WAITING 4 WORDS … CHAMPIONS OF THE WORDS

W4WSi une version made in France de Depeche Mode pouvait exister, ce serait  Waiting For Words. Hanté par la New Wave des 4 de Basildon, mais aussi par son amour immodéré de the Cure, WFW ou W4W fait résonner dans la langue de Shakespeare ses irrésistibles séquences synthétiques, en OVNI de la scène hexagonale. Le groupe aurait dû logiquement achever sa tournée, dans la foulée de leur CD « Egocracy », hélas le COVID en a décidé autrement et cet ultime show sera virtuel, diffusé samedi prochain à partir de 17:30, sur  Twitch TV. Be there or be square !

W4WDepeche Mode, Cure, mais aussi OMD, Human League, Kraftwerk, Propaganda, the Psychedelic Furs, New Order, the Pet Shop Boys, the Chromatics… Waiting For Words s’abreuve généreusement aux sources de la pop british synthétique des 80’s et c’est justement ce qui fait son originalité. Avec une maitrise certaine de l’image et de la vidéo, porté par ses irrésistibles séquences synthétiques, fêtant ses trois décennies d’amour de la musique, W4W est décidément resté trop longtemps un secret bien gardé pour que votre Gonzomusic ne s’en émeuve.  Et si son prénom est  effectivement Nicolas…  son nom de scène sonne  incontestablement beaucoup plus super-héros, rencontre avec Zen Smith le chanteur leader de cette formation atypique basée à … Poitiers !

« Smith… comme Robert ?

En fait, non pas du tout. C’est venu de la guéguerre que Facebook menait à un moment contre ceux qui utilisaient des pseudos. C’est une private joke avec le fils de ma femme, qui lui avait pris pour pseudo Artegor Smith et je me suis dit : allez vu qu’on n’a pas le même nom de famille, on aura le même nom comme ça et c’est devenu mon nom de scène. Mais le lien avec Robert (Smith) a peut-être joué de manière inconsciente, c’est vrai.

Donc W4W est made in Poitiers ?

À la base je suis de Paris et j’ai migré à Poitiers voici neuf ans. A la fois ras le bol de la vie parisienne et opportunité saisie, on va dire.

Un précurseur (rire) car grâce à la Hidalgo nous sommes si nombreux désormais à en avoir marre de la vie parisienne !

Oui et pour mes enfants, pour le confort de vie et puis la vie culturelle parisienne commençait déjà à péricliter, avec les fermetures de salles, les cafés, les interdictions de concerts et donc une opportunité professionnelle de mon job alimentaire m’a conduit là-bas et on y est resté.

C’est quoi ton job alimentaire ?

Je travaille dans l’univers merveilleux de la relation-client et des centres d’appels. Je suis dans la qualité et dans le conseil indépendant

Ce qui te donne justement l’indépendance de faire ta musique sans pression de rentabilité à tout prix.

C’est exactement ça. Quand je m’y suis mis en 90, ça commençait déjà à sentir le roussi…

Et tu sentais que tu ne pourrais pas vivre de la musique que tu aimes tout en restant indépendant…

Exactement. Il valait mieux me financer, me produire moi-même et être totalement indépendant pour faire la musique que j’avais envie de jouer.

Alors W 4 W… (rire) acronyme pour Waiting For Words… D’où vient ce nom?

WFW by marie-laure-duarte_

WFW by Marie Laure Duarte_

D’un jeu de mots tout pourri, avec mes potes de lycée quand on a créé le groupe, il y en a un qui s’est dit : et si on s’appelait Words ? Un second a dit : ok en attendant mieux. Mon cerveau a fait : Waiting For Worst… Waiting For Words et on a trouvé que ça sonnait bien. Et c’est resté.

Donc ça fait…

30 ans… ça y est, on a fêté notre 30éme anniversaire…

Vous êtes presque aussi vieux que les Beatles !

