INDOCHINE AU SDF: DOUBLE VISION

Indochine au SDF par Laura Gilli

Indochine au SDF par Laura Gilli

Cela n’est pas UN rock-report mais DEUX rock-reports pour célébrer dignement les QUATRE décennies d’Indochine. En effet, votre Gonzomusic ne se refusant rien a missionné DEUX envoyés spéciaux, Jean Christophe MARY et Zen SMITH, pour nous faire vibrer en différé avec les quasi CENT MILLE aficionados réunis pour voir ainsi triompher le grand cirque de l’inoxydable gang sonic de Nicola Sirkis.

Nicola cool by Zen Smith

Nicola by Zen Smith

INDOCHINE PILE

 Par Jean Christophe MARY

 Pour célébrer ses 40 ans – en fait 41 ans mais décalé pour cause de COVID : NDREC- Indochine investissait hier soir le Stade de France pour la première date de son « Central Tour » reporté à deux reprises pour les raisons que l’on sait. Un show dantesque auxquelles ont assisté plus de 97 000 personnes – record d’affluence battu –   à guichets fermés. Retour sur un show d’une classe exceptionnelle que l’on peut qualifier de retro futuriste explosif et féérique.

Indochine entree Stade  par JC Mary

Indochine entrée Stade par JC Mary2

20 h 30. Les 97 000 fans attendent patiemment sur les pelouses et les gradins. Au milieu du stade, un immense réservoir d’eau, comme on peut en voir sur les grattes ciel New Yorkais, trône au centre d’un plateau de 850 m2, doté de deux avancées latérales noyées dans le public. Un gigantesque écran sphérique de 2 500 m2 équipé de 1 400 panneaux led diffusera bientôt les images du show, entrecoupé d’instantanés du public et de vidéos du groupe. L’ambiance est déjà palpable, électrique et bonne enfant. Sur scène, Coach Party, un prometteur groupe rock britannique, assure la première partie. Quelque chose de lourd de pesant flotte dans l’air. A 21h, le stade s’éteint progressivement. L’écran géant diffuse des images d’archives sur les 40 dernières années écoulées, de l’élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981 à celle d’Emmanuel Macron avec deux reprises le visage de Greta Thunberg, comme un rappel au réchauffement climatique qui nous menace. Une clameur envahit l’immense arène à ciel ouvert. Tout de noir vêtu, un plastron molletonné sur son tee-shirt, Nicola Sirkis suivi de ses musiciens, monte sur scène sous un soleil encore haut. Dès « Nos célébrations » titre dans lequel Indochine évoque sa longévité et ses victoires en dépit des critiques et des doutes qui ont parfois jalonné leur carrière, le chanteur est dans son élément : la voix est affûtée, le son puissant. L’allure élégante, le corps souple, Nicolas Sirkis semble à l’aise mais reste très concentré.

CIterne by Jean Christophe Mary

CIterne by Jean Christophe Mary

Évoluant aux quatre coins du plateau central, le showman est un entertainer hors pair. On est bluffé de le voir ainsi prendre dans ses filets les 97 000 spectateurs avec une telle facilité, une telle une virtuosité. Qu’il soit derrière un clavier ou une guitare acoustique, il nous envoie ses chansons tantôt comme des brûlots, tantôt comme des caresses. Immédiatement, le public suit, comme soulevé, porté par une vague d’euphorie collective. Ce soir, il n’y a quasiment aucun temps mort. Dans un ronflement de claviers et de guitares gonflées rock, Indochine enchaîne les titres « Station 13 », « Marylin », sans oublier les tubes du passé « Miss Paramount », « Canary Bay », « Tes yeux noirs », « 7000 danses ». Le leader d’Indochine profite également de ce show pour en faire une tribune. A plusieurs reprises, il rend hommage aux soignants, médecins, boulangers, éboueurs, mais aussi aux Ukrainiens sans oublier les victimes de harcèlement scolaire à travers d’émouvantes vidéos. Avant d’attaquer « Les tzars », l’écran montre un faux JT où Laurent Delahousse annonce une température extrême de… 53 degrés. Un avant-goût de l’apocalypse qui s’annonce sur terre. De bout en bout, le show est émaillé de surprises. Tout d’abord, il y a ce duo avec Christine and the Queens sur « 3 SEX ». Galvanisée par le public, la chanteuse est pleine d’énergie, comme montée sur ressort, elle se donne fond. Autre belle surprise pour les fans de la première heure, l’intervention de Dimitri Bodianski (saxo) sur « Dizzidence politik ».

