RAMON PIPIN « C’est mieux que si c’était pire »

Ramon Pipin16 compositions d’un éclectisme musical vertigineux, si riches en références de la culture rock, interprétées par des instrumentistes hors-pairs, sur des textes à l’humour sucré-salé, ce 18ème album de Ramon Pipin semble décidé à tenir toutes ses promesses, pour nous étourdir de son imparable et puissant rock and drôle. Car bien au-delà de son titre calembour, je peux vous assurer que « C’est mieux que si c’était pire » m’a littéralement déçu en bien. Et je pèse mes mots.

Ramon PipinMais où trouve t’il toute cette énergie ? Et ce sens inné du délire ? Mais Ramon Pipin ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/?s=Ramon+Pipin ) n’est-il pas un guerrier du rock qui ne rend jamais les armes ?  Et aux hommes de peu de foi qui pourraient encore en douter, ce « C’est mieux que si c’était pire » au titre si croustillant, le prouve de la manière la plus cinglante. Car ce rock ne se contente pas d’être simplement aussi fun que virtuose, ciselé avec art, chaque titre est un petit bijou d’humour décalé, doublé d’une belle imagination musicale, qui déborde de références de Led Zep aux Beach Boys, du Tom Tom Club à Rammstein, de Deep Purple à Weather Report. Capturé au fameux studio ICP de Bruxelles, expertement, composé, arrangé et réalisé par Pipin himself, ce projet est aussi courageux et à contre-courant que captivant, c’est un sacré disque de mensch.

Ramon PipinEt « C’est mieux que si c’était pire », la chanson-titre ouvre le bal en version électro-choquée funkée blanche à la Talking Head, portée par un texte forcément sucré salé, à la fois sarcastique et tendre. Mention spéciale à ses violons orientaux, qui nous font voyager dans les oreilles. Et à ce propos, le trip se poursuit avec « Budapest ».« Je ne connais pas Budapest / J’y ai jamais foutu les pieds / Budapest je déteste, c’est à fuir comme la peste »… chante Ramon, sur ce texte délicieux, aux mots en chausse-trappes, sur une musique qui pulse quelque part entre Weather Report et Deep Purple pour un des hits incontestables de l’album. Puis avec « Est-ce que tu sais ? » les guitares incisives metal boogie cool comme Aerosmith ou les Rolling Stones entrent en action, pour une efficacité rock maximale et l’on se dit que… y’a pire dans la vie, non ? « Les chiffons » marquent un retour à la case électronique, mais cette fois façon Devo ou Tom Tom Club, sur un beat irrésistiblement entrainant et joyeux, et un texte totalement délirant, voué au culte des « schmattès », avec en bonus une citation instrument-jouet de « Smoke On the Water » pour constituer un nouveau hit de ce CD. Moment de respiration et de philo grâce aux « Trois Physiciens », où Ramon continue à cultiver l’absurde avec art sur ce texte dingue sur trois scientifiques plantés par leur voiture qui se révèle… électrique en fait. « Soyez gentils » (avec madame Caplan) évoque la chance aux abonnés absents, sur des paroles forcément décalées et plaquées sur un rock funky. Plus surprenant, « Le silence » démarre a capella charmant avec chants d’oiseaux et gentille mélodie à la « Et j’entends siffler le train »… avant d’exploser en déflagrations destroy et assourdissantes comme Rammstein… et ça fait même peur à la fin ! Encore une de mes préférées avec « Intérieur queer », au titre calembour qui sonne un peu Pet Shop Boys électro pop, et qui enchaine tant de jeux de mots faciles, mais oh combien tentants sur ce drôle de coming-out aussi fun que tubesque. Lorsque « Crash Boom Bang » se révèle fantasque et grandiloquent porté par les cuivres un peu Kurt Weillien et en tout cas sacrément tonitruant, au contraire « Les mots doux » misent sur les violons violons pour un menuet rétro-moderne entre Jean Baptiste Lully et Brian Wilson.

Ramon PipinSur « Les gens simples » Ramon Pipin évoque à la fois le « Good Vibrations » des Beach Boys et le « Every Move You Make » de Police, sur un texte férocement décalé, pour un résultat d’une redoutable efficacité. Encore une de mes favorites c’est « Mort devant la télé », un hymne à la solitude et la preuve qu’elle peut parfois être mortelle, avec un texte digne d’un rapport de médecin légiste, cynique et implacable d’un dépressif suicidé au Destop. De même, « L’ami à louer » se révèle juste irrésistible, j’adore l’idée car elle est terriblement d’actualité dans ce 21 ème siècle implacablement égoïste. L’ami à louer est dispo du lundi au samedi… mais j’adore lorsqu’il précise : je travaille pas le dimanche… un texte juste parfait sur une musique particulièrement nostalgique façon 70 ‘s. Mais c’est bien « Pitchi Poi » qui me donne le plus la chair de poule. Superbe et cool ballade à la gentille et pop mélodie, mais dont le texte glaçant évoque notre cimetière familial commun à Ramon et moi en Pologne où nos familles sont parties en cendres, soit le surnom donné au camp d’extermination Auschwitz Birkenau par les déportés eux-mêmes. Pour moi c’est aussi émouvant que « Le petit train » des Rita Mitsouko sur le même thème et elle constitue l’un des incontestables sommets de ce bel ouvrage. « On va tout scanner » ou on va tous canner ? Les deux mon général et c’est bien là dans cette belle ambivalence que se cache tout le talent de Pipin et son immense culture musicale, avec en bonus un joli clin d’œil au « Kashmir » de Led Zep. Si je fais le compte, je trouve 7 chansons favorites sur les 16, ce qui est un incroyable ratio quand on sait que même les Rolling Stones ont du mal à aligner plus de trois tubes dans leurs albums depuis quarante ans. Dans le bordel planétaire ambiant, « C’est mieux que si c’était pire » sera  je vous l’assure votre petite lumière qui brille tout au fond du tunnel.

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