DEPECHE MODE : MODE MAJEUR

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DM en 1981 version Vince ClarkeIls auront été sans conteste le phénomène de cet été 1985: Depeche Mode surfe sur l’incroyable popularité de son 4éme album, « Some Great Reward » sorti à l’automne 84 et s’offre sa toute première couverture de la presse rock hexagonale avec ce numéro 205 de BEST. Je les avais rencontrés à l’aube de 82, quelques semaines après la publication de leur premier LP et quelques jours seulement après le claquage de porte de Vince Clarke. Trois ans plus tard,  après un Bercy chauffé à blanc et un incontestable excellent nouvel album, gbd reconnait qu’il s’est gravement fourvoyé en traitant à la légère ces petits gars de Basildon. Cover story en forme de « mea culpa » et début d’une très longue collaboration avec les stars de chez Mute.

Publié en ‘une » du numéro 205 de BEST

BEST 205 smallAu début, on veut juste faire des petits tubes pop, et puis on se retrouve responsable d’un mouvement de masse et, éventuellement, d’un style. Toujours la même histoire; sauf que celle de Depeche Mode est d’aujourd’hui.

Micro-chip et maxi choc, pour certains ados, ILS incarnent la quintessence d’un romantisme synthétique actif. Pour d’autres, au contraire, ILS sont d’infâmes confectionneurs d’une soupe métallique asexuée aux nombreuses vertus soporifiques. Pile ou farce, lorsque la pièce se stabilise sur la tranche, les Depeche Mode jaillissent en tubes comme des torpilles. Des Pèdes Moches, Des Pèches Molles, leurs détracteurs s’en donnent à cœur joie (Et Bite Qui Bronze pour Bronski Beat, vous la connaissiez ?).

Bof, en ce qui me concerne, je n’échangerais pas les Depeche Mode contre l’Antéchrist. C’est sans doute mon côté chasseur de papillons, mais ces petits anges de Basildon excitent… ma curiosité sociologique, ne serait-ce que par leur impact. D’abord, ces petits-là ont su nettoyer les charts d’une frange hard rockeuse gênante, ensuite, la cellule Depeche Mode et ses ramifications via Vince Clarke (Yazoo, The Assembly, Alf Moyet) fonctionne à travers Mute comme une incroyable machine à hits, une sorte de Motown électronique et blanc. Enfin, Depeche Mode – le groupe- dissimule sous ses poums-poums répétitifs une· certaine conscience politique dont le plus surprenant est qu’elle penche carrément vers la gauche. Eh oui, camarades!

Vous avez dit rouge?

Basildon (Essex), petite ville de 1 80 000 âmes, est construite toute en briques rouges. Londres est à 30 minutes de train et pourtant c’est déjà un autre monde. Née dans le boom industriel de l’après-guerre, Basildon subit le contre-choc de la crise. Welcome chômage et l’assommoir du pub. Andy Fletcher, Martin Gore et Geneviève Alison Moyet se retrouvent dans la même classe. Alf est déjà bien punkisante. Martin et elle ont déjà leur propre groupe. Fletcher pratique la musique, mais comme enfant de chœur. Catho convaincu, il pratique la messe avec une louche ferveur. Andrew, au contact de ses copains de classe, ne tarde pas à virer son hostie. Le rock sera ici plus fort que la foi.

Dave Gahan, c’est le plus agité de la bande. Gibier de potence, braqueur et graffiteur, il est condamné trois fois devant un tribunal pour enfants. Petit rebelle teigneux, il change de job tous les mois en passant des champs de fraises aux grands magasins. En 77, il se laisse alpaguer par la vague punk, crache dans les bières avec John Lydon et le designer Steve Linnard. Speed en cachets, ruelles sombres et bouges de banlieues, sa piste croise un jour celle de Vince Clarke. Ensemble, ils ne tardent pas à massacrer des reprises glauques dans quelques souterrains de répétition. Vince et Dave étaient amis d’enfance, le hasard et la musique les rapprochent. Avec Martin, ils forment Composition of Sound qui deviendra Depeche Mode avec l’arrivée d’Andy Fletcher et l’achat d’un synthé cheap.DM en 1981 version Vince Clarke