(rire) oui… presque ! On n’a jamais fait de plan de carrière ou quoi que ce soit. Et comme le dit Iggy Pop : si on s’accroche assez longtemps, au bout d’un moment on nous prendra au sérieux. Et tant qu’il y a la passion… alors c’est vrai qu’internet a beaucoup aidé. Sur la fin des 90’s on était un peu déprimées, il y a eu un petit hiatus de trois ou quatre ans, durant lesquels je me suis vraiment plongé dans l’univers d’internet et découvert ce que faisaient Bowie, George Michael, Peter Gabriel ou Prince, qui vraiment prenaient leur indépendance. Je me suis dit qu’avec le net il y avait peut-être un moyen de péter le plafond de verre et de pouvoir s’adresser directement à ceux qui nous écoutaient. C’est ce qui nous a permis de nous produire en Allemagne, en Angleterre, de nous distribuer seuls, à se produire seuls, même si on est aussi aidés depuis 5 ans par un tandem, GOM productions qui sont eu aussi indépendants. Ce sont deux DJ Matt et Golem qui sont issus de la scène New Wave, qui ont craqué sur nous. Ce sont des philanthropes, eux aussi ont leur « day job » et il leur permet d’épauler des artistes. Donc, ils nous financent, ils nous produisent et nous accompagnent au quotidien.

C’est le même groupe depuis le début ?

Non, il y a eu plusieurs line-ups, même si l’actuel est assez stable. Soe (Sophie), qui est par ailleurs mon épouse, a commencé à travailler avec nous dés 2004 écrivant des textes, des mélodies …

… la Nico du groupe, on va dire !

Voilà. Et depuis 2011, elle fait vraiment partie intégrante de W4W. Tandis que Peter qui est aux claviers nous a aussi rejoint en 2011. Il a commencé par nous re-mixer avec son projet People Theater, puis il nous a aidé sur des programmations, avant de nous rejoindre. Et il y a notre ancien batteur qui est revenu. Bref, la composition est stable depuis 10 ans.

On va parler des influences musicales. Comment es-tu tombé amoureux de cette musique anglaise synthétique des années 80 ?

Par ma grande sœur. Et aussi par mes parents car, même s’ils ont divorcé, ils écoutaient chacun pas mal de musique. Ma mère écoutait beaucoup Quincy Jones, Michael Jackson. Je me souviens aussi d’une cassette de Vangelis. Et mon père, lui, m’a fait découvrir Tears For Fears, Lloyd Cole etc… on écoutait plus la musique que la télé. Et ma demi-sœur vivait en Angleterre au début des années 80 et elle a rapporté dans sa besace Simple Minds, Depeche Mode, Cure, Bowie. On a eu ces cassettes-là qui ont tourné et le premier LP de Depeche Mode, tout de suite, j’avais dix ans et je me suis dit : quelle est cette musique d’OVNI. Et bizarrement la chanson qui m’avait le plus marqué c’était « What’s Your Name » ; ce truc-là m’est resté scotché. Après, vraiment le gros choc, c’est quand ma sœur m’a offert « Some Great Rewards » en décembre 84.

Qui est pour moi l’album de la métamorphose de DM !Some Great Rewards

Et aussi d’autres trucs, toujours sous son influence avec U2 qu’elle avait vu à Baltard, pour la tournée « War ». Simple Minds qu’elle m’a fait découvrir avec « Sparkle In the Rain ». Bowie, elle avait un mur couvert de cartes postales à son effigie. INXS … et j’ai été baigné par toute cette musique.

Non seulement tu as baigné là-dedans, mais tu es carrément resté accro à cette musique.

Oui et non, car je n’écoute pas exclusivement ce qu’ils faisaient dans les années 80, mais au contraire, je suis leur évolution. Par exemple, avant de te rejoindre, j’écoutais le dernier album en date de Duran Duran, « Paper Gods » celui de 2015. J’adore l’évolution prise par Simple Minds. Bowie, j’écoute principalement ce qu’il a fait depuis « Outside ». Cure, même si cela va irriter beaucoup de fans, pour moi l’âge d’or n’est pas la trilogie « Seventeen Seconds » « Faith » « Pornography », mais je suis tombé sur ce clip de « The Caterpillar » lorsqu’ils sont sous la serre avec les papillons sur « The Top » et aussi « The Head On the Door » qui est une tuerie.

Ce qui est marrant dans Waiting For Words, c’est l’Anglais. Il y a très peu de français dans vos chansons ?

