DIAMOND LITTLE BOY 

Diamond « Diamond Little Boy » est un manga coup de poing inspiré de la jeunesse de Victor Dermo, et si d’aventure ce dernier vous était inconnu, il faut savoir qu’il est un ami d’Orelsan et originaire de Caen tout comme lui. Et preuve qu’il faut certes se méfier du Caen- dira-t-on, mais aussi parfois succomber à d‘ exotiques OVNIs, comme cet étrange hybride culturel entre hip hop et culture japonaise qui a su captiver JCM et le propulser sur ses drôles de bulles.

Diamond Par Jean-Christophe MARY

 

Avec Diamond Little Boy, Victor Dermo signe le premier street manga francophone d’envergure — une œuvre autobiographique qui mixe habilement culture hip-hop et codes narratifs rigoureux du manga japonais. Plus qu’un simple récit graphique, ce premier tome impose une écriture visuelle et narrative portée par une esthétique noir et blanc maîtrisée qui éclaire la jeunesse des quartiers avec une franchise rare. Dans Diamond Little Boy, Victor Dermo raconte son alter ego adolescent, un jeune Caennais partagé entre sa passion pour le dessin et la musique et les pièges d’une existence qui déraille vers la petite délinquance et le trafic de stupéfiants. Cette immersion dans l’enfance de l’auteur offre une narration séquencée à la manière d’un manga japonais, sans pathos artificiel, mais avec la puissance émotionnelle d’un témoignage vécu.

La violence, l’amitié, la perte, mais aussi les moments de grâce et de créativité se succèdent dans une progression dramatique qui tient autant du roman graphique que du manga contemporain. Ce n’est pas un simple témoignage, mais une plongée dans une adolescence en tension, où l’innocence se fissure au contact des drames et des désillusions. Le récit expose la violence ordinaire des quartiers, les aspirations contrariées et la spirale qui entraîne le protagoniste dans les petits et grands trafics avant qu’il ne trouve une forme de rédemption par la création artistique. Sans jamais verser dans le sensationnalisme, l’auteur expose la précarité des choix et des trajectoires, rendant son récit à la fois personnel mais universel capable de résonner avec toute une génération de lecteurs. Ce qui frappe immédiatement, c’est l’authenticité du propos. Il l ne s’agit pas ici d’une fiction “inspirée de…”, mais d’un vrai témoignage vivant, cash et souvent émouvant. Cette sincérité narrative donne au lecteur l’impression d’une confession portée par la force des cases et des bulles.

Diamond Ce qui rend Diamond Little Boy particulièrement original, c’est la manière dont il tisse un lien entre culture hip-hop, culture street et codes du manga japonais. La structure elle-même emprunte à l’esthétique musicale du hip-hop. Chaque chapitre pourrait être lu comme un morceau, un morceau de vie rythmé par des punchlines, des références sonores ou des titres qui résonnent comme autant d’états d’âme.  Victor Dermo a voulu faire du manga, et ce choix n’est pas anodin. L’esthétique visuelle emprunte elle aux codes du manga japonais avec l’expressivité des visages, la composition dynamique des cases, l’utilisation de trames texturées tout en réaffirmant une identité visuelle fortement imprégnée de son univers personnel. L’usage du noir et blanc est une force qui intensifie les contrastes émotionnels, met en relief les ambiances de rue, de nuit ou de contemplation, et donne à chaque plan une épure qui fait écho à l’urgence du récit. Les blancs deviennent autant de respirations que de silences narratifs, les noirs de lourds présages ou de tensions latentes.

Diamond Dans ce récit, on peut faire l’analogie avec certains mangas japonais. On y perçoit des influences dans la façon de rythmer les scènes dramatiques, de jouer avec la vitesse du récit, ou encore dans l’importance accordée aux regards et aux expressions, techniques clés du seinen et des récits plus adultes du manga nippon. Cette hybridation est un outil narratif puissant qui mets en scène la rage de vivre propre au hip-hop, la poésie brute du bitume, la mémoire des quartiers avec ces plans serrés, ces ellipses,   et cette expressivité émotionnelle typique du dessin japonais. Le lecteur passe naturellement de l’univers sonore et physique des cités françaises à la dynamique graphique des mangas, une symbiose plutôt rare dans la bande dessinée francophone contemporaine. En conclusion, Diamond Little Boy est l’une des parutions les plus audacieuses de l’année car il bouscule les codes du manga. Victor Dermo ne se contente pas d’adopter un style narratif venu du Japon, il l’investit pour raconter une histoire qui lui est profondément personnelle. En réconciliant l’énergie du hip-hop, la réalité brute des quartiers et le langage visuel du manga japonais, il signe une œuvre qui ne ressemble à rien de ce qui se fait aujourd’hui en bande dessinée française et qui pourrait bien influencer durablement la manière de repenser le manga.

 

Diamond Little Boy — Tome 1 Diamond

Auteur : Victor Dermo 

Éditeur : Vega-Dupuis (collection Seinen) 

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.