THE ROCKY HORROR SHOW AU CASINO DE PARIS
Plus de cinquante ans après sa création, The Rocky Horror Show n’a rien perdu de son intense pouvoir de fascination. Avant d’être le film culte que des générations de spectateurs continuent de célébrer lors de tonitruantes séances participatives, The Rocky Horror Picture Show fut d’abord une comédie musicale imaginée en 1973 par Richard O’Brien. Aujourd’hui, la production britannique officielle fait escale au Casino de Paris et prouve que cette œuvre hors normes reste une formidable machine à divertir. Rocké ou horrifié…ou bien les deux à la fois notre JCM n’en savait plus sur quel pied danser.
Par Jean-Christophe MARY
À sa création, Richard O’Brien bousculait les codes de la comédie musicale en mélangeant science-fiction, cinéma fantastique de série B, glam rock, humour anglais et liberté sexuelle. Plus de cinq décennies plus tard, la recette fonctionne toujours aussi bien. Parce que The Rocky Horror Show n’a jamais cherché à être raisonnable, il continue d’afficher une insolence réjouissante qui fait tout son charme.Dès les premières minutes, la mise en scène de Christopher Luscombe imprime un rythme effréné. Les tableaux s’enchaînent sans le moindre temps mort, les changements de décor se font avec une fluidité remarquable et l’énergie ne retombe jamais. Tout est pensé pour entraîner le public dans cet univers complètement déjanté où le sérieux n’a pas sa place. Le décor signé Brian Thomson joue pleinement la carte du cinéma fantastique. Impossible de ne pas penser aux vieux films de Frankenstein en découvrant le laboratoire du docteur Frank-N-Furter. Une immense pellicule métallique domine la scène comme un clin d’œil à cette œuvre devenue autant un phénomène cinématographique qu’un monument du théâtre musical. Installé au-dessus du plateau, l’orchestre participe largement à la réussite de la soirée. Les guitares électriques, la batterie et les cuivres donnent une véritable puissance glam rock à une partition qui traverse les générations sans prendre une ride.
Impossible d’ailleurs de rester de marbre lorsque retentissent les premières notes de « The Time Warp ». La salle se réveille instantanément, portée par une chorégraphie devenue mythique. « Dammit Janet » ouvre le bal avec humour, « Sweet Transvestite » marque l’arrivée spectaculaire de Frank-N-Furter, « Touch-a, Touch-a, Touch Me » cultive un délicieux mélange de sensualité et d’autodérision tandis que « Hot Patootie – Bless My Soul » transforme presque le Casino de Paris en salle de concert. Plus émouvant, « I’m Going Home » dévoile une facette plus fragile du personnage principal. Les amateurs apprécieront également de retrouver « Super Heroes », souvent absente de nombreuses productions.

La grande réussite de ce show repose sur une distribution particulièrement solide. Stephen David Webb livre une prestation impressionnante dans le rôle de Frank-N-Furter. Plutôt que de copier l’inoubliable Tim Curry, il choisit sa propre voie et compose un personnage à la fois extravagant, charismatique, drôle et terriblement séduisant. Dès son entrée en scène, il capte tous les regards. Vocalement irréprochable, il impressionne autant dans les grands morceaux rock que dans les passages plus sensibles.Face à lui, Haley Flaherty fait évoluer Janet avec beaucoup de naturel, passant de la jeune femme naïve à une héroïne beaucoup plus affirmée. James Daniel Bisp campe un Brad sincère et attachant, parfaitement complémentaire de sa partenaire. Edward Thomas Bullingham s’offre l’un des grands moments de la soirée avec un « Hot Patootie » débordant d’énergie avant une séquence volontairement kitsch où le faux sang coule à flots dans une ambiance délicieusement décalée. Ryan Peter Wilson impose quant à lui un « Riff Raff » inquiétant à souhait, tout en retenue.
L’un des grands plaisirs du spectacle reste son rapport permanent avec le public. Les spectateurs applaudissent les personnages et accompagnent les numéros dans une ambiance de fête. Peu de comédies musicales entretiennent encore aujourd’hui une telle complicité avec leur salle. La représentation du vendredi 26 juin aura pourtant connu quelques contretemps. Un léger retard puis plusieurs interruptions techniques sont venues ponctuer la soirée. Mais chaque incident a été annoncé avec calme et transparence. Dans une capitale frappée par une chaleur exceptionnelle, les équipes du Casino de Paris ont également multiplié les attentions envers le public : brumisateurs, ventilateurs et points d’eau ont permis d’attendre dans les meilleures conditions possibles. Ces imprévus n’auront finalement jamais cassé l’élan du spectacle, qui retrouvait toute son énergie à chaque reprise.
Cinquante-trois ans après sa création, The Rocky Horror Show n’a rien perdu de son audace ni de son incroyable pouvoir de séduction. Cette production britannique en restitue toute l’énergie grâce à une mise en scène rythmée, un orchestre flamboyant et une distribution de premier ordre emmenée par un Stephen David Webb exceptionnel. Derrière son humour déjanté, son glamour assumé et son rock incandescent, cette comédie musicale demeure surtout une formidable ode à la liberté d’être soi, à la tolérance et à toutes les différences. Plus qu’un spectacle culte, The Rocky Horror Show reste une célébration joyeuse de l’anticonformisme qui, plus de cinquante ans après sa création, continue de parler à toutes les générations.
All pix by David Freeman
Livret, lyrics et musique
Richard O’Brien
Mise en scène
Christopher Luscombe
Décors
Brain Thomson
Costumes
Sue Blane
Distribution :
Dr Frank-N-Furter : Stephen David Webb
Janet Weiss : Haley Flaherty
Eddie/Dr Scott/ Fantôme : Edward Thomas Bullingham
Brad Majors : James Daniel Bisp :
Riff Raff : Ryan Peter Wilson
Fantôme : Nathan Zach Johnson
Magenta : Laura Elizabeth Bird
Columbia : Daisy Louisa Steere
Fantôme : Jesse Chidera Nnanna
Rocky Horror : Morgan James Jackson
Fantôme : Tyla Dee Nurden
Fantôme : Amber Perrins Bethany
