Mes 20 gonzo-albums de 2015

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De Mumford and Sons à The Shoes en passant par Knopfler, Taylor, Minaj, Janet, Republik, the Weeknd, Chamfort, Adele, Tame Impala, Dre, Gilmour, Soulsavers, Snoop, Dawes, Lamar ou the Shoes, ils ont tous en commun d’avoir signé cette année l’un des disques  les plus cruciaux, la crème de la crème, comme ont dit ! Voici donc la liste définitive de mes 20 gonzo-albums…Happy Holidays from me 2 U !top-20-2

20 : MUMFORD & SONS : « Wilder Mind »Mumford & Sons "Wilder Mind"

Dans le cœur des Anglais il y a toujours une petite place de choix pour les pop bands capables de décocher d’irrésistibles flèches de Cupidon qui vont droit au cœur. Des Moody Blues ou 10cc des 70’s à Mumford & Sons, combien de Silencers, de Travis, de Stereophonics, de Dodgy et autres Keane ont su nous alpaguer de leurs imparables balades, de leurs harmonies ensoleillées, de leurs guitares électrisantes ? Mumford & Sons appartient donc à cette longue lignée de héros du rock et c’est tant mieux. Bien entendu certains diront que les compos sont un peu faciles, que ces mélodies sont un peu trop bien léchées, que les textes laissent un peu trop la place à la romance. Incontestablement, on n’assiste pas là au retour des fils des Damned, loin de là. Mais le rock a t’il forcément besoin d’être inlassablement rebelle et teigneux ?

 

 

MK_Tracker19 : MARK KNOPFLER : « Tracker »

Qui connaît un peu Mark Knopfler, ne sera guère surpris par ce 8éme épisode de ses aventures depuis qu’il a su quitter le paquebot Dire Straits au sommet de son art pour naviguer en solitaire pour se consacrer à ce qu’il considère à des projets à taille humaine loin des grands stades où il se produisait alors.Et depuis la bande originale du film « Local Hero », on sait qu’il n’hésite jamais à exhiber ces racines celtes, qui irradient désormais sa musique. C’est tout le pouvoir de Knopfler de nous faire voyager ainsi en chanson. Mais surtout, ce qui transparait comme bien souvent chez lui, c’est sa signature-guitare inimitable, ce jeu hyper-sensible qui n’appartient qu’à lui, comme des Santana, Clapton ou Harrison ont le leur.  « Tracker », véritable « marqueur » d’un rock authentiquement cool ne devrait pas manquer de laisser sa trace : celle d’un album intemporel, lequel sans se soucier des modes peut oser défier le temps.

 

 

18 : JAMES TAYLOR : « James Taylor: "Before This World"Before This World»

 

Comme un vieil ami resté trop longtemps éloigné, on pourra dire que ce 17éme album de James Taylor s’est fait attendre : 13 années se sont écoulées depuis son prédécesseur. Une éternité à l’heure internet. Mais « Sweet baby James » n’a rien perdu de son feeling illimité et il le prouve avec « Before This World », collection de dix balades émotionnelles. Pour parvenir à retrouver sa fibre créative, JT s’est isolé dans un appart face à l’océan Atlantique à Newport, dans le petit Etat du Rhode-Island, pour composer ces chansons, avant de les enregistrer dans une grange, simple dépendance de sa ferme du Massachussetts. Le résultat en vaut décidément la chandelle, les balades de James Taylor sont si intemporelles qu’elles auraient pu être composés voilà vingt ans. Oscillant avec art entre soul, folk et country James Taylor trouve parfaitement son équilibre et ses compositions qui défient le temps sont aussi solides que le classic car sur lequel il s’adosse en pochette de ce « Before This World ».

