JAY BUCHANAN « Weapons of Beauty »

Jay BuchananJay Buchanan a incontestablement le look trappeur à la Jeremiah Johnson sur sa pochette et c’est loin d’être un hasard car si son ramage se rapporte à son plumage, ce drôle d’oiseau chanteur de Rival Sons s’offre une échappée solitaire dans le désert de Mojave. Un premier album solo d’une intensité rare, entre gospel, soul, country rock, southern rock et mythologie des grands espaces, un « Weapons of Beauty » qui a su faire de notre JCM un authentique cow-boy adepte du square-dance.

Jay BuchananPar Jean-Christophe MARY

Depuis plus d’une décennie, Jay Buchanan incarne la ferveur blues-rock rugueuse et viscérale de Rival Sons, formation californienne qui a su raviver la flamme du classic rock américain. Avec Weapons of Beauty, Jay Buchanan s’émancipe en solo et change de focale. Là où son groupe misait sur la puissance et l’électricité, il propose un voyage remarquable à travers la soul, le country rock, le southern rock et le gospel. Un disque de dépouillement et de lumière.

La genèse de l’album relève presque de l’expérience ascétique. Jay Buchanan s’est réellement retiré dans un bunker du désert de Mojave avec un générateur à essence et pour seule compagnie des mines d’or abandonnées afin de composer les chansons qui constituent le cœur de ce disque. Une retraite volontaire, quasi mystique dont découle une introspection forcée. Cette plongée en lui-même donne à l’ensemble une profondeur rare, rappelant le chemin exploré par Robert Plant après la séparation de Led Zeppelin, c’est à dire un retour aux racines américaines et une quête d’authenticité.
Car ces chansons dégagent un éclat et une passion indéniables. La voix soul de Buchanan résonne tout au long de l’album et nous offre dix titres magnifiques, bouleversants et chargés d’émotion.

Jay BuchananL’album s’ouvre sur « Caroline ». Dès les premières mesures, on est saisi par le timbre chaud, la diction impeccable, La chanson semble flotter comme une braise dans la nuit, installant d’emblée un climat de confidence. « High and Lonesome » est née alors que le chanteur était assis devant un feu, observant au loin des yeux de coyote frémir dans l’obscurité. De cet instant suspendu est née une chanson habitée, presque chamanique, où l’on sent le silence du désert vibrer entre les notes. « True Black » constitue l’un des sommets du disque. Vibrant appel aux armes, sermon apocalyptique et incandescent, le morceau plonge dans un gospel fiévreux où Buchanan endosse le rôle du prédicateur. Sa voix se fait tour à tour implorante et impérieuse, portée par une tension dramatique saisissante. Avec « Tumbleweeds », le chanteur adopte une teinte plus mélancolique. On y perçoit l’ombre de songwriters contemporain, Ryan Adams, Jason Isbell, tandis que les paysages évoqués rappellent les grands espaces chers à Cormac McCarthy. C’est une chanson de route, ample et cinématographique, à écouter fenêtres ouvertes, portée par un sentiment de liberté. Sur « Shower of Roses », des émotions anciennes enfouies remontent à la surface. Buchanan la délivre avec une intensité bouleversante. Ici la voix semble venir chercher l’auditeur au plus profond de lui-même.
L’influence de Robert Plant affleure de nouveau sur le tumultueux « Deep Swimming ». Rythmique martelée, chant perché dans les aigus, guitares lumineuses ce morceau évoque l’enfance du chanteur dans une douce nostalgie traversée d’un enthousiasme juvénile qui rappelle les débuts de U2.
« The Great Divide » renoue avec l’élégance mélodique de Fleetwood Mac et l’esprit californien des Eagles des années 1970 tandis que « Dance Me To The End Of Love » se pare d’une patine plus blues où plane l’ombre diffuse des Rolling Stones. Dédiée à son épouse « Sway » est d’une intimité bouleversante. Jay Buchanan l’interprète avec une grâce et une puissance vocale presque angéliques. Un morceau qui vous hante encore longtemps après l’écoute.
Enfin, le morceau-titre « Weapons of Beauty » clôt l’album en apothéose. Portée par une introduction au piano d’une grande sobriété, la voix incandescente, grandiose et unique de Buchanan s’élève avec une intensité rare. Impossible de douter à son écoute que cet album lui est entièrement dédié.
Loin des éclats électriques de Rival Sons, Jay Buchanan signe avec Weapons of Beauty un premier album de foi de doutes et de lumière qui inscrit son auteur dans la tradition de la grande chanson américaine. Un disque élégant et sincère qui confirme qu’au-delà du frontman charismatique se tient un auteur-compositeur d’envergure. Jay Buchanan viendra défendre ses nouvelles chansons sur scène aux Étoiles à Paris ce 25 février. L’occasion de mesurer en live la puissance d’une voix qui décidément ne ressemble à aucune autre.

 

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