Premiers succès à la Mode

Étymologiquement, le groupe tire son nom du magazine. Avec une vision déformée des principes de la mode, nos Basildoniens flashent sur ce titre qui incarne l’accélération des tendances. À Londres, elles s’éclipsent les unes les autres en quelques semaines. Lorsque le dénommé Stevo fonde son label, baptisé Some Bizzare, sa première compilation révèle alors Soft Cell, B Movie, The The et Depeche Mode. « Photographic », leur titre, est robotique à souhait, les Mode inventent avec bonheur le son Photomaton. Bientôt, les requins du showbiz rodent à Basildon et les propositions pleuvent. Mais la plus alléchante émanera d’un inconnu. Daniel Miller a peu d’argent et une tolérance sans limite. Il offre aux jeunes Mode une liberté de création totale. Miller est un drôle de bonhomme, le Berry Gordy de la vague synthé. Avec Mute, son label indépendant, il monte victorieusement à l’assaut des charts. Son flair ne le trompe jamais. Depeche Mode deviendra le plus bel étalon de son écurie. « Si on balançait un bruit strident et continu de trois minutes, Daniel aurait les tripes de sortir le 45 tours », raconte David Gahan, « je ne connais pas une seule autre compagnie qui oserait prendre un tel risque ». Assisté de l’ingénieur Eric Radcliffe – qui deviendra le Eric de « Upstairs at Eric’s » de Vince Clarke-, Master Mute produit le premier LP: « Speak and Spell ». Il co-signera la réalisation de tous les albums du groupe. Simple comme une boîte à musique électronique, le «son» Depeche Mode est pourtant très efficace. Pour le NME,  » Speak and Spell » est « la meringue flamboyante du moment », traduire joli, sucré, léger , poppy… mais un peu creux. On retrouve sur le 33 tours les deux premiers simples  » Dreaming of Vou » et  » New Life », mais c’est » Just Can’t Get Enough » qui cartonne. De toute façon, les royalties filent droit dans les poches de Vince Clarke, auteur-compositeur de 90% du matériel.En 81, Martin Gore traduit la tendance synthétique du groupe : « Nous n’avons pas choisi le synthé uniquement parce que c’est la mode. Avant tout, c’est le son et les possibilités qui nous ont convaincus. Mais notre musique n’est pas spécialement dirigée vers le futur. La preuve : elle n’apporte aucune réponse sur ce futur. » Depeche Mode incarne pourtant l’idéal pop des 80’s: agréable, mécanique et fleur-bleue, la musique déménage sans créer trop de séismes. Elle s’oppose ainsi à l’image frigidaire de la New Wave. S’ils s’expriment comme des ados attardés, les Depeche Mode tentent au moins, avec un certain succès, l’osmose » Asimovienne» de l’homme et des machines.

Just Can't Get enough« Je parie que les mômes qui achètent nos disques n’ont jamais mis les pieds à un concert. Ça ne les tente pas. Ils aiment dix fois mieux voir nos visages à la TV ou dans les magazines. Je sais que c’est l’archétype de l’attitude pop, mais nous n’avons rien prémédité. On ne s’est jamais dit: « formons un groupe Mode et à l’assaut des hit-parades, nous serons ÉNORMES ». Aucun d’entre nous n’a prémédité de « faire carrière », la preuve c’est que notre premier LP est déjà depuis longtemps chez les disquaires et nous n’avons pas encore laissé tomber nos jobs respectifs. Si les ventes continuent de grimper, nous aviserons ». Andy Fletcher reste un petit gars bien sage. Il déclarera aussi qu’il se « sent coupable de ne plus aller à la messe ». (Sic!)  » Speak and Spell », avec des titres aussi forts que » What’s Your Name » dont le texte répète inlassablement » Hey, you’re such a pretty boy, so pretty … »reste une meringue fort digeste.

LA nouvelle éclate en décembre 81 : « Rien ne va plus chez les Pretty Boys, VinceClarke quitte Depeche Mode ». Cela couvait depuis longtemps. Le 22 Août 81, prétextant un « flip de la presse », Vince séchait déjà les interviews essentielles avec les canards de rock anglais. Il s’enferme chez lui et décroche le téléphone: il n’y a déjà plus d’abonné au Depeche Mode que vous avez demandé. En octobre, il notifie sa décision à ses petits copains prétextant un refus de monter sur scène: « Débrouillez-vous sans moi, les gars, je prends seul la tangente du studio ». On est à la veille d’une méga-tournée US. Dur dur ! Qui saura assurer la relève?

