LA POP MILITANTE DE DEACON BLUE

Deacon BlueVoici 31 ans dans BEST, GBD s’envolait à Édimbourg pour retrouver à nouveau les Deacon Blue de Ricky Ross, propulsés au sommet du monde par leur second et militant deuxième album « When The World Knows Your Name » aux paradoxales influences californiennes. Après Simple Minds, les Silencers, Texas, the Jesus and Mary Chain, les DB incarnaient à leur tour cette vague écossaise qui agitait si bien notre rock culture. Flashback…

Deacon BlueJ’avoue, j’avais craqué sur Deacon Blue dès leur premier LP le lumineux « Raintown » d’abord pour leur patronyme inspiré du titre d’une chanson d’un de mes groupes fétiches Steely Dan mais surtout pour leur son gorgé d’harmonies aux profondes influences US (Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=deacon+Blue ). C’est dire si ce second album au patronyme prophétique de « When The World Knows Your Name » pouvait m’enthousiasmer à juste titre en tant que « spécialiste du rock écossais » à BEST. A la fois pop mélodique mais aussi politique, le « blues pop » de la formation de Glasgow cochait décidément toutes les cases…

 

Publié dans le numéro 260 de BEST sous le titre :

 

BABYLONE TU DEACONDeacon Blue

 

Typhon bleu sur Nakasaki, Londres ou Madrid, Deaconmania sur la lancée de leur petit deuxième « When The World Knows Your Name » au patronyme si ironiquement prémonitoire, la formation de Glasgow rejoint ses frangins endiablés tels Simple Minds, Silencers, Texas, Wet Wet Wet, Jesus and Mary Chain… sur la piste des géants enkiltés. Certes, le cocktail soft et romantique de Deacon Blue n’a rien de révolutionnaire, mais le groupe a su gommer son syndrome d’influences Jackson Browne entêtantes du premier LP pour révéler un son neuf qui oscille entre Prefab Sprout et les Eagles. Et s’ils ont taxé leur blaze sur un titre de chanson de Steely Dan c’est pour exorciser ce rêve américain qui fait palpiter les cœurs de tous les rockers des highlands. Battements soul, blues, country ou west-coast, les enfants de Mary Queen of Scott rêvent de voir briller aux confins de l’Atlantique la flamme imaginaire du poing levé de Miss Liberty. Et parfois le rêve se fige dans la réalité.

Flashback, quelques semaines auparavant le Playhouse d’Édimbourg affichait sold-out pour la date ultime de la tournée DB section Royaume-Uni. Deacon Blue développe sur scène un sens inné d’une pop romantique, ou l’émotion et l’énergie s’équilibrent avec harmonie. Tout le long du très long set-trois heures (gasp !)  jamais les fessiers écossais ne reposeront sur le velours rouge des rétro- fauteuils du théâtre. Ricky arpente sa scène épaulé par la voix de Lorraine, il fait chanter le Playhouse qui succombe sans peine aux db’s de DB.

Ricky Ross : Je crois que nous avons enfin trouvé notre identité. A l’époque de « Raintown » — le premier LP — nous étions ensemble depuis six mois seulement. Aujourd’hui, nos voix et les guitares ont leur cachet Deacon Blue.

Au Playhouse, le public était assez mélangé, comment avez-vous échappé à la malédiction des pisseuses excitées de Smash Hit ?

Lorraine Mcintosh : Dès le début de ce groupe, nous nous étions promis de ne pas s‘adresser exclusivement aux teenie boppers. D’abord Ricky n’est pas assez mignon… je plaisante ! Nous avons évité les magazines trop ghetto d’ados, on préférait passer tout notre temps à jouer dans des clubs où à cause de la vente d’alcool il faut avoir dix-huit ans révolus pour y accéder. 

Et les groupes plastiques ne chantent pas des chansons working class heroes au fort impact social comme « Wages Day ».

L.M : Nos idées sont simples comme cette célébration du Vendredi soir et de la meilleur façon de flamber sa paye hebdomadaire. On ne cherche pas à romantiser à outrance lorsque ces gens bossent si dur.

