JULIAN COPE SOUS L’OBJECTIF DE DAVID BAILEY

Voici 42 ans pour BEST et dans le même numéro de janvier 84 que Lynn Goldsmith GBD interviewait un autre photographe de légende, en la personne de David Bailey. En effet, le fameux héros du swinging London et des premières pochettes des Stones, l’ex-époux légitime de Catherine Deneuve réalisait son tout premier vidéo-clip pour Julian Cope qui venait d’atomiser son Teardrop Explodes pour se lancer dans sa carrière solo.
Coïncidence totale, mais dans le même numéro de BEST 186 après l’immense Lynn Goldsmith qui se lançait dans la chanson ( Voir sur Gonzomusic QUAND LYNN GOLDSMITH ÉTAIT WILL POWERS ) je tendais mon micro au shooter le plus glamour de la pop anglaise. Sans doute le plus doué aussi avec son sens juste incroyable de la lumière. D’ailleurs, le film mythique « Blow Up » d’Antonioni n’est-ilpas totalement inspiré de son personnage de playboy photographe des sixties? Photographe attitré de Vogue, coté rock Bailey va assurer les pochettes de disques des Stones et Elton John, Marianne Faithful et Alice Cooper, Freddie Mercury et Cat Stevens, mais cette année 84 Bailey se lançait dans un nouvel exercice artistique :la réalisation de son tout premier vidéo-clip pour le premier LP solo de Julian Cope ( Voir sur Gonzomusic JULIAN COPE : « Saint-Julian » et aussi SAINT JULIAN COPE ) « World Shut Your Mouth ». Flashback….
Publié dans le numéro 186 de BEST sous le titre :
JEUX DE LUMIÈRE
Lorsqu’on évoque le « Swinging London », on pense immédiatement à David Bailey et ses pochettes des premiers Stones. Au bras de Catherine Deneuve, son épouse légitime, David croquait les groupes de l’époque avec un éclairage et un doigté reconnaissable entre tous. « II va tourner le clip de Julian Cope pour ma boite de prod, Why-B2 Vidéo », me confie Paul McNally le soir du gig de l’ex-Teardrop Explodes, Troy Tate aux Bains-Douches. McNally qui dirige son propre label Why-Fy, me parle de cette boîte qu’Il a montée en association avec B2, une galerie d’art et de photo installée juste au-dessus de son loft sur le Metropolitan Wharf, les pieds dans la Tamise. Son staff de réalisateurs est assez vertigineux puisqu’il comprend John Maybury et Robert Mapplethorne. Ce dernier tourne d’ailleurs en ce moment la vidéo de Madonna à New York. Quant à « Sunshine Playroom » le clip de Julian Cope réalisé par Bailey, il est vraiment impressionnant. Sur l’écran Trinitron Sony, les couleurs sont étonnantes, les personnages évoluent dans un halo de lumière qui les rend irréels et troublants. En deux coups de fil à Londres, je retrace la genèse de « Sunshine Playroom »: Paul m’apprend que ma copie est déjà une version auto-censurée de l’originale, puisqu’elle débutait par une scène-choc où l’on voit Eric Von Stroheim jeter un bébé par une fenêtre. La version éditée est tout aussi choc puisqu’elle attaque sur un plan rapproché d’un fœtus dans le ventre de sa mère. Mais il parait que la télé anglaise trouve cela trop osé. Le clip est déprogrammé peut-être sera-t-il diffusé à une heure tardive ? Au téléphone, Julian Copie a l’air plus cohérent qu’il y a deux ans pour notre précédente interview.
Que s’est-il passé avec les Teardrop Explodes
« C’est de ma faute », reconnaît Julian, « J’avoue, j’ai un caractère de cochon. Au boulot, je suis Invivable. En plus je n’aimais pas trop l’évolution que prenait Teardrop. Je suis très égocentrique, j’ai du mal à parler pour quelqu’un d’autre que moi. Toute l’idée derrière « Sunshine Playroom » est un désir exorcisé de retrouver le ventre de ma mère. Les images de Bailey me réjouissent car il a su trouver la cohérence derrière les mots et la musique.»
David Bailey n’avait jamais tourné de clips auparavant. Tandis que Julian était à New York, il découvrit la chanson et se porta volontaire pour réaliser la vidéo.