Exit Vince, welcome Alan…

Alan Wilder était sans doute le « tea boy» le plus stylé du studio DJM, mais servir le thé des stars comme Elton John n’est pas une vocation en soi. Wilder- avec un tel nom! – n’est décidément pas fait pour les théières. Le synthé remplace vite les petites cuillères et ce que James Bond avait baptisé » l’horrible petite tasse de boue ». Avec une poignée de cockneys il forme les Hitmen, mais deux simples et un LP plus tard (sur CBS) les Hommes- Tubes se séparent. Wilder, en chômage technique, fouille les petites annonces rock de la capitale: « Groupe , connu cherche clavier de moins de 21 ans ». « J’avais vingt-deux ans, j’ai menti », avouera Wilder. Malgré son grand âge, il décroche le job en une audition. Un communiqué de presse Mute annonce la nouvelle formation et son départ pour le Nouveau Monde. Tour de passe-passe, Martin Gore qui signait déjà deux compositions du  » Speak and Spell» avait entre-temps écrit un titre,  » See Vou » enregistré par les trois Mode restants. Le groupe le balance rapidement avant le début de la tournée.Just Can't Get enough

Où est passée la magic touch? Sans Clarke, les Depeche Mode peinent, même s’ils glanent quelques succès anglais. Gore persévèrera néanmoins, assumant seul l’écriture du second album publié en 82. Hélas, « A Broken Frame» porte un peu trop bien son titre. Lorsqu’on ôte un des côtés du cadre, l’harmonie entière du tableau paraît brisée. L’after-Clarke est un .grand bain mélancolique. Fluctuat nec mergitur, DM surnage péniblement avec deux mini-tubes. Les Top Of The Pops se font rares. C’est pourtant à cette occasion que j’ai rencontré le groupe. J’ai d’abord été frappé par son extrême timidité. Manifestement le trio face à moi n’avait plus l’âme de champions. Sans réelle combativité, qui peut survivre à la jungle du vinyle?

Et pendant ce temps là à Basildon…

Meanwhile, back in Basildon …Vince Clarke enfermé depuis des semaines dans son studio improvisé, retrouve par hasard la copine Alf Moyet. Celle-ci ramait depuis des mois avec un groupe de blues rock râpeux, les Little Roosters, qui l’utilisaient comme choriste au prix de quelques bières. Quel gâchis, se dit Vince en offrant sa collaboration à miss Moyet. De la part de Clarke, la proposition n’était pas à proprement parler innocente. Si Vince est un bricola génial, il est aussi un piètre chanteur. Geneviève Alison Jane Moyet offre sa voix volcanique à la musique de Clarke. Yazoo nait de ce cocktail de glace et de feu. Fidèle entre les fidèles, Eric C. Radcliffe suit. Vincent et le trio investit les studios Blackwing. Là-haut, dans la nouvelle aile qu’il vient d’aménager, l’ingénieur mijote le fruit du succès. À la base, la collaboration Alf/Vince devait durer l’espace d’un 45 tours. Lorsque sort «  Don’t Go», c’est un raz de marée. Sur les rails du succès, Yazoo glisse alors jusqu’à l’album.

yazooToujours à Basildon, mais du côté des Mode, on ne rigole pas. Vince n’était-il pas le cerveau du groupe? Dur d’appartenir à une formation réputée sans matière grise. En ville, histoire de les faire rager, on chantonne « Don’t Go» sur leur passage. Les Mode pèchent par déprime: « On n’est pas ambitieux, on est même assez paresseux », déclarent-t-ils par bravade aux enquêteurs rock. De toute manière le « Quatrième Pouvoir» semble les bouder. « On devrait être plus agressifs et balancer des verres de bière à la tronche des journalistes, ça les ferait peut-être réagir », ironisent-ils.

