STEPHAN EICHER « Poussière d’or »
Pour son 18ème album, Stephan Eicher a décidé de nous en mettre plein les yeux, mais aussi plein les oreilles, pour nous éblouir de ce précieux « Poussière d’or » où 11 textes sur 12 sont magistralement signés Philippe Djian. Quant aux compositions, elles sont un pari gagné sur la délicatesse et l’intime, comme si l’ami helvète avait voulu signer son « Nebraska » à lui, à la manière d’un Springsteen charnellement européen qui nous offre de partager son nouveau rêve doré.
Il neige aujourd’hui à fond sur le Mont-Blanc et cela semble donc être un jour idéal pour évoquer un nouvel album de Stephan Eicher ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Stephan+Eicher), comme une sorte d’osmose entre les flocons qui s’envolent à l’infini et cette précieuse « Poussière d’or ». Car sous cette étrange pochette arty, où l’on devine un jeune Eicher, un peu à la manière de « Silence », mais plus en profil, le natif de Münchenbuchsee démontre combien ses chansons savent être intemporelles. Et tout démarre sur la chanson-titre la délicate, « Poussière d’or » où la voix portée par une guitare acoustique semble si simple et si dépouillée, forcément lumineuse lorsqu’elle nous parle de ciel bleu et forcément d’espoir, qui s’envole sur les ailes des violons avec toute la grâce d’Eicher. Puis « Je plains celui » est encore un titre cool acoustique et mélancolique sur le thème de la fraternité « je plains celui qui ne sait pas quoi faire de ses dix doigts » chante l’artiste, signant à nouveau une balade intimiste voix et guitare. Mais c’est bien avec « Sauvage continent », au lointain écho de « Enola Gay » au tout début, qui évolue ensuite plus speed, que Stephan donne la couleur majoritaire de cet album, un feeling country and western à la manière d’un certain Springsteen. Avec « On dit », il nous offre une chanson toute en slow motion slow dépouillée, magnétique et émotionnelle, délicatement spleenienne où il pousse sa voix comme si elle risquait de casser… sublime et carrément chair de poule sans doute la pépite ultime de ce « Poussière d’or ».Lumineuse « Lumière », parlée chantée poétique et toujours acoustique à la coolitude qui monte peu à peu virevoltant délicatement très haut en pure émotion.
Retour à la case western avec « Fontaine » acoustique où il chante « je boirai de ton eau » contrairement à la coutume, car Stephan prend toujours le pendant et le prouve à nouveau sur cette tendre balade country nonchalante slide guitarisée, tout comme la suivante « Toute la place » avec ses percus-balai à la cow-boy, comme si soudain en une love song notre ami suisse parvenait à nous téléporter dans les grandes plaines du Tennessee.Toujours en mode acoustique, « Au-dessus des blés » où Stephan chante de sa voix haute est un des hits incontestables de cet album aussi intimiste qu’introspectif. Il chante : « je cherche l’horizon au-dessus des blés » c’est beau comme l’espoir. Puis il chuchote presque sous les violons. On songe à Neil Young pour son coté écorché vif, mais il y a aussi du Dylan et du Springsteen dans cet Eicher-là. La suivante « Entre creux et bosses » est mélancolique et nostalgique lorsque « Cheveux blancs » après son violon en intro vibre d’une voix quasi a capella et aérienne qui virevolte comme un flocon de neige porté par le vent avant qu’un harmonica Dylanesque achève le tout. Pile au moment où l’on se dit : tiens pour une fois tout est chanté en Français surgit cette petite merveille écrite par Martin Suter, telle une comptine enfantine, intitulée « Bliib No Chli », vocalisée dans une de ses langues suisses extraterrestre dont il a le secret, on succombe à cette étrange douceur qui nous emporte et qui nous offre un des moments, sans doute le plus précieux, de bel cet album. Enfin, « Au secours » sur son intro à harmonica enchaine une guitare cool pour une surprenante composition néo 60’s au doo wap délicat et tendre forcément un peu rétro entre les Coasters et les Drifters clôt ce « Poussière d’or » qui se révèle être un sacré filon !
