DEPECHE MODE : « Spirit »

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Pour son 14éme album, on peut dire que mes amis Depeche Mode, que je pratique accessoirement depuis plus de 35 piges, ont mis les bouchées doubles. Car ce titre en deux syllabes, « Spirit » porte en lui tant de choses. L’esprit, certes il n’en manque pas, mais c’est aussi le génie (dans sa bouteille), ou le côté volatile de l’essence. Mais dans l’esprit- ah ah ah- de Martin, Dave & Fletch c’est surtout ce courage qu’ils cherchent à nous insuffler. Car, à l’image de ce premier et puisant single « Where’s the Revolution », Depeche Mode a fait son propre aggiornamento. New producer. Nouveau son rétro-synthé-cool. Nouveau rééquilibrage artistique conjugué à des textes brulots politisés, comme un retour aux sources anti-capitaliste d’ « Everything Counts », ce « Spirit » n’a pas décidément pas fini de nous hanter. Analyse par GBD.

 

SpiritDe prime abord on se dit : tiens, cette fois, pas de guitares électriques qui émergent directement. Elles sont pourtant là, mais subtilement noyées dans les couches successives de la prod de James Ford (ex-Simian Mobile Disco puis ex-Last Shadow Puppet et producer des Artic Monkeys, Alex Turner en solo, Florence and the Machine, Foals…) le nouveau réalisateur des Trois de Basildon. La preuve d’un ré-alignement des pouvoirs musicaux chez DM est la montée en puissance des compositions de Dave. Boosté par sa collaboration avec Soulsavers, le chanteur s’affirme plus en écriture et, du coup, l’équilibre entre Dave et Oncle Martin s’en retrouve bouleversé. Redistribution des cartes, mais avec toujours Fletch au milieu, en balance de la justice, pour équilibrer la mécanique DM. L’arithmétique donne 7 titres composés par Martin, un à la fois par Dave et Martin et les 4 autres par Dave et… d’autres, comme Peter Gordeno, le remplaçant « technique » d’Alan Wilder sur les tournées ou le programmeur/bassiste Kurt Uenala que l’on retrouve sur l’album. Encore une preuve que si Depeche prône la révolution, il se l’applique d’abord à lui-même.  Et ce mouvement de révolte s’étend bien entendu aux textes et aux thèmes développés dans ces douze nouvelles chansons. Dés le tout premier titre « Going Backward » DM attaque direct.  Comment ne pas penser à Trump, à son aveuglement face au réchauffement planétaire, à l’écoute des paroles de ce titre « retour en arrière ». DM a toujours été un groupe politique qui ne garde pas sa langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de défendre le prolétariat contre le patronat cupide, le faible contre le puissant…..et, à ce titre « Going backwards » ne mâche guère ses mots : « nous n’avons pas évolué/ Nous ne respectons rien/ Nous avons perdu le contrôle/ Nous retournons en arrière/ Ignorant les réalités/ Nous retournons en arrière/ Comptes-tu les victimes ? » vocalisé sur une puissante incantation de Dave. What else ? Sinon le sentiment de déguster une bonne cuvée Depeche Mode. Mais le combat continue avec le hit insurgé  « Where’s the Revolution ». Remember « Master and Servant »? On est dans la même veine. Dave a une  superbe voix, burinée par les ans et par l’influence bénéfique des Soulsavers auxquels il collabore depuis deux albums. Mais le résultat se fait sentir, comme le poil se dresse sur le dos, face à ces incantations modernes et rebelles. Dans ces temps troublés, une telle chanson est comme un phare dont la lumière chasse les ténèbres. Ce titre-choc et puissant qui illustre l’immense frustration portée par l’air du temps, me rappelle aussi un peu « Never Le Me Down Again ».

