THE STREETS À PLEYEL
Lundi dernier à la Salle Pleyel, Mike Skinner a offert un concert d’une rare singularité. Entre chronique sociale, spoken word et hip-hop britannique, le fondateur de The Streets a démontré qu’il demeurait l’une des voix les plus singulières de la musique anglaise contemporaine. Un show aussi chaleureux qu’intensément groovy qui a forcément laissé notre JCM un tantinet groggy !
Par Jean Christophe MARY
Intense, humain, chaleureux et habité. Voilà sans doute les quatre mots qui résument le mieux le concert donné lundi soir par Mike Skinner à la Salle Pleyel. Devant un public conquis, le Britannique a offert bien plus qu’une simple succession de chansons : une immersion dans son univers fait de petites histoires, de souvenirs, de désillusions et d’observations du quotidien. Pendant près d’une heure et demie, l’artiste a rappelé pourquoi son projet The Streets occupe depuis plus de vingt ans une place à part dans la musique populaire britannique.
Mike Skinner, plus connu sous son sobriquet de The Streets, a livré un show intelligemment construit, scindé en deux parties. La première était entièrement consacrée à « A Grand Don’t Come for Free », son deuxième album paru en 2004 et considéré par beaucoup comme son chef-d’œuvre. De « It Was Supposed to Be So Easy » à « Empty Cans », l’artiste en a interprété l’intégralité des titres, respectant l’ordre et la logique narrative de cet album-concept devenu culte outre-Manche.
Autour de lui, une formation impeccable composée d’une basse, d’une batterie, d’une guitare, d’un clavier et de deux choristes donnait une nouvelle ampleur à ces morceaux dont la force réside avant tout dans leur écriture. Car Mike Skinner n’est pas un rappeur comme les autres. Depuis ses débuts, il s’est imposé comme un chroniqueur du quotidien, racontant avec une précision remarquable les maladresses sentimentales, les soirées trop arrosées, les doutes, les erreurs et les petites tragédies ordinaires qui jalonnent l’existence.
Son débit parlé, presque conversationnel, demeure unique. À l’opposé des démonstrations techniques ou des postures agressives souvent associées au rap, Skinner privilégie la narration. Chaque chanson devient une scène de vie, chaque texte une courte nouvelle dans laquelle chacun peut reconnaître une part de lui-même.
Après une très courte pause, le concert a pris une autre dimension. Le second set s’est largement appuyé sur « Original Pirate Material, » son premier album paru en 2002, celui qui révéla The Streets au grand public. Les classiques se sont alors enchaînés : « Let’s Push Things Forward », « Don’t Mug Yourself », « Weak Become Heroes » ou encore « Has It Come to This ? ».
L’un des moments les plus marquants de la soirée est intervenu sur « Turn the Page ». Mike Skinner a quitté la scène pour venir chanter au milieu du public, abolissant définitivement la distance entre l’artiste et ses spectateurs. Une proximité qui correspond parfaitement à sa manière de concevoir la musique : directe, sincère et profondément humaine.
La scénographie contribuait également à l’atmosphère particulière du spectacle. Au centre de la scène, une cabane encadrée par deux réverbères évoquait un décor urbain presque cinématographique. Entre deux morceaux, Skinner dessinait sur les vitres de cette construction tout en poursuivant ses récits, ajoutant une dimension visuelle inattendue à l’ensemble.
Tout au long de la soirée, on mesure à quel point The Streets demeure un projet inclassable. Son hip-hop nourri de UK Garage, de spoken word et d’influences électroniques continue d’échapper aux catégories habituelles. Là où beaucoup d’artistes misent aujourd’hui sur des effets visuels spectaculaires, Mike Skinner captive par la seule force de ses mots, de son sens de l’observation et de sa personnalité.
En quittant la Salle Pleyel, une évidence s’imposait. Plus de vingt ans après ses débuts, Mike Skinner reste un artiste à part. Par son style musical unique, sa façon de raconter les existences ordinaires et une mise en scène aussi simple qu’originale, ce spectacle ne ressemblait à aucun autre. Une singularité précieuse dans le paysage musical actuel, qui confirme que The Streets demeure l’une des propositions les plus attachantes et les plus authentiques de la scène British.
Set-list
A Grand Don’t Come for Free
It Was Supposed to Be So Easy
Could Well Be In
Not Addicted
Blinded by the Lights
Wouldn’t Have It Any Other Way
Get Out of My House
Fit but You Know It
Such a Twat
What Is He Thinking?
Dry Your Eyes
Empty Cans
Rappel :
Turn the Page / Who’s Got the Bag / Let’s Push Things Forward
Don’t Mug Yourself
Never Went to Church
Utopia
The Escapist
Has It Come to This / Weak Become Heroes
Too Much Brandy
Wrong Answers Only
Take Me as I Am
