La guitare de Mark Knopfler en couve de BEST pour la tournée « Love Over Gold »

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Mark Knopfler in NYC

C’est à l’été  1983 que Dire Straits, boosté par la popularité de son 4éme LP « Love Over Gold » et son single « Private Investigations », s’offre pour la première fois la couverture du mensuel BEST. Dépêché à New York par son rédac chef Christian Lebrun, GBD rencontre Mark Knopfler pour la seconde fois .

 

Couve BEST n°:180 de Juillet 1983Début juin 1983, Mark Knopfler est en train d’œuvrer au Power Station de Manhattan aux cotés du Zim’, Bob Dylan himself pour produire ce qui deviendra l’album « Infidels ». Aux States, à cette époque, Dire Straits est encore inconnu au bataillon. Distribué par le label Warner Bros, les 33 tours de la bande à Knopfler se sont pour le moment fracassés sur les récifs d’une programmation FM ultra protectionniste qui laisse encore bien peu de place aux étrangers, fussent ils British. Il lui faudra attendre deux longues années et la sortie de « Brothers In Arms ». Cette année-là va naitre la chaine de clips MTV qui va matraquer la vidéo de « Money For Nothing »- dans laquelle Mark chante si justement «  I want my MTV ».Mais en 83, à part Dylan…et moi, nul ne connaît Mark à New York. Mandaté par BEST, j’ai donc lancé mon « enquête privée » (Private investigation !) pour retrouver la trace du chanteur-guitariste à la veille d’une méga tournée européenne qui passe par plusieurs dates à Paris, concerts qui généreront le double LP « Alchemy ». Pour célébrer la publication de l’excellent « Tracker » retour vers le futur de Knopfler…avec un bond de 32 années en arrière.

DES TRUCS A DIRE

 La passion, plus que l’or et la guitare par dessus tout, Mark Knopfler, la face visible de Dire Straits, a des goûts précis. Et des dégoûts : trop parler, par exemple. Mais Gérard Bar-David en a vu d’autres …(Christian Lebrun)

Voulez-vous enregistrer avec Mark Knopfler? Printemps gris, pluie sur la cité, au lieu de tracer des comètes nébuleuses, laissez-vous plutôt inviter sur le prochain aIbum de Dire Straits …Private Investigations: Mark, la veille de sa tournée-blitz sur l’Europe, zone à New York. On l’a localisé dans les parages d’un certain studio d’enregistrement. Qui, où, comment, pourquoi: ces questions doivent trouver une réponse. D’autres fuites mentionnent la mise en boîte d’un album durant les cinq dates du Palais des Sports de Ia porte de Versailles. Private Investigations : sans imper ni chapeau mou je clique la boucle de la ceinture de sécurité, obéissant aux consignes, lumineuses du 747. Quelques heures de vol, juste un saut pour me rapprocher de Mister K. Private Investigations: fuck. A Kennedy, la blonde dans son uniforme bleu de l’immigration retourne mon passeport dans tous les sens. Elle me matraque: « Vous avez un billet de retour? », «Vous avez une adresse à New York? », « Mais quel est le but exact de votre voyage aux Etats-Unis? ». Lassé par ses questions creuses et mécaniques, je lui balance sous le nez le télex- avant le mail, avant le fax seul le télex et le télégramme permettaient d’envoyer des messages d’un point à un autre de la planète : NDR-confirmant mon contact avec Knopfler fixé au lendemain. «Mais qui est ce Monsieur Knopfler ? ». C’est désespéré.

Private Investigations: qui est Mark Knopfier? C’est la question qu’on peut se poser aux Etats-Unis. Partout ailleurs (y compris le Canada) Dire Straits joue les anges exterminateurs au sommet des charts, numéros uns et disques d’or se succèdent en formation serrée, tandis que Mark mobilise des stades entiers. Ici, le succès ne se compte qu’en estime, Dire Straits reste un groupe mineur: étrange? A qui la faute? Warner Bros, le distributeur local? Private Investigations: 83, une des années les plus productives de Mister K. D’abord ce « Love Over Gold » un peu trop peaufiné sur ses nappes de synthés. Il n’a certes pas Ia flamme, de « Making Movies », mais il marque une évolution. Bien plus spontané et surtout surprenant, «Twistin’ by the pool », le EP sorti dans la foulée rallie K à des courants plus rock: Dire Straits renoue avec l’énergie. Surprenant, Mark signe un album quasi instrumental pour la Bande Originale du film de Bill Forsyth, « Local Héro ». Excitant, la principale activité de Mark, ces temps-ci consiste à produire l’album de Bob Dylan en attendant sa méga-tournée Européenne qui prend déjà des allures de raz-de-marée.Mark Knopfler