Mais tous les micros, tous les stylos sont tournés vers Blackwing où Yazoo achève la fusion de sa première galette: « Upstairs at Eric’s », avec son titre-hommage à Radcliffe. « L’album fut un long combat, surtout vers la fin. A force d’être enfermés dans ce studio depuis des semaines, nous étions sur le point de craquer » avoue-t-il. Cependant, Vince et sa célèbre frange n’ont nul besoin d’être bavards, la musique de Yazoo est assez éloquente.  » Upstairs at Eric’s» est incontestablement une des perles de 82, Alf et Vince se partagent la fabrication du gâteau. Il est surprenant, expérimental. La palette de feelings déployés par le duo est large, ce qui explique la diversité. Efficace, Yazoo mixe pop et délire. Dans ses vidéos, Vince Clarke apparaît à l’époque sous les traits d’un professeur fou; il se livre en effet à de bien étranges perversions sonores, mettant en boucles des conversations qu’il injecte dans ses machines. On dirait presque le « Revolution N° 9 » des Beatles. On n’est pas non plus très loin d’Eurythmics. D’ailleurs si Yazoo avait survécu il aurait pu sérieusement concurrencer le duo atomique Lennox/Stewart. Mais Vince Clarke est un frappé d’instabilité. Après quelques gigs – Alf et sa passion du blues penchent vers la scène – Vince commence à tirer la langue. «You and Me Both », le second Yazoo est moins intense que son prédécesseur. Vince-Ia- bougeotte plaque alors Alfie Moyet sur le même prétexte que Depeche Mode et s’invente la structure qui lui convient le mieux: le solo amélioré. Son nouveau concept, The Assembly, est assez ouvert pour lui permettre de respirer, mais tout seul ou presque. The Assembly se compose de deux permanents, Eric et Vince, et une guest star, l’ex-Undertone, I’Irlandais Feargal Sharkey.Feargal Sharkey La genèse de la collaboration de Sharkey au projet Assembly ne manque d’ailleurs pas de piquant. Traveling avant, une boutique de disques à Londres. Le propriétaire du lieu et un vieux pote de Feargal sont face à face: « Alors que devient-il depuis le split des Undertones? », demande le disquaire. En guise de provoc’, puisque Vince Clarke vient d’annoncer à la presse rock la formation de The Assembly, l’autre réplique: « Feargal, il bosse maintenant avec Vince Clarke ! ». Une semaine plus tard, le mag teenie boppie « N° 1 » reprend l’histoire dans ses brèves. Clarke tombe dessus par hasard, rigole et expédie une cassette au domicile de Sharkey à Londonderry. Une semaine plus tard, le deal était signé: Feargal Sharkey devenait la première voix de l’Assemblée avec « Never Never »; dans le rock la réalité dépasse souvent la fiction. « En quittant Depeche Mode, je suis passé à travers un certain nombre de stades pas très clairs » raconte Vince, « l’avenir me paniquait. Je devais surtout me prouver que j’étais capable de réussir sans le cocon rassurant d’un groupe. Je présume que mes anciens partenaires se sont également posé les mêmes questions. Heureusement pour eux, Depeche Mode a su s’imposer et ça gonfle la confiance en soi. Je crois que Depeche Mode vivra longtemps dans le succès. Moi, par contre, je ne suis pas aussi sûr de mon coup. Je suis inquiet et instable. Parfois, j’ai peur d’avoir épuisé toute ma gamme potentielle de mélodies, alors je doute très fort. Je cherche sur mes machines et enfin je trouve LE SON. Alors seulement je me sens mieux »,

