RAMON PIPIN AU CAFÉ DE LA DANSE 2026

Ramon Pipin by Thierry Wakx
Mais quelle soirée festive nous avons vécue samedi au Café de la Danse pour assister au grand show pas piqué des hannetons, donné par un Ramon Pipin Band en très grande forme, où l’artiste était entouré de 14 musiciens d’exception, avec quatuor à cordes, cuivres et toute l’imagination au pouvoir d’un regard unique sur le rock ! Avec une set-list panachée de fameuses compositions de ses défunts ABDD et Odeurs, mais aussi de sa solide discographie solo et tout spécialement des titres de son dernier opus, le bien nommé « C’est mieux que si c’était pire », notre Ramon international a su nous toucher droit au plexus solaire entre rires et larmes.

Ramon Pipin by Thierry Wakx
On peut dire que Ramon Pipin il est un peu comme Higelin. Ou Prince. Ou Fela. Ou Springsteen. Oh la la… vous allez dire « gbd est tombé sur le carafon ! ». Pourtant il n’y a pas tant d’artistes rock que ça capables de vous offrir un tel show de près de TRENTE titres, entouré sur une petite scène de QUATORZE musiciens virtuoses plus quelques guests. Bienvenu au club des hardest working men in showbiz ! Et même si l’artiste ne bouge plus autant que Michael Jackson de son vivant, son esprit, son humour, son impertinence, son petit grain de folie font vibrer la salle comme jamais, nous faisant inlassablement chavirer entre fou rire et larme à l’œil, dès la décalée « Une chanson ennuyeuse » extraite de son CD de 2016 « Comment éclairer votre intérieur », enchainée à la chanson-titre de son petit dernier « C’est mieux que si c’était pire » ( Voir sur Gonzomusic RAMON PIPIN « C’est mieux que si c’était pire » ) aux accents des Talking Heads. Suivent la forcément assourdissante « Johnny Feedback », l’une des inédites de son coffret « Best œuf » ( Voir sur Gonzomusic RAMON PIPIN « Best Œufs » ), la sarcastique « Mon public » avant de retrouver des perles d’Odeurs avec la camembert bien faite « Youpi la France » et l’égo-trip sarcastique irrésistible « Je m’aime ».

Ramon Pipin by Thierry Wakx
Retour à la case solo avec la funky en diable « Je promène le chien » extraite de son « Alafu » de 2020, avant une sélection du nouvel album incluant la bluesy boogie « Est-ce que tu sais ? » et les electroquées fun « Interieur queer » et « Les chiffons » clôturant cette première partie placée sous le signe des hits. Car après l’entracte, on peut dire que Ramon Pipin nous en aura fait voir de toutes les couleurs, dès le démarrage avec un retour vers le futur d’Au Bonheur Des Dames sur la fantasque « Ta robe de taffetas » vocalisée par l’immense Sharon Glory. Une seconde partie du show indiscutablement gorgée d’émotion avec la naïve et tendre « Qu’est-ce que c’est beau ! », l’hymne à la banalité « Le gens simples », la presque Led Zep « Stairway to Eleven » critique acerbe de la cynique bureaucratie du grand capital. Où l’on fustige la solitude avec humour dans la délicieuse « Mort devant la télé » du dernier CD, comme la suivante, la faussement fleur bleue « Les mots doux ». Car vous l’aurez compris l’art d’être Pipin consiste souvent à se jouer habilement des degrés jusqu’au douzième même s’il le faut.

Ramon Pipin by Thierry Wakx
Après le hit émotionnel de son précédent « Chants électriques » « Dans le tiroir du bas », Ramon continue à jouer les viva la muerte ashkénazes avec l’increvable « Mes funérailles » d’ABDD, puis la faussement guillerette « C’est mon dernier concert ». Et le concours de cynisme façon rock and drôle se poursuit avec une de mes préférées du dernier album, la succulente « L’ami à louer » suivie de la terriblement corrosive « Ça m’a fait plaisir ». Autre hit du petit dernier avec celle qui fait sans doute le plus battre mon petit cœur « Pitchipoï » vraie fausse balade pop sur nos cimetières familiaux communs à Ramon et à moi, incontestablement la chanson la plus forte écrite dans le genre sur les camps de la mort depuis « Le petit train » des Rita Mitsouko. Viva la muerte encore avec « On va tous scanner » ( tous canner !) … avant son « On ira tous au paradis » à lui avec « Nous sommes tous frères » et en final la sexy speedée frénétique « Que c’est bon » d’Odeurs, mais avec une émotion toute particulière, car c’était la chanson emblématique vocalisée par Clarabelle, la compagne de toujours de Ramon Pipin hélas disparue, mais avec ce bel hommage c’est comme si elle était un peu là ce soir sur scène face à nous. Si musicalement l’artiste et ses musiciens ont encore fait des miracles, nous offrant un show de haut vol impeccable, c’est surtout cette dextérité rare de se jouer des mots pour nous faire rire et pleurer en même temps qu’il faut saluer, preuve incontestable s’il en est que si Pipin n’existait pas, on se ferait vraiment chier !
ALL PIX BY THIERRY WAKX
