LE GOÛT DURITZ

Counting CrowsSept trop longues années après la publication de leur dernier CD, les Counting Crows reviennent enfin nous subjuguer de leur rêve américain avec « Butter Miracle Suite One », un EP de cinq titres, aux super pouvoirs mélodiques porté par d’irrésistibles harmonies intrinsèquement américaines. Pour évoquer ce nouvel et excitant comptage de corbeaux, son lider maximo Adam Duritz se confie, live from NYC, à Gonzomusic pour son unique et donc exclusive interview hexagonale. Rock on…

Adam Duritz C’est à l’aube des années 90 que j’ai découvert les Counting Crows, avec leur tout premier album, l’excellent « August and Everything After ». Porté par ses ardentes compositions, « Round Here », « Mr Jones » et surtout l’irrésistible « Omaha », aux harmonies dorées comme le Golden State qui les avait engendré. Avec son cocktail élégant de rock, de folk, de country et de blues, Adam Duritz et ses camarades se situent en droite ligne de l’évolution des Byrds, Buffalo Springfield, Poco, C, S, N & Y, New Riders of the Purple Sage, Eagles, Doobie Brothers puis des R.E.M et autres Jayhawks. Mais les Crows ne se contentent pas de séduire les aficionados d’Americana, ils prouvent aussi qu’ils savent également décrocher d’énormes hits planétaires, la preuve par leur « Accidently In Love » pour la B0 de « Shrek 2 » en 2004. Désormais, ce sont les War On Drugs et autres Promise of the Real ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/lukas-nelson-promise-of-the-real-turn-off-the-news-build-a-garden.html ) qui peuvent sans aucun doute se revendiquer comme les descendants légitimes des Counting Crows. Durant ces trois dernières décennies, le groupe de Berkeley n’aura en tout et pour tout publié que sept albums, ils n’en sont donc que plus précieux. En plus de ses fameux dreadlocks et de son timbre élégant, Adam Duritz est également l’auteur-compositeur de la plupart des titre du groupe californien où il se raconte, souvent de manière très personnelle, dans ses textes aussi émotionnels qu’élégants. Avec la publication de cet EP, constitué d’une « suite » de quatre nouvelles chansons enchainées, et également boosté du très long inédit « August and Everything After »- qui ne figurait pas au track-listing de leur premier album qui portait pourtant ce titre-, l’opportunité de pouvoir échanger avec ce compteur/conteur de corbeaux en chef ne pouvait en aucun cas manquer d’être saisie. Preuve que le GBD n’a décidément pas perdu le goût Duritz  ( humour 🤪 ), rencontre vidéo avec l’âme des Counting Crows qui apparait soudain en vidéo sur l’écran. Pour mémoire, il a finalement coupé ses fameux locks pour la première fois depuis la formation du groupe, mais à 56 printemps, Adam n’a rien perdu de cette lueur au fond des yeux, cette énergie vive qui l’anime depuis ses débuts sur la scène de la Bay Area en 1991.

Adam Duritz « Vis-tu encore à San Francisco ?

Non, je suis à New York ; cela fait 18 ans que je suis installée à New York. Je vis là depuis 2003.

Qu’est-ce qui t’a fait quitter la Californie ?

J’ai quitté Berkeley en 1995, pour m’installer à Los Angeles. Au début, c’était super, mais au bout d’un moment je me suis lassé de tout ce climat Hollywood. Et j’adore vraiment New York qui est une véritable ville vibrante et vivante. Tout ce qui peut t’intéresser au monde se retrouve à New York. En matière de théâtre, de musée, de concert, de gastronomie ce qui se fait de mieux se retrouve à New York. J’aime vraiment beaucoup cette ville.

Sauf durant le COVID ?