17 NICKI MINAJ : « The Pinkprint »Nicki-Minaj-The-Pinkprint-Album-Download-180x180

Le troisième album de la rappeuse originaire de Trinidad arrive à point nommé pour secouer la léthargie ambiante : « The Pinkprint » vient tout juste d’arriver et c’est déjà l’un des cinq disques de l’année écoulée, un séisme de good grooves qui risque fort générer tout un tas de répliques. J’aurais tant voulu me contenter de faire de mauvais jokes sur cette « femme de Minaj ». Ou bien d’annoncer la sortie de ce « Minaj à trois ». J’aurais pu tout autant me focaliser sur son « tuches », en yiddish dans le texte, qu’elle a particulièrement proéminent, à l’image du pont d’envol du Charles de Gaulle. Mais il faut se rendre à l’évidence : pink is beautiful et Nicki est sacrément douée. D’ailleurs, elle annonce la couleur. Si Jay-Z son héros de Brooklyn s’est emparé du bleu des garçons pour en faire son emblème du « Blueprint », une « marque de fabrique » déclinée à loisir, elle, la fille des faubourgs de Saint-James sur l’ile de Trinidad, allait se draper du rose des filles pour s’affirmer aux yeux du monde par le pouvoir de sa « marque rose ». Pari gagné, cet album est une bombe à fragmentation, multipliant les hits comme autant de sous-munitions au pouvoir létal. Coté son, miss Onika Tanya Maraj- yes c’est son vrai nom ! Elle a des origines indiennes d’où son coté « Slumdog millionnaire »- ne manque décidément pas d’ambition. Le point de comparaison le plus proche est Kanye West, car l’un et l’autre ont cette niaque pour explorer de nouveaux mondes soniques.

 

aquashow deconsctructed16 : ELLIOTT MURPHY : « Aquashow Deconstructed »

Plus de quarante ans se sont écoulés depuis qu’Elliott Murphy a enregistré son tout premier et fracassant LP intitulé « Aquashow ». Et aujourd’hui, le krypto-troubadour nous enchante à nouveau lorsqu’il revisite titre par titre en versions acoustiques et particulièrement intimiste l’intégrale de cet album particulièrement visionnaire qui a su si bien éclairer nos années d’adolescence. Dés le tout premier titre « Last of the Rock Stars », la magie opère : la voix d’Elliott n’a pas pris une ride. Derrière lui, guitare acoustique et piano s’unissent pour nous conter à nouveau cette fable rock and roll où plane le fantôme de Jimi Hendrix (« I couln’t see his face ‘cause of the purple haze inside » (je ne pouvais voir son visage à cause de la brume pourpre à l’intérieur) et le poil se dresse sur les bras lorsqu’il entonne son refrain « Rock and Roll is here to stay, but who will be left to play ? (Le Rock and Roll est là pour durer, mais qui restera t’il encore pour le jouer ?)… toutes ces chansons sont ici transcendées par ces reprises organiques et naturelles qui font d’ores et déjà cet « Aquashow Deconstructed » nouveau un des albums les plus précieux de l’année.

 

FFS_self-titled_album_cover_art

15 : FFS : « FFS »

Formé des allumés Ron et Russell Mael, alias Sparks, et des fringants Artic Monkeys, FFS (Franz Ferdinand Sparks) est à la base un incroyable hybride, pourtant cette créature sonique de Frankenstein tient parfaitement sur ses deux jambes, alliant avec art le speed des écossais et la fantaisie lyrique des frangins de LA. Projet à hauts risques donc par son degré d’ambition. Mais depuis « This Town Ain’nt Big Enough… », les Sparks se sont ils fourvoyés une seule fois ? Dés le premier titre, les dés sont lancés : avec « Johnny Delusional » (Johnny délirant) FFS rafle incontestablement la mise. Porté par le lyrisme déjanté des Sparks et les guitares incisives de la bande d’Alex Kapranos, ce single se révèle d’une efficacité killeuse. Rodés par leur expérience opéra avec « The Seduction of Ingmar Berman » les frères Mael se lâchent, dépassant largement les frontières connues du rock pour cette « Quatrième Dimension » tandis que les Artic Monkeys apportent leur rafraichissante dose d’adrénaline. En quelque sorte il s’agit là d’une version « réalité augmentée » des deux groupes. Au fil de cet album riche de ses 16 compositions, sa fantaisie hautement addictive achève de vous gagner.

Faada Freddy14: FAADA FREDDY : « Gospel Journey »

L’ex-vocaliste du groupe Sénégalais Daara J revient avec un extraordinaire émotionnel album vocal déconcertant …organique même, car enregistré sans aucun autre instrument que le corps humain. Ce projet de… fada est un album de reprises obscures et sans aucun instrument de musique, privilégiant la voix, les voix bien sur, mais aussi tout le corps. Les doigts claquent, les pieds frappent le sol, la poitrine devient un tambour de guerre, la bouche se met à siffler…et cette simplicité presque tribale se révèle incroyablement efficace. En parcourant le chemin initiatique de ce « Gospel Journey », l’émotion est littéralement à fleur de peau. Car Faada Freddy ne se contente pas d’être novateur, après tout d’autres avant lui ont forgé des projets similaires, Camille ou Laurie Anderson, Bobby McFerrin également, il est aussi doté d’un sacré appendice. Sa voix chaleureuse nous emporte tout au long de ce voyage. Beat-boxant comme un Cassius Clay sonique, il développe une sacrée puissance. « Gospel Journey » est décidément un parcours sans faute. Faada Freddy est incontestablement la nouvelle grande voix venue du continent Africain et elle n’est pas prête de se taire.