Private investigations: ‘ça ne va pas très fort dans le showbiz U.S. La crise fait claquer des dents et l’on a de plus en plus souvent recours à la technique dite de la « décimation », comme à l’époque où une armée Romaine rentrait la queue entre les jambes. Partout c’est la dèche et surtout chez Warner. J’ai besoin de téléphoner à Best. « Impossible, ça coûte beaucoup trop cher », tranche une secrétaire. Je leur propose du cash, autant cracher dans une bouche d’égouts. Tant pis. Dans le cendrier du standard où je fais antichambre depuis deux heures, mes mégots de Camel forment un petit Empire State building. Toujours pas de Knopfler. Enfin, une secrétaire me notifie que Mark ne pourra pas se libérer aujourd’hui et que l’entretien est reporté au lendemain. Que faire, sinon boire ou flâner?

Private Investigations: cette fois, vous échapperez à mon guide du Nouveau Yorkais branché blasé: je baille au Studio 54th, je ronfle au Danceteria, etc. Plutôt errer dans les rues longilignes tracées au néon, le walkman sur les oreilles à l’écoute de « Local Hero »: j’ai l’impression de réviser mon sujet. Dans ma tête, mélangées aux trompes des taxis, les questions s’entrechoquent.

HERO

Je crois bien que, cette nuit-là, j’ai rêvé que Dylan et Knopfler se battaient en duel dans un décor de ville fantôme du far-west: once upon a time in the west ! Malgré son passeport britannique, Mark m’a toujours fait l’effet d’être un cow-boy, un Johnny Guitar des 80’s qui en pince plus pour sa guitare que pour n’importe quoi d’autre. Voilà deux ans, il était ma toute première interview pour Best. Dans la foulée de ses concerts au Rainbow, j’avais découvert un Knopfler honnête et simple, un gars timide aux frontières de l’incorruptible, intensément excité par sa musique. La dernière question que je lui avais posée l’avait fait bondir:

«- Mark, quand vas-tu enfin t’offrir des chiottes en or?     .

«- Ni demain ni jamais. Je ne m’assoirais même pas dessus, c’est obscène. », avait il alors répliqué. Et son nouvel album le prouve bien: Love over Gold, l’amour vaut bien plus que l’or. Dans l’ascenseur qui monte chez Warner, la question qui m’étreint le plus, c’est: Knopfler a-t-il changé? Au fond, je rêve très fort de pouvoir répondre: non. Cette fois, pas d’embrouilles: Mark m’attend dans un bureau, les yeux planqués derrière une paire de Ray Ban Aviator. Les mains dans les poches de son blouson de coton bleu, il semble fasciné par le spectacle des voitures qui dansent sur les chaussées défoncées, une douzaine d’étages plus bas. Une poignée de mains et l’entretien démarre:

« Parle-nous du film « Local Hero »?Knopfler-Local_hero

C’est l’histoire d’un jeune mec envoyé en Ecosse par un trust pétrolier texan dans le but d’acquérir des terres: une baie entière et son village. Le contraste de ce Texan débarqué en Ecosse donne le ton du film. J’ai dû suivre l’équipe sur le tournage pour composer la musique en accord avec l’inspiration écossaise.

Mais « Local Hero» s’inspire aussi de la country, est-ce pour refléter les origines texanes du héros?

Oui, en partie, car c’est un mélange d’influences, un carrefour entre le Texas et l’Ecosse. (Mark est né près de Glasgow); Mais cela n’est pas surprenant: les beats Celtes et Gaéliques ont beaucoup influencé la country-music.

 Tu recrées donc musicalement le choc des cultures à Ferness où les Texans veulent installer une raffinerie; or, la B.D. du film de Bill Forsyth est instrumentale sauf une chanson « The Way It Always Starts», mais au lieu de ta voix, tu as choisi celle de Gerry Rafferty, pourquoi ?