C’est vraiment étrange. Au début de la pandémie, se retrouver à New York avait véritablement quelque chose de terrifiant. C’est une ville tellement internationale, nous avons été submergés par l’épidémie avant que nous ne réalisions ce que nous devions affronter. Mais ensuite ici les gens ont vraiment fait attention à ce qu’ils faisaient. En effet, dès que nous avons réalisé la puissance létale de l’épidémie, tout le monde a réagi en respectant les gestes barrières. Les new yorkais ont immédiatement pris toutes les précautions nécessaires, nous étions tous masqués. Il n’y a pas eu de sceptiques, ici nul n’a remis en doute la nécessité de se faire vacciner. Cela et là n’a pas empêché la maladie de nous submerger, c’est une grande ville comme Paris où la population est issue des 4 coins de la planète.

Avant d’évoquer ta « Suite », ce mini album, je vais d’abord te poser quelques questions personnelles. Tu as grandi à San Francisco, tes parents sont d’origine juive. Tes deux parents ?

Oui.

Ils viennent de Russie, d’Ukraine ?

Ce sont leurs grands-parents qui ont émigré aux États-Unis. Mes deux parents sont nés en Amérique. Et leurs parents constituent la première génération née aux USA. Mes grands-parents paternels sont nés à Philadelphie et mes grands-parents maternels à Baltimore.

Et d’où sont originaires les deux familles ?Counting Crows

Du côté paternel, ils venaient du Belarus, dans la région de Minsk et du côté de ma mère c’était l’Ukraine, un petit village à côté de Kiev.

Je présume que ta famille était plus musicale que religieuse ?

En fait, c’était un peu les deux. Nous étions résolument juifs, même si nous n’étions pas orthodoxes. Mais en grandissant, j’ai traversé une période mystique, où je suis devenu bien plus religieux. J’avais 18 ans et je vivais en Israël où je m’étais inscrit tout seul dans une yechiva, une école religieuse où tu consacres ta vie à étudier la Torah.

C’est vrai ?

Bien sûr ! Mais j’ai fini par rejeter tout ça, je ne voulais plus être religieux. D’une certaine manière, la religion juive est une religion très logique. Ce n’est pas une question de foi, c’est juste une question de choisir d’étudier et de comprendre un certain nombre de choses par toi-même. Je m’y suis consacré, mais au bout d’un moment, j’ai réalisé que cela ne correspondait pas à la vie que je voulais mener.

Musicalement, tu as fait tes classes à San Francisco. Quelles étaient les premières musiques auxquelles tu as été confronté, tes premiers concerts ?

En fait, j’ai d’abord été gamin au Texas, avant que nous ne déménagions à San Francisco. Et j’ai vu les Jackson 5 en 1970 durant un rodéo au Texas. Et c’est aussi mon tout premier album, puisque j’ai acheté dans la foulée mon « Greatest Hits » des Jackson 5 et aussi le tout premier solo de Michael Jackson « Got to Be There ». Ce sont les premiers albums que j’ai achetés et c’est le premier concert auquel j’ai assisté.

Adam Duritz Quel âge avais-tu lorsque tes parents ont déménagé pour s’installer à San Francisco ?

Je devais avoir 10 ans lorsque nous sommes arrivés à Oakland.

Tu as dû être particulièrement influencé par les groupes locaux. As-tu beaucoup écouté les groupes de la Bay Area, comme le Jefferson Airplane, le Grateful Dead ou encore Santana ?

Oui j’aimais particulièrement tous ces groupes et surtout Santana. Lorsque j’étais plus jeune, j’ai assisté à un nombre incroyable de concert de Santana. Ils étaient tellement bon sur scène. Il m’est même arrivé d’aller camper devant la salle où devait se produire Santana, juste pour arriver à être au premier rang devant la scène. Mais à l’époque il y avait tellement de bons groupes ! Et j’aimais tant de musiques différentes comme la soul, le blues ou le funk. J’écoutais les Commodores, Earth, Wind and Fire, P Funk, Parliament Funkadelic. À Oakland là où nous vivions se trouvait une vaste communauté noire et j’ai adoré la musique qu’on y écoutait ces années-là. Mais je passais plein d’autres sortes de musique comme Elvis Costello and the Attractions, mais aussi le Clash et les groupes punk à l’aube des années 80. Mes influences s’étendaient bien au-delà des groupes de San Francisco. Cependant, San Francisco est une ville particulièrement musicale et j’ai appris par la suite à m’intéresser au groupe de la Bay Area.