Construction Time Again

Depeche-Mode-Construction-Time-AgainLe vent se lève sur 1983 et souffle très fort sur Depeche Mode grâce au nouvel album «Construction Time Again ». Après le « Cadre Brisé» voici venir le temps de la Seconde Fondation. La traversée du désert s’achève et un à un les Mode sortent des ténèbres: David Gahan, le chanteur, l’ex-soul boy avec ses tatouages et son accent cockney, Andrew Fletcher et son air d’éternel enfant de chœur, Alan Wilder, Ie dragueur éternel et Martin Gore, l’âme timide, l’intello qui cite Brecht et Orwell à ses interviewers. DM n’a nul besoin de balancer des bières sur les journaleux, Ia nouvelle énergie du groupe suffit à leur tisser une très large couverture de presse. Comme la précédente, la pochette de « Construction Time Again» symbolise le travail. Après la faucille, voici venir le marteau. DM ne sombre pas dans le marxisme, mais les thèmes sont franchement socialisants: « Le travailleur au marteau ne détruit pas la montagne. Il la reconstruit et c’est une attitude positive. Tout l’album repose sur cet idéal positiviste basé sur la force du travail» lance Martin Gore. Et Alan Wilder de renchérir: « Nous sommes socialistes et motivés ». Power pop, Depeche Mode emballe la machine à hits pour tendre vers un monde meilleur, un monde plus égalitaire. Un titre comme« Everything Counts » s’attaque directement au fonctionnement des multinationales: « La poignée de main scelle le contrat/ A partir du contrat on ne peut plus faire machine arrière/ .. ./C’est un monde de compétition/Ceux qui ramassent, ramassent le paquet/Pour leur seule jouissance égoïste/On ne prête qu’aux riches. .. ». (Ce qui est d’autant plus succulent que les Depeche n’avaient JAMAIS signé de contrat formel avec Mute. Seule comptait la poignée de main échangée justement avec Daniel Miller !-. Symbole du travail, le marteau de Depeche Mode est une arme sonore, un instrument de musique qui scande les pulsions de ce « Construction Time Again ». Il révolutionne le « son» DM. Ballade romantique, « Love In Itself » est le second tube chromé de l’album. L’Angleterre craque, tandis que le reste de l’Europe commence à succomber, annonçant le triomphe des Mode, S’extirpant de son image froide et translucide, le groupe muscle sa tête et son corps en décochant de brillants upercuts. Mais pour le KO, il faudra attendre « Some Great Reward », DM No 4.

Triomphe à Bercydepeche_mode-1984

« Moi je viens pour sa mini-jupe », « Moi j’ai fondu sur le clip de « People are People », « Moi j’ai dansé sur « Master and Servant », « Moi je les trouve simplement mignons », « Moi je les trouve gays » …Quelles pouvaient être leurs motivations? One night in Bercy. Vox populi, vox dei pour ceindre leurs têtes blondes de Basildon  de couronnes de lauriers fondues dans l’or de leurs (multiples) trophées . Leur pop industrielle a su remplir la méga-salle parisienne. Signe des temps, les marteaux sucrés de Depeche Mode font reculer les chaînes de motos brandies par le hard rock et ses adeptes. 85 année DM: victoire sur tous les fronts: disques, concerts, radios et télés matraquent « Some Great Reward» immédiatement adopté par des troupeaux de fans plus cleans qu’un paquet Bonux et son cadeau. David, Andrew, Martin et Alan font sans doute des idoles acceptables. Il y a leurs synthés, bien sûr, leur militantisme soft, mais ils se révèlent aussi sous les traits d’étranges explorateurs du son perdu. Suivez un jour le Mode dans ses tribulations sonores: « It’s a lot like Iife» ( « Master and Servant « ). C’est vrai, lorsqu’ils cherchent un son à mémoriser sur leur Synclavier, ce synthé magique capable de reproduire sur une gamme n’importe quel son mémorisé, ils vont à la casse enregistrer l’agonie des vieilles caisses dont ils brisent les carreaux à coups de briques. L’échantillon sonore ainsi récupéré est injecté directement dans les sillons de Depeche Mode via le Synclavier. Comme sur les boÎtes de bonbons anglais, nos Mode revendiquent la mention: « Tous nos sons sont naturels », littéralement, ils n’ont pas tort. Le dernier album est consistant Ces Mode ont vraiment le sens du détail, ainsi ce briquet Bic utilisé en guide de percus sur le titre « Blasphemous Rumours ». Mais Martin Gore n’a t- il pas souvent déclaré qu’il avait été beaucoup influencé par 10cc et son émanation, le duo Godiey and Creme. Depeche Mode est le 10cc des années quatre fois vingt, un retour serré en mélodies. La vague de Basildon n’a pas fini de rouler. Vince Clarke semble avoir dissous son Assembly, mais il revient cet été avec un nouveau 45 tours« One Day» et la voix d’un inconnu, Paul Quinn. Assez crooner country-synthétique, merci Paul Young, Quinn offrira peut-être un nouveau hit à Clarke, aujourd’hui largement distancé par ses confrères Mode. Quant à Alf, l’ex-compagne, tout va bien pour elle. Après son album CBS et le poids de ses ventes, elle s’apprête à nous pondre pour la rentrée une nouvelle Moyeterie gorgée de soul. À l’instar de tous ces bras levés vers le ciel de Bercy, Depeche Mode plane sur les scènes de l’été. Bonne traversée.

Publié dans le numéro 205 de BEST daté d’aout 1985

 

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