Nicola by Laura Gilli

Nicola by Laura Gilli

Arque-bouté derrière son pied de micro, Nicola Sirkis délivre ses titres les uns après les autres, sans faille aucune. Derrière, le groupe joue de façon sobre et mesurée, ce qui donne au set ce côté magique et intemporel. Car ce show rétro futuriste a un pied dans l’avenir avec cet impressionnant dispositif scénique techno et l’autre dans la tradition avec l’arrivée sur scène de la garde républicaine sur trois titres :  « J’ai demandé à la lune », « La vie est belle », « Atomic Sky ». Autre belle surprise, ce duo étonnant avec Philippe Jaroussky où la voix du contre-ténor fait des merveilles sur « Collège boy ». Quarante années cela se fête. Alors les musiciens font durer le plaisir, en bidouillant des effets spéciaux, plongeant certains titres dans une transe électro sur « Des fleurs pour Salinger », « Kissing my song, « Stef II », « Drugstar ». Si le ton général semble plus apaisé, le groupe explore toujours les méandres du spleen avec pour toile sonore un mélange de sonorités électro aussi riches que subtiles. De bout en bout, jusqu’au feu d’artifice final tiré au sommet de la tour (45 m de hauteur !) , les titres raisonnent comme de véritables accroche-cœurs. Plus d’une fois, l’écran géant distillant des images vidéos projetera les visages de milliers de spectateurs comblés. Précisons que le light show est ce soir particulièrement bluffant, d’un esthétisme rare. Durant près de 2h45, Indochine a envoûté le Stade de France et nous donne rendez-vous… en 2033. On le note.

Jean Christophe MARY

Nicola by Soe V

Nicola by Soe V

INDOCHINE FACE

Par Zen SMITH, chanteur-leader de Waiting For Words  (Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/waiting-4-words-champions-of-the-words.html   )

C’est à 10h du matin ce 21 mai que, innocemment, j’envoie un message à notre ami GBD dans l’idée de se retrouver pour une bière au Stade de France. Hélas retenu, il me fait néanmoins la surprise de me proposer : « Tu me fais un Rock Report pour Gonzo ? » … S’il m’est arrivé de contribuer à quelques fanzines il y a 30 ans, j’ai plus l’habitude d’écrire des couplets/refrains pour mon groupe que des reviews… Mais allons-y gaiement. Donc je préviens d’abord cash : ici, 0 objectivité ! Je suis admirateur de ce groupe depuis 39 ans, c’est une de nos influences majeures et c’est certainement plus le cœur qui va écrire qu’autre chose… who cares ? Des articles de journalistes, vous en aurez plein ailleurs.

Prévu initialement le 19 juin 2021, l’attente fut longue pour célébrer les 40 ans de nos Indo Boys. Dès la sortie du RER, il y avait comme un parfum de « 101 » de DM dans l’air et la longue marche vers le Stade de France était ponctuée de sono hurlant les plus gros tubes d’Indo aux terrasses des cafés. Peu d’informations avaient filtrée avant le jour J, si ce n’étaient des statistiques impressionnantes : 97 036 personnes attendues, record absolu d’affluence au SDF, et une technique à faire rougir de honte des Depeche Mode ou autres : une scène centrale de 850m² surplombée d’un écran de 2500m² et composé de 1400 panneaux de LED pour un poids de 68 tonnes, 10 tonnes de lights réparties sur 1500 projecteurs, 30 tonnes de son… n’en jetez plus, Sirkis et sa bande ont décidé de marquer, encore une fois, les esprits et de proposer un show dantesque. E

