UN DERNIER ROCK AVEC PAT BENA(S)TAR

Pat BenatarVoici 30 ans dans BEST, GBD retrouvait Pat Benatar chez elle dans la San Fernando Valley de LA. La belle brune s’apprêtait à publier « Wide Awake in Dreamland », son album de 1988, en retour direct vers le rock, après trois ans d’absence après la naissance de sa fille, Haley comme la comète. Et la coolitude californienne n’était manifestement pas parvenue à tempérer la Pat, toujours aussi insurgée contre les injustices et les inégalités. Flashback…

Pat Benatar BESTDrivée par son mari-guitariste-producteur Neil Giraldo, Pat Benatar coule des jours heureux dans la Vallée de San Fernando, au nord de Los Angeles, où elle m’avait donné rendez-vous. Et la Pat jeune maman d’une petite Haley – comme la comète – prouvait qu’elle assumait dans les décibels toute la maturité de sa féminité et cela sans renier une seule once de hargne rock. Dans la foulée des «Invincible», «We Belong » et autres « Love ls A BattleField », cet album « Wide Awake in Dreamland » enchaîne les titres brûlots et vindicatifs, comme autant de slogans. Plus tard, à l’aube des 90’s elle prendra un virage nettement plus blues. Son dernier album intitulé « Go » est sorti en 2003. Aux dernières nouvelles, Pat et Neil seraient toujours ensemble, happy ever after dans leur San Fernando Valley.

Publié dans le numéro 243 de BEST sous le titre

 

RETOUR SUR PAT

 

« Après une pause pour mener vie de femme et grossir le club des mamans du rock, Pat Benatar revient à l’action, parce que, s’il n’y a pas que la musique dans la vie, c’est quand même encore ce qu’il y a de mieux » Christian Lebrun

 

Pat et NeilPerché sur le toit d’un immeuble, le vaisseau Enterprise du Captain Kirk domine le Hollywood Freeway. Au-delà d’Universal city la mythologie de l’écran percute la réalité dans quelque glissement temporel. Et le macadam grisâtre à cinq voies se déroule pour laisser apparaître l’échiquier propret et trop ordonné de la San Fernando Valley. À perte de vue les pavillons aisés flanqués de leur piscine ressemblent aux hôtels des plateaux de Monopoly. En passant par la case «Départ», j’ai touché une Mustang 65 de location et une invitation à déjeuner avec Pat Benatar, dans un restau branché de Ventura Boulevard, le « Boulevard du Crépuscule » de la vallée.

Fahrenheitement parlant, il fait ici au moins cinq degrés de plus qu’à Hollywood mais les flancs de cette « cuvette » de San Fernando sont parsemés de superbes propriétés de movie stars et de magnats de l’étalon vinyl-or comme les Jacksons. Les stars de la vallée ont le sang chaud c’est météo-logique. Et le couple Benatar/Giraldo n’échappe pas à la règle. Le pare-brise de ma décapotable fend l’air brûlant jusqu’à la sortie Sherman Oaks du freeway. Clignotant à droite et bientôt le ruban parsemé de dealers d’autos, de restaus et de centres commerciaux chicos du boulevard Ventura court à perte de vue jusqu’aux plages de Malibu. Modèle d’hacienda mexicaine avec patio et jardin exotique, la cantina Lalo Bros m’accueille par son valet-parking qui disparait  bientôt au volant de ma Mustanconvertible. À l’intérieur, lumière tamisée et muzak d’ambiance, accoudée au bar une longue chevelure brune tombe sur le cuir d’un Perfecto. Pat Benatar se retourne et me sourit. Un serveur bavard nous conduit dans le salon privé…Si Pat a perdu son côté poupée-ado, son visage mince reflète tout le bonheur d’une femme comblée par la vie et le rock and roll. Deux années et demie se sont écoulées depuis la sortie de « Seven The Hard Way », mais où donc était passée la Pat ?

« ll y a eu la naissance de notre fille Haley. On s’est monté un studio à la maison pour un tas de raisons pratiques, mais surtout pour échapper aux pressions habituelles et bosser au feeling. Mais « Wide Awake… » a pris, c’est vrai, beaucoup plus de temps que tous mes autres albums. »

Pat s’est installée dans la Vallée pour suivre Neil. Aujourd’hui, le couple Giraldo a acquis sur la plage de Malibu un terrain où ils édifient la propriété de leurs rêves. Fille de la Côte-Est, notre chanteuse est passée à l’Ouest.

«Après toutes ces années vécues à New York, j’ai eu vraiment du mal à m’habituer au LA way of life. Ce qui me manque le plus, c’est le côté multiracial et bouillonnant de New York, toutes ces couleurs, ces odeurs et le feeling urbain. Ici, on ne marche jamais, mais on élève ses gosses plus facilement qu’à NY. En octobre dernier, après un tremblement de terre particulièrement violent, nous sommes repartis sur la East Coast. J’ai vraiment paniqué, c’était mon premier séisme, 35 secondes qui semblent durer toute une vie. Je me sentais minuscule et impuissante comme un insecte. Tous les meubles se déplaçaient dans la pièce comme dans un film d’épouvante: je n’avais jamais eu aussi peur de ma vie. »

Mais NY est encore plus pénible qu’un tremblement de terre et les Giraldo regagnent la Californie. Pat ferait-elle la même musique s’ils étaient restés à l’Est ?

