TEX & MEX STARS Épisode 3
Voici 42 ans dans BEST GBD jouait à nouveau les Tintin en Amérique en débarquant à Austin sur les traces de Joe King Carrasco, le nouveau roi de cet État à l’étoile solitaire, qui n’allait pas manquer de propulser le tex-mex aux confins intergalactiques des plus riches horizons soniques. La preuve également de la puissance du rock du Lone Star State par la rencontre à Houston de l’immense Billy Gibbons qui évoque son ZZ Top, bien sûr mais aussi un autre enfant du pays, le légendaire Buddy Holly. Épisode 3 : Welcome to Texas !
Les ravages de l’âge sans doute ? J’avais carrément zappé ce second épisode de mon reportage au Texas pour BEST où j’interviewais à nouveau à la fois le ZZ Top Billy Gibbons ( Voir sur Gonzomusic DUSTY HILL ET ZZ TOP THE BEST INTERVIEW ) mais également le regretté Moon Martin ( Voir sur Gonzomusic Bad News Moon Martin est mort et aussi MOON MARTIN « Mystery Ticket » ) Puissant flash-back de l’État à l’étoile solitaire pilier majeur du rock and roll.
Publié dans le numéro 187 de BEST sous le titre :
LA TERRE DES ÉTOILES 2
« De Buddy Holly à ZZ Top, il faudrait plus de deux épisodes pour évoquer toutes les stars qu’enfanta le rock texan. Gérard Bar-David en tous cas en glane encore une belle poignée. » Christian LEBRUN
Stetsons et turquoises, les boutiques de l’aéroport d’Austin jouent à Ali Baba. En attendant mon vol Southwest Airlines, je sirote une tequila sunrise en observant les Texans de tous poils qui défilent comme au casting d’un western space age. Des businessmen au regard bleu acier sont tous accompagnés de leur Dolly Parton perso, de jeunes étalons braillards galopent en brassant air conditionné, des jeunes babs se déchirent les oreilles en écoutant 38 Special sur leur baladeur stéréo ; Tintin en Amérique découvre que le Texas est uniquement peuplé d’extra-terrestres. D’ailleurs mon arrivée à Houston ressemble bien à un épisode des ENVAHISSEURS : un métro circulaire et robotique me trimbale d’un terminal à l’autre. « Sit back and relax. Don’t stand, up please ! », crache une voix synthétisée dans les HP disséminés tout au long du trajet. (Bar) David Vincent se doit de visiter les curiosités locales: le musée de l’espace et surtout les trois grâces de ZZ Top. Sous un soleil de lave fondue, le centre de commandes de Houston est avalé en un aprés-midi. Je me sens comme le Major Tom de Bowie au milieu du LEM et des fusées porteuses Apollo. Mais les plus lunatiques d’entre tous ne sont pas ceux que l’on croitpas vrai Billy Gibbons, Dusty Hill et Frank Beard ? Basés à Houston depuis 70, nos drôles d’oiseaux psychédéliques ont révolutionné à leur manière le blues du south-west en l’injectant dans un rock pur et dur. C’est ainsi que ZZ Top catalyse tout l’esprit du Texas: I’amour sauvage, les galères de I’alcool et les randonnées sans fin sur les highways poussiéreuses.
CRICKETS
Aujourd’hui les pick up trucks ont remplacé les broncos et ça n’est pas un hasard si les bagnoles se taillent la part du lion dans les chansons de ZZ Top. Dans la vie, C’est un peu la même histoire : le joyau rouge vrombissant sur la pochette d’« Eliminator » appartient à Gibbons, mais cette splendide Ford Coupé modèle 1934 n’est pas l’unique pièce de sa collection :
« Chez moi c’est pire qu’au Cadillac Ranch », raconte Gibbons, « je passe mon temps à rafistoler tous les « low-riders » que je peux récupérer, mais aussi des Maserati, des De Loreans et même de vieilles Mercedes. J’ai aussi une *Che-Bee (Chevy-Chevrolet) de 65. Quant à ma bagnole fétiche, c’est une Dodge Dart de 1964. Celle-ci, c’est ma toute première voiture et crois-moi, cette tire peut aller Ia où bien des vaisseaux spatiaux n’osent guère s’aventurer. »
Rien de très étonnant quand on écoute les titres de ZZ Top comme «She Loves My Automobile” « Thunderbird » ou «Arrested For Driving While Blind». Plus qu’un simple gimmick, la Ford Coupé 34 n’est-elle pas la véritable star des vidéo-clips de ZZ Top ? Dans «Sharp Dressed Man », par exemple, c’est elle qui catalyse tout le glamour tandis que Billy, Dusty et Frank n’apparaissent qu’en filigrane. De même, le look anachronique du trio participe complètement a son succès dans les diverses familles du rock : punkies ou hard rockeux, funkeux ou modernes, aucun ne résiste à ce nouveau flux texan. Quant a I’État à l’étoile solitaire, il doit autant à ZZ Top qu’a son pétrole. Les chansons du trio redoutable sont autant de cartes postales From Texas with love. De même, I’impact du groupe sur les musiciens texans est indubitable :
« Ce qui est assez drôle, c’est qu’on est si souvent parti du Texas, qu’on s’aperçoit à notre retour que ZZ Top influence une foule de petits groupes chez nous, mais la culture est dans l’air, il est tout à fait naturel qu’elle agisse ainsi. »
Billy Gibbons n’est pas nombrilique, le ZZ est pourtant d’une virulence rare et les styles tombent comme des mouches. Inversement, l’héritage texan est loin d’être tout à fait étranger au style ZZ :
« Un type comme Buddy Holly a influencé. tout je monde au Texas » me confie Gibbons.