Comme cet impôt par tête, le « poll tax » expérimenté en exclu en Ecosse par la délicate miss Maggie ?

R.R. :  Le ressentiment est vaste sur cette Deacon Bluetaxe considérée par tous comme immorale. De nombreux groupes écossais ont élevé leur voix contre cette contribution car beaucoup d‘Ecossais n’ont pas les moyens de I’acquitter. Et s‘ils ne paient pas, on leur retire le droit de vote, ce qui est carrément anti-démocratique. 

L.M :  L’ancien système de la taxe sur l‘habitation obligeait ceux qui vivaient dans une grande maison à payer un maximum. Aujourd’hui avec le Poll Tax, quelque soit la taille de ta résidence, tu payes une somme forfaitaire pour chacun des habitants de la maison. Deux rentiers confortables dans un palais de vingt pièces paient 200 £ tandis que six prolos entassés dans un deux pièces vont devoir 600 £ au fisc. Les enfants au-dessus de seize ans paient plein tarif, or il y a tant de chômage aujourd’hui chez les jeunes. Une famille de trois enfants au-delà de seize ans c’est un poids de 300 £ et s‘ils ne peuvent pas payer ils quittent leur foyer pour grossir le rang des sans-abri qui survivent tant bien que mal sur le bitume. Dans le même temps les riches économisent des montagnes de fric grâce à cette loi, c’est obscène. Et le contexte désespéré de notre économie ne rend pas les choses faciles. Dans le village où j’ai grandi, il y a déjà 46 % de sans emploi. Mon père est au chômage et mon frère a du s‘expatrier aux Pays de Galles pour conserver son job. 

R.R. :  Dans les grandes villes comme Édimbourg ou Glasgow les problèmes se chevauchent pour entrainer les gens par le fond. L’usage de la drogue se répand, entrainant a la hausse le nombre de séropositifs. Les ados se retrouvent a la rue et constituent une génération de clodos, mais on ne se rend pas forcément, compte de ces choses en se baladant sur le pavé du château qui domine Édimbourg. Quant à Glasgow, son nouveau slogan « Glasgow smiles better » fait rire jaune ceux qui n‘ont rien. La pauvreté en Écosse a crevé le seuil du cauchemar, tu ne peux pas marcher dans la rue sans ressentir cette déprime qui te serre la gorge. »Deacon Blue

Même conviction révoltée chez Ricky et Lorraine que chez Jim Kerr ou Jimmy le Silencer. Et comme l’occasion qui fait le larron, la crise fait le rocker comme si l’escalade des charts par la face nord constituait l’ultime salut. Tandis que Ricky bulle dans son Coca, Lorraine s‘enflamme en secouant ses cheveux bruns :

« Dés notre premier album « Raintown » il nous fallait vaincre ou disparaitre. Et lorsque nous avons réussi à vendre 20 000 disques, ça nous paraissait démentiel. 

R.R. :  Moi j’étais si heureux, que je voulais aller remercier individuellement chacun des 20 000 acheteurs. À cette époque, il y avait déjà toute une nouvelle vague de groupes écossais, mais seuls les Minds culminaient au- dessus de la mêlée. Ils nous ont ouvert la voie, je crois que nous leur devons beaucoup. 

L.M : Nous avons aussi beaucoup bossé. II y a des soirs où nous avons joué pour vingt personnes. 

Je n‘ai pas I‘impression de vous voir métamorphosés par le pognon et le succès depuis notre première rencontre ?

R.R : Peut-être parce que nous n‘avons pas encore touché nos royalties (rires). Surtout nous n’avons jamais perdu pied avec la réalité quotidienne de ceux qui nous écoutent. »

Après un détour par l’Australie et les US, le Deacon Blue tour revient sur l’Europe. Du côté de chez vinyle, comment ne pas leur prédire une success story exemplaire. Sans deaconner ces petits glaswegiens sauront vous faire passer le goût de I’hiver. Et si leur galette ne déclenche pas de pieuses passions d’icônes dans le bleu de vos discothèques, je m’engage à venir changer personnellement et gracieusement chez vous les piles boutons de vos sonotones respectifs.

 

Publié dans le numéro 260 de BEST daté de mars 1990

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