DAWES , CALIFORNIA DREAM

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Dawes

by Dan Martensen

Avec ses cascades d’harmonies dorées, Dawes s’inscrit dans la droite lignée des Crosby, Stills & Nash, Eagles, Poco, America, New Riders of the Purple Sage, Quicksilver et bien entendu Jackson Browne…que le groupe des frères Goldsmith a d’ailleurs accompagné sur son dernier album et en tournée. En ce début d’été indien parisien, Dawes faisait encore briller son soleil Californien dans la pénombre de la Boule Noire. Rencontre avec le chanteur-guitariste et le batteur de la formation d’Echo Park, East Los Angeles.

 

Dawes

by Dan Martensen

Installés sur un canapé d’un petit salon de leur label Français, Taylor Goldsmith, le chanteur, et son frère Griffin, le batteur, ont l’air aussi cool que leur rock. Et s’ils en ont l’air, ils en ont aussi forcément la musique : de radieuses compositions à la nonchalance toute californienne plaquées sur des textes qui pratiquent l’humour à fleur de peau…mais aussi à très fortes Dawes ( ah ah ah… dans le genre, vous avez aussi échappé à « When Dawes Cry » ! ). Rencontre parisienne avec les Goldsmith brothers…

L’interview

« Le nom du groupe a-t-il un rapport avec le village de Dawes  dans le comté de Mendocino en Californie du Nord?

Griffin : Waw, je ne savais même pas qu’un bled portait ce nom.

Google sait tout, voyons ! Au début, le groupe s’appelait Simon Dawes. Qu’est devenu Simon au juste ?

Taylor : Lorsque le groupe a commencé en tant que Simon Dawes, on avait à peine 15 ans et mon partenaire, un garçon du nom de Blake Mills, était né avec le prénom Simon, mais à un moment, ses parents l’ont changé pour Blake. Et moi je suis né avec Dawes comme « middle name », mais mes parents ont ensuite préféré Taylor Zachary Goldsmith. À quinze ans, cette coïncidence nous a paru fascinante, donc on a baptisé notre groupe de nos noms perdus. Quant nous avons splitté, cela m’a brisé le cœur. Mais comme Dawes était aussi le prénom de mon grand-père, qui nous a toujours fait écouter des groupes comme Hank Williams et Bob Wills and the Texas Playboys, beaucoup de country music qui nous a pas mal influencés avec Dawes. Hélas, notre grand-père est mort avant que nous ne commencions le groupe. Cependant, pour toutes ces raisons nous avons conservé Dawes.

D’où est issue votre famille ?

G : Elle est originaire d’Irlande, je crois qu’elle est arrivée au 19éme siècle en Amérique.

Vous avez grandi en Californie ?

T : Oui, à Malibu. C’était un endroit génial où passer son enfance, mais nous n’avions pas adhéré à toute cette culture du surf. Voilà pourquoi nous en sommes partis. Bien sûr, nos parents y vivent encore et c’est un endroit magnifique, mais en termes de musique et de lieux pour sortir entre potes c’est le désert. Désormais, nous sommes basés à East LA,

G : Hé ce n’est tout de même pas Compton. On est entre Silverlake et Echo Park. C’est vraiment devenu un super endroit pour les jeunes. Car vu le prix de l’immobilier, les jeunes artistes n’ont plus les moyens de vivre à Malibu ou Santa Monica. C’est un peu devenu une nouvelle Venice Beach…sans la beach ! C’est facile, car nous vivons tous à moins de deux kilomètres les uns des autres.

Vous avez toujours joué ensemble ?

G : J’étais trop jeune pour jouer dans Simon Dawes, mais on a toujours jammé ensemble. Quand j’ai achevé mes études, j’ai rejoint mon frangin. Nous avons cinq années de différence.

Vos parents jouaient-ils de la musique à la maison ?

T : Pas notre mère, mais elle nous a toujours soutenu. Par contre, notre père joue assez bien du piano et il chante également. Alors, en période de fêtes, il n’était pas rare qu’on se retrouve autour du piano pour chanter des chansons tous ensemble.

Vous avez d’autres frères et sœurs ?

G : Oui il y a trois autres enfants dans la famille, mais ils ne font pas de musique. Notre père dans sa jeunesse faisait partie de Sweathog, un groupe assez populaire à LA, au début des 70’s. Ils ont assuré des premières parties de tournées Yes ou Black Sabbath. Le groupe a remporté quelques succès, mais ils se sont séparés. Ensuite mon père a été quelque temps le chanteur de Tower of Power. Et ensuite, il a arrêté sa carrière.

