LES AVIONS EN FANFARE

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Nuit Sauvage

 

Tandis que Jean-Pierre Morgand, l’ex-vocaliste chef des Avions, publie son tout nouvel album furieusement Kiss Kiss Bank Banké ( voir dans Gonzomusic https://gonzomusic.fr/et-si-comme-moi-vous-produisiez-le-prochain-album-du-chanteur-des-avions.html  ), voici 30 ans, dans BEST, GBD interviewait à nouveau les Avions pour la sortie de leur second disque « Fanfare ». Et sans fanfaronner, on peut dire que, portée par leur « Nuit Sauvage », la pop élégante de nos amis aviateurs volait très haut dans le ciel sonique hexagonal de ce début d’année 1988. Flash-back.

 

Les AvionsPromis, nous reparlerons du couillu « Je suis l’homme qui passe après le canard » très prochainement dans Gonzomusic. En attendant, ce petit retour en arrière survient avec à propos. Un bond en arrière de trois décennies offre, il est vrai une sacré perspective à la carrière de Jean-Pierre Morgand. Ce sacré pirate ( ha ha ha) était alors accompagné par le guitariste Jean Nakache et le batteur Jérome Lambert. A eux trois, ils formaient un groupe ancré dans leur 15éme arrondissement, un trio qu’ils avaient baptisé les Avions pour mieux incarner leur désir puissant de vouloir décoller. Premier album et premier carton avec leur reprise de « Twist and Shout »  ( voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/les-avions-noctambules-sauvages.html  ), c’est dire si les Avions étaient attendu au  tournant avec leur second disque. C’est sans doute pour cette raison qu’ils décident de nous surprendre avec ce « Fanfare » aux claires ambitions Beatles version « Sgt Pepper » avec cordes, cuivres et jolis standards pop tels que le bien nommé « Be Pop » en confession de foi, la nostalgique « Tombe la neige » et la tonitruante « Fanfare ».  Et surtout, ZE hit, la locomotive puissante qu’était « Nuit sauvage » Hélas, à l’aube des nineties après quatre albums, les Avions explosent finalement en vol. Jean a repris son job d’ingénieur atomique, tandis que Jérome est devenu producteur de documentaires. Si Jean Pierre Morgand n’a jamais cessé de jouer de la musique, enchainant albums solos et concerts, les Avions se sont néanmoins reformés à quelques occasions, notamment en février 2017 pour une double affiche avec l’ami Arnold Turboust (voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/hier-arnold-a-decolle-avec-les-avions.htm 

Publié dans le numéro 234 de BEST sous le titre :

 TRI-STAR

Fanfare 

« Si Berlin a les ailes du désir, Paris peut désormais s’enorgueillir des Avions » Christian LEBRUN

« Be pop en lettres capitaIes/Be pop sois pop pour toujours/Be pop la tête dans les étoiles. » Be Pop, vieux proverbe ZAVE.

Comme ils le disent si bien, avec les mots d’Audiard, cette année les Avions ont sacrément avoiné les mirettes du côté TOP. Incontournables alchimistes pop de la scène hexagonale, les Zaves catalysent leurs utopies dans un rock racé et bigarré qui ressemble à leurs chemises. Depuis notre première rencontre au tournant des années 80 dans un studio de radio pirate, Radio Ivre, jusqu’aux accords de « Fanfare», ils m’en auront fait voir de toutes les couleurs… Formation serrée aux ailes déployées, les trois Zaves ont le côté BD. Tanguy et Laverdure, et leur fantaisie naïve et hypertrophiée est un méga sniff d’oxygène pur dans le ciel pollué de nos charts. Jean-Pierre Morgand, le chanteur guitariste a toujours un Lego au fond de la tête, Jérôme Lambert le batteur peut déclamer « Les Aventures de Oui Oui » comme s’il nous jouait « Electre», quant à Jean Nakache, le claviers, il est si jeté qu’il a déjà failli à plusieurs reprises se balancer lui même dans son vide-ordure. Les Avions sont les sables mouvants du rock calendos, il suffit de jeter une oreille dans leur musique pour s’y perdre comme en un Triangle des Bermudes. Ils partagent l’élégance harmonique des Beach Boys et le délirium tarte à la crème des Beastie Boys. Ils ont cette ferveur pop synthétique d’un 10 CC, le côté satiné classieux d’ABC. Et si JP est abyssalement moins sexe qu’Annie Lennox, ses avionneries ont ce côté bricolo de génie qui caractérise les Eurythmics. Ils sont à la pop ce qu’étaient les potions de bonimenteurs au Far West. Ils vendraient la Tour Eiffel au maire de Paris, ces Avions.