 

Janet Jackson unbreakable13 : JANET JACKSON : « Unbreakable »

« Unbreakable », le 11éme album de Janet Jackson en 33 ans de carrière peut fièrement assumer son titre : incassable …car il peut s’enorgueillir de constituer sans doute l’un de ses meilleurs disques. En 86 c’est un voyage initiatique dans les « twin-cities » qui allait la propulser au firmament avec la rencontre des deux leaders mythiques de the Time, inventeurs avec Prince du fameux Minneapolis Sound : Jimmy Jam et Terry Lewis. La p’tite Janet publie « Control » et désormais, plus rien ne sera comme avant. Près de trente ans plus tard, si leur studio Flyte Tyme a déménagé pour Los Angeles, Jimmy…enfin pardon, désormais James Harris III et Terry Lewis sont toujours fidèles au poste. Et entre leurs mains, le génie musical transcende les chansons de Janet. Certes, les 17 titres de « Unbreakable » ne vont certes pas tous pulvériser les charts, néanmoins cet album regorge bien des trésors. D’abord il y a ce son, limpide comme un cascade de groove, si habilement constitué par les Flyte Tyme. Et puis, il y a la personnalité de Janet, sa voix qu’elle sait porter si haut avec cette troublante similitude qui fera toujours d’elle l’éternelle petite sœur de Michael, la plus douée de toute la fratrie après le Seigneur de Neverland. Incassable, « Unbreakable » ouvre l’album avec son cool groove chaloupé qui réveille l’insouciance de « Runaway ». Et l’on réalise de suite que, depuis la mort de Michael, si Janet n’avait rien sorti d’aussi bon c’est que sans doute cette déchirure lui avait en quelque sorte coupé les ailes. Incassable est ainsi la déclaration de son retour en force.

pochette republik12 : REPUBLIK : « Eléments »

Pour une fois, contrairement à tous ses groupes passés, le rennais Frank Darcel s’est enfin décidé à se placer dans la lumière, au centre du jeu, en assumant enfin son statut de chanteur. Et avec sa voix grave à la manière d’un Johnny Cash rennais il vocalise enfin sur ses propres compositions. Dès le premier titre « Mystery », aux réminiscences du Velvet Underground et des Psychedelic Furs, Republik impose sa vision du rock. Parvenant avec art à concilier tradition et modernité, c’est avec « Saleen » que Republik fait sans doute le plus fort, en croisant tout l’esprit du Velvet Underground avec un « je ne sais quoi » d’électro.Et si l’on pouvait encore douter que le punk rock de New York a eu une influence cruciale sur celui de Darcel, la très Talking Headsienne « Family » lorgne également du côté de leurs collègues Television. C’est définitivement destination Manhattan, lorsque la voix grave et assurée de Darcel flirte avec la mythologie rock, se mêlant aux chœurs de l’ex Talking Head- et Tom Tom Club- Tina Weymouth et de l’ex-Transvision Vamp Wendy James sur la délicate « Winter of Love », sorte de comptine enfantine quelque peu vénéneuse. Comme si Frank nous gardait le meilleur pour la fin, les deux chansons les plus émotionnelles ferment cet album crucial. Tout d’abord l’envoutante « la fin des temps » qui nous arrache à l’attraction terrestre sur la guitare hantée d’Yvan Julian, le guitariste de Richard Hell & the Voidoids. Et finalement « Born This Morning », une ode délicate à la jeunesse éternelle avec Yann Tiersen en invité de marque où l’ombre éternelle du Velvet s’inscrit en filigranes.