En fait, Adam tout cela me surprend énormément. Je pensais que tu allais me citer les Eagles les Byrds, Poco, America, les Doobie Brothers, le Buffalo Springfield… qui sonnent beaucoup plus comme les Counting Crows que les Jackson 5 ?

ByrdsPeut-être bien ; bon j’avoue que plus tard je me suis intéressé à certains de ces groupes. J’ai beaucoup écouté les Byrds, mais pas vraiment les autres. Quoi que, j’ai adoré le Poco des débuts. Le tout premier album, lorsque Richie Furay venait de quitter Buffalo Springfield. Ce groupe, c’était comme des Beatles de la musique country, portés par d’incroyables harmonies. Ce premier LP de Poco est une œuvre d’art, un trait de génie. Mais je n’ai pas dû l’acheter avant que nous n’enregistrions notre premier album. J’ai aussi beaucoup été influencé par Gram Parsons et les Flying Burrito Brothers, bien plus que par les Eagles… même si j’affectionne les Eagles. Et aussi les Byrds. Mais je me suis intéressé à aux à cause de Gram Parsons et de « Sweetheart of the Rodeo ». Et ensuite, je suis effectivement revenu en arrière et j’ai acheté tous les albums des Byrds : « Younger Than Yesterday » « Turn Turn Turn ! » et découvert ainsi combien ce groupe était incroyable. Je regardais souvent le guide des meilleurs albums de Rolling Stones, ceux qui ont cinq étoiles, car je me dis que si quelqu’un a mis une aussi bonne note à un album, c’est qu’il doit y croire en son âme et conscience, porté par ce désir de nous le faire partager. Pour moi, c’était un peu comme passer mon Doctorat en « Éducation musicale » . C’est comme cela que j’ai découvert le mythique « Let’s Stay Together » d’Al Green, par exemple. C’est dans ce même esprit que je me suis immergé dans l’intégralité du catalogue des Stones, en partant du tout début avec « England’s New Hits Makers ». Je voulais vraiment parfaire mon éducation Stones, au-delà des hits qu’on connait tous, je voulais remonter aux sources. J’avais tellement faim de connaissance musicale. Car je ne savais pas vraiment jouer. Je pouvais chanter, mais je n’écrivais pas encore de chansons. Je ne m’imaginais pas encore lui consacrer ma vie, mais c’est certain j’étais littéralement obsédé par la musique.Adam Duritz

Quelques années plus tard, avec les Counting Crows tu avais assuré la première partie des Rolling Stones; qu’est-ce que tu as ressenti à ce moment-là ?

C’était ultra cool. Ils ont vraiment été super super super géniaux avec nous. D’abord, ils ont fait en sorte que l’on se sente bien sur chacune des dates. Mais surtout ils ont toujours partagé avec nous, au point si nous n’osions pas aller les saluer dans leurs loges, ce sont eux qui venaient frapper à la nôtre, surtout Keith et Ron qui étaient incroyables avec nous.

C’était durant quelle tournée ?

Le Voodoo Lounge Tour. Ils nous avaient proposé d’assurer toute la tournée avec eux, mais cet été là nous avions déjà programmé notre première véritable tournée en tant que groupe, et on ne voulait pas tout annuler, alors on n’a fait que huit dates avec les Stones. Nous étions en 1994 et les Stones avaient démarré en 62 ou 63, ils tournaient donc depuis trente ans. Cela nous paraissait juste vertigineux de rester aussi performants durant 30 années, en réussissant à sortir des disques, que les gens avaient encore envie d’acheter. Il y avait de bonnes chansons sur « Voodoo Lounge » et on jouait dans des stades immenses. Live, les Stones étaient incroyables. Et je me souviens m’être dit : waw être capable de ça durant trois décennies et rester à un tel niveau me semblait juste hallucinant. Et c’est ce que nous voulions pour nous, bien sûr ; personne ne rêve de devenir une rock star pour durer seulement deux ans !

