THE BEACHES À L’ELYSÉE MONTMARTRE
Sous les pavés non pas la plage mais… les plages… the Beaches…. soit rien de moins que les Bangles ou les Go Go’s d’aujourd’hui, avec ce je ne sais quoi de provoc et de séduction pop, jouant sur l’ambivalence beaches/bitches. Il était donc surprenant qu’il reste encore quelques places dimanche dernier à l’Élysée Montmartre, pourtant quasi plein. Une anomalie tant the Beaches s’imposent déjà comme l’une des très belles surprises rock de ce début d’année 2026. Découvert presque par hasard début janvier — grâce à cet algorithme parfois inspiré qui alimente la playlist de Salim Zein — le quatuor canadien venu de Toronto confirme sur scène toutes les promesses de leur vitaminé 3ème CD « No Hard Feelings ».
Par Salim ZEIN
Dès l’entrée, aucune montée progressive, aucun faux suspense. The Beaches attaquent frontalement avec « Last Girls at the Party ». Son compte à rebours agit comme un détonateur : la salle bascule immédiatement. Là où d’autres auraient gardé ce morceau pour le cœur du set, elles choisissent l’impact direct. Le message est clair : ce concert ne cherchera jamais à tricher. Au centre de la scène, Jordan Miller capte instantanément l’attention. Elle arrive dans une tenue qu’on n’aurait pas reniée à une Miley en rupture de ban Disney : ensemble lingerie tout droit sorti de chez Undiz, perfecto jeté par-dessus, chevelure aux quatre vents. Rock star libre, assumée, sans filtre. Et surtout, une voix impeccable : toujours juste, toujours en place, portée par des mélodies évidentes et des refrains fédérateurs. Pas de démonstration inutile : juste l’évidence du chant. À la guitare, Kylie Miller, sœur de Jordan, insuffle une énergie solaire. Faux airs d’Emma Bunton version guitar player, elle sautille en permanence sur scène, sourire franc, tout en pumpant sa PRS Guitars avec une efficacité redoutable. Fraîcheur pop, précision rock : l’équilibre est parfait.
Mais l’architecture sonore du groupe repose sur Leandra Earl. Ici, pas d’image ni de posture. Multi-instrumentiste, regard franc posé sur le groupe comme sur le monde, elle est la véritable pierre angulaire de The Beaches. Quand l’énergie déborde, quand l’urgence s’emballe, c’est elle qui structure, qui ancre, qui maintient la cohérence. Le canif suisse du groupe, indispensable, discret, mais absolument central. nÀ la batterie, Eliza Enman-McDaniel imprime le beat avec une solidité imperturbable. Le tempo est net, constant, jamais envahissant. Le moteur tourne sans faiblir, laissant respirer les morceaux tout en leur donnant une assise irréprochable. Musicalement, The Beaches ne cèdent à aucune facilité : pas de gros sons saturés, pas de solos à l’emporte-pièce. Juste de très bonnes chansons, portées par des arpèges qui évoquent parfois The Cure, un parfum des Smiths, et cette filiation évidente avec les Go-Go’s. Une écriture simple, directe, universelle, qui permet à la salle de reprendre les refrains en chœur sans effort.
Queer-friendly sans slogan, inclusif par nature, le concert respire la liberté et la bienveillance. Le groupe prend le temps : un clin d’œil, une pancarte lue, un disque signé, une anecdote racontée par un membre du public invité sur scène. Chacun a sa place, sans hiérarchie ni calcul. On se demande alors comment des scènes comme Solidays, Rock en Seine ou Lollapalooza n’ont pas encore embarqué cette machine à performer. The Beaches jouent ce soir dans une salle à taille humaine, mais leur musique, leurs thèmes et leur énergie appellent clairement plus grand : le plein air, les foules, les grands rendez-vous. Et quand, le lendemain, on se surprend à fredonner leurs chansons sous la douche, sourire aux lèvres, le constat est simple : The Beaches ont tout d’un groupe prêt à changer d’échelle.
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