées. J’ai bien envie de lui demander d’où elles viennent, mais ça ne fait pas très sérieux… « Mark ?… C’est vous qui aviez rendez-vous ? Il est en interview avec un journaliste ». Et elle me propose une tasse de thé. Moi, je préfère encore zoner pendant 1/2 heure. En quête d’un pub ouvert, je n’ai trouvé qu’un «Fish and Chips» où une machine à sous, un « bandit uni-brassiste » comme on dit là-bas, m’a délesté de toute ma monnaie. Tant pis, s’il le faut, je ferai les poches du Knopfler pour reprendre mon métro: comme chez Tex Avery, c’est la dure loi de l’Ouest ! Top chrono, 30 minutes se sont écoulées. Le clap fait un bruit sec dans ma tête: interview Knopfler…2ème ! Je retrouve dans les coulisses ma promo-nana qui me conduit à son maitre. Encore une porte, et voilà que parait le boss. Mark Knopfler me tourne le dos. II est si attentif au chant de son artiste favori, un canari très funky dans sa cage au fond de la pièce. Mon cowboy britannique se retourne, le verre de vin à la main. Il me sourit pendant que sa main s’avance vers la mienne. C’est drôle, mais je n’avais jamais remarqué son point commun avec Elton: la coupe de cheveux. Mark les perd par poignées. Dans un coin, un canapé semble nous attendre ; le décor est planté, mon magnéto aussi… Action !

Rainbow Theater

The Rainbow Theater

« C’est ton baptême de « Rainbow » ?

Non. L’année dernière, je crois que c’était à la même époque, Dire Straits a déjà passé quelques soirées ici.

Comment était-ce ?

Le Rainbow est une vraie légende. Mais cela n’y change rien, ce qui importe, c’est le public. Les Anglais sont un peu trop nonchalants. Ils ne participent jamais assez. Parfois, heureusement, on a de la chance. Une étincelle fait jaillir leur énergie, et à ce moment-là, seulement, ils se manifestent. Encore faut-il trouver le truc.

Ils ne sont pas assez démonstratifs ?

(une gorgée de vin) Oh, la nuit dernière, tout s’est très bien passé (Haha) surtout à la fin du show. C’est comme à Paris, New York ou Amsterdam… excuse moi. (il s’adresse à une assistante) Hé, tu peux me poster cela avant ce soir, c’est super important ».

En seulement trois ans, Dire Straits a su filer à train d’enfer sur les pavés du rock. Trois ans, trois albums: « Dire Straits », «Communiqué» et « Making Movies» avec un «son» complètement identifiable grâce au coup de patte de Knopfler. Mark collectionne les disques d’or comme les gringos les encoches sur la crosse de leur revolver.

« Alors… d’où viens-tu Johnny ?

Je suis né près de Glasgow, à Newcastle-Upon-Tyne. Avant de fréquenter les salles du fond des pubs où l’on joue, j’ai pas mal trainé. Mais, je me souviens de mon premier vrai boulot, c’était dans un journal.

Tu étais rédacteur ?

Oui. Pendant deux ans.

Sur quoi écrivais-tu  ?

Oh, sur n’importe quel sujet, du moment qu’on me payait. Je n’avais pas le choix. Après cela, je suis allé en fac étudier l’Anglais. Ensuite, j’ai recommencé la cavalcade des petits boulots. Moi, je voulais être musicien, mais en attendant, il fallait bien bouffer. J’ai même été prof trois années de suite dans un collège.

Quel genre de relations avais-tu avec tes élèves ?

Très amicales parce que j’adorais cela. J’ai vraiment pris du bon temps dans l’enseignement. Je faisais ce que je voulais, l’administration ne me cassait pas du tout les pieds. Je composais moi-même mes programmes.

Et tes élèves, ils ont eu du bon temps avec toi, eux ?