Cela fait désormais 30 ans que les Counting Crows existent et nous évoquons encore leur cas aujourd’hui, Adam !

C’est justement ce que j’ai réalisé cette semaine en discutant avec des journalistes. Je me suis dit : waw on a fondé ce groupe en 1991, donc cela fait trente ans ; on en est au même stade que les Stones quand nous les avions rencontrés. Bien entendu, nous ne serons jamais aussi célèbres que les Stones, cependant on continue à sortir de nouveaux disques et d’entendre nos chansons passer à la radio. Je ne sais pas comment je dois prendre ça.

En restant cool et sans prise de tête, tel que tu l’es, en restant un music-lover. Je possède la plupart des albums des Counting Crows, car j’en suis devenu accro à cause des puissantes harmonies et des mélodies développées dans vos chansons.  Je crois que ce sont ces deux qualités qui rendent votre musique aussi précieuse.

C’est ce qui est toujours le plus difficile à créer. Je suis particulièrement fier de mes textes, mais je sais aussi que c’est votre vie qui vous les inspire. Tu vis ta vie et tu la racontes dans tes mots. Mais la mélodie, tu dois la sortir de nulle part. Une mélodie doit être intégralement inventée. C’est ce qui m’a toujours bluffé de la part de quelqu’un comme Paul McCartney. Il a composé plus de soixante chansons que quiconque connait par cœur, même si certaines ont été composées voici plus de soixante ans. C’est juste dingue. C’est comme du Puccini, des œuvres qui vont durer des centaines d’années. Comment être capable de réaliser un tel prodige ? Être capable d’écrire une mélodie qu’on ne sache s’empêcher de chanter… waw !

Pourquoi avons-nous attendu si longtemps ces nouvelles chansons ? Que s’est-il passé ces dernières années ? Cet EP tu as commencé à l’évoquer en 2019 !butter-miracle-suite-one-4050538670417_0

Je crois que je n’avais tout simplement pas envie de faire un album. Il existe certains aspects de cette existence dans la musique que j’adore : écrire, enregistrer… tout cela, je le fais soit tout, seul soit parmi six de mes meilleurs potes. Mais publier des albums, cela nécessite à peu près le monde entier. Et je ne suis plus certain d’avoir envie de m’impliquer avec la Terre entière. Je n’ai aucune envie de parler à tout le monde ; je ne veux surtout pas entendre ce que tout le monde pense de mon disque. Car c’est tout autre chose, sortir de la musique n’a rien à voir avec l’envie de faire de la musique.  Je crois m’être un peu brûlé les ailes, car cela peut être décourageant, voire frustrant. Mais quand j’écris mes chansons, je sais qu’elles représentent tout pour moi et je n’ai aucune envie d’entendre l’avis d’un type qui va te dire que pour lui c’est de la daube. Moi je veux le faire, parce que j’aime ça, voilà tout, sans pression aucune. Et surtout, nous n’avons jamais cessé de jouer durant ces dernières années. Nous avons fait pas mal de tournées jusqu’à notre année de break en 2019. En fait, jusqu’à ce que je me mette à travailler sur cette « Suite », j’étais absolument heureux de ne rien publier. Pour la toute première fois de ma vie, je me suis investi dans une relation au long cours. Et j’ai été heureux sans doute comme jamais. Je n’étais donc absolument pas malheureux de ne pas sortir de disques. Mais en écrivant la « Suite » j’ai pensé que je n’avais pas ressenti un tel frisson depuis fort longtemps. J’étais à nouveau excité à l’idée de partager ma musique. Je ne suis pas de cette race de musiciens qui composent tout le temps, si je me mets à écrire c’est pour faire un disque. 

