KATE BUSH LA DIVA SECRÈTE

Chilston Park Hotel Voici 30 ans dans BEST, GBD avait le privilège rare de tendre son micro à l’une des plus subjuguantes et secrètes divas de la planète, Kate Bush qui publiait son 6ème opus « The Sensual World ». Destination la verte Albion et le superbe manoir Chilston Park, érigé au 18ème siècle, en guise d’écrin pour un des joyaux les plus précieux de notre rock culture.

Kate BushChose promise, chose due… la semaine passée je m’étais engagé à vous exhumer cette interview exclusive avec Kate Bush, un entretien rare avec une star particulièrement secrète et jalouse de sa vie privée qui m’a d’abord fait fondre avec son lancinant « Wuthrering Heights » avant de parvenir à me faire pleurer avec  « Babooshka » qui me fait à chaque fois me souvenir de ma grand-mère russe. Là, dans une suite élégante d’un manoir British du XVIIIéme, l’immense chanteuse née dans la petite bourgade de Bexleyheath, dans le Kent se confie avec candeur à l’envoyé spécial du mensuel de la rue d’Antin. Évoquant pêle-mêle son admiration pour notre compatriote Alan Stivell, sa complicité avec le Floyd David Gilmour, sa passion secrète pour le Mystère des Voix bulgares ou encore ses profondes racines irlandaises à l’occasion de la publication de son « Tha Sensual World » ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/kate-bush-the-sensual-world.html   ). Flashback…

Publié dans le numéro 256 de BEST sous le titre :

BUSH SENSUELLE

Dans un entêtant tourbillon, minibus et limousines se succèdent sur la route étroite qui mène au manoir de Chilston Park, lieu désigné sans doute par la vindicte de Monsieur EMI pour servir d’épicentre a I’explosion du nouvel et attendu (quatre ans, comme le temps passe !) opus griffé par Lady Kate Bush. Boiseries du XVIIIéme et bric-a-brac de brocante, cette splendide demeure rustico-British est un décor parfait pour retrouver la bab-Bush-qu’a (🤣) baptisé son petit dernier « The Sensual World » par opposition à la dérive marquée de notre monde sexuel. À l’heure du software, Kate milite pour le come-back de la douceur.Kate Bush

« Dans un endroit tel que celui-ci, on rêve d’une galerie de portraits. Si tu devais la constituer, quels seraient les visages qu’on y trouverait ?

C’est une question très personnelle, mais parmi ces visages que j‘aimerais parcourir, celui d’Hitchcock compterait incontestablement parmi mes favoris, car il était absolument brillant. C’était un génie, il voyait la vie avec le regard d’une caméra, comme si ses yeux en étaient l’objectif. La plupart des autres portraits seraient des amis qui ont beaucoup compté pour moi. C’est un peu comme cet album ou chaque chanson est une peinture d’un ami ou d’un moment privilégié.

Un ami comme notre compatriote Alan Stivell, qu’on retrouve justement sur ton disque ?

J‘ai toujours adoré sa musique. Mon frère John était déjà fan depuis des années, il écoutait sans arrêt ses chansons à la maison. Ma rencontre avec Alan est une superbe coïncidence. Lorsque nous avons commencé à travailler sur ce disque, j’ai pensé qu’il serait fantastique d‘intégrer la harpe de Stivell aux climats des chansons. On ne s‘était jamais rencontré Alan et moi. Deux jours plus tard, par le plus grand des hasards, j’ai trouvé dans ma boite aux lettres un petit mot signé justement d’Alan Stivell. Il savait qu’on ne s‘était jamais rencontrés, mais peut-être avais-je écouté sa musique, en tout cas il disait qu’il adorerait travailler avec moi. Quelle magnifique coïncidence. Je lui ai téléphoné et il est venu contribuer à l’album, c’est une belle histoire. »

Kate Bush and David GilmourDans ta galerie de portraits, on y trouverait sans doute ton « mentor » Gilmour qui a également mis sa guitare au service de ton « Sensual World ».

Voyons… où allons-nous mettre David ? Au-dessus de la cheminée sans doute. C’était un rêve d’avoir Dave avec moi sur cet LP, car depuis toutes ces années nous n‘avions jamais vraiment travaillé ensemble et c’est un tel virtuose. Dire que j‘étais terrifiée au cours de notre première rencontre ! C’était une si grande star et moi je n’étais encore qu’une toute petite plante. Un ami commun le connaissait depuis le lycée. À la fin des 70’s, Dave cherchait de nouveaux artistes à épauler et ce copain lui a dit « il faut absolument que tu écoutes cette fille ». Dave a craqué et m‘a aidé a produire mes toutes premières maquettes, jamais je n’aurais pu m’en sortir sans lui, le retrouver sur mon album c’était comme vivre mon rêve de jeune fille.

Avec des musiciens acoustiques irlandais, des bouzoukis grecs, des harpes celtiques et le Mystère des Voix bulgares ton « Sensual World » est-il le tour du meilleur des mondes possibles ?

Kate BushJ‘ai toujours souhaité utiliser des musiciens irlandais. Je suis donc allée a Dublin pour me plonger dans ces racines. Les Irlandais sont affectueux et chaleureux et la musique de Ia-bas leur ressemble étrangement. Comme leur langue qui est intense, musicale et spirituelle, cette musique sait me transporter. Ma mère est irlandaise et depuis mon enfance j‘ai toujours été plongée dans ces sonorités. À la maison, il y avait toujours des membres de notre famille qui venaient jouer du violon ou de I’accordéon. Dans notre clan tout le monde maitrisait au moins un instrument et tu passais pour un débile profond si tu n’y entendais rien. Ma mère me disait souvent : « Si tu ne connais rien a la musique, a quoi cela sert-il d’être irlandais ? ». Cette musique, c’est vraiment une partie de moi-même. Quant aux Bulgares, j‘ai vécu avec elles un vertigineux contact musical. J’ai découvert leurs disques et j’ai souhaité les inclure à mon album. Je suis donc allée en Bulgarie à leur rencontre. Ces femmes chantent depuis vingt ans, trente ans et elles travaillent si dur. Je ne parlais pas un mot de leur langue et pourtant en dix minutes elles m’ouvraient leur maison. Après le repas, nous étions assises dans leur cuisine et I’une d’entre elles a décroché le téléphone pour entendre la tonalité.  Et ainsi Ava a donné le ton aux autres et elles se sont mises a chanter, j’étais si émue que j‘ai fondu en larmes. »

Publié dans le numéro 256 de BEST daté de novembre 1989BEST 256

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