 

THE WEEKND : « Beauty Behind the Madness »11: THE WEEKND : « Beauty Behind the Madness »

Non content d’avoir publié LE tube de l’été 2015 avec son « Can’t Feel My Face » annonciateur de l’album « Beauty Behind the Madness » le Canadien the Weeknd va pouvoir également affirmer son hégémonie sur les classements de cet automne. Puissantes, aériennes, futuristes, sensuelles, vaporeuses même parfois, les 13 compositions du 3éme album de ce jeune prodige de 25 ans n‘ont pas fini de faire tourner nos têtes et nos corps. Car cet été, sur toutes les radios, tournait en boucle « Can’t Feel My Face » qui est incontestablement le « Happy » ou le « Get Lucky » de l’année 2015. Exactement à mi-distance entre ses deux principales sources d’inspiration, soit Michael Jackson pour le beat et Prince pour une voix incroyablement haute perchée sur talons aiguilles. C’est bien toute la force du jeune Abel Tesfaye, un Canadien d’origine éthiopienne qui semble être né pour le rythme. D’ailleurs, c’est justement là tout le secret de the Weeknd : d’incroyables ruptures de rythmes qui se font soudain syncopés…comme justement sur cet « Can’t Feel My Face », inspiré par la cocaïne et son pouvoir anesthésiant

10 : 5758-alain-chamfort-pochette-nouvel-album-sortie-13-avril-2015 : « Alain Chamfort »

Dés les premières mesures de l’envoutant « Deux poignards bleus » qui ouvre ce nouvel album, on sait qu’Il est incontestablement de retour. Alain Chamfort est à nouveau dans la place, avec sa voix chaude et son charme inépuisable. Et il sait aussi se montrer incroyablement fidèle…en paroles, puisque le belge Jacques Duvall, qui avait déjà remplacé Serge Gainsbourg au pied levé dés 1981 pour un titre du LP « Amour Année Zéro » ne l’a jamais quitté. Les mots de l’un chargés d’humour et de poésie se mêlent harmonieusement à la pop insouciante de l’autre. Comme on ne change pas une équipe qui gagne…mais qu’on la renforce, pour la première fois, Frédéric Lo s’est joint à cette paire de complice, assurant les arrangements et la production. Alors, sans mauvais jeu de mot, ces trois là font sacrément bien l’amour (et l’humour) ensemble. Car les chansons de ce CD éponyme ont essentiellement l’amour pour thème. Ou l’anti-amour parfois, ce qui revient au même. Bref, en tout, 11 pop-songs dans ce Chamfort tout court, lequel comme son nom l’indique, passe bien trop vite…

Adele_-_25_(Official_Album_Cover)9 : ADELE : « 25 »

Adele est incontestablement la chanteuse british de tous les records et son 3éme album-phénomène n’échappe pas à la règle. Trois semaines après sa sortie, cela n’empêche pas la jeune femme d’écraser tous ses concurrents du moment du poids de ses chiffres de vente. Et l’on comprend aisément pourquoi : Adele n’est pas une top model et ça nous fait des vacances. Elle reste fidèle à son pur accent cockney en working-class-girl-hero sans jamais nous faire croire qu’elle est une fille de la haute et surtout, avant tout, elle est dotée d’un sacré appendice. La musique tout comme la nature détestent le vide et ce n’est sans doute pas un hasard si Adele a ainsi émergé au moment ou Amy Winehouse disparaissait. De Dusty Springfield à Adele en passant par Annie Lennox, l’Angleterre a toujours su nous apporter ce «  je ne sais quoi » de blues aussi irrésistiblement féminin. Et la talentueuse Adele a toute sa place dans cette galerie de portraits de famille. Devant, massif comme le golden hit qu’il est, il y a ce « Hello » premier single annonciateur de « 25 ». Alors oui, trois fois oui, même si elle nous avait déjà fait le coup avec « Skyfall »- à ce propos, Adele a réussi d’un tour de main à ridiculiser Sam Smith avec son James Bond « Writing’s On the Wall » tellement moisi- « Hello » est un simple si incroyable qu’il mérite d’être LE single de l’année. Cinglante et vibrante composition sur le thème de la Rédemption amoureuse, avec son texte imparable ( « I’ve been California dreaming about who whe used to be » en cool clin d’œil aux Mamas and the Papas) et son piano neo-« Hello » de Lionel Ritchie, l’homonyme « Hello » d’Adele s’impose comme la plus belle chanson de l’album. La superbe « When We Were Young » atteint le niveau d’un « Your Song » d’Elton ou d’une balade signée Harry Nilsson. De début intro voix piano au gospel final en crescendo c’est du vraiment lourd. Retour au piano avec son côté Elton au féminin « Million Years Ago » est sans doute l’autre perle de ce « 25 ». Celle-là ne manquera pas de séduire nos compatriotes avec son rétro cool nouvelle vague à la recherche de Françoise Hardy et de Pierre Barouh : à déguster avec son verre de vin et sa baguette. Encore un petit tour au piano et dans les 60’s avec « All I Ask » entre Carole King et Alicia Keys voire les Carpenters…et enfin tout s’achève sur la délicate « Sweetest Devotion ». En conclusion, tout cela reste d’un excellent niveau même si l’on ne peut à proprement parler de « CD historique ».