La « Suite » ne va sortir qu’en vinyle ?

Parce que cela coute si cher de fabriquer des CDs, le label ne voulait pas faire un CD pour juste une « Suite » de 4 chansons. Ils voulaient que je rajoute une seconde Suite pour sortir les deux à la fois en CD et en vinyle.  Par contre, ils voulaient bien publier à première suite en vinyle.  Moi cela me satisfait ainsi. La plupart des gens écoutent en streaming de toute façon, moi j’aime bien les CDs.

Parlons des chansons qui composent cette « Suite »…et d’abord commençons par la dernière, car il est bien rare de donner à une chanson le titre de son premier album… où justement aucune chanson ne portait ce titre dans le track-listing… 30 ans après sa sortie, quelle est l’histoire derrière « August and Everything After » ?August And Everything After

Ah, en fait ce titre ne fait pas partie de la « Suite », nous l’avons rajoutée après.  C’est une chanson que j’avais composée juste avant notre premier album. Et je voulais qu’elle soit sur ce premier disque. Mais au fur et à mesure de l’enregistrement, deux ou trois choses me sont apparue comme évidentes. D’abord, il était beaucoup trop long et ensuite en ce temps-là ProTools n’existait pas et pour faire de l’editing sur un piano c’était vraiment la galère. Et dans cette chanson il n’y avait guère que moi en train de vocaliser et mon piano, basta.  En clair, il fallait la jouer d’une seul tenant, sans se planter et à cette époque je n’étais pas un si bon pianiste que ça. Je n’étais pas non plus satisfait de certaines strophes. Et puis il y avait cette chanson que je venais de faire et, qu’à la base, je destinais à Bonnie Raitt. Je voulais juste enregistrer une demo, vite fait pour qu’elle puisse écouter la chanson. Elle a toujours été très cool avec moi, je l’aime beaucoup. Donc je l’ai jouée et chantée, puis lorsque je l’ai finie, T Bone est revenu dans la cabine et m’a lancé : « Hé c’était quoi ce truc ? ». Je lui ai répondu : c’est juste une chanson intitulée « Raining In Baltimore », mais j’allais la refiler à Bonnie. Et là il m’a lancé : « Au diable Bonnie Raitt et au diable ton « August and Everything After » dix fois trop longue, celle-là va se retrouver sur le disque… repasse-la nous ! ». Et c’est ainsi que « Raining In Baltimore » s’est retrouvée sur l’album mais comme j’adorais ce titre, nous l’avons conservé pour intituler ce premier Counting Crows… même si nous avons recalé la chanson. 15 ans plus tard, on projette une série de concerts orchestraux et je fais appel à Vince Mendoza qui a écrit tous les arrangements pour les albums de Joni Mitchell « Both Sides Now » et « Travelogue ». Quand nous faisions « Hard Candy » elle mixait son propre album. Or, sur ce Counting Crows, nous reprenions justement son « Big Yellow Taxi ». Nous lui avons fait écouter notre version et cela lui a plu, du coup, elle m’a invité à venir découvrir son disque. Nous avons passé toute une après-midi avec Joni à écouter « Travelogue ».