 FIESTA POLAIREles Avions

L’hiver touchait à sa fin. C’était un vendredi soir et j’étais passé voir les Zaves qui mixaient au Studio d’Auteuil. Leur « déjà collector’s » premier LP chez Underdog y avait déjà été enfanté, le studio s’en était même consumé avec les bandes master de l’album. Ça n’arrive qu’aux Avions ces histoires-là ! Les killers reviennent toujours sur les lieux de leurs crimes; quatre longues années après leur première aventure en 33 tours, ils nous la jouent récidive dans l’intimité exiguë de ce 24 pistes au fond d’une cave. Claviers de tous les côtés, gueules pas rasées, Raphaël le co-prod’ est aux commandes et comme d’hab les Zaves se chamaillent sur un infime point de détail. Studio ou cour de récré, les trois du 15éme arrondissement ne doivent pas le savoir eux-mêmes. Cinq titres en plus des deux singles « Nuit Sauvage» et « Be Pop » sont déjà mixés. Calé sur le cuir d’un fauteuil, je découvre les nouvelles perspectives avionesques, « Fiesta Polaire», « « Hammam », « Publicitaire »,« Le Cyrq » et « Fanfare » qui donne son titre au futur LP. Instantanément, je songe aux Fab Four et à leur maîtrise de l’orchestration. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour imaginer JP, Jérôme et Jean en uniformes chamarrés pour nous jouer le retour du Sergent Poivre. Séquences mirages panoramiques pour paire d’oreilles, cuivres lave incandescente d’acide, effets omnidirectionnels, le son des Zaves défie toutes les logiques du rockorico. Dans leur album de 82, nos fab three reprenaient « Twist and Shout », cinq ans plus tard leur fanfare balance comme le  » Lonely Hearts Club Band ».

Septembre 87, les Avions commentent dans mon show planétaire sur RFl leur  « Fanfare » nouveau-né : « Avec cet album, on a vraiment tenté l’éclectisme forcené sans jamais se dire « on va chier onze hits pour la radio. Nous avons pris tout le temps qu’il fallait pour nous livrer à une recherche très poussée sur les sons », explique Jean, « nous avons exploité les études d’art de JP et Jérôme et mes propres études scientifiques pour inventer des idées pop. C’est vrai que nous n’avons pas fait du rock pour échapper à l’usine. »

Les enfants d’Ader cultivent-ils la futilité comme la cerise confite sur la chantilly ?

Réplique de JP: « C’est une réaction au Néo-conformisme rock. A l’heure où tous les groupes n’ont que les mots « grattes », « Kérouac » et « Velvet Underground » aux lèvres, nous on préfère répondre « Legoland » et « Badmington », c’est de la provoc. Idem lorsque nous chantons « Noël » sous une neige de cuivres. » Et JP de conclure: « Tout ce qu’on peut nous reprocher, c’est que, dans ce groupe, en dehors de moi il y a deux mongols. »

SPLASHLes Avions

Qui saurait opposer aux Avions un manque de sincérité lorsque nos trois allumés ressemblent de manière si troublante à leurs chansons ? Délires potaches qui déteignent au quotidien, le style avionique ne se définit que par la théorie de l’omelette norvégienne : meringue grillée sucrée superficielle et glace deux boules sur biscuit très imbibé à l’intérieur. A travers sa baie vitrée, Jean mate intensivement les petits animaux blonds BCBG qui sortent de leur cours privé. Joyeux bordel dans la pièce, mal réveillé, pas rasé. En attendant J.P. et Jérôme, il s’auto-psychanalyse sur son canapé-lit replié: «Jusqu’en décembre de l’année dernière, je continuais mon boulot d’ingénieur dans une grosse boite bourrée d’ordinateurs. Bien sûr la musique était une soupape, mais je n’ai jamais rien fait d’ennuyeux dans la vie. Avec les autres, nous avons ce culte de l’auto-organisation. On va peut être moins vite que d’autres mais on fait tout nous-mêmes. »

A l’instar des Depeche Mode, durant des années, seule une poignée de mains les liait à leur production Ulysse Musique. Les rapports du groupe sont basés sur la confiance totale ainsi qu’une pratique aussi intensive qu’extensive d’un second degré omniprésent. Sur le titre « Splash » qui raconte les fantasmes d’un peintre en bâtiment qui rêve d’être Dali, les Zaves jouent en filigranes au choc culturel psychédelisme rock et poésie intello en forme d’œillade à Henri Michaux. « Nuit Sauvage », au-delà des pulsions discos, prone l’éclate totale et la pratique du « one night stand ». « Publicitaire » sous ses violons à la « Eleanor Rigby » attaque avec corrosion l’invasion de la pub. Dans leurs blousons peinturlurés avec soin par leur styliste Sonia Miguel, J.P. et Jérôme arrivent à la rescousse.

« lntoxiquée par la pub, la télé a perdu la Boule », attaque d’emblée JP, « la vedette aujourd’hui c’est le sponsor. Le présentateur n’a droit qu’à un strapontin. Quant aux groupes, ces gens-là font l’erreur de croire qu’ils sont interchangeables. Mais où est la musique dans tout cela, lorsqu’on se fait sauvagement shunter par un spot de pub ?» « Les artistes se prêtent à ce jeu », ajoute Jérôme, «lorsqu’on voit Delon profiter du journal d’Antenne 2 pour faire une promo éhontée de Barre, on comprend que parfois le public ne sache plus faire la différence. On revient à l’ère Pompidou, à cette époque où les kids n’avaient le droit que de se taire. On a supprimé la chaîne de clips (TV6 : NDR), le JT des ados (L’édition de 18h du JT de TF1 dite « Le Mini-Journal de Patrice Drevet : NDR), ça va bien finir par leur péter à la gueule. Et puis s’il n’y a plus de télé, tant mieux, ils iront voir les Avions en concert. »

Au lycée, il y a toujours un groupe qui s’accroche pour répéter dans les caves et squatter la salle de ciné. Les Avions c’est un peu la réussite du boy next door, un plan d’ado pro- longé soudé par l’amitié. Les Zaves carburent au rêve de mômes. Serait-ce cela l’enfance de l’art ?

Publié dans le numéro 234 de BEST daté de Janvier 1988

 

 

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