tame-impala-currents-artwork8 : TAME IMPALA : « Currents »

Pour leur excitant 3éme album, « Currents », les Australiens de Tame Impala ont enfourché leur machine à remonter le temps jusqu’au crépuscule des 80’s où régnait la pop synthétique New Wave des OMD, TFF et autres PSB. Il doit y avoir un truc entre les groupes Australiens et la new Wave du début des années 80. On connaissait déjà les Empire of the Sun fans de Human League, Ultravox ou OMD, en plus adultes il est vrai, voici que les néo-psyché de Tame Impala virent drastiquement de bord pour accoster entre Tears For Fears et les Pet Shop Boys proposant l’une des meilleures surprises de l’été. Car dés le premier titre, le long « Let It Happen »,- plus de 7 mn- on renoue en Vocoder majeur avec les « jeunes gens modernes », aux confins de la pop synthétique made in England du siècle dernier. Avec son presque patronyme de super-héros Kevin/ Peter Parker le lider maximo de cet « impala apprivoisé » projette sa vision rétro-futuriste : harmonies passées au phaser et vagues de synthés, comme un pied posé dans le passé, et un autre dans l’avenir. Si ce troisième épisode discographique de Tame Impala était une caisse à la pimp my ride elle serait 1/3 de DeLorean de « Back from the Future », 1/3 d’ Aston Martin et bien entendu une Chevrolet… Impala !

7 Dr Dre "Compton": Dr DRE : « Compton »

Ce bon docteur n’a désormais plus rien à prouver : producteur à sucés de Snoop Dogg et d’Eminem et biznessman accompli avec la popularité puis la revente de sa société Beats à Apple-plus de 3 milliards de dollars tout de même !-, il n’a cessé de repousser inlassablement le successeur de son « Chronic 2001 » publié en 1999. Des années durant, il nous a fait miroiter la sortie d’un hypothétique « Detox », dont les titres maintes fois piratés ont surgi peu à peu sur le net, mais en vain car « Detox » ne verra jamais officiellement le jour. Ce retour inattendu est donc une divine surprise. Car durant les 60 minutes et plus de cet album body-buildé, Dre nous a réservé un casting de choc. Son vieux complice de NWA, Ice Cube, ainsi qu’ Eminem et Xzibit mais également la « découverte » de l’année », Kendrick Lamar. Coté « révélations » , on découvre Justus aka Justin Knight, un bouillant rappeur de Dallas, Anderson Paak- présent sur 4 titres !- originaire d’Oxnard en Californie et surtout la chanteuse anglaise débarquée de Liverpool, Marsha Ambrosius, signée sur le label Aftermath de Dre- qui vocalise sur 4 titres-. Cet album est aussi habité par quelques fantômes remarquables comme Biggie Small aka Notorious B.I.G qui apparaît en filigranes du premier titre « Talk About It » qui reprend le « It was just a dream » de « Juicy » sur son mythique« Ready To Die ». Autre « apparition » que l’on retrouve à au moins deux reprises, c’est Eazy-E, bien sûr ! « For The Love of Money » reprend le théme de « For Tha Love of Money » des Bones, Thugs & Harmony où l’on avait déjà un featuring posthume de l’ex-NWA. Il est aussi omniprésent dans Darkside Gone » -sous un sample surprenant du « Spirits of Ancient Egypt » de McCartney & Wings. Puis, achevant l’album sur « Talkin To My Diary », Dre rappe : I know Eazy can see me now/Loking down through the clouds…(Je sais que Eazy peut me voir désormais/ M’observant à travers les nuages…). Enfin, sur le beat nostalgique de « It’s All On Me » il réveille le souvenir de ce bon vieux Natte Dogg, le troisième larron du posse 213 avec Snoop et Warren G, le demi-frère de Dre, emporté par une crise cardiaque en 2011. « Satisfiction » au delà du bon mot porté par l’immense Snoop est un des fers de lance de cet album colossal. Coté politique, Dre ne garde guère sa langue dans sa poche, il rend successivement hommage aux victimes noires d’une police blanche, Michael Brown d’abord avec le super-groovy « Animals » et Eric Garner avec « Deep Water ». Cet album riche en émotions mérite qu’on laisse du temps au temps pour appréhender toute l’immensité de ses richesses soniques. Sachant que Dre a promis de reverser les droits générés par cet album pour venir en aide à la municipalité de Compton, on peut en déduire que le génial « producer » place son argent là où se trouve son cœur, un geste désintéressé si rare qu’il mérite d’être souligné. Et loué ! En conclusion, oui on aura attendu Dré longtemps mais cette attente ne fût pas vaine !