Racines

Quels sont les premiers groupes que vous avez écoutés ?

Dawes

by Dan Martensen

G : Je dirai Booker T and the MG’s, Steely Dan…et le premier batteur qui m’a vraiment inspiré c’était John Bonham de Led Zeppelin.

T : Comme tous les enfants, lorsque j’étais vraiment gosse, le premier groupe qui m’ait vraiment bluffé, c’était Steely Dan. Je n’arrivais pas à comprendre comment ces musiciens pouvaient être aussi musicalement en avance sur leur temps. Bien sûr, j’adorais aussi les Beatles et j’aimais aussi toute la musique avec laquelle nous avons grandi. Notre père était un très gros fan de James Brown, mais c’est incontestablement Steely Dan qui m’a donné le déclic pour consacrer ma vie à la musique.

G : Notre père possèdait le coffret « Decade », l’intégrale Steely Dan, c’est ainsi qu’on a découvert des joyaux comme « Here At The Western World » ou encore « FM ».

T : J’admirais vraiment leur côté méticuleux, leur regard d’orfèvres, lorsqu’il s’agissait de fabriquer leur musique. Je me suis toujours dit que si un jour j’avais un groupe, il devrait être comme celui-là. Mais cela ne nous empêche pas d’être aussi marqués, et tout spécialement avec ce nouvel album, par le rock de Neil Young, Bob Dylan ou encore des Stones qui sont capables de jouer à l’instinct.

Parlons de ce nouvel album…il est incontestablement influencé par un paquet de groupes que j’aime à l’instar des Eagles ou de Jackson Browne, et j’avoue être particulièrement bluffé par le son de ce disque porté par vos harmonies à trois voix, vous deux plus le clavier, qui constituent la colonne vertébrale de votre musique.

T : À un moment, je me suis dit : pourquoi ne pas écrire des chansons où nos trois voix pourraient chanter ensemble, d’un bout à l’autre de la composition. Mais, pour nous, c’est aussi quelque chose de très naturel. Cela s’est révélé particulièrement utile, car de nombreux groupes n’ont pas naturellement cette faculté. Mais oui cela fait évidemment partie de notre ADN.

Tous ces artistes, comme Eagles, Jackson Browne, Poco, les Byrds, dont vous semblez constituer les héritiers les avez-vous effectivement écoutés ?

T : Franchement, on n’en avait pas du tout conscience jusqu’à ce que de plus en plus de gens se mettent à faire des comparaisons. À force de s’entendre dire « Vous sonnez comme Jackson Browne », alors là je me suis vraiment mis à écouter Jackson Browne. Et finalement, nous nous sommes même retrouvés à travailler avec Jackson Browne. On a fait des premières parties pour lui et on a même fini par s’intégrer à son groupe. Nous sommes également crédités sur son dernier album, car nous étions en studio avec lui. Alors, forcément on nous associe à lui. Mais oui Poco, Joni Mitchell, Crosby, Stills & Nash, les Byrds, je comprends qu’on nous compare à tous ces groupes.

Faites que nos groupes favoris ne se séparent pas

Il y a comme un optimisme inhérent à votre musique. Mais aussi un vrai sens de l’humour, lorsque vous chantez cette prière: faites que nos groupes favoris ne se séparent pas !

T : Généralement, quand on commence une phrase par « fasse que… » cela a toujours un côté sérieux. Mais oui, appliquée à nos groupes favoris, c’est un peu un gag. Dans « Right On Time », on utilise la métaphore d’un garçon qui vient de se faire tirer dessus, pour exprimer le fait de pouvoir rencontrer la fille idéale au bon moment. Évidemment, c’était totalement exagéré et je me souviens que lorsque j’ai écrit ces mots je me suis mis à rire. Mais quand je l’ai fait écouter à d’autres, la plupart trouvaient cela uniquement cool, voilà pourquoi je ne suis pas toujours certain que les gens comprennent bien notre sens de l’humour. Des artistes tels que Warren Zevon ou Randy Newman ou encore John Prine utilisent fréquemment ce sens de l’humour, alors que chez nous c’est plus par petites touches. Mais on ne peut pas s’en passer, car l’humour fait partie de notre ADN.

On peut aussi évoquer ce qu’on ne trouve pas dans votre musique : la politique. Vous avez un ras-le-bol de la politique ?