« J’étais très excité » poursuit Julian Cope, « car pour moi David est un des meilleur, un artiste génial qui travaille dans la lumière. A mon retour de New York, nous nous sommes rencontrés et une semaine plus tard nous étions sur le plateau du tournage. Je crois que si ça avait été qui que ce soit d’autre, je n’aurais pas pu m’empêcher d’y fourrer mon grain de sel, mais avec Bailey, j’y allais les yeux fermés en me fiant totalement à lui. »
« Sunshine Playroom » est le 45 tours extrait à l’avance du futur album de Julian Cope « World Shut Your Mouth I » enregistré en solitaire dans un simple studio de démos londonien « Pour moi c’est un retour aux sources, à l’émotion, je ne voulais pas aboutir à un album complètement clean. La perfection rend les choses inhumaines et anesthésie le sens du défi. »
19-44-1 … mon téléphone à fréquences connait déjà la chanson pour Londres,
« Alio David Bailey… Alors c’est ton premier clip ?
Le tout premier effectivement. Mais j’ai déjà tourné quelques pubs et des documentaires à profusion. Mon premier film date de 66, il était produit par Roman Polanski.
Tu connaissais bien la musique de Teardrop Explodes ?
Absolument pas, mais tu sais je ne suis pas un érudit rock.
Tu continues néanmoins à faire des pochettes de disques ?
Oui et d’ailleurs à ce propos, je viens Juste de • finir une séance avec Mick Jagger. Je ne sais pas exactement ce qu’il va faire de mes photos, mais il doit les utiliser pour la pochette du prochain 45 tours,
Quelle est ta dernière pochette ?

Bow Wow Wow ou bien Ya Ya Ya ? Non je crois bien qu’ils s’appelaient Bow Wow Wow, de très gentils jeunes gens au demeurant ! ( Voir sur Gonzomusic BOW WOW WOW « See Jungle ! See Jungle ! » , MELODY ANABELLA , LES LOLITAS DE LA JUNGLE NEW WAVE et aussi BOW WOW WOW « When the Going Gets Tough the Tough Get Going » )
Parlons un peu de ce « Sunshine Playroom » quel est le problème avec la censure de la BBC?
Nous avons dû monter trois versions du même clip : une avec la scène de Von Stroheim: mais nous n’avons pas pu l’utiliser pour une histoire de droits, une seconde avec le fœtus et une troisième plus édulcorée car les images étaient trop fortes. Or à mon sens, les séquences diffusées au journal télévisé de vingt heures sont bien plus choquantes pour les mômes que toutes mes images. La réalité de la vie dépasse souvent l’imaginaire dans son horreur. Le thème de la chanson est un retour au ventre de la mère, voilà pourquoi j’ai choisi de montrer un fœtus. C’est un peu Œdipe rock, Julian assure son retour à la mère mais il s’aperçoit que c’est trop tard, qu’elle est déjà une vieille femme : on ne peut pas remonter le temps.
As-tu tourné en vidéo ou en film ?
Je préfère le 16 mm, mais pour le montage je transfère sur vidéo pour les effets.
Quel était ton budget ?
Ça c’est le rôle du producteur, mais à mon avis il devait tourner autour de 35.000 livres.
Tu as pris goût aux clips, y en aura-t-il d’autres ?
Bien entendu, si les groupes ou les artistes m’intéressent C’est plus agréable qu’une carte postale, car si je suis incapable d’écrire, je sais utiliser mon regard.
Aimerais-tu tourner un long métrage ?
Certainement pas. J’ai déjà assez d’ennemis, je n’ai pas envie de m’en faire davantage. Pour filmer « Sunshine Playroom » nous avons eu beaucoup de chance, le jour où nous avons tourné était radieux, la lumière parfaite. Tu sais, j’aime beaucoup l’idée du clip promo c’est bien plus excitant que la pub où tout est réglé d’avance sans aucun espace imaginaire. »
Entre deux expos de photos, David Bailey vient d’achever son volume deux de photos de nus. Intermède ou changement de cap, la vidéo lui va comme un gant. Lorsque vous découvrirez « Sunshine Playroom » n’oubliez pas les lunettes de soleil cartes images de Bailey sont si lumineuses qu’elles peuvent même être aveuglantes.
Gérard BAR-DAVID
Publié dans le numéro 186 de BEST daté de janvier 1984
