YOUNG THUG, L’INCONNU LE PLUS CELEBRE DU RAP

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Young Thug

Il n’a toujours sorti aucun album, malgré une dizaine de mixtapes compilant une centaine de morceaux inédits et pourtant Young Thug est sans doute le rappeur le plus novateur des US of A…du moins c’est l’avis du spécialiste rap José Guerreiro qui fait ainsi son grand retour médiatique sur Gonzomusic après un trop long silence. Welcome back JG !

Young ThugLa première fois que j’ai entendu un morceau de Young Thug, je n’ai pas tout compris, mais ça m’a donné envie d’y revenir. Que racontait ce type, qui avait pourtant l’air de rapper-chantonner en anglais ? Je ne captais que quelques mots par-ci par-là, comme si mon anglophonie avait subitement décliné. Frustrant pour un ancien journaliste musical plutôt cérébral, mais le plaisir auditif proposé par cette découverte était plus fort que le reste. Une poignée de minutes plus tard, toujours scotché devant le clip halluciné de « Stoner » (« Drogué » en VF), mon addiction débutait. Depuis, il y a eu un sacré paquet de sons hors-normes, parfois accompagnés de visuels réalisés par un certain Be El Be qui filme manifestement toujours dans un état second. Et le mystère continuait malgré deux-trois éclaircissements sur ce cas étrange : un gangster affilié aux Bloods de L. A. (à l’instar de son manager Birdman, patron du label ‘Young Money’) qui se foutait visiblement de la muscu et de passer pour un homo (insulte suprême dans le milieu) à cause de ses accoutrements baroques et de sa gestuelle très moyennement virile.

What the fuck !

 

Après l’écoute de l’un des plus gros hits de 2014, « About The Money » de T.I. featuring Young Thug, il faudrait vraiment être fan du premier pour se rappeler de sa prestation, qui représente pourtant les deux tiers du morceau. Une amnésie compréhensible tant ce Jeune Voyou  d’Atlanta illumine l’instru et éclipse son aîné. Du coup, on comprendra aisément que les grands noms du rap ne se bousculent pas pour inviter Thugga sur leurs sons, bien que ce dernier soit devenu l’artiste le plus novateur du genre depuis 2013 et la sortie de sa quatrième mixtape « 1017 Thug ». A une exception près, Kanye West ayant exprimé son admiration pour la facilité qu’aurait le gus à enquiller les couplets-refrains de qualité, allant jusqu’à le qualifier de ‘Bob Marley d’aujourd’hui’ (comparaison qu’on pourrait ponctuer d’un bon « what the fuck ?! » au vu des sujets abordés par YT, c’est-à-dire la litanie habituelle des rappeurs gangsta) et envisageant un album commun pour bientôt. Car Jeffrey Lamar Williams se distingue avant tout par sa singularité. Si on peut certes identifier quelques influences allant de son idole Lil Wayne à son légendaire voisin Andre 3000 (moitié d’OutKast) en passant par le dancehall, le rap de Young Thug ne ressemble à nul autre. Débridé, mais décontracté, décomplexé, mais complexe, mélangeant rap et chant plutôt que les alternant comme c’est la norme depuis l’avènement de Drake. Oui, on avait déjà entendu ce mix vocal auparavant, chez les Bone Thugs ‘n’ Harmony par exemple, mais pas du tout de la même manière. Il sait également très bien s’entourer si l’on en juge par ses choix de compositeurs, notamment les excellents Metro Boomin’, London On Da Track, GooseWithAnotherOne et Wheezy. Alors évidemment, ceux qui n’aiment pas le style unique de cet échalas dégingandé et piercé lui reprochent immanquablement de ne pas travailler ses lyrics et d’être incompréhensible. Ce qui amuse le rappeur-chantonneur lancé en 2013 par Gucci Mane, le caïd de la trap (rap de dealeur d’Atlanta), sur son label 1017 Brick Squad Records. Pourquoi donc ? Parce que c’est précisément le but. Privilégier la spontanéité et l’imprévisibilité au détriment de la linéarité scolaire du rap, qu’il soit estampillé ‘conscious’, ‘gangsta’ ou autre. La priorité évidente étant de prendre un maximum de plaisir à travailler la matière vocale, comme s’il s’agissait de glaise ou d’argile, et de tirer le plus grand profit créatif du peu d’éléments à sa disposition (esprit hip-hop).

 

« Croyez ce que vous voulez, je ne suis pas gay »Young Thug

 

Une chose est claire : YT ne donne pas dans la chanson à textes, c’est définitivement la forme qui est privilégiée même s’il envoie quelques messages à l’occasion (« croyez ce que vous voulez, je ne suis pas gay », « j’ai connu la misère et le drame, maintenant je profite », « après l’éjac’ je m’essuie sur les rideaux de la (Rolls-Royce) Phantom », etc.).

Outre une maîtrise des placements rythmiques peu commune, ce père de six enfants (no homo donc, a priori) a un don indéniable pour trouver des mélodies ensorceleuses. Et puis il y a cette voix, alliage très flexible composé d’or, de verre pilé et de boue. Quant à sa scansion tranquillement accélérée, n’allant jamais jusqu’au fast flow des virtuoses du cirque, elle aboutit à tous les coups à des frises vocales peu orthodoxes se terminant souvent par des étirements de voyelles presqu’indécents. Enfin, alors que sa musique est essentiellement synthétique, les arpèges de piano qui l’humanisent provenant de plug-in (logiciels pour zicos), son look sample toute l’audace de la new-wave et l’exubérance du funk psychédélique. Bref, on n’ira pas encore jusqu’à qualifier le gars de Jimi Hendrix du rap, mais ça commence à démanger un peu. L’appellation serait peut-être abusive, et certainement inexacte puisqu’on retrouve aussi chez Young Thug la liberté et la punkitude groovy du Prince de la grande époque.

Seul bémol à ce concert de louanges, son impressionnante productivité (digne d’un 2Pac) joue en la défaveur de Jeffrey l’excentrique. Il gagnerait à sortir moins de morceaux pour ne pas diluer son talent dans ce flot continu de sorties qui caractérise malheureusement le rap game de l’ère internet, où règne avant tout la peur d’être oublié au profit de la multiple concurrence. En attendant son premier album officiel « Hy!£UN35 » (orthographie fantaisiste de HighTunes et clin d’œil à iTunes), annoncé pour février ou mars 2016, tous les voyants sont au vert pour que cet ATLien (extraterrestre originaire d’Atlanta) continue sur la lancée du succès du tube « Lifestyle » (212 millions de vues sur YouTube), signé Rich Gang, le duo qu’il a formé en 2014 avec Rich Homie Quan. Un carton programmé et amplement mérité tant le Jeune Voyou est loin devant, ou plus exactement loin au-dessus, de ses collègues frileux.  Par José Guerreiro

 

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