6 : DAVID GILMOUR : « DAVID GILMOUR : « Rattle That Lock » »

Son prédécesseur « On an Island » était une incontestable réussite. Mais les aficionados, et ils sont nombreux, peuvent se rassurer, « Rattle That Lock » est un album aussi brillant qu’intemporel. Alors tant pis si l’atmosphère générale est à la mélancolie, l’approche de l’hiver et l’actualité ne s’y prêtent elles pas ? Anyway, chez Gilmour mélancolie rime fort heureusement toujours avec harmonie et ces dix titres en sont gorgés. C’est sans doute dû à toute l’émotion qu’il parvient à prodiguer dans son jeu de guitare, un toucher aussi troublant, même sur un autre mode, que celui de Neil Young. Car depuis ce jour de 1967 où il a su remplacer au pied levé le « lunatic » Syd Barrett, nous avons grandi avec cette guitare de Gilmour. Le second titre, « Rattle That Lock »avait suscité la polémique parmi les divers rock-critiques par son usage du « jingle » de notre SNCF. Certains accusant Gilmour de « manquer d’imagination » et de « sombrer dans la facilité ». Pour ma part, je n’adhère pas à cette attaque frontale, même si je trouve qu’il s’agit là quelque peu d’un « Rattle That ..Brick in the Wall », tant il évoque le mega-hit de « The Wall ». Mais qui saurait reprocher à la guitare de Gilmour de sonner…comme la guitare de Gilmour ? Après son intro chavirante, « A Boat Lies Waiting » fait couler ses cascades d’harmonies portées jusqu’au plus haut par les chœurs de Graham Nash et de David Crosby, comme un film au ralenti. Et cela n’est pas prêt de s’accélérer avec la nostalgique « Dancing Right In Front of Me » portée par une triste, mais hélas imparable mélodie au piano. Remember « Confortably Numb » ? « In Any Tongue » possède cette même force intérieure, une force « tranquille » comme on disait jadis. Aussi légère qu’élégante, elle laisse forcément planer l’ombre du Floyd et qui s’en plaindra ? Enfin, ce Gilmour s’en va comme il est arrivé : emporté par un killer intru vaporeux à la killeuse guitare, un titre qui s’envole forcément dans un ciel sombre, à l’image des oiseaux enfin libérés de leur cage de la pochette.

Dave_Gahan_and_Soulsavers,_Angels_&_Ghosts_cover5 : SOULSAVERS : « Angels & Ghosts »

Sur l’album précédent déjà, l’énorme surprise de ce projet Soulsavers, était cette absence totale de musique électronique qui transcende les émotions portées par les mots de Dave Gahan. Les chansons de « Angels & Ghosts », 5éme CD de Soulsavers, le second donc avec Dave Gahan en vocaliste, ne sont peut-être pas aussi éblouissantes que celles de son prédécesseur « The Light The Dead See », mais les sombres émotions portées à leurs paroxysmes, cette sorte de fragilité entre prière laïque et confession de foi, ne peuvent laisser quiconque indifférent. « Have you ever followed Jesus ? He lives downtown LA. (Avez vous jamais adopté Jesus ? Il vit au centre de LA.) interroge Dave sur « The Last Time ». Et bien entendu, on ne peut s’empêcher de songer à « Personnal Jesus ». De même, « Tempted » joue sur la corde raide émotionnelle entre croyance et dévotion, une ambivalence dont se joue si souvent Dave Gahan dans ses chansons. Dans la troublante « My Sun », il s’interroge : « I’m a sinner, I’m a saint, I’m nothing without you (Je suis un pêcheur, je suis un saint, mais je ne suis rien sans toi) ». Comme Marvin Gaye savait jouer cde cette dualité entre Dieu et Diable, Dave Gahan simple mortel fragile joue de ses faiblesses pour que la lumière triomphe de l’ombre. Dave n’avait-il pas survécu à son cancer ? Il avait vu la mort de si près, c’est sans doute ce qui explique encore aujourd’hui l’aspect mystique de ses chansons. Après l’écoute de cet album aveuglant, je dois admettre que j’ai été littéralement « soulsaved » par Dave Gahan.

