ABC « Beauty Stab »
Voici 42 ans dans BEST GBD succombait à nouveau à la pop bulles de savon d’ABC. Après son irrésistible « The Lexicon of Love » la formation de Martin Fry récidivait avec ce « Beauty Stab » aux vastes influences Bowie et aux textes ciselés comme un calice forcément enivrant et easy as your…ABC ! Flashback…
Si je n’ai pas conservé tous les « goodies » offerts par les maisons de disques pour promouvoir leurs albums publiés, j’ai toujours dans mon placard le pull shetland beige promo arborant le logo ABC avec son étoile. Après avoir chroniqué « The Lexicon of Love » ( Voir sur Gonzomusic ABC « The Lexicon of Love » ), j’avais pu tendre mon micro à Martin Fry ( Voir sur Gonzomusic L’ABCEDAIRE D’ABC ). C’est dire si j’attendais avec impatience un successeur à ce 33 tours phénoménal. Et si ce « Beauty Stab » n’était peut-être pas aussi percutant que son auguste prédécesseur, porté par ses deux hits , le fracassant « That Was Then, This Is Now » et « SOS », l’album allait durablement tourner sur la platine Technics….
Publié dans le numéro 186 de BEST
Que savez-vous donc des choses de l’amour ? Le regard décoché comme une flèche, le cœur qui bat la chamade en percus africaines, le poul en Linn drum machine et toutes les leçons du lexique amoureux compilées par Sir Martin Fry et son ABC. De tous ces échos de I’amour, le « Lexicon of Love » était sans nul doute le plus incisif de ‘été 82. Je n’ai pas oublié ma course éperdue sur ce chemin de poussières d’une ile grecque et les larmes qui masquaient la masse trop pesante d’une citadelle : « Look of Love » sentimental et direct comme la dague qui vous transperce le cœur, buvard des idées noires. Sur les membranes du casque de mon Sony walk-man, ABC m’a peut être bien sauvé la vie. Aujourd’hui le second volume du lexique amoureux, « Beauty Stab » répondra a tous vos SOS. D’abord, la voix de Martin Fry qui balance entre Ferry et Bowie, l’émotion concentrée comme I’uranium enrichi ; sentez-vous cette puissance qui irradie ? Et les mélodies coulent comme le plus riche des nectars, sur des textes gimmicks, c’est l’adéquation parfaite de la musique des mots et celle des notes, « And when I’m hungry, I’ll eat your words… » Fry joue les magiciens d’Oz, les Merlins enchanteurs du vocabulaire : « Cock the snoot, loop the loop. Hock the hulla hoop, but now it yo yo’d back again… ». « Beauty Stab », le coup de poignard dans le dos de I’amour a toute la sensibilité du « Lexicon of love ». Mais sans les gadgets sonores de Trevor Horn, ABC gagne en acuité avec son quasi Lillywhitien incontestablement plus rock: fini la parodie funky, bonjour l’energie. Pour le groupe de Sheffield, I’évolution est fra-ca-ssan-te. Flashback miroir du son de « Diamond Dogs » et de « Stranded », « Beauty Stab » c’est de l’ABC épique. Quant au feeling, bon sang, il est présent à chaque tour de sillon, il suffit d’¢écouter « If I Ever Thought You’d Be Lonely » ou « SOS ». Laissez-vous glisser sur les violons abécédaires, c’est encore plus grisant que le Colossus, king of the roller coaster de Magic Montain. Oubliez les trompettes de Jéricho, les cuivres d’ABC réduiront en gravier les tours infernales de la Défense, comme la Grande Muraille. Adrénalinez, vitaminez, speedez ou acidez, ABC catalysera vos émotions, comme la pierre philosophale transcende le plomb en or fin. « Unzip ! Why take a pleasure in censorship, unzip ! » Une fermeture éclair doit être ouverte ou fermée, si ce « Beauty Stab » génère encore un doute, chassez le d’un coup de filet à papillons, écrasez le au DDT, pulvérisez le au TNT. La pop britiche en douze joyaux c’est le pari gagné par ABC et Martin Fry. Parfois les mots restent impuissants, ils éblouissent et disparaissent, comme le plus dérisoire des feux d’artifices, cette fois je voudrais être un maitre de l’hypnose pour vous les graver dans la tête : ABC C’EST ABRACADABRANT !
Publié dans le numéro 186 de BEST daté de janvier 1984

