JERUSALEM VIBES D’ESTHER OFARIM À NETTA

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 Netta

 

Avec son look coloré, mix de Beth Dido, Björk, MIA…et de la Princesse Leia de Star Wars et son incroyable énergie, la jeune Israélienne Netta Barzilai, 25 ans a remporté haut la main, hier soir à Lisbonne, au Portugal, l’édition 2018 de l’Eurovision avec sa chanson « Toy ». Écrite par le compositeur militant gay, Doron Medalie et produite par son partenaire, Stav Beger, le duo gagnant derrière le magnifique succès de cet hymne à la tolérance et à l’amour universel, la chanson apporte sa 4éme victoire au Grand Prix de l’Eurovision, en superbe symbole, 20 ans après la victoire de la trans Dana International et 70 ans, presque jour pour jour, après la naissance d’Israël. D’Esther Ofarim à Netta Barzilai en passant par Asaf Avidan, panorama des stars internationales de l’État hébreu.

 

netta-barzilai-Micro pays d’un peu plus de 20.000 km2 et d’environ 8 millions d’habitants, Israël a pourtant marqué à de nombreuses reprises l’histoire planétaire de la musique…et encore, c’est sans compter l’Annie Cordy de Tel-Aviv, Rika Zaraï… ou Mike Brant LOL ! Plus sérieusement, la première chanteuse à se distinguer sérieusement à l’étranger fut incontestablement Esther Ofarim. En 1963, avec sa chanson « T’en va pas », elle rate de peu l’Eurovision, parvenant néanmoins à se classer à la seconde place de la compétition. Cinq ans plus tard, en duo avec son mari, elle transforme l’irrésistible 45 tours « Cinderella Rockefella » en immense hit planétaire, premier du genre pour le jeune état. Il faudra ensuite attendre vingt ans avant de voir émerger Ofra Haza. D’origine yéménite, la chanteuse du faubourg d’Hatikva chantait l’arabe comme nulle autre, avec une grâce exceptionnelle. Il lui faudra exercer son art durant près de dix années avant de la voir gagner une reconnaissance globale avec son « Im Nin’ alu » popularisé par le duo electro Coldcut sur leur désormais légendaire remix de « Paid in Full » des rappers Eric B & Rakim. Portée par son vertigineux appendice vocal Ofra Haza jouira jusqu’en 1997 d’un immense succès. Hélas, à la fin des 90’s, on apprend qu’elle est atteinte du virus HIV. Elle décède en février 2000, à seulement 42 ans. Deux ans auparavant, en 98 la chanteuse trans Dana Internationale apportait à Israël sa troisième victoire à l’Eurovision avec sa chanson « Diva » à Birmingham. Elle déclarait déjà fièrement, avant de remporter le concours, assumer sa vie et le revendiquer en tant que personne transsexuelle pour transmettre son message de réconciliation « Ma victoire prouve que Dieu est de mon côté, je veux envoyer un message de pardon à mes critiques et leur dire : essayez de m’accepter et le genre de vie que je mène, je suis ce que je suis et cela ne signifie pas que je ne crois pas en Dieu et que je n’appartiens pas à la nation juive. » Après sa victoire, Dana International n’aura jamais aussi bien mérité son patronyme : sa chanson explose les dances-floors, tandis que son interprète se produit un peu partout à l’étranger enchainant album sur album. Et en 2008, fait assez rare pour être noté, Dana représente une nouvelle fois Israël à l’Eurovision. Mais cette fois, elle ne se classe qu’en 9éme position.