Indochine by Laura Gilli

Indochine by Laura Gilli

t oui… car après The Cure, OMD, Simple Minds, Duran Duran ou Depeche Mode, c’est donc au tour d’Indochine de rejoindre le club select des Quadras de la New Wave. Et qui aurait misé un kopek là-dessus quand Desproges appelait à les voir faire de la moto sans casque, que la France et même les Inconnus (« Isabelle a les yeux bleus ») les moqua cruellement dans les 90’s et que BMG les lâcha suite aux échecs commerciaux de « Savoure Le Rouge » (1993) et Wax (1996) pourtant d’une qualité artistique incroyable. On ne reviendra pas sur la remontada fantastique opérée dès 1998 avec l’ « Indo Live », le chef d’œuvre dark « Danceteria » sorti après la mort de Stéphane et la tournée triomphale des Zéniths et Festivals (1999/00) et bien sur le carton multi platiné de « Paradize » en 2003. Depuis, tout n’est que succession de records pour le groupe : Bercy en 2003, 1er Stade de France en 2009, un « 13 Tour » en 2018 qui aura scotché les staffs de Madonna, U2 ou les Stones avec son écran galactique au-dessus du public, et toujours plus de fans. Ce samedi fut d’ailleurs l’occasion d’assister à une nouvelle génération de fans : les enfants des ados de 2003 bercés à « J’ai Demandé A La Lune » sont maintenant parents à leur tour et transmettent le flambeau.

Étrangement, l’organisation pour un tel évènement fut, allez, disons-le clairement, par certains aspects, catastrophique : 1h30 à 2h d’attente aux stands de merchandising avec déjà des ruptures de stocks à 19h pour la 1ère des 6 dates, parfois 45 minutes d’attente au bar. Les habitués des concerts au Stade de France auront remarqué qu’il y avait quasiment 2 fois moins de stands et personnels que d’habitude alors que jamais autant de monde n’avait été attendu… Mais il en faudrait plus pour gâcher la soirée.  Après une première partie énergique, Coach Party, mais pas franchement marquante (un rock 90’s rappelant vaguement des Hole et autres Breeders), les vagues de Ola commencent à déferler dans les gradins jusque l’allumage de l’écran (comparé tour à tour à un château d’eau, une enceinte Bluetooth géante ou – plus vraisemblablement – un gâteau d’anniversaire) et un zapping d’images 1981-2022 démarrant par l’élection de Mitterrand et s’achevant sur le drapeau Ukrainien. Autant dire, une sacrée page d’histoire parfaitement résumée par ce zapping précédent l’entrée chargée en émotion du groupe et qui entame la fête par le bien nommé « Nos Célébrations », déjà repris en chœur par un stade en ébullition. « Station 13 » du récent « 13 » et « Marilyn » tiré de « Paradize » suivent avant d’attaquer les cultes « Miss Paramount », « Canary Bay » « Punishment Park » et « Les Tzars » avec son superbe et impressionnant lézard prêt à bondir hors de l’écran.

Au-delà de Sirkis, il faut souligner la véritable machine de guerre qu’est devenue ce groupe au fil des années et des tournées records. Le maestro multi instruments et architecte du son du groupe, Oli de Sat, la section rythmique composée de Marc Eliard, le plus ancien membre du groupe, à la basse depuis 1992 et le junior du groupe, le Suédois Ludwig Dahlberg, sans oublier Boris Jardel qui remplaça Stéphane à la 6 cordes et au pied levé en 1998 quand ce dernier commença à avoir de sérieux problèmes de santé. Cela m’a toujours marqué qu’on ne pointe pas plus le talent de ces musiciens. Energie, charisme, précision, technicité… ils n’ont franchement pas à rougir face aux Anglo Saxons… et peuvent même donner des leçons à certains… on sera sympa en évitant d’en nommer ah ah. Quant à Nicola, il nous offre une performance vocale impeccable, n’en déplaise aux grincheux qui n’ont jamais dû écouter le « Nuits Intimes » de 2001 ou le « Hanoi » de 2006 pour ne pas admettre que Sirkis était un bon, très bon chanteur même. Le Peter Pan de 63 ans (à croire qu’il y avait de l’Oil of Olaz dans son biberon) démontre une nouvelle fois, si tant est qu’il fallait encore le faire, qu’il est un des rares « performers » à l’Anglo Saxonne, capable de passer d’une salle intime de 300 personnes à un stade de près de 100 000 en assurant une proximité avec ses « Indo fans » à chaque instant.

