SUPERMENSCH : THE LEGEND OF SHEP GORDON

 

Shep Gordon

Réalisé par Mike « Wayne’s World » Myers, SUPERMENSCH : THE LEGEND OF SHEP GORDON est sans doute le portrait du manager le plus incroyable de toute la planète rock. L’un après l’autre, tous ses « clients » témoignent de la folie et de l’imagination de ce manager qui ne ressemble à aucun autre depuis que le Colonel Parker a définitivement quitté le building avec Elvis. Sorti dans l’indifférence générale voici deux ans, ce documentaire primé aux Festivals de Sarasota et de Tribeca, un incroyable et si rock and roll portrait, mérite absolument sa séance de rattrapage pour tout music-lover qui se respecte.

SUPERMENSCH : THE LEGEND OF SHEP GORDONÀ l’instar de Leonard Cohen, Shep Gordon parvient à concilier son judaïsme avec le bouddhisme. Au fil des ans, il est même devenu l’un des proches du Dalaï-Lama. C’est dire, si Shep Gordon était dès sa naissance dans le Queens, taillé pour la négociation…même avec Dieu ! Mais, c’est en quittant son New York natal, à la fin des 60’s, pour rouler jusqu’à Los Angeles qu’il va changer le cours de sa vie. « J’ai roulé jusqu’à Los Angeles, jusqu’au Hollywood Landmark Hotel où une fille m’a accueilli : c’était Janis Joplin. Elle m’a tout de suite présenté à Jimi Hendrix. Hendrix m’a alors demandé : est-ce que tu es juif ? Je lui ai dit : oui. Alors, il a répliqué : tu devrais devenir un manager. J’ai dit : super ! Et ensuite je lui ai demandé, qui devrais-je manager. Il a tout de suite répondu Alice Cooper. », raconte le Gordon. Dés 68, il devient l’agent d’Alice Cooper et met toute son imagination au service de la longévité de la carrière de son artiste, développant le côté théâtral et provoc des shows de Cooper. Avec un pauvre sacrifice rituel d’un poulet sur scène, Alice Cooper percute la légende et défraye les chroniques. Gordon va multiplier les scandales et autres coups d’éclat pour son artiste, organisant sa pendaison live sur scène puis sa décapitation à l’aide d’une guillotine truquée. Parfois cela fonctionne, d’autres fois, non…comme ce jour où ils investissent dans un canon humain censé propulser Alice Cooper à l’autre bout de la salle de concert. Un flop total. Au fil des ans, Shep Gordon va manager une foule de célébrités, musiciens et comédiens. De la chanteuse folk Anne Murray, aux super stars de la soul qu’étaient Teddy Pendergrass et Luther Vandross, en passant par Blondie, Willie Nelson, Michael Douglas,  Groucho Marx, Sylvester Stallone et bien d’autres. Shep Gordon était également un tombeur, souvent associé aux plus jolies femmes, manifestement incapables de résister à son humour feuj ravageur. Ainsi, Sharon Stone partagera doublement sa vie aussi bien professionnellement que de manière privée.« C’est un protecteur, il fait en sorte que le loup reste toujours à l’extérieur », souligne Sylvester Stallone. « J’ai passé toute ma vie à rendre des types célèbres », assure Shep. Et on veut bien le croire. Surtout lorsqu’il détaille ses méthodes de travail : « Les trois choses les plus importantes que doit assurer un manager : 1: récupérer les cachets. 2: toujours se souvenir de récupérer les cachets. 3: ne jamais oublier de se souvenir de récupérer les cachets. ». Aux concerts, Shep portait souvent un T-shirt où il était inscrit « pas de pipe, pas de pass backstages ». Tout un programme !

La petite culotte de « School’s Out »Shep Gordon et Alice Cooper

En 73, il a trouvé l’idée de la petite culotte autour du vinyle dans le pupitre de la pochette du LP « School’s Out » d’Alice Cooper. Scandale…mais quel impact commercial et quel symbole pour tous les ados de l’époque fiers de pouvoir l’exhiber. Avec le zip de la braguette de « Sticky Fingers » des Stones, c’est sans doute une des trouvailles les plus dingues du rock. Mais Shep savait aussi être un rebelle, il le prouve en décidant de manager l’ex- chanteur de Harold Melvin and the Blue Notes, Teddy Pendergrass. À cette époque encore marquée par la ségrégation raciale, les artistes noirs se produisaient dans ce que l’on qualifiait alors de « shitlin circuit », littéralement « le circuit merdeux ». Les artistes noirs étaient publiés sur des labels noirs, mais pour pouvoir passer sur des radios locales détenues par des noirs, ils devaient se produire sans toucher le moindre cachet dans des salles appartenant aux propriétaires des radios. Sils refusaient, leurs disques étaient bannis des programmations et leur carrière explosait en vol. Shep a alors l’idée de faire programmer Pendergrass dans des clubs rock appartenant à des blancs, brisant ainsi le « circuit merdique ». C’est également lui qui a su inventer le concept des concerts « réservés aux filles » taillés sur mesures pour le charmeur Teddy Pendergrass. Pote avec le Dalaï-Lama, Hugh Heffner et la Terre entière, Shep aura consacré toute sa vie à ses artistes, négligeant même de s’accorder une vie de famille. « J’ai confié à Shep des trucs que je n’ai jamais raconté à personne, même à ma femme, » avoue Michael Douglas. Et on veut bien le croire. Moi qui ai croisé quelques managers célèbres et charismatiques, du terrible Gary Kurfitz qui œuvrait pour mes potes les Ramones et les Talking Heads, ou encore Paul McGuinness, l’agent de U2 depuis le tout premier single, avec lequel je sillonnais les clubs de New York au début des 80’s, même le jovial Bruce Findlay qui manageait Simple Minds à la grande époque, j’avoue qu’aucun d’entre eux ne parvient à surpasser les exploits de ce « Super Mensch », en yiddish « homme intègre et honnête dont on peut admirer le caractère noble ».« Le mot mensch et Shep sont synonymes », explique Michael Douglas. À la vue de ce super doc, on n’en a plus l’ombre d’un doute.

Sorti en juin 2014, disponible en import vidéo

 

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