 

Bush_Album_Cover4 : SNOOP DOGG : « Bush »

Avec Snoop Dogg, il faut s’attendre à tout. Comme la langue d’Esope, c’est souvent à la fois le meilleur et le pire. Cette fois ce sera le meilleur, juste le meilleur. Il faut dire que notre Snoop a le don de savoir s’entourer. Car on retrouve un casting de choc au générique de ce « Bush ». L’Anglais Charlie Winston assure non seulement un featuring sur la néo-Neptunesque explosive « Peaches N Cream»- avec un sample légendaire, le « One Nation Under a Groove » du Funkadelic de George Clinton, omniprésente influence-mais on le retrouve également en choriste de choc sur toutes les compositions. Idem pour l’ex alter-ego de Pharrell période Neptunes, Chad Hugo qui apparait également sur tous les morceaux en tant que producteur additionnel. Stevie Wonder joue de son fameux harmonica-signature sur le premier titre « California Roll », Gwen Stefani vocalise sur l’électrochoquée « Run Away » et les rappers Kendrick Lamar et Rick Ross unissent leur force sur le cool « I’m Ya Dogg » qui clôt cet album. Particulièrement influencé par Chic- mais sans la présence de Nile Rodgers-, le beat funky de « Awake » est un des moments-choc de l’album. De même « I Knew That » fait du Daft Punk sans Daft Punk avec ses réminiscences de « Gust of Wind » sur le dernier CD de Pharrell. Et qu’en est il de ce titre « Bush », me direz vous ? Certes ce n’est pas un hommage à George W, de même je doute qu’il s’agisse de la qualification argotique de la «  jungle féminine »…le terme sert également à qualifier la beu de qualité médiocre, mais connaissant les habitudes de Snoop et sa volonté de commercialiser sa propre marque de marie-jeanne on peut en douter.

 

dawes3 : DAWES : « All Your Favorite Bands »

 

Dés l’intro de « Things Happens », qui ouvre l’album, la couleur est donnée : guitares émotionnelles et harmonies gorgées de soleil entre les Byrds et Crosby, Stills & Nash, Dawes génère ses ondes positives. La voix du chanteur-guitariste Taylor Goldsmith, celle de son frère, le batteur Griffith Goldsmith, ainsi que celle de Tay Strathairn, le claviers, vocalisent à l’unisson, comme un retour virtuel vers le futur de Laurel Canyon. Nouveaux héros de la Cité des Anges, Dawes perpétue la tradition « country-rock » des Eagles, Poco, James Taylor, Flying Burrito Brothers et plus récemment les lumineux Jayhawks et the Counting Crows. Cependant, Dawes n’est pas tourné vers le passé, mais au contraire vers un avenir radieux. Au fil des neufs titres qui composent cet album, le groupe désormais basé entre Echo Park et Silverlake nous offre ses morceaux de bravoure, n‘hésitant pas à exploser le cadre étroit des « pop-songs de 3 minutes » comme cette incroyable et Springsteenienne « Now It’s Too Late, Maria », qui culmine du haut de ses 9 minutes et 46 secondes, suivie de près par les ardentes guitares entre Joe Walsh et Mark Knopfler de « I Can’t Think About It Now ». Les Dawes puisent aussi à la source de Jackson Browne- qu’ils ont d’ailleurs accompagné sur son dernier album « Standing In the Breach »- sur la superbe balade « Somewhere Along The Way ». Enfin, il faut aussi compter avec cette imparable chanson-titre, en forme de clin d’œil, « All Your favorite Bands » où le refrain lance cette prière : « que tous vos groupes favoris ne splittent jamais », sur une lente mélodie à la « Desperado » des Eagles. Alors, à notre tour, adressons-leur cette supplique: que les dieux du rock fassent que les Dawes ne se séparent jamais !

 

Kendrick_Lamar_-_To_Pimp_a_Butterfly2 : KENDRICK LAMAR : « To Pimp A Butterfly »

 