Ils n’ont pas eu à se plaindre. Et puis, les résultats scolaires étaient excellents, alors…

Es-tu un gosse de riche ?

Non, au contraire. Ma famille était très midle class. Je n’ai pas oublié le temps où on n’avait pas les moyens de se payer une bagnole ou la télé, alors que tous nos voisins roulaient en Vauxhall et s’abrutissaient face à I’écran vert.

À quel moment de ta vie t’es-tu Jeune Mark Knopflerdécidé, à te vouer à la musique ?

Quant j’ai commencé à marcher. La musique, c’est ce que je voulais le plus au monde.

Qu’est-ce que tu écoutais ?

Tout, même si j’étais fou d’Elvis. Puis, les Shadows sont arrivés, ainsi que tout le reste. Vers 14 ans, je me suis branché sur le blues. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de concrétiser mes rêves. J’ai commencé à harceler mon père pour qu’il m’achète une guitare. Tous les soirs, c’était ma rengaine : je veux une guitare, je veux une guitare, je veux une guitare… À quinze ans, j’ai eu mon instrument.

Tu as bossé pour l’avoir ou ton père a fini par craquer ?

J’ai économisé un peu. Mais mon père en avait vraiment marre de m’entendre geindre pour cette satanée guitare. Tous les soirs, je lui montrais des catalogues. Papa… papa regarde ça. Je voulais absolument une guitare électrique rouge, je l’ai obtenue, mais je n’avais pas encore d’ampli. C’est comme ça que j’ai explosé le poste de radio familial.

Quoi… tu as connecté ta guitare sur le poste a galènes ?

Oui et il a sauté. J’ai dû attendre quelques mois avant de pouvoir brancher ma copie rouge de Strato sur un véritable ampli.

Dre StraitsC’est de là que vient le logo « Dire Straits » ?

Oui, c’est un clin d’œil au passé. J’avais tant rêvé d’une Fender-Strato. Pour mes copains et moi, c’était vraiment le mirage. On était comme les mecs qui salivent les vitrines des magasins d’autos, sauf qu’on bandait sur une Gibson au lieu d’une « Type E ». Comme on ne pouvait pas se payer les instruments, on dévalisait les présentoirs de catalogues. Maigre consolation !

Est-ce qu’il y a une signification derrière « Dire Straits » ?

Dans la dèche… c’est un chouette nom, pas vrai !

Tu étais vraiment dans la merde ?

Comme pas mal de gens en Angleterre, c’est la crise !

Comment le groupe s’est-il retrouvé signé sur le label Vertigo ?

On avait fait une maquette, Pick le batteur, Johnny le bassiste, mon frère et moi. 5 chansons enregistrées en un week- end. On l’a envoyée à Charlie Gillett, un fameux DJ de Radio London en lui demandant la marche a suivre pour contacter une maison de disques. Sa réponse n’a pas tardé… il a carrément diffusé la bande demo dans son show.

Tu as donc signé grâce à ce DJ?

C’était une manière de s’imposer au public de Londres. À partir de ce moment, les gens sont venus vers nous. Les propositions se sont succédées, on n’avait plus qu’à choisir.

Et parmi ces 5 titres, il y avait bien sûr « Sultans of Swing » ?Dire Straits

Bien sûr !

La première fois que j’ai entendu la chanson, je ne voulais pas croire le disquaire qui prétendait que vous étiez Anglais. « Sultans », pour moi, c’était encore du Made in USA.

Et ça ressemblait à quoi ?

Disons JJ Cale ou Dylan, si tu tiens aux étiquettes.

Je ne tiens pas aux étiquettes. Je crois surtout que le Straits a son propre son. On n’a rien à envier à qui que ce soit. Ce son, on l’a obtenu à force de bosser, de répéter des nuits entières, des nuits où je finissais par être si crevé que je m’endormais sur ma guitare. Et ça m’arrive encore. Hier, après le concert, j’ai joué dans ma chambre jusqu’à 5 heures du matin.