T : C’est une étrange époque où les gens reçoivent toute sorte d’informations sur les opinions politiques des uns et des autres. Comme Neil Young qui écrit des chansons sur des sujets vraiment spécifiques comme Monsanto. Mais beaucoup trouvent cette démarche trop directe. Inversement, tu peux voir de vieilles chansons telles que « Blowing In The Wind » qui sont assez vagues pour s’appliquer à des tas de situations différentes, mais qui permettent à certaines personnes de les revendiquer comme « la chanson de toute une génération ». On ne voit jamais Bob Dylan donner des consignes politiques précises. Je ne dis pas non plus que ce que fait Neil Young n’est pas bien, je dis juste que les gens ont plus de mal à assimiler ces idées. Nous, nous avons joué en faveur du mouvement Occupy Wall Street avec Jackson (Browne). Au début on s’est dit : ah je ne sais pas si on doit autant s’investir politiquement. Mais on a mené nos propres investigations et c’est là que nous avons senti le besoin réel de participer à un tel mouvement. En fait, c’était un honneur pour nous de se retrouver invités dans un tel cadre. Et le public a vraiment réagi de manière très positive, même si nos chansons n’étaient pas directement politiques. Ce fut un moment vraiment privilégié.

Une de vos compositions a un son un peu différent,  ‘I Can’t Think About It Now », plus éloignée de Laurel Canyon, mais plus proche d’un groupe nommé Dire Straits… surtout le son de la guitare.

T : Mark Knopfler est incontestablement mon guitariste préféré. Je savais lorsque j’ai écrit cette chanson qu’elle avait un petit côté Dire Straits . Mais c’est vraiment un de mes groupes favoris, j’aime chacun de leurs albums. Et j’admire vraiment la façon dont Mark Knopfler a dissout Dire Straits au sommet de sa popularité, car c’était devenu une trop grosse machine et qu’il souhaitait retrouver des salles à dimension humaines loin des grands stades.

Par contre, « Right On Time » sonne incroyablement Eagles !

T : J’adore tous ces disques, mais jamais je n’ai fait qu’écouter un seul groupe comme les Eagles et jamais je ne me suis dit : je veux écrire es chansons comme celles des Eagles. Par contre j’ai adoré le film documentaire qui retrace toute leur carrière « History of the Eagles » ; jamais je ne me suis dit : je vais composer une chanson comme Dire Straits ou les Eagles, je voulais juste écrire une chanson qui me semble tout simplement réussie. Une chanson comme « Right on time », et ses harmonies au début, est plutôt influencée par Father John Misty et ce genre de groupe.

9′ 46″

by Dan Martensen

by Dan Martensen

Un truc que vous avez fait volontairement et là tu ne vas pas me contredire, c’est que vous avez sorti une chanson de 9 minutes et 46 secondes, ça fait bien trente ans qu’on n’ a pas entendu une chanson de cette longueur . C’était pour briser un tabou de la « pop song de 3 minutes » ?

T : C’est vrai je suis bien excité par le fait qu’aujourd’hui une telle pratique soit mieux acceptée. Je me souviens lorsque le nouvel Eminem était sorti, le premier titre durait 7’ 45’’. Pareil pour le dernier War on Drugs qui a remporté un franc succès, la première chanson s’étirait sur 9 minutes 30’’ et la suivante durait aussi 6 ou 7 minutes. Alors, ça nous a fait réfléchir. Lorsque nous l’avons d’abord jouée, je commençais tout juste à fignoler les arrangements. En fait, au début nous l’interprétions de manière beaucoup plus rapide.

Donc vous l’avez ralentie ?

G : Oui. Et du coup elle a un tout autre feeling. Et les arrangements sont aussi très différents.

T : En tout cas, lorsque nous l’avons achevée et que nous avons alors réalisé qu’elle durait près de 10 minutes, je n’y croyais pas. Pour moi elle faisait au pire dans les 6 minutes.

Cette chanson sonne un peu Bruce Springsteen !

T : Ah cool, nous adorons Bruce Springsteen.

Si vous n’étiez pas nés en Californie vous n’auriez sans doute pas ce son-là. Tu ne crois pas que l’endroit où nous grandissons a une forte influence sur ce que nous sommes ?