Oui, sur le dernier album « Egocracy » de 2018, il y a un titre chanté par So qui est entièrement en français. Sur l’album d’avant, il y en avait un aussi intitulé « Mon ami ». Et, confinement oblige, on a commencé à travailler sur un nouvel album. Et le premier titre écrit est également en français. On en a fait trois ou quatre autres. Mais nous avons ressorti le dernier « Egocracy » avec deux CD de bonus, des inédits pour pouvoir aussi partir en tournée et avoir ainsi une actualité, car même pour les fanzines il faut toujours qu’il se passe quelque chose de neuf. Le cycle de tournée est très long, avec une première partie où nous faisons à peu près tout. C’est nous qui produisons, on va louer la salle, on va enclencher la machine. Puis, une deuxième partie avec des promoteurs, des producteurs qui vont s’intéresser. Du coup, ça ramène un peu de médias, de webzines et ainsi de suite. Et à il devait y avoir cette troisième partie qui devait nous mener en Allemagne, en Belgique, en Angleterre… avant de rejouer en France, mais COVID est arrivé !

Parmi les influences de W4W on peut noter les Psychedelic Furs sur deux, trois chansons telles que « Until the End Of Time » ou « Cause I Do Believe » ?

Ah oui ? C’est rigolo, car je connais très peu.

Alors je t’engage à aller écouter, tu seras surpris. On trouve aussi Kraftwerk.

Oui. Kraftwerk c’est pour moi c’est carrément un truc d’enfance quand j’écoutais cette radio La Voix du Lézard. Mon frère, qui a trois ans de plus que moi, était à fond dans Jean Michel Jarre, Kraftwerk, Art of Noise, les BO de films… je me souviens qu’il écoutait cette radio dans sa chambre et un soir, ils passent « Autobahn ». Donc oui, Kraftwerk, influence majeure. La preuve, dans notre cover de « Heroes » de Bowie nous l’avons Kraftwekisée à donf.

Il y a des trucs plus légers comme les Pet Shop Boys et Human League notamment sur « Have We Lost It All ».

WFW by marie-laure-duarte

WFW by Marie-Laure Duarte

Alors, cela me fait très plaisir parce que tu es le premier à avoir mis le doigt sur la touche très appuyée Human League de ce titre. Et un coté aussi « West End Girls », j’en conviens.

Il y a un morceau un peu à part c’est « Believe In Me » qui me rappelle les Chromatics qu’on retrouve sur la BO de TWIN PEAKS. Il y a ce côté éthéré synthé.

Ça, c’est vraiment la voix de So qui donne cet effet-là. C’est un titre qu’on a écrit avant de connaitre Chromatics vers 2015 et qu’on a mis longtemps à laisser murir. J’ai regardé la Saison 3 de TWIN PEAKS et quand Chromatics surgissent sur scène c’est juste hallucinant. On connait le gout de Badalamenti pour Julee Cruise et les voix angéliques.

Depeche Mode est très présent sur un max de titres. Tu leur a envoyé ?

À Alan Wilder, oui. Mais il s’est un peu muré depuis quelques années, depuis qu’il a revendu tout son matériel, qu’il a arrêté la prod. Mais, il avait écouté notre single et m’avait envoyé un gentil mot disant que c’était un beau titre. Alors Depeche Mode, oui c’est l’arbre qui cache la forêt. Ils ont une présence dans ce style musical qui est très vampirisante. De 83 à « Ultra », chaque album est un monument. J’écoute au casque certains trucs et je découvre encore des sonorités, des arrangements. C’est aussi le groupe qui a su appliquer avant tous les autres le principe du DIY (Do It Yourself); on peut devenir le plus grand groupe de stade en étant sur un label indépendant. Le hold up sur Pasadena en 88 c’est une histoire de fou ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/101-with-depeche-mode.html  ) .

C’est surtout des mecs qui ne savaient pas jouer au début et qui ont appris avant de progresser jusqu’à l’excellence. Les vidéos font partie du concept W4W ?

Tout à fait.  Dés le début grâce à mon frère, qui était très impliqué dans la scène tchno rave parisienne. Il était un des premiers gros organisateur de raves et il s’est mis à faire du Veejing (video jockey). Sont apparus les clips en 3D des Pet Shop Boys, des Rita Mitsouko. On a commencé par faire des projections vidéo sur scène pour venir à la rescousse de nos chansons car souvent le public ne les connait pas donc c’est une manière de l’intégrer au spectacle. Et puis on a cette rencontre avec un réalisateur Raphael Duvernay  qui réalise tous nos clips depuis dix ans.

WFW by Marie Laure Duarte

WFW by Marie Laure Duarte

Celui dans les champs de tournesols, « (Have We) Lost It All » est juste incroyable !