Ça n’est plus de la répétition, c’est du forcing !

Je ne joue quand même pas tous les soirs jusqu’à 5 heures! Mais hier, ma girl-friend était chez ses parents, alors j’en ai profité. Quand elle est à la maison, je ne joue jamais aussi longtemps.

Si tu ne joues pas, tu as la sensation de perdre ton temps ?

Des tas de fois, je me dis que je devrais m’entrainer plus souvent et plus longtemps aussi. Si tu te retrouves un moment seul dans une pièce et que ta guitare est posée dans un coin, tu dois la saisir. Tu n’as pas le droit de te priver d’une chance de jouer: on n’arrive a rien sans bosser.

Pourquoi as-tu abandonné ta Strato pour une Schecter, sur le dernier LP ?

Les Schecter sont super parce qu’on les a bien en main. Elles sont mieux conçues et mieux réalisées. Le son obtenu n’est pas nécessairement meilleur qu’avec une Strato, mais il a beaucoup plus d’ampleur. En plus, elles sont souples sous les doigts et on ne se coupe pas avec les cordes. Le seul inconvénient, c’est qu’elles sont un peu plus lourdes. (Fin de notre page de pub ).

Dire StraitsParle-moi un peu de ton jeu. On dirait que tu joues les notes deux par deux, c’est vrai ?

Très souvent. Des fois, je joue trois cordes en même temps, la 2ème, la 3ème et la 4ème.

Sur quelles chansons ?

« Sultans of Swing », justement !

C’est ça ton secret ?

C’est mon style. À mon avis, la meilleure manière de jouer. Il faut aussi y mettre du feeling, bien entendu.

En dehors de vos producteurs communs, Wexler et Beckett, comment t’es-tu retrouvé avec Dylan pour les sessions de « Slow Train Coming » ?

Dire Straits a joué au Roxy Theater ,sur Sunset Blvd à LA. Bob était à une table au milieu du public… mais je dois reconnaitre que Jerry (Wexler) n’est pas étranger à l’affaire. Bob lui avait demandé de produire son album avec Barry (Beckett) et ils venaient juste de finir le mien.

Quelle impression ça fait de travailler avec Dylan ?

Dylan and Knopfler

Dylan and Knopfler

C’est assez agréable. Quelques jours de boulot sympa et sans problème.

Et avec Phil Lynott ?

Comme un courant d’air, une seule séance d’une nuit. C’est un peu frustrant, tout comme avec Steely Dan.

Comment travaillent-ils en studio ?

Ça doit dépendre des jours. Quand j’ai joué avec eux, ils faisaient une fixation sur quelques notes qu’ils jouaient et rejouaient indéfiniment. Ces types sont des malades cliniques d’une certaine perfection. C’est pour cela que leur « Gaucho» a trainé pendant deux ans.

Tu composes et écris tous les morceaux du groupe. Parlons un peu des chansons de Dire Straits, « Lady Writer »… par exemple.

Un soir, je regardais la TV et on interviewait une femme auteur. Elle n’arrêtait pas de se faire de la pub. On pouvait le lire sur son visage, le son était coupé. Pour « Once Upon a Time in the West », c’est pareil. Je l’ai composée en regardant le film de Sergio Leone sur mon écran.

Tu as l’air d’aimer le cinéma ! Dire Straits

J’adore cela. D’ailleurs, si le dernier LP s’appelle « Making Movies », ça n’est pas un hasard, c’est que je suis un frustré de la caméra.

Après « Il était une fois dans l’Ouest », c’est « Cabaret» qui t’a inspiré ?