Il n’existe pas de bonne chanteuse sans bonne chanson

Doron Netta Stav

Doron Netta Stav

Certes, ils n’ont jamais participé à l’Eurovision, mais le rock des Minimal Compact de Samy Birnbach, Rami Fortis et Berry Sakharof a durablement marqué les esprits ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/la-nouvelle-vague-orientale-de-minimal-compact.html ) comme un Velvet Underground made in Israël, tout comme son avatar Foreign Affair quelques années plus tard. Enfin, en 2012 émerge grâce à sa chanson « One Day/ the Reckoning Song » l’incroyable Asaf Avidan, tel un Bob Dylan né à Jérusalem dont la voix si haut perchée ne peut laisser quiconque indifférent ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/asaf-avidan-lombre-doree.html et également  https://gonzomusic.fr/asaf-avidan-the-study-on-falling.html ) . Ce qui nous mène aujourd’hui à la jeune Netta Barzilai dont la chanson « Toy » a été si largement plébiscitée hier à Lisbonne. Drôle, volontaire et surtout parfaitement décomplexée, la jeune chanteuse de 25 ans se distingue par son parler- cash. « On m’a dit de m’habiller comme si je n’avais rien à célébrer. Habille-toi en noir. Porte des vêtements larges. Les jupes courtes ne sont pas pour toi. Les manches courtes ne sont pas pour toi. Tu n’es pas sexy ou belle. Eh bien, je suis ici pour briser ces clichés, parce qu’ils causent beaucoup de peine à tant de gens » explique Netta. Mais aussi rafraichissante que soit Netta, il n’existe pas de bonne chanteuse sans bonne chanson. Et derrière la colorée et fun « Toy », on retrouve une équipe :  le compositeur Doron Medalie et son partenaire dans la vie, Stav Beger qui assure la prod. À la première apparition de Netta au télé-crochet de Hakokhav HaBa ( la nouvelle star), qui devait désigner le candidat à l’Eurovision 2018, ils ont flashé sur elle : « Dès sa première audition, nous voulions qu’elle gagne », se souvient Doron. Une semaine avant la finale, ils ont composé « Toy » taillé sur mesures pour elle. Et lorsqu’elle l’a remporté, ils ont eu cinq jours pour soumettre leur chanson au comité d’écoute. Lorsqu’elle a été acceptée, le couple était fou de joie, Medalie déclarant à la presse avec humour : « Normal, que nous adorions l’Eurovision, nous sommes gay ». Pour le duo vétéran, c’est la sixième tentative de remporter l’Eurovision avec une de leur composition pour défendre les couleurs d’Israël. « L’Eurovision, c’est toute mon enfance, c’est ma vie, c’est mon ADN et mon premier souvenir gay marquant était de regarder Ofra Haza chanter « Chai » à Munich en 1983″» assure-t-il.

 L’année prochaine à JérusalemTel Aviv celebrating

Et avec « Toy » on peut dire qu’ils ont cassé la baraque. Netta y est incroyable, avec son look Pokemon, ses onomatopées en boucle et ses irrésistibles mimiques de poule dans son poulailler, pour mieux dénoncer le sexisme. Au-delà du look et de l‘inventivité musicale, le plus surprenant c’est le mode décomplexé de la jeune fille qui s’assume totalement. « Regarde-moi, je suis une créature ravissante » lance-t-elle dès le début de la chanson. Electro groove, R&B futuriste et ce « je ne suis pas ton jouet » qui prend un écho si particulier dans la campagne post-Weinstein #Metoo, en l’écoutant et en l’observant, on comprend aisément que Netta ait fait craquer tous les bookmakers, qui parient depuis déjà quelques jours sur elle. Car elle parvient à cocher toutes les cases : look, son, humour, jeunesse, orient, métissage, militantisme LGBT en une performance aussi arty que bluffante hier soir, entourée par deux murs de Maneki-nekos, ces chats dorés Chinois porte-bonheurs qui agitent inlassablement leur pattoune. Manifestement, les Maneki-nekos ont assuré un max en apportant la victoire à Netta avec 529 points contre la Shakira chypriote Eleni Foureira et son « Fuego » 436 points. Monsieur et Madame, les candidats français ont été …remerciés en 13éme position avec 173 points, derrière la Moldavie, l’Albanie et la Lituanie…mais juste avant la Bulgarie. À Tel-Aviv, hier soir, les habitants ont joyeusement célébré la victoire de Netta jusqu’au bout de la nuit dans une ambiance qui devait ressembler à ce que Paris avait vécu en 98 pour la Coupe de Monde. Deux nuits auparavant, dans l’écho de la menace des missiles iraniens, les sirènes d’alerte résonnaient sur la Galilée proche et le plateau du Golan, c’est tout le paradoxe israélien où la high-tech cohabite avec le berger et ses chèvres dans les montagnes, où l’histoire antique percute notre plus proche futur. D’ailleurs, comme un écho à la prière de Pessah (Pâque) qui proclame « l’année prochaine à Jérusalem », cette fois la prochaine édition du Prix de l’Eurovision aura effectivement lieu à Jérusalem puisque le pays gagnant se retrouve ipso facto hôte pour l’organiser.

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