NINE INCH NAILS The Downward Spiral raconté par Paul

Nine Inch NailsEn 1994, Trent Reznor transforme ses obsessions, sa colère et ses démons en un album radical : « The Downward Spiral ». Dans un livre consacré à ce disque culte, paru aux éditions Le Mot et le Reste, l’auteur Paul raconte dix-huit mois d’enregistrement sous haute tension, une tournée dévastatrice et la naissance de morceaux devenus incontournables, de « March of the Pigs » à « Hurt ».

Nine Inch NailsPar Jean-Christophe MARY

 

Certains albums racontent autant leur époque qu’ils en révèlent leurs blessures. « The Downward Spiral », deuxième album de Nine Inch Nails, est de ceux-là. Sorti en mars 1994, il impose une bande son industrielle brutale, mélange de rock, d’électronique, de bruit et d’expérimentations sonores. Mais derrière les machines, les distorsions et les hurlements, se dévoile Trent Reznor, un homme alors plongé dans la colère, les excès et l’autodestruction. Dans « Nine Inch Nails – The Downward Spiral », Paul revient sur la fabrication de ce disque hors norme. En 152 pages, il raconte les conditions de son enregistrement, décrypte ses quatorze titres, revient sur la spectaculaire tournée Self Destruct et décrypte son univers visuel. Un récit documenté, nourri de nombreux témoignages, qui permet surtout de comprendre comment une œuvre aussi sombre a pu devenir l’un des albums emblématiques des années 1990. Après le succès de « Pretty Hate Machine » et ses 500.000 albums écoulés, Trent Reznor aurait pu se contenter de prolonger la formule. Il choisit exactement l’inverse. Son ambition est de repousser les limites de Nine Inch Nails et d’aller plus loin dans l’expérimentation. Pour cela, il réunit autour de lui le producteur Flood, l’ingénieur du son Alan Moulder et plusieurs musiciens, dont Stephen Perkins et Adrian Belew. Reznor installe son studio au 10050 Cielo Drive, à Los Angeles, la maison où Sharon Tate et plusieurs de ses amis ont été assassinés en 1969. Pendant dix-huit mois, il y travaille dans une atmosphère particulièrement pesante. Des touristes viennent même régulièrement sonner à la porte, attirés par la sinistre réputation de la demeure. Dans le studio, Trent Reznor et ses deux alchimistes élaborent une nouvelle matière sonore. Les prises des enregistrements live sont découpées, déformées, échantillonnées puis remontées. Les sons sont triturés, déformés, torturés. La méthode est proprement « destructive ». Elle correspond à la logique de l’album, c’est-à-dire raconter la désintégration progressive d’un personnage qui perd pied et sombre vers le point de non-retour.

Nine Inch NailsL’auteur Paul passe les quatorze morceaux au crible. « Mr. Self Destruct » ouvre le disque dans un déluge de violence. « Piggy » installe une ambiance plus trouble. « Heresy » s’en prend au christianisme occidental. Quant à « March of the Pigs », choisi comme premier single, il résume à lui seul la volonté de Reznor de bousculer l’auditeur : batterie fracassée, guitares saturées, rythmiques imprévisibles et hurlements. Plus loin, « The Becoming » évoque la disparition progressive de l’identité. « Big Man With a Gun » pousse la provocation, mêle violence, sexualité et références au gangsta rap. Et au cœur de cette spirale apparaît « A Warm Place », une étrange parenthèse presque apaisée, avant que l’album ne replonge dans ses ténèbres. La descente aux enfers s’achève avec « Hurt ». Après la fureur, surgissent du chaos de simples accords acoustiques portés par une voix fragile. Reznor y semble regarder les ruines laissées par tout ce qui précède. La chanson connaîtra une seconde vie avec la célèbre reprise de Johnny Cash. Une interprétation qui bouleversera Reznor lui-même et lui fera comprendre que le morceau lui échappe. Avec la tournée Self Destruct, Nine Inch Nails transforme la violence du disque en show apocalyptique. Entre mars 1994 et septembre 1996, le groupe donne 178 concerts en Amérique du Nord, en Europe et en Australie. Chris Vrenna, Danny Lohner, Robin Finck et James Woolley accompagnent Trent Reznor, bientôt rejoint par Charlie Clouser. Sur scène, le chaos devient partie intégrante du concert. Instruments détruits, chutes, collisions et matériel sacrifié,  Nine Inch Nails donne l’impression de jouer au bord de l’explosion. Le régisseur lumière Leroy Bennett parle d’une véritable « scène de bataille ». Pour Reznor, cette violence est aussi un exutoire. Hurler ce qu’il ressent et entendre le public lui répondre devient une forme de soulagement. Le passage du groupe à Woodstock, en août 1994, restera l’un des sommets de cette période. Paul n’oublie pas non plus l’image. Le Britannique Russell Mills signe la pochette avec « Wound », une œuvre composée notamment de plâtre, d’acrylique, d’huile, de métaux rouillés et de matières organiques. À l’intérieur, « Future Echoes » présente notamment des dents prises dans des cristaux de sel. « Le sel corrode tout sauf l’or et le verre », explique Mills. Une phrase qui pourrait résumer à elle seule l’univers de « The Downward Spiral ». L’intérêt de l’ouvrage de Paul est finalement de montrer ce qui se cache derrière le mythe. « The Downward Spiral » n’est pas seulement un grand disque de rock industriel. C’est le résultat de dix-huit mois de travail obsessionnel, d’expérimentations incessantes et d’une plongée personnelle particulièrement sombre. En racontant sa fabrication, sa tournée et son esthétique, l’auteur restitue aussi le prix humain de cette création. Trent Reznor a transformé sa colère et ses blessures en une œuvre qui continue, plus de trente ans après sa sortie, à déranger et à gratter.

 

 

 

 

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Paul, Le Mot et le Reste

 

 

 

 

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