Tu veux parler de «Les boys »… non, même si l’atmosphère est proche de celle de « Cabaret », c’est une histoire vraie. Nous étions descendus au Hilton de Munich, une tour de verre plantée au milieu de la ville. Je me suis retrouvé au bar du dernier étage ; dans ce bar disco jouaient Les Boys. Après une tournée de 200 concerts en moins de deux ans, on a le droit d’être crevé et on peut s’offrir un remontant. Un serveur algérien nous portait verre sur verre. Le DJ était anglais. J’ai réalisé que tous ces gens, comme nous, bossaient dur et je me suis soudain senti très proche d’eux. Je pouvais ressentir exactement tout ce qui se passait dans leurs têtes. Les Boys avaient un numéro de travestis qui était assez mauvais. Mais, je conserve pourtant un super souvenir de la soirée.

Et pour « Skateaway » ? Tu as croisé une fille montée sur roller skates s’éclater, son walkman collé aux oreilles.

C’est tout à fait ça. On en voit plein partout des filles comme ça, qui tentent n’importe quoi pour échapper à leur environnement.

J’aime bien la manière dont tu décris le quotidien qui bascule grâce au Walkman.

Tout ce qui fait ton champ de vision, tout ce qui t’entoure devient un vaste écran de cinéma. La musique, c’est la bande originale du film de la vie. C’est déjà demain.

Et à quoi donc ressemble demain ?

À un tas de projets qui s’empilent en vrac, le prochain LP et quelques millions de choses a faire. Je suis comme un môme dans ce magasin de jouets de Regent Street à cinq étages ( Hamleys : NDR) . Je m’arrête devant chacun d’eux et je dis « je le veux ».

Quel est le dernier jouet que tu te sois payé ?

Des guitares. Je crois que c’est Mark Knopflertout. En fait, j’achète très rarement des choses pour moi, j’aime mieux faire des cadeaux autour de moi. Je viens d’offrir à ma petite amie une bague et un bracelet.

On dirait un cadeau de mariage ?

C’est presque un cadeau de mariage. Elle s’appelle Lourdes. C’est une femme miracle  ( humour  !) ! (Ils se marieronts en 83 et elle lui donnera des jumeaux en 87 : NDR)

Elle t’inspire des chansons ?

Tout ce que j’écris est inspiré par mon quotidien. Et elle en fait partie.

Ton quotidien n’est pas trop plein d’admirateurs démonstratifs qui te pourchassent ?

L’immense majorité des gens que je croise sont des chics types. Et je ne me gêne pas pour descendre dans la rue. Tous ces trucs qu’on raconte sur ces gens qui doivent s’isoler à cause de leur succès, c’est vraiment n’importe quoi. C’est ridicule. Tout se passe dans leur tête. II est si facile de sortir et de sourire aux gens. On ne m’a jamais pourchassé, pas une seule fois. Ces trucs de Rock and Roll star, c’est de la merde.

Le R’and R’ star système est mort ?

Il est dépassé en tous cas. Mais, les médias se défoncent comme des fous pour essayer de nous faire croire a tout ce cirque. Okay, la plupart des gens se retournent dans la rue pour dire « Hé… mais c’est Johnny, le guitariste », mais ça ne va guère plus loin. C’est ce qui a tué John Lennon, la machinerie aveugle du showbiz.

De quelle manière la combats-tu ?

J’essaye a tout prix de rester moi-même, même si mon mode de vie a évolué radicalement. Et si je sens que quelqu’un est délibérément trop cool avec moi, je m’en méfie comme de la peste. Heureusement, les flatteurs sont une minorité. Je crois que de toute façon, la faute incombe aux magazines, à la radio et à la TV. On nous vend comme de la vulgaire lessive. C’est ce qu’a fait Epstein avec les Beatles, Malcolm Mc Laren avec les Sex Pistols: créer une mania de toutes pièces. Et les médias avides avalent et recrachent n’importe quoi.

Mark KnopflerLe succès fait-il des jaloux ?