La magie du paysage et son coup d’œil ont tout fait. C’était improvisé. Il venait à Poitiers, on savait qu’il allait faire le clip et quand il a vu cette mer de tournesols il a pensé au chanteur qui s’y balade avec son ego, c’est toute la signification du miroir par rapport à « Egocracy ».

Il a aussi eu l’idée du clip avec tous ces logos détournés de Twitter, Facebook etc… ?

Oui, avec une vraie cohésion avec cette scène New Wave qui part du Blitz Club où se côtoient  Steve Strange, Culture Club, Duran Duran, Spandau Ballet etc…tous influencés par Andy Warhol et le Pop Art. C’était la première fois qu’on voyait arriver des groupes, avec un concept complet, qui n’était pas que de la musique et où il fallait qu’il y ait le look, l’image, la scénographie. On en revient à Depeche Mode, mais aussi à U2. Quand ils débarquent avec le Zoo TV Tour , c’est un truc de malade. Et ce côté concept-album sans être « progressive » , d’avoir toujours un thème, une  idée qui drive le projet et après qui génère le logo, les images …

Vous vous sentez un peu OVNIs sur la scène musicale Française ?

Carrément OVNI oui. Et on a toujours eu le cul entre deux chaises. Mais cela ne nous a pas empêchés de jouer sur pas mal de scènes, comme le Chat Noir place de Clichy, où jouait tous les mois, le Café Baltard à Chatelet. On a fait toutes les MJC. C’est marrant, mais les accros de la pure musique électronique nous disaient : « ah non, mais W4W ils sont un peu trop rock pour nous ». Et les rockers nous disaient : « ah, mais W4W vous êtes trop électro pour nous ! » Heureusement, depuis deux albums nous sommes parvenus à concilier les deux chapelles. Donc, oui totalement OVNI ! Déjà que dans les 90’s un groupe français qui chantait en Anglais c’était no way, personne ne signait ça. Mais ça a évolué l’électro s’est ré-imprégnée dans la musique avec ces groupes  comme We Have Band ou the xx, les Killers, Frantz Ferdinand très influencés par les années 80 qui ont re-crédibilisé cette musique.

WFW by Stephane Vasco 1

WFW by Stephane Vasco 1

Donc, vous avez eu raison un peu avant tout le monde !

On a suivi nos tripes, on a suivi ce qu’on voulait faire. Comme je te le disais, on a senti qu’il fallait survivre. Je pense que, même si on avait fait du rock français, ça aurait été très dur. Les labels indés s’étaient tous revendus aux majors, les majors commençaient à fusionner entre elles. Alors, autant faire la musique qu’on a envie de faire, sans se poser de question.

Le fait que vous soyez à Poitiers avec internet cela ne change plus rien.

Au contraire, puisque la vie y est beaucoup moins chère. Donc, au lieu d’avoir un appart on a une maison, on a aménagé notre endroit. Peter est en Bretagne, mais on s’échange les fichiers, même si on privilégie toujours les sessions live, surtout que nous ne sommes qu’à 3 h de route l’un de l’autre. On est un groupe, on n’est pas des geeks à s’envoyer que des fichiers. On se fait des répètes et avec ce nouveau contexte et ces live internet, on continue toujours de jouer ensemble.

Justement, le prochain live de W4W c’est le samedi 17 octobre ?

Oui ce sera sur la plateforme Twitch TV, car sur Facebook ce n’est plus possible, car ils coupent la musique. Les DJ set sur Facebook c’est fini aussi pour la même histoire de droits d’auteurs sur le thème : comment faire pour ne pas payer… hé bien on va arrêter de diffuser de la musique ! Twitch TV est issue de scène gaming et la musique commence à arriver dessus. Déjà pas mal la scène rap. Et la Synth-Wave s’y est mis aussi. On a fait une première expérience, au mois de mars, qui s’est super bien passé. L’avantage, c’est que le live est diffusé, et en même temps les gens peuvent réagir sur le chat. Donc, on joue le 17 avec une séance de questions- réponses avec les internautes après le concert. »

 

WFW Egocracy WAITING FOR WORDS live diffusé samedi prochain 17 octobre à partir de 17:30, sur  Twitch TV

https://www.twitch.tv/lasaintechaine?fbclid=IwAR0BcJTlKWREwiaG6kMLXUE4DPHxdl090Vnwf3axnWcwDW7sAv6Uu2Yf7DA

 

 

 

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