DImitri Lou - Source Indo Officiel

DImitri Lou – Source Indo Officiel

Le set se déroule alternant gros hits (« Tes Yeux Noirs » lors duquel Sirkis va serrer les paluches des fans, « A L’Assaut », « Le Baiser »…) et titres d’albums contentant les fans (« Paradize », le sublime « 7000 Danses ») Qui dit Stade et grosse fête, dit « guests ». La 1ère invitée sera donc Christine and The Queens pour la nouvelle version de « 3ème Sexe », rebaptisé « 3SEX » … Autant le dire tout de suite, sa performance a suscité, si ce n’est de la « génance » comme disent les djeuns, à minima bien des fous rires. Pression de l’événement ? Abus de Red Bull (pour ne pas dire autre chose) ? C’est à se demander si elle n’a pas voulu « voler le show », mais le résultat fut hélas à l’opposé. Dommage car la performance vocale était elle excellente, mais gâchée par une performance disons…. lunaire. Avait-elle à l’esprit que les 97 000 personnes étaient là pour Indochine et non pour son show qui manquait sacrément d’humilité ? Après déjà 14 titres, c’est « Alice & June », le hit de 2005 qui fera littéralement exploser le stade dans un pogo gigantesque. Incroyable de voir pour un groupe de cette génération que les hits des années 2000/2010 ont autant d’impact, si ce n’est plus, que ceux des 80’s. S’en suit une séquence de 7 titres implacables qui ne feront que faire augmenter la température du stade devenu chaudron : « Un été Français », « 3 Nuits par Semaine » et le désormais classique « Club Medley » cette année composé des « Fleurs Pour Salinger », « Kissing My Song » (leur « Never Let Me Down Again » live à eux), « Stef II » et « Drugstar » et enfin, le moment que l’on attendait tous, l’arrivée de Dimitri Bodianski au saxo et Lou Sirkis (la fille de feu Stéphane, devenue une belle jeune femme épanouie et vêtue de blanc, loin de l’adolescente timide aux cheveux cachant les yeux et toute de noir vêtue, lors de ses précédentes apparitions) à la guitare pour un « Dizzidence Politik » d’anthologie. Bien évidemment, le regret que Dominique Nicola et Nicola Sirkis, qui pourtant par voie de presse interposée semblait ouverts à une célébration commune de l’événement, n’ai pu (voulu ?) surmonter les fâcheries.

Le Set principal s’achève sur une reprise de « Nos Célébrations ». 1er rappel en compagnie de la Garde Républicaine et le cultissime « J’ai Demandé A La Lune », « La Vie Est Belle » et « Atomic Sky ». « College Boy » conclu ce 1er rappel, avec en intro une succession vibrante de témoignages de victimes de harcèlement scolaire, le combat de Nicola Sirkis depuis déjà des décennies. En guest, le contreténor Philippe Jarousky dont la performance émouvante donne un côté presque Jimmy Sommerville à ce duo. Bien évidemment, « L’Aventurier » ouvre le 2nd et dernier rappel, avec encore une fois une Intro dantesque avant que cette Birthday Party ne s’achève sur le « Karma Girls » de 2018 et un feu d’artifice superbe qui a dû se voir de loin. 29 titres dont la plupart accompagnés de tableaux vidéo ultra soignés et apportant une dimension SF aux morceaux, 2h50 de show, 11 des 13 albums représentés (impasse sur « Un Jour Dans Notre Vie » et « La République des Météors », mais la tournée ne fait que commencer…), une communion unique avec un public « de 7 à 77 ans » qui s’achève sur un teaser vidéo de Sirkis écrivant à l’écran « Rendez-vous en… 2033 » !

Stars SDF by Zen Smith

Stars SDF by Zen Smith

Après tout, nombreux sont ceux qui arpentent encore les scènes à plus de 70 ans, Mick Jagger et Iggy Pop en tête.  Hélas, il est à noter que le son dans les gradins n’était franchement pas terrible. Pas de système de sono dédiée aux tribunes, c’est donc le son (certes puissant) de la scène centrale qui nous parvenait. A tel point qu’on entendait souvent plus le public chanter que le groupe. On discernait peu la basse et les claviers et, personnellement en tout cas, je n’ai jamais vraiment réussi à rentrer dans le concert à 100%. Mais ce sera avec des étoiles plein les yeux, et ce sentiment de vivre une aventure unique avec ce groupe depuis 4 décennies, qu’on rentrera doucement, avec l’envie de prolonger encore cette « Célébration ». Les antis Indo’ persévéreront certainement dans leur quasi haine contre ce groupe, mais qui s’y intéresse encore après tout ? Comme l’a écrit un fan sur Facebook « 3ème Sexe, mais toujours pas 3ème Age »… La Messe est dite, oui, en 2022, 40 ans après le Rose Bonbon, L’Aventurier solitaire est bien le roi de la Terre.

Zen SMITH

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