Adam Duritz

Adam by Mark Seliger

Et depuis lors, je m’étais toujours fait cette promesse : si d’aventure, un jour nous devions jouer avec un grand orchestre, ce serait obligatoirement avec Vince Mendoza. Vince devait venir nous voir dans un concert que nous avons donné dans l’auditorium Disney Concert Hall à LA. Il avait déjà entendu en partie « August and Everything After » et il m’a demandé si nous pouvions l’intégrer au show.  Je lui ai répondu que j’étais OK, mais que je devais la retravailler quelque peu auparavant. C’est ainsi que je l’ai remaniée, j’ai éliminé les parties dont je n’étais pas satisfait et lui a ensuite écrit un superbe arrangement pour cette chanson. Il l’a arrangée pour la batterie, la basse, une pedal steel guitar, ma voix et tout l’orchestre. Donc il n’y avait pas tout le groupe, juste nous quatre. C’était ultra cool. Mais nous n’avons pas eu le droit de l’enregistrer, car à cause des règles syndicales en vigueur, il aurait fallu payer une fortune pour en clearer les droits. Donc, nous n’avions jamais eu la chance de l’enregistrer. Cependant, voici quelques années, Amazon nous a offert de pouvoir faire un single et nous avions le droit d’engager un grand orchestre si cela nous chantait. Nous les avons pris au mot et avons décidé de faire « August and Everything After ». On était en tournée en Angleterre et nous avons fait venir Vince pour qu’il dirige le London Symphony Orchestra, c’est ainsi que nous avons finalement enregistré en live « August and Everything After ». En plus, j’avais réécrit le texte et étais enfin satisfait de mes paroles. Donc, nous l’avons fait en exclu pour Amazon, mais cette année justement les droits de la publier nous revenaient. Donc, lorsque nous avons fait la « Suite », on s’est dit qu’il nous fallait une face B pour le vinyle et par conséquent on a décidé d’y placer cette chanson, qui n’était jamais sortie. Et qui devrait ravir les fans.

Parlons de « Tall Grass » qu’on peut qualifier de particulièrement Américaine voix guitare acoustique, mais plus sophistiquée qu’elle n’y parait, n’est-ce pas Adam ?

Elle me rappelle beaucoup certains groupes de la vague folk British avec lesquels j’ai grandi Nick Drake et Roy Harper, toute cette tradition issue des ménestrels. Mais tu as raison, elle est aussi très folk américaine ; je l’ai écrite en Angleterre lorsque j’ai séjourné dans une ferme. C’est de cette chanson qu’est née toute l’idée d’une « suite » où chacune se fond à la suivante. Cinq chansons différentes, mais qui s’enchainent dans le même courant. C’est aussi à ce moment-là que je me suis senti excité à l’idée de composer à nouveau des chansons.

Une dernière question pour évoquer « Bobby and the Rat Kings », si je te dis qu’elle me fait penser à « Rosalita » de Bruce Springsteen cela ne devrait pas t’étonner, non ?

Ce à quoi que je pensais vraiment, en enregistrant ce disque, c’est à Mott the Hoople et la période glam des débuts de Bowie, lorsque Mick Ronson l’accompagnait à la guitare. Mais je pensais aussi effectivement à la face B de « The Wild, the Innocent & the E Street Shuffle », à la manière dont s’enchainent «  Incident On 57th Street », « Rosalita » et « New York City Serenade » l’une dans l’autre. Je pensais aussi à « What’s Going On », où les titres s’enchainent dans une suite logique. De même, la face B de « Abbey Road », ce sont pour moi les archétypes de ce doit être une « suite » dans le rock. Mais pour revenir à ta comparaison, oui lorsque nous l’avons finie, moi aussi je lui trouvais un puissant côté Springsteen, tu as raison. À la fin de « Angel of 14th Street » je voulais l’irruption des guitares puissantes, un peu comme celles de Pete Townshend des Who sur « Who’s Next ».  En tout cas, je n’avais pas accordé d’interview à la presse française depuis de nombreuses années, je suis donc particulièrement heureux d’avoir pu échanger avec toi. Merci.

Plaisir partagé, Mister Duritz ! »

Good news… si ce 5 titres est intitulé « Butter Miracle Suite One »… c’est qu’il va y avoir une suite … de la suite puisqu’une « Butter Miracle Suite Two » est en préparation et qu’elle devrait sortir avant la fin de l’année, preuve que décidément il faudra à nouveau compter avec ces corbeaux 🤩

 

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