ADIEU BARON WOLMAN L’ŒIL DU ROCK US

Baron WolmanTous ses sujets sont des légendes vivantes ou hélas mortes…et Baron Wolman a inventé à San Francisco un métier qui n’existait pas auparavant : photographe rock ! Je l’avais rencontré en 2012 pour l’expo qui réunissait certains de ses incroyables clichés réalisés pour Rolling Stone exposés à la Galerie Photo 12 à Paris dans le Marais. Le mythique photographe s’est éteint à 83 ans, à Santa Fe, victime d’une maladie du système nerveux.

Baron Wolman by GBD« C’est avec un cœur triste que nous annonçons le décès du baron Wolman le 2 novembre 2020 », précise le communiqué. « Baron est mort paisiblement à l’âge de 83 ans, après une bataille contre la SLA. Les photos de Baron nous ont donné un reflet rare, complet et précis de cette époque, exécutés par un artiste doué dont l’intelligence visuelle est inégalée ».

Paris by Baron Wolman « C’est triste de dire que je suis maintenant dans le sprint final jusqu’à la fin », avait publié Baron Wolman sur sa page Facebook le 4 octobre dernier. « J’avance avec une immense gratitude pour les nombreux dons qui m’ont été accordés (famille, amis, voyages et autres), sans regret et sans appréciation de la façon dont mes photographies – l’œuvre de ma vie – ont été reçues ».

J’avais rencontré l’immense Baron Wolman à Paris à l’occasion d’une expo de ses plus belles photographies et je l’avais interviewé pour Rolling Stone cet immense photographe rock qui a ouvert la voie à tous les photographes rock. À cette occasion il m’avait offert deux clichés qu’il avait réalisés sur notre capitale, une ville qu’il adorait. Immense tristesse. RIP Baron Wolman…

Paris by Baron Wolman

Paris by Baron Wolman

« J’ai toujours adoré la photographie et j’ai toujours adoré la musique, » explique le photographe, « et je me suis retrouvé au milieu des 60’s à vivre au cœur de Haight and Ashbury, le centre de toute la nouvelle musique à l’époque. Car même si le rock s’épanouissait aussi dans d’autres lieux, c’est bien à San Francisco que cette musique a d’abord su captiver les kids et les médias. Une attention qui dépassait largement  le simple fait d’écouter de la musique. Lorsque Jann (Jenner) a démarré Rolling Stone en 67, on s’est réuni un beau jour ; il m’a fait part de son idée et m’a dit : nous allons avoir besoin d’un photographe, c’est un job qui te plairait ? C’est ainsi que les choses se sont passées, je n’avais pas d’autre projet. Je crois que j’ai eu beaucoup de chance d’être d’abord un photographe pro qui adorait la musique et d’avoir pu être dés le tout premier jour associé à l’aventure Rolling Stone. Là où je vivais,  au croisement Haight & Ashbury, il m’arrivait de me balader dans la rue et alors je voyais Janis Joplin qui allait faire ses courses, alors je lui lançais : « hé Janis, comment vas-tu ? ». Ou la même histoire avec Jerry Garcia que je croisais si souvent. Ou encore Grace Slick et le Jefferson Airplane. Ou bien Steve Miller. Nous étions juste voisins. Mon tout premier reportage c’était le Grateful Dead. Ils venaient d’être arrêtés pour possession de marijuana et on a pu réaliser un reportage vraiment intéressant pour ce tout premier numéro de RS avec Lennon en couverture avec la fameuse photo de l’affiche du film « How I won the war ». »

Jerry Garcia by Baron Wolman

Jerry Garcia by Baron Wolman

À des années-lumière du « clic clac Kodak » d’aujourd’hui, surfant sur le rythme cool des 60’s, Baron tisse des liens étroits avec ses sujets, parvenant par exemple à photographier Janis chez elle, sur son lit, dans son intimité en compagnie de son chat et de son chien. « Je lui disais toujours des tas choses pour qu’elle se sente bien, qu’elle sourie, qu’elle oublie ce côté sombre qui l’emportait parfois chez elle. », poursuit Baron,  « J’essayais toujours de la faire rire. Et ça se voit sur toutes mes photos, elle parait épanouie. Et c’est comme ça qu’elle était aussi. Mais un rien pouvait la faire replonger dans sa mélancolie sans fin. » Lorsqu’il shoote Jim Morrison peu de temps avant son overdose, Wolman perçoit comme un halo noir qui entoure le chanteur des Doors :

« J’ai toujours eu ce sentiment en moi qu’il mourait très jeune, j’avais le même feeling par rapport à Janis, qu’elle s’éteindrait trop vite, mais je n’avais pas du tout ce sentiment par rapport à Jimi Hendrix. Janis et Jim étaient perpétuellement insatisfaits, ils n’étaient pas des gens joyeux, on percevait bien ce côté sombre en eux, mais Jimi …quand je l’ai photographié en 70 juste avant sa mort, il était heureux, il  débordait de projets d’enregistrements, de tournées, de nouveaux groupes. Il montait son studio Electric Ladyland à NY, et il était un être incroyablement positif irradiant d’une incroyable énergie positive. Mais quand j’ai connu Janis, je sentais ce voile sombre peu à peu s’emparer de sa vie, quand j’ai  travaillé avec Jim Morrison, j’ai senti ce même sentiment de noirceur  et non pas la lumière et la joie. »

Jimi Hendrix by Baron Wolman

Jimi Hendrix by Baron Wolman

Les fulgurantes images de Baron Wolman puisent aussi leur force dans le choix du photographe de n’utiliser presque qu’exclusivement le noir et blanc, une technique inspirée par les clichés Cartier-Bresson ou Doisneau .

« La raison principale pour laquelle cette exposition est importante à mes yeux  c’est que lorsque je vivais en Europe et que je voyageais jusqu’à Paris, je voyais toutes ces galeries de photo.  C’était les 60’s et ils exposaient ces incroyables photographies en noir et blanc, des images d’une incroyable puissance. Et j’ai été très touché par ces photos qui m’ont très largement inspiré. J’avais toujours aimé la photo, mais lorsque j’ai découvert les œuvres de tous ces photographes français, qui travaillaient en noir et blanc, j’ai vraiment découvert l’inspiration. Donc d’une certaine manière, cette expo c’est un peu moi qui reviens des 60’s  50 années plus tard à mon point d’inspiration, c’est comme si j’étais parvenu à boucler la boucle. »

 Baron Wolman Lorsqu’on lui demande si malgré toutes ces rencontres mythiques, il a néanmoins des regrets, Baron Wolman lance alors dans un sourire : « La liste est longue. Je ne  pouvais pas être partout à la fois. Je n’ai photographié qu’un seul Beatles, j’aurais adoré tous les avoir. J’ai photographié Dylan une seule fois, mais j’aurais aimé le faire en privé et non pas sur scène. J’aime aussi John Mellencamp, pour sa musique et aussi pour son gout pour la photo en noir et blanc dans tous ses albums. J’aurais aussi aimé photographier Joan Jett. Il y a tant d’artistes que j’aurais aimé faire. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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