TEN YEARS AFTER THIRTY YEARS AFTER

ten years afterVoici 30 ans dans BEST, GBD tendait ENFIN son micro à un de ses tout premiers héros du rock, l’éternel guitar-leader de Ten Years After, mister Alvin Lee. Nous étions 20 ans après son incroyable performance de Woodstock et TYA publiait ce qui allait alors constituer son ultime album avec Alvin aux commandes, le bien nommé « About Time ». Flashback…

Ten Years After by JY Legras

Ten Years After by Jean Yves Legras

Cet été 1989, j’étais à l’antenne de France Inter chaque soir pour mon épatante émission de rock baptisée Zoulou. Et en aout, pour célébrer les vingt ans du festival de Woodstock, j’avais choisi de parler à un des acteurs majeurs de ces « trois jours se musique, de paix et d’amour », le Britannique Alvin Lee, mythique révélation du festival qui s’était tenu entre les 15 et 18 aout 1969. Par contre, je suis bien incapable de me souvenir pour quelle raison précise j’avais mis au frigo cette interview durant six mois avant de la publier. Peut-être que le label de TYA Chrysalis avait retardé la sortie de l’album ? A moins que à BEST nous ayons attendu une tournée européenne pour balancer l’entretien ? 30 ans après, je reste fier  d’avoir mené cet entretien avec Alvin Lee, un écologiste avant l’heure, qui nous a hélas quittés le 6 mars 2003 à seulement 68 ans, après une opération cardiaque qui avait mal tourné à Estepona, en Espagne.

Publié dans le numéro 257 de BEST sous le titre :

 

VINGT ANS APRES

 

1972, mon tout premier concert. Sur les sièges de velours rouge de |l’’Olympia je me laisse emporter par les vagues de riffs du guitar héro le plus rapide-de ce côté-ci du Pecos. Musicorama Ten Years After, quel événement. Auréolé par sa sidérante prestation de Woodstock -le film, sorti en France fin 70- Alvin Lee et son speed d’enfer incarnaient toute notre révolte ado. « I’m Going Home » avait fait d’Alvin Lee une sorte de demi-dieu du rock. Et, à l’époque, je plongeais dans la discographie de TYA, « Ssssh », « What », « Rock and Roll Music to The World », toile de fond sonore qui rythmait mes années de lycée. Mais TYA finit par se séparer. Alvin se lance dans une carrière solo et tente même de reformer son groupe sous le pseudo de Ten Years Later, mais la sauce ne prend plus, le rock n’a plus besoin d’un guitariste Lucky Luke qui balance ses accords plus vite que son ombre et Alvin retombe dans le no man’s land des spadassins anonymes.

alvin leePourtant, en aout dernier, je voulais fêter dignement l’anniversaire des vingt ans de Woodstsock en retrouvant I’un de ses témoins- clef. Or simultanément, j’ai découvert que Chrysalis, le label historique de TYA, balançait un nouvel album du groupe. J’ai écouté une cassette, c’était aussi top niveau qu’un album de ZZ. Top. Compositions béton, production à vous couper le souffle, pêchu comme l’enfer et line up des origines avec Alvin a la guitare, son faux « frangin » Ric le batteur, Leo Lyons le bassiste et Chick Churchill aux claviers, la réincarnation de TYA m’a poussé sur la piste de mes fantômes. Et le 16 aout précisément, vingt ans jour pour jour après sa sidérante prestation de Woodstock, j’ai retrouvé Alvin Lee à Sydney (Australie) par la magie du téléphone et du satellite.

« Quelle image conserves-tu de ton passage à l‘Olympia ?

J‘ai du mal à me souvenir. On travaillait énormément à I’époque. Nous tournions neuf mois sur douze. L’Olympia c’était juste avant qu’on ne s‘arrête définitivement de jouer en 73. Nous sommes restés ensemble jusqu’en 75, mais on ne s‘amusait plus ; lorsque tu joues dans ces pseudo-auditoriums chaque soir, tu finis par ne plus rien entendre et tu ne vois carrément pas ton public, alors où est le fun ?

Et Woodstock ?