On songe aux mêmes « usual suspects »

DepecheMode-Anton-Corbijn

Slow aérien, « The Worst Crime » n’en est pas moins aussi préoccupant par les sujets qu’il aborde. We’re all charged with treason…on est tous inculpés de haute trahison. Puis, plus loin, on évoque les «  leaders aux mauvaises intentions ». « On est juge et jury, le pendu et le bourreau…comment avons-nous commis le pire des crimes ? ». Vindicatif et assez large pour mettre Poutine, Erdogan et Trump dans le même sac sans même avoir à les citer nommément. Mais on songe également à l’écologie et notre Planète qui se meurt…le pire des crimes ! Enfin, avec « Scum », s’achève cette suite de quatre compositions « politiques » de Martin Gore, sur des synthés pulsés dés l’intro, avant de se transformer en séquences torturées…mais au fait qui est cette « ordure » (scum) ? Théâtrale composition, pour un casting dont les candidats ne manquent pas, capables d’« appuyer sur la gâchette », comme le chante si bien Dave. On songe aux mêmes « usual suspects » précités, en rajoutant les « petits satans » que sont mlp ou Geerts Wilders. Encore politique, mais diablement efficace. Avec « You Move », LA collaboration Gore-Gahan, on découvre la première compo love sexy, au beat électro-choqué, sombre et lancinante, entêtante et sensuelle. Belle, tout simplement. Slow à nouveau avec « Cover Me ». Lancinante à nouveau, incantatoire comme une prière profane. « Est-ce que tu me protégeras ? » interroge Dave. On est presque dans le domaine religieux, mais ce n’est pas la première fois n’est-ce pas? On se souvient de « Personal Jesus » ? Là c’est une quasi-prière, longue et obsédante qui se fond dans une incroyable séquence qui évoque furieusement le « Trans-Europe Express » de Krafwerk…. …clin d’œil or not, c’est une des plus belles réussites du CD. « Eternal » développe lui aussi un thème encore plus religieux presque divin où il est question d’amour, de protection et d’environnement. C’est une promesse : « je serai toujours là pour toi, même lorsque surgissent les nuages noirs et que s’abattent les radiations ».

« Spirit » ne manque décidément pas d’esprit

Depeche Mode

« Poison Heart », comme le suggère son titre est un slow vénéneux, pour une superbe performance vocale de Dave. Avec « So Much Love », les percus métalliques évoquent furieusement celles du « 99.9 F » de Suzanne Vega inventées par Mitchell Froom. On retrouve enfin quelques guitares moins trafiquées, certes fugitives, mais qui génèrent une incroyable montée en puissance jusqu’au paroxysme final. Avec « Poorman » et son intro « retour vers le futur de la new wave » de «Just Can’t Get Enough » renoue avec le champ politique. Normal, c’est encore l’Oncle Martin qui l’a écrite.  Poor man got the blues/ Corporations get the breaks/ keeping almost everything they make/ and tell us how long it’s going to take .( Le pauvre n’a que le blues/ les multinationales ont tous les abattements fiscaux/ et conservent à peu près tout l’argent qu’elles se font/ Et nous disent qu’il faut leur donner du temps). Un peu plus loin, le texte de Martin évoque « le SDF étendu dans la rue, allongé dans la neige et la gadoue ». Musicalement, on songe à « Peace » sur « Sounds of the Universe »en pur slow cotonneux évanescent. Plus légère, « No More (This Is the Last Time) » est une super chanson de rupture et l’on se dit que ce salaud de Dave chante vraiment très bien. Il le sait et il en joue à merveille. Encore un des sommets du CD avec une superbe mélodie langoureuse et toujours ce petit synthé futé 80’s bien rétro-cool qui retentit dans le background. L’album qui s’achève sur la longue « Fail » slow glacé et éthéré comme une tempête de neige au beat subjuguant laisse un sentiment trouble, mais apaisant. Et l’on se dit que ce « Spirit », qui ne manque décidément pas d’esprit, devrait forcément se distinguer dans la longue et tumultueuse discographie de Depeche Mode.

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