T : Je crois bien. Mais je pense que cela agit plus de manière inconsciente.. On ne s’est jamais présenté en tant que « groupe Californien ». On a fait notre premier album en ignorant absolument ce que signifiait l’étiquette « groupe Californien ». On écoutait beaucoup the Band et John Prine, mais on nous a dit lorsqu’il est sorti qu’on avait ce coté « groupe Californien » et c’est à ce moment-là que nous nous sommes mis a écouter Joni Mitchell, Warren Zevon ou Jackson Browne. Et nous sommes tout simplement tombés amoureux de cette musique et cela nous a objectivement beaucoup influencés. Mais on ne s’est jamais dit : soyons un groupe Californien ! Aujourd’hui avec des chansons telles comme « Now That It’s Too Late, Maria » pour moi sonne comme une bonne jam session. Toi tu trouves que cela sonne comme Bruce Springsteen, moi je trouve qu’il y a plus une influence Bob Dylan, mais il y a toujours ce « truc Californien ». Je pense que ce côté dans notre groupe est effectivement quelque chose d’inhérent à ce que nous sommes. Car nous sommes fier de nos origines et de cet héritage musical qui fait partie de tout ce qu’est Los Angeles. Alors oui, forcément notre musique aura toujours en elle cet élément Californien, c’est plus fort que nous.

Lorsque vous avez démarré, avez vous de suite généré des fidéles followers. Avez vous été programmé dans un club ou sur une play-list de college radio ?

G : Oui il y a un agent qui discute avec les promoteurs ; il nous a épaulé presque depuis le début. Il a toujours été là pour nous guider dans la jungle du music-biz.

T : Mais même au début à LA lorsque nous n’avions pas encore d’agent , c’est moi qui allais voir chaque promoteur local pour lui demander « hé mec…tu peux nous rajouter à ton affiche ? » Et puis avec Simon Dawes on avait déjà commencé à se faire une petite réputation sur la scène de LA. Non pas que nous avions remporté beaucoup de succès, mais on avait déjà joué dans des clubs comme le Troubadour ( NDR : LE club où ont démarré Lenny Bruce, Jackson Browne et les Eagles ». Aussi lorsque cette filiale de Simon Dawes est apparue sous le nom de Dawes, on a eu la chance d’être bien accueilli dans pas mal de salles comme l’Echo. Là, ils nous ont tout de suite dit : « on est prêt à vous donner votre chance ! ». On est vite devenu un de leurs groupes résidents les mercredis soir. On a eu la chance que tant de gens nous fassent confiance.

L’autre soir au concert dans la salle il y avait pas mal d’Américains qui semblaient connaître vos paroles par cœur. C’est le genre de choses qui vous touchent ?

T : Absolument. On me demande parfois si je n’an ai pas marre de chanter des chansons de notre premier album qui est sorti voilà déjà six ans et bien… pas du tout ! Au contraire, c’est quelque chose que j’adore. Quand je vois le public chanter avec nous sur « When My Time Comes », j’ai vraiment l’impression que nous sommes tous ensemble, que nous ne formons qu’un. Je ressens alors toute l’énergie du public.

Vous imaginez-vous un jouer jouer dans des grands stades comme le LA Coliseum ou le Pasadena Rose Bowl ?

G : Ce serait super et je crois que ce serait un expérience incroyable que de jouer dans des lieux aussi vastes. Chaque fois que nous avons joué devant un large public cela a influé notre manière de jouer.dawes

Vous avez sorti quatre albums en six ans. À chaque fois était-ce un perpétuel combat ou une douce vallée de miel ?

T : Cela ne nous prend pas trop de temps lorsque nous enregistrons un album. Le tout premier nous l’avons fait en quinze jours. Pour les trois autres, nous y avons passé tout au plus quatre ou cinq semaines. Les choses se mettent assez rapidement en place pour tout ce qui concerne l’enregistrement. Mais par contre, dès qu’il s’agit d’écrire les chansons, c’est une tout autre affaire. Je suis très excité, car j’ai déjà neuf nouveaux titres à mon actif pour le prochain album. Et en général, à ce moment-là sur le dernier album je n’avais guère qu’une seule chanson de prête. Cela fait une sacrée différence. Quand on pense que nos héros du rock étaient capables de sortir un super album chaque année. Pour le moment, nous nous contentons d’un album tous les deux ans. Pourtant, on adorerait le faire plus souvent. Quand tu vois des groupes qui ont un catalogue de folie du genre vingt albums dans leur carrière lorsque tant d’autres n’en font que sept ! Voilà, disons que c’est un de nos rêves que de pouvoir se dire : voilà nous avons tous ces disques qui représentent ce que nous sommes. »

 

Voir la critique de l’album « All Your Favorite Bands » sur Gonzomusic.fr

https://gonzomusic.fr/dawes-all-your-favorite-bands.html

 

 

 

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