Happy birthday, Woodstock ! Même si ma mémoire me joue des tours, je me souviens du chemin que nous avons parcouru en voiture. Mais a vingt miles du site toutes les routes étaient bloquées. Nous avons dû monter dans un hélicoptère. Et je me souviens d’être descendu au sol dans une nacelle de secours qui se balançait au-dessus d’un demi-million de têtes, tu n’oublies pas ce genre de choses. Je me souviens aussi qu’on allait tout juste monter sur scène lorsqu’un terrible orage a éclaté. Il y avait carrément des éclairs tout autour des projos; il n’était pas question de jouer. Je suis allé me balader autour du lac et j’ai zoné quelques heures dans le public à faire la fête, mais paradoxalement je garde peu de souvenirs précis de ma prestation live. »

Tu aimais cette réputation de guitariste le plus rapide du monde ?

Non. Je trouvais cela carrément nul, mais je ne m’en suis pas plaint à l’époque, je ne m’en souciais pas. Ce sont les autres qui le prétendaient et honnêtement cela n’était pas vrai. Beaucoup de guitaristes jouaient encore plus vite que moi. Django Reinhart par exemple et encore il n‘avait que deux doigts qui fonctionnaient correctement. II n’est pas nécessaire de jouer vite, ce qui compte c’est de jouer bien. 

Que penses-tu que nous ayons gardé de l‘expérience Woodstock ?

 Les temps sont bien différents aujourd’hui. Woodstock n’était qu’un festival de rock, ce qui I’a rendu vraiment spécial ce sont les gens qui y participaient et le climat politico-social dans lequel ils étaient plongés. La guerre du Viet Nam a poussé les kids à se serrer les coudes, ils se sont unis contre la guerre, contre establishment et ce gouvernement qui voulaient les expédier au casse-pipe. Moi, je militais pour la paix même si, en tant qu’Anglais, je ne risquais pas le bad trip ; mais mes copains étaient expédiés au front, dans la jungle. Ma seule pensée triste sur Woodstock, c’est que l’événement incarnait I’unité et la montée d’une génération. Mais lorsque les gens sont rentrés chez eux a la maison, ils n’ont plus jamais su se réunir, lorsque le film est sorti, le pacifisme est devenu très à la mode. Les modes passent et c’est devenu très nul d’être un hippie. Mais il y avait quelque chose de plus que le film n’a jamais su refléter.

Tu ne crois pas que le combat pour le pacifisme est aujourd’hui remplacé par la bataille pour I’environnement ?

 J‘appartiens moi-même à Greenpeace car ten years afternous prenons de plus en plus conscience des dangers écologiques qui nous menacent. À ce propos, on m’a raconté que le pet des vaches libère du gaz méthadone qui attaque la couche d’ozone. Ne devrions-nous pas devenir végétariens ? Mais mes théories sur la musique font que je refuse de me transformer en prêcheur, j’aime mieux le langage de « don’t step on my blue suede shoe » et de « come on over baby there’s a lot of shakin’ goin‘on. »

Parlons de ce sidérant nouvel LP de TYA ?

Terry Manning I’a produit à Memphis. Nous avons essayé de faire un album de TYA comme si on ne s‘était jamais arrêtés de jouer ensemble. Nous n‘avons parié ni sur le retour aux sources ni sur un album science-fiction aux sequencers chiants. 

Et cette similitude avec ZZ Top ?

Terry était I‘ingénieur du son de tous les derniers ZZ Top. Je crois surtout que nous avons les mêmes racines qu‘eux : le blues, le rock et le swing jazz. 

Après toutes ces années, as-tu des regrets ?

Aucun. J‘ai toujours considéré que j‘avais la chance extraordinaire de pouvoir faire tout ce que j‘aimais. C’est mon boulot, ma passion, mon hobby, mon combat. Mes héros comme Chuck Berry ou Muddy Waters ont plus de soixante ans et ils gagnent encore leur vie sur scène. Moi j’ai quarante-quatre ans et si je vis aussi longtemps c’est ce que je ferais lorsque j‘atteindrai leur grand âge. Et je n’ai aucun regret. Keep on rocking. »

 

Publié dans le numéro 257 de BEST daté de décembre 1989Texas

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2 réponses

  1. Pierre Mikaïloff dit :

    Très intéressante interview, merci M’sieur GBD !

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