 Il y en a. Le pire, c’est que l’image qu’ils ont du succès est une caricature. Regarde les disques d’or… s’ils étaient en bois, est-ce que l’on s’exciterait autant. Ça n’est que du business. Je ne me plains pas, mais quand je vois un Lennon bouffé par ce système, je ne peux pas m’empêcher de trouver cela injuste. Personne ne s’élève contre le système parce qu’on nous fait taire avec de beaux gadgets. Tous leurs trucs qui brillent, moi, je n’en ai pas besoin. D’ailleurs, personne n’en a besoin.

Que fais-tu de ton argent. Tu t’en débarrasses ?

J’ai offert une maison à mes parents. Je me suis offert mon premier toit… je le dépense. Je n’investis pas au Stock-Exchange et je ne cherche pas non plus a échapper à mon percepteur. La preuve, je ne me suis pas encore installé aux Bahamas comme certains confrères. J’ai envie de voyager et de pouvoir inviter ceux que j’aime. J’ai envie de pouvoir m’offrir une guitare, de faire ce que font tous les gens. Je ne rêve pas d’acheter a grands frais un hélicoptère en me demandant quelle pourra bien être ma prochaine folie : des plaques en or pour la Rolls ou ce genre de conneries.

Mark Knopfler, les chiottes en or, ça n’est pas pour demain ?

Ni demain, ni jamais. Je ne m’assoirai même pas dessus, c’est obscène ! »

Mark et Hal Lindes

Mark Knopfler et Hal Lindes

Dire Straits sur scène m‘a fait osciller entre la fascination et la somnolence. Un très long show qui commence dans les ténèbres sur «Le Bon, la Brute et le Truand » (sic !). J’aurais dû demander a Mark s’il ne se déguisait pas parfois chez lui en Lone Ranger. Noyé sous une rafale de projecteurs directionnels, dès le début, Knopfler affirme sa présence. Dave, le petit frère évincé, a été remplacé à la rhythm guitar par Hal Lindes. Alan Clark jongle parmi ses claviers. La version 81 du Straits a adopté le système des instruments émetteurs et pourtant le jeu de scène se fait bien rare. Mark Knopfler est peut-être l’un des meilleurs guitareux de la planète, ça ne l’empêche pas d’être coincé. Tout dans les doigts, rien dans les jambes. Sa guitare d’argent nous renvoie la lumière des projos, mais elle est bien la seule à bouger. « News » sera dédiée à John Lennon, « Skateaway» à monsieur Masaru Ibuka « papa» du Walkman Sony: chacun y trouve son compte.

Mark KnopfleLe Rainbow, c’est le frère jumeau du Rex : des étoiles au plafond et un décor rococo de villas de carton-pâte qui surplombe la scène ; voilà la toile de fond parfaite pour le néo-romantique « Roméo and Juliet ». Malgré le regain énergétique de «Solid Rock» ou d’« Expresso Love », du côté public, on ne speede pas vraiment. J’ai pourtant derrière moi deux monstres mutants gras et laids comme des yétis qui grondent de satisfaction. À chacun des titres, ils éjaculent littéralement par outre de vin interposée. J’en ai plein les oreilles. Parmi la masse compacte et homogène des compositions Dire Straitiennes, il n’y a vraiment que « Les Boys » qui émergent un peu. Dommage que Marko raconte sur scène mot pour mot la même anecdote que cet après-midi dans les coulisses. Ces techniciens manquent parfois un peu d’imagination ! Peut-on en vouloir a Dire Straits de faire son job de Dire Straits ? Le son rapide et sophistiqué de la guitare de Knopfler s’étire comme un bubble gum sur toutes les chansons, mais on en a pour son argent. Deux rappels, près de deux heures de spectacle et un lâcher de ballons, ça, c’est du show, presque du rétro… Il est vrai que Knopfler est une sorte d’anachronisme. Sa musique glisse sur la barrière du temps comme les films qui l’inspirent tant.

 

Publié dans le numéro 151 de BEST daté de février 1981BEST 151

 

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