Hum Hum. Disons que, pour la voix, j’avais vraiment envie d’un chanteur. Une voix. Je voulais que ce soit exactement comme une chanson à la radio. En plus, Gerry est écossais et je lui fais chanter cet ‘espèce de tex-mex pop, une chanson de cow-boys, c’est plutôt drôle, non. Voilà pourquoi je lui ai demandé de participer aux sessions.                      .

 Et tous les morceaux sont très brefs pour re-créer les différentes atmosphères du film ?

Ils devaient coller aux différentes scènes du film. J’en ai d’ailleurs écrit bien plus qu’il n’en fallait, et Bill n’a pas pu tout utiliser.

 Tu comptes jouer certains de ces morceaux sur scène?

Bien entendu.

 ROCK

« Love Over Gold » est aussi l’album de Dire Straits où les plages instrumentales sont les plus longues. Cela signifie-t-il que tu vas chanter de moins en moins?

Honnêtement, je n’en sais, rien. Je crois que je n’y ai jamais pensé. Je ne sais jamais à l’avance ce que l’avenir me réserve. Parmi toutes les possibilités qui s’offrent à moi, la seule chose dont je sois vraiment sûr, c’est que je continuerai toujours à faire de la scène.

 La preuve, cette méga-tournée européenne.

En tout, trois mois de gigs, jusqu’à la fin juillet. Avec un énorme concert en Irlande et un benefit à Londres au profit de l’enfance inadaptée.

 C’est un problème qui te concerne directement?

Pas spécialement, mais l’idée m’a touché. Cela dit, ça dépend aussi de l’opportunité dans les tournées. Nous n’en sommes plus au stade où il suffit de louer un camion, de le charger jusqu’à la gueule et de foncer sur les routes. Aujourd’hui, nous sommes un peu plus de trente, une structure qui ne nous permet plus de foncer à l’aveuglette.

 83 semble être l’année des groupes anglais dans les charts U.S. Dire Straits va t’il enfin percer ici?

Tu sais, tout cela m’est assez égal. Ici, je n’écoute jamais la radio. D’ailleurs, je me demande bien qui peut l’écouter. La radio est aussi insupportable que les grandes chaines de télé: je ne tiens pas plus de dix minutes.

 « Love Over Gold » est assez différent de « Making Movies ». On y trouve plus de synthé, plus de mélancolie aussi.

C’était mon état d’esprit au moment où je l’ai enregistré, la prochaine fois, ce sera autre chose.

 Comme le EP, « Twistin’ by the pool»?

En Europe, nous avons fait plus de quinze shows TV. avec « Private Investigations ». Après avoir joué quinze fois « Private Investigations », j’avais vraiment besoin de me replonger dans le rock. Le lendemain du jour où nous sommes rentrés, j’ai poussé le groupe en studio. On a enregistré les trois titres en trois jours, dans un petit studio. Le résultat est assez improvisé, très instinctif, totalement opposé à un truc comme « Love Over Gold» où on a passé un temps insensé sur le son. Je crois que sur le prochain Dire Straits nous reviendrons à quelque chose de plus spontané. Halte aux overdubs, trois mois, c’est bien trop long pour un album. Le prochain devra· être bouclé en trois semaines maximum.

 A propos, Dire Straits n’a jamais publié de Live?Mark Knopfler

A Paris, justement, les shows seront enregistrés sur une console de studio mobile et, si c’est excitant, nous sortirons l’album. Je crois que le public ne sera pas déçu car nous avons ré-écrit un certain nombre de chansons pour la tournée: des versions différentes sont toujours une surprise.

 Mais tu restes toujours fidèle à ta technique qui consiste à pincer les cordes deux par deux ou trois par trois en même temps?

Bien sûr, c’est ma marque de fabrique, mais ça n’est pas aussi facile qu’il y parait. Mais quand tu donnes une apparence de facilité aux difficultés, cela se passe toujours mieux.

(fin de la 1ére partie de cette interview publiée dans le numéro 180 de BEST daté de juillet 1983….)

Dans une seconde partie, Mark abordera- entre autres- sa collaboration avec Bob Dylan sur le LP « Infidels » qu’il produisait à ce moment-là…..A suivre….

Seconde partie de cet entretien exclusif de 1983

https://gonzomusic.fr/la-guitare-de-mark-knopfler-en-couve-de-best-pour-la-tournee-love-over-gold-2eme-partie.html

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