« La musique vient de l’intérieur, je ne crois pas que la géographie ait une telle importance. Mais la plupart des chansons de l’album, c’est vrai, parlent de l’excès et on peut y trouver une référence directe à LA où il y a trop de tout. Et cela m’irrite. Depuis quelques années déjà, nous vivons plutôt bien, mais je n’ai pas la sensation de succomber à l’excès. Alors comment des gens peuvent-ils balancer 175 000 dollars – plus de 1 million de Francs – dans une voiture et se sentir bien dans leur peau alors que d’autres crèvent la dalle à quelques miles de là. À New York, tout le monde est éclaboussé par les mêmes taxis, que l’on soit riche ou pauvre on est aussi trempé. En Californie les écarts de classes s’affichent de manière un peu trop voyante. »

Petite bombe vindicative, Pat Benatar ne perd jamais le sens de sa révolte. Rebel with a cause ?

Pat Benatar

« Je n’en sais rien. Mais je ne suis jamais satisfaite ; j’aime voir les situations évoluer dans le sens de l’amélioration. Ce qui me rendait folle de rage lorsque j’avais quinze ans me choque toujours autant. J’ai du mal à admettre que ceux qui détiennent le pouvoir ne l’utilisent pas pour améliorer les choses. Et si chacun d’entre nous voulait bien utiliser son bulletin de vote, nos décideurs seraient sans doute bien plus actifs. Ce putain de pays, c’est nous qui le constituons et nos dirigeants n’en ont pas la propriété, ils doivent se contenter de le gérer. À une certaine époque, Chrysalis, mon label incarnait pour moi ce côté Big Brother, pouvoir omniprésent et omni-puissant. Ils voulaient contrôler tout ce que je pouvais faire ou dire. Mes vêtements, ma coiffure, mes déclarations à la presse, le choix de mes chansons… Un beau jour, j’ai fini par craquer et je leur ai dit « de l’air ». Ils m’ont alors menacée :« si tu ne faispas ceci ou cela taratata… ) et je ne pouvais pas l’accepter alors j’ai tenté ma chance : « fuck…vos ordres vous pouvez vous les mettre ». C’est ainsi que j’ai gagné mon indépendance, car si tu te bats, tu as au moins une chance de triompher. Le Bien finit toujours par liquider le Mal, c’est mon seul credo. Mais si tu démissionnes sans cesse, tu te laisses peu à peu transformer en mouton.Tu n’as aucune idée de ce que j’ai du traverser avant de pouvoir m’affirmer. C’est un tel business, je n’ai guère envie d’en parler. Pour moi il y a la musique et leurs affaires ne me concernent pas. Je ne me suis pas mise à chanter pour rafler des millions de dollars par poignées ; je chante parce que s’il n’y avait pas la musique, la vie pour moi n’aurait aucun sens. Je me fiche pas mal d’être pauvre en chantant ou riche en chantant, mais il faut que je chante, pour moi  c’est aussi vital que l’oxygène. Mais c’est aussi valable pour tout ce qui touche ton existence. Lorsque tu prends en main tous les aspects de ta vie, nul ne peut te dicter une conduite. La stagnation, le conservatisme puent comme la mort. Et lorsque tu succombes, tu signes ta propre sentence: on meurt bien plus souvent d’ennui qu’on ne le croit. »

Fervente adepte de l’évolution perpétuelle, Pat Benatar prouve à nouveau avec son « Wide Awake ln Dreamland » que le changement conduit aussi au succès… à condition de ne pas se laisser endormir. Dans la foulée des «Invincible», «We Belong » et autres « Love ls A Battle-Field », l’album enchaîne les titres brûlots et vindicatifs comme autant de slogans. « Don’t Walk Away » pour l’amour. « Too Long A Soldier » pour la paix, « Cool Zero » contre l’esclavage des multi-nationales et « Suffer The Little Children » contre les crimes des détraqués du sexe.

« J’avais déjà abordé le sujet des enfants martyrs avec « Hell ls For Children», explique-t-elle , «cette fois, la chanson est inspirée par un triste fait divers. Melissa est une petite fille dont un maniaque a abusé et si cette histoire m’a autant marquée c’est que non content de l’avoir violée, il a tenté de l’enterrer vivante. J’étais si dégoutée qu’il fallait que je réagisse en écrivant cette chanson. Lorsque je vois tous les problèmes que doivent affronter les ados aujourd’hui, je pense aussi à Haley. La violence, le sida, la pression du chômage, quelle terrible progression naturelle des choses. C’était déjà dur pour nous les enfants du baby boom, c’est encore plus dur pour les kids des 80’s et c’est nous qui en portons la responsabilité. Voilà pourquoi je ne crois pas aux artistes de génie isolés dans leur tour de cristal qui jettent un regard condescendant sur le monde qui les entoure. On n’a pas le droit de renier la réalité. »

En partageant avec moi son dessert, des framboises au sucre, Pat s’excuse carrément de ne pas avoir assuré elle-même la préparation du déjeuner :

« Je n’ai rien à cacher. Notre maison est banalement normale, mais nous avons un Doberman particulièrement agité. ll saute dans tous les sens et aboie sans cesse, nous n’aurions pas pu placer un mot. Mais je suis encore tout à fait capable de faire la vaisselle. »

En rapportant sa carte de crédit à la chanteuse, notre serveur lui propose un deal :

«- Au lieu du pourboire, je me contenterai bien de votre Corvette 68, ça marche ? 

-Parlez-en à Neil, mon mari, car moi je ne conduis en général que la poubelle de la famille, un vieux minibus Dodge, dans le genre défoncé comme celui des Freak Brothers. »

-Mais avec votre chanson « l’m On Fire » vous allez encore vous faire quelques millions de dollars ? »

 -Vous voulez dire «All Fired Up»… quant aux millions, si c’est vraiment le cas, j’intercèderai auprès de Neil pour qu’il vous fasse un petit discount sur la’Vette ».

Belle et énergique, maman me serre longuement la main, avant de disparaître au volant de sa merveilleuse «poubelle». Je sais que ça n’est que du rock and roll, mais qu’est ce que j’aime Ça !!!!

  

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