Remember Buddy Holly ? A quelques centaines d’encablures de Houston, Lubbock est le gros bourg d’une région cotonnière. Ville pivot dans l’histoire du Texas, elle donne naissance à Charles Hardin Holley, bien plus connu sous le nom de Buddy Holly. Buddy marquera l’irresistible transformation des country boys en chanteurs de rock. Dans un milieu ultra-conservateur, macho WASP à outrance, Buddy renverse un à un tous les préjugés à coups de hillbilly. Au bout de quelques temps il décroche même un show régulier sur l’une des radios du nord-est, KDAV et c’est ainsi que le son Holly se répand comme une trainée de poudre.
« J’étais trop jeune pour avoir connu Holly », poursuit Billy Gibbons, « mais quand j’étais en high school, son histoire nous faisait tous rêver. Pour nous, Buddy Holly c’était comme un conte de fées à la Walt Disney, un type parti de rien qui a su forger sa propre légende. Or, le rock sans légende ne dure jamais très longtemps. »
Un soir de 1955 Buddy Holly ouvre un show pour Presley. Dans la salle, un directeur artistique de Decca n’avait pas laissé ses oreilles au fond de sa poche. Il entraine Buddy à Nashville pour enregistrer ses premiers titres. Mais la lune de miel avec Decca ne dure pas, Buddy étouffe dans la Country music où la company semble vouloir le cantonner. Buddy retrouve sa liberté et un nouveau groupe, les Crickets. On raconte que la veille de son départ vers le Nouveau Mexique pour enregistrer, le groupe n’avait même pas encore de nom. Dans la grange ou il répétait, chacun se grattait la tête pour trouver une idée. A l’extérieur, les insectes faisaient une java du diable, alors pourquoi pas les Crickets ! À Clovis (New Mexico), le groupe enregistre sous la direction de Norman Petty, un chanteur de variété, mais surtout l’inventeur du concept de studio indépendant Au lieu de taxer les musiciens à l’heure, comme dans les boites traditionnelles, Petty préférait les facturer au titre enregistré, histoire d’alléger la pression du blé sur leur créativité. La recette fait ses preuves puisqu’a Clovis, Buddy enregistre son hit légendaire « That’ll Be the Day». Petty n’est pas un requin et il sent très vite que le phénomène Holly le dépasse totalement: les Crickets peuvent voler très haut dans les charts. Aussi, comme il I’a fait auparavant pour Roy Orbison, un autre Texan romantique et rockabilly, il branche les Crickets sur un label séparé. Buddy Holly et son groupe enregistrent alors « Not Fade Away » qui culmine de part et d’autre de I’Atiantique. Norman Petty reste le manager des Crickets et pousse Buddy à continuer d’enregistrer en solo parallèlement a son groupe. Bingo ! En 57 Buddy décroche son premier hit en solo, c’est « Peggy Sue ». La même année, il s’embarque pour l’Angleterre où sa tournée ressemble à un raz-de-marée. A son retour, Buddy Holly décide de quitter son Texas natal pour s’installer à New York ; mais les Crickets refusent de se laisser déraciner: c’est le split. Buddy continue seul son chemin.
Contrairement à ce que l’on croit, Buddy ne jouera pas alors seul, sur tous ses titres : il utilisera souvent un ex-Crickets, Tommy Allsup. Buddy solitaire bosse aussi avec le saxo King Curtis et le jeune bassiste Waylon Jennings dont il produit le premier 45 tours «Jole Blon». Le succès aux lèvres, Buddy a su s’imposer. Mais le 3 février 1959, il s’embarque dans un petit avion en compagnie de Ritchie Valens et du Big Bopper à Mason City (lowa) en direction de Fargo. L’avion se crashe en plein désert, Holly s’envole vers I’immortalité. Petty continuera a sortir des titres posthumes qui maintiendront Buddy dans les charts bien après sa mort. Il utilisera même un groupe d’Aton {New Mexico), les Fireballs pour faire quelques overdubs sur des démos de Holly qui seront ainsi commercialisées. Pionnier de la formation à deux guitares/ basse/batterie, Buddy a autant marqué le rock qu’un Chuck Berry. Les Hollies ont d’ailleurs tiré leur nom de son patronyme, tandis que les Beatles/ Scarabées ont peut-être choisi le leur à cause des Crickets. Sans Holly, le rock n’aurait sans doute pas le même visage et ça n’est pas Elvis Costello qui me contredira. Buddy Holly avait l’habitude de dire: « Nous avons tous une dette envers Elvis » , on peut dire que tous les rockers du Texas et d’ailleurs ont la même dette envers Buddy Holly.
À SUIVRE
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TEX & MEX STARS Épisode 1
TEX & MEX STARS Épisode 2
Publié dans le numéro 187 de BEST daté de février 1984
