MITZPAH « Lonesome Harvest Re-enactment N°1 ( Paris 1981) »

Hervé Zénouda

Hervé Zénouda

C’est sans doute une des plus longues histoires du rock :  cet album a été démarré en 1981 et achevé en 2022, au lieu de se lancer dans un tel projet Mitzpah aurait pu tout aussi bien choisir d’édifier une cathédrale. Fort heureusement ce sublime CD post new-wave  voit enfin le jour avec la publication demain de « Lonesome Harvest:  Re-enactment N°1 (Paris 1981) ».

Mitzpah Mitzpah est à tous points de vue un OVNI sonique. Déjà son patronyme né de la contraction des deux mots hébreux « Mitzvah » une prescription puis au sens plus large un acte de bonté et « Chutzpah » qui fait preuve de culot ou d’audace. C’est surtout l’histoire d’une rencontre à l’aube des années 80 entre Hervé Zénouda, emblématique batteur des Stinky Toys et de Mathématiques Modernes et  du hongrois Gregory Davidow lequel avec son groupe Spions fut dixit «  la première formation punk de l’autre coté du rideau de fer » qui séparait alors l’Europe. Bien trop punk et trop rebelle Gregory expulsé de son pays – à la manière Nina Hagen dont les  Allemands de l’Est n’ont plus voulu après tant de provocs- débarque à Paris.

Stinky Toys

Led Stinky Toys

Les deux punkys se rencontrent dans le Marais et décident de collaborer comme un pont rock entre l’Est et l’Ouest. C’est ainsi que nait l’ambitieux projet Mitzpah. Hélas pour cause de naufrage du label indé qui devait soutenir le projet l’album ne dépassera pas le cap des maquettes. 41 ans plus tard… Hervé Zénouda reprend l’ouvrage à zéro, réenregistrant intégralement  ce « Lonesome Harvest:  Re-enactment N°1 (Paris 1981) » avec la majeure partie des musiciens de l’époque, dont le vibrant guitariste Yan le Ker, ex-Modern Guy aux cotés de Guillaume Israël puis guitariste de Lizzy Mercier Descloux, qui partage les crédits techniques et la production avec Zenouda comme un troublant voyage dans le temps qui nous ramène à l’aube des 80’s. Et tout démarre avec « Andy Warhol ( Eight Days A Week »  avec son petit air de Cure, du Velvet, de Television, de Bowie- of course- et revisité avec l’étrange accent anglais de l’Hongrois Gregory Davidow et l’incroyable batterie d’Hervé Zénouda. Sans oublier les sublimes guitares crépusculaires de Yan Le Ker. Super titre boosté par son saxe surprenant entre Supertramp «  It’s Raining Again » et « Walk on the Wild Side » de Lou Reed qui en font un des hits de cet album souterrain qui surgit enfin à la lumière. Dans la foulée,  « Penal Servitude » se révèle tel un funk passé à la chaux vive entre Talking Heads et Iggy Pop, les Feelies et Gang of Four… sans oublier Tom Verlaine et des vocaux troublants aux couleurs d’une nouvelle… nouvelle vague 😜

Spions

Spions

C’est avec « Notre Dame » après une délicate intro mélancolique, que la voix rauque de Gregory s’élève tel un Tom Waits de Budapest dont la puissance se révèle empreinte d’une tristesse aussi puissante qu’admirable. En évoquant ce Notre Dame fantomatique dans un brouillard de spleen… Puis « Pardon » s’impose dans son style très très mais vraiment très Velvet Underground, comme un super rock intemporel développant sa lumineuse énergie portée par une troublante et classique mélodie. C’est incontestablement un des titres-pivots de ce joli projet. Avec « The Howling One », climatique et étrange, on songe à Iggy Pop et à nouveau Tom Verlaine n’est pas très éloigné, même si le phrasé est assez proche d’un Leonard Cohen… lequel ne manquait décidément pas de chuzpah. Retour vers le futur de la new wave, « Eden Was A Garden »  c’est un  peu de Marquis de Sade, un pointe de Nick Drake, sans oublier une bonne rassade du Fleetwood Mac canal historique pour une mélodie entre folk mélancolique et rock délicat qui constitue une superbe composition forcément intemporelle. « The Seveth Trumpet » est un pari gagné sur l’Apocalype, on retrouve d’ailleurs cette même référence dans le « 666 » des Aphrodite’s Child. Tristesse et again influences de la meilleure facture avec au casting Bowie, Lou Reed, David Johansen et David Byrne, New York feeling fin du monde lorsque Gregory chante « Nuclear Ration, end of damnation, salvation… » Dans « The Lost Shepperd » Mitzpah évoque à nouveau un thème biblique…. Décidément… retour à la joyeuse mélancolie où la voix  de Greg, épaulée par les vocalises de la choriste Rim Ha, est un folk-blues intemporel mais résolument 60’s et si cool.

Gregory Davidow

Gregory Davidow

« The Length Of Life », après sa climatique intro marque le retour à la virulente case Velvet dépouillée et spleenienne et toujours cette incroyable voix d’outre-tombe, tel un Ian Curtis de l’Est pourtant bien vivant. Portée par le saxe en background, ce rock fantomatique envoute par son climat entre chien et loup. Et comme son nom l’indique, c’est bien entendu le titre le plus long de l’album. Et pour finir en beauté voici « Sysyphus », le titre le plus court et le plus barré avec son texte et ses vocaux jetés : « Fuck the Judges, fuck the bankers, fuck the clergy/ I’m the lawbreaker/ No more horror, no more terror I’m the unmaker ». Sous sa merveilleuse et pochette signée Loulou Picasso, fort de sa précieuse utopie «  Lonesome Harvest  Re-enactment N°1 (Paris 1981) »  ce joyau perdu puis retrouvé nous séduit de toute son irrésistible anachronisme rock.

MITZPAH « Lonesome Harvest Re-enactment N°1 ( Paris 1981) » publié chez chez Pop Supérette  https://www.popsuperette.net/

 

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