MON KADDISH POUR LEONARD COHEN

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C’est comme si l’Histoire se répétait à nouveau. Après Bowie, qui n’aura survécu que deux jours à la sortie de son ténèbreux « Blackstar », cette fois, c’est le rock poète Leonard Cohen qui tire sa révérence quelques jours seulement après la publication de son sublime ultime opus au titre sans équivoque de « You Want It Darker », profond comme un kaddish profane. So long Leonard, même si tu nous avais déjà adressé des adieux que nous refusions obstinément d’accepter.

 

leonard cohenEn chroniquant « You Want It Darker » pour le site de l’Arche, je savais pertinemment que ce serait la toute dernière fois que j’analyserai des nouvelles chansons de Leonard Cohen (http://larchemag.fr/2016/10/31/2804/plus-sombre-et-sublime-album-de-leonard-cohen/ ). N’avait-il pas multiplié les symboles d’un deuil annoncé ? Le titre : tu veux que cela soit plus sombre.  La pochette noire et Cohen qui sort du cadre. Le symbole appuyé de « la dernière cigarette », la mort de sa « muse » Marianne Ihlen l’été dernier, celle qui lui avait inspiré ses compositions les plus sublimes comme « So Long Marianne », « Hey, That’s The Way to Say Goodbye » ou encore « Bird On a Wire ». Et cette prière lancée dés la chanson-titre qui ouvre l’album, où  il scande « hineni…hineni…I’m ready my Lord » ( me voici, me voici…je suis prêt ô Eternel !) porté par les chœurs de the Congregation Shaar Hashomayim Synagogue Choir, la chorale de la plus ancienne synagogue du Québec. Le testament sonique de Leonard Cohen se compose de 9 chansons sur 36 minutes d’émotion intense. Comment résister à ces sombres prières laïques ? Comment réécouter aujourd’hui ces dernières chansons sans combattre les sanglots qui nous nouent la gorge ? Leonard était mon guide, au même titre que Bob Dylan, comme Moïse et Aaron au pays du rock, et imaginer une vie sans lui est juste une tragédie.

 So long Leonard, mon prophète juifcohen-young

 

Mais ses mots et ses sons sont bien plus forts que le destin. Ils transcendent même la mort. Ils sont désormais éternellement inscrits au patrimoine de notre humanité. Et ils sont surtout  bien plus puissants que la fucking faucheuse qui nous l’a volé cette nuit, lorsque Leonard s’est éteint paisiblement, à 82 ans, dans sa bonne ville de Montreal. Selon la tradition juive, Cohen devrait être enterré demain dimanche au cours d’un office strictement familial. Comme annoncé sur son site officiel, une cérémonie publique lui sera rendue bientôt à Los Angeles. Partout sur le net, les hommages se multiplient. Les collègues qui ont eu le privilège de le rencontrer nous font partager leurs précieux témoignages. La toile vibre de toutes ces émotions que Leonard nous laisse en héritage. « Traveling light is au revoir…goodnight goodnight my fallen star (  voyager léger est un au revoir…bonne nuit, bonne nuit, toi mon étoile déchue ) » chante Leonard Cohen sur « Traveling Light » portée par la complainte d’un violon, comme s’il avait lui-même mis en scène le spectacle de ses funérailles avant que ne résonne le « Psaume 16 de David » :  

« L’Éternel est mon partage et mon calice; C’est toi qui m’assures mon lot;

 Un héritage délicieux m’est échu, Une belle possession m’est accordée.

 Je bénis l’Éternel, mon conseiller; La nuit même mon coeur m’exhorte.

 J’ai constamment l’Éternel sous mes yeux; Quand il est à ma droite, je ne chancelle pas.

 Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse, Et mon corps repose en sécurité.

 Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption.

 Tu me feras connaître le sentier de la vie; Il y a d’abondantes joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite. »

So long Leonard, mon prophète juif, dont les mots ont su guider mes pas et inspirer si durablement ma vie…hallelujah !

 

 

 

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