Kendrick who ? Lamar n’avait pas huit ans lorsqu’il assiste au tournage du clip légendaire de Tupac et Dre, « California Love », chez lui à Compton. Nul doute que cette expérience participe largement à sa vocation d’artiste hip hop. Et puisqu’il faut rendre à César ce qui lui appartient, dans le dernier titre de son CD intitulé « Mortal Man » Lamar dialogue intérieurement avec Pac’ avant de lui dédier un poème de sa composition. Et en ce qui concerne Dre, la boucle est bouclée puisqu’ il est crédité en tant que producteur exécutif de ce rap aussi inventif que futuriste. Quant au « papillon » (butterfly) du titre de l’album, c’est sans doute une référence directe au fameux éditorial du Times du 1er Juillet 1967 par William Rees-Mogg qui utilisait cette parabole inspirée du poète William Blake pour défendre Mick Jagger injustement emprisonné pour consommation de marijuana suite à la fameuse rafle dans le manoir de Keith Richards dans le West Sussex. Kendrick – oui sa mère l’a ainsi baptisé car elle était fan du Temptation Eddie Kendricks- Lamar n’est décidément pas un rapper comme les autres. Nulle apologie de la dope, des bitches et de la violence ne vient troubler le courant puissant de son flow aussi intelligent qu’émotionnel, n’hésitant pas à vocaliser à la manière des légendaires the Last Poets. On songe aussi à Outkast, bien entendu, mais également aux glorieux « ancêtres «  A Tribe Called Quest ou Gang Starr. Car tout comme ces pionniers, Kendrick Lamar puise également son inspiration aux sources de la soul de Marvin Gaye et de Stevie Wonder, ne dédaignant pas un petit crochet vers le jazz. Il faut aussi citer Funkadelic et l’on est guère surpris de retrouver justement George Clinton sur le titre « Wesley’s Theory », en référence directe au comédien  Wesley Snipes. Et cerise sur le gâteau, l’omniprésent Pharrell Williams apparaît à son tour au générique de cet incroyable projet avec le titre « Alright ». Bref, « To Pimp A Butterfly » se révèle si puissamment addictif qu’il parvient à faire de nous d’ardents lepidoptérophiles.

 

the-shoes-chemicals1 : THE SHOES : « Chemicals »

Après Daft Punk, Woodkid, et désormais the Shoes, la France peut s’enorgueillir de posséder une incontestable maitrise de la scéne électro. Avec ce puissant 3éme CD intitulé « Chemicals », le duo post-atomique originaire de Reims se qualifie sans peine en tête de mes disques de l’année. Au début, franchement je n’appréciais pas du tout the Shoes à cause d’un a priori à la con : au crépuscule des années 70, j’adorais…les Shoes, un groupe originaire de Zion dans l’Illinois qui avait sorti – entre autres-un joli brin de hit pop intitulé « Tomorrow Night » sur leur premier LP Elektra « Present Tense ». Mais comme je me refuse de demeurer un crétin tout le reste de ma vie, j’ai bien du admettre…que j’étais un écervelé de ne pas succomber à ce duo homonyme originaire de Reims. De plus, ils sont signés sur un petit label hexagonal qui nous a déjà apporté la claque magistrale de Woodkid : GUM (Green United Music). Mieux vaut tard que jamais, GBD fait son mea culpa et admet l’incontestable : the Shoes est un putain de groupe, doté d’une écriture sonore particulièrement originale. Guillaume Brière et Benjamin Lebeau appliquent à leur musique électronique la technique du hip-hop contemporain, un jeu subtil de séquences synthétiques superposées, ralenties, accélérées, décalées, parfois explosées, à l’image d’un kaléidoscope en 3D. Parmi ses onze titres, « Chemicals » peut compter sur quelques hits solides, boostés par quelques featurings qualitatifs, qui mettent incontestablement l’imagination au pouvoir. Prenez « Drifted », sur ses vagues de synthés électro-choquées, the Shoes casse leur rythme, accélérant ou ralentissant au gré des césures, comme si Underworld rencontrait la quiétude de the Blue Nile. Même combat pour l’excellente « Feed the Ghost » qui oscille entre la pop planante de Todd Rundgren et les palpitations rétro-futuristes du Yellow Magic Orchestra. C’est certain, the Shoes a également beaucoup gouté à la New Wave d’OMD, New Order et Depeche Mode, mais qui saurait le leur reprocher ? Et si mon titre favori « Vortex of Love » puise ouvertement à cette source des 80’s, le « traitement » du son est lui par contre résolument tourné vers nos années connectées. Il faut également compter avec l’irrésistible et émotionnelle « Give It Away », pulsée par un funky beat rafraichissant aussi cool qu’harmonieux. Enfin « Instead » et son rythme délicatement hip-hop évoquent le Canadien à succès the Weeknd. Bref, d’un bout à l’autre de ce précieux CD, l’émotion à l’état brut transpire entre les nappes de synthés, trames subtiles en marque de fabrique du pétillant duo rémois et de leur enivrant champagne sonique.

 

 

 

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