GILBERT MONTAGNÉ « The Fool »

Gilbert MontagnéC’est un OVNI sonic qui ressurgit enfin, avec ce tout premier album d’un Gilbert Montagné de 20 ans boosté d’inédits. Cette année 1971, la France entière chante son « The Fool », et découvre ce jeune soul-man aveugle, feuj et parisien qui vocalise en anglais à la manière de Ray Charles, pour entrer de plain-pied au Panthéon de nos idoles. Un demi-siècle plus tard voilà ce phénoménal « The Fool » enfin réédité.

Gilbert MontagnéGilbert Montagné, fût la toute première rock-star que j’ai rencontrée, présentée par un ami feuj et non voyant, également prénommé Gilbert ( Siboun). Je devais avoir alors 16 ou 17 ans. Son merveilleux et funky hit « The Fool » avait illuminé mon été deux ans plus tôt. Simple et jovial, d’une totale modestie, sans jamais jouer les vedettes, Gilbert Montagné nous recevait chez lui pour nous faire partager ses précieux vinyles rock et son feeling illimité. Sans oublier ma toute première expérience de fumette qui fait rigoler, un truc qu’on garde à jamais gravé dans sa mémoire. Capturé à l’aube radieuse des 70’s, entre le fameux studio Trident à Londres et le tout aussi fameux Château d’Hérouville, sous la houlette de Dominique Blanc-Francard, ce « The Fool » trop longtemps occulté par le succés colossal de sa chanson-titre était en fait l’arbre qui cachait la forêt. On la découvre enfin aujourd’hui avec la réédition de cet album. Et si 50 années se sont écoulés depuis sa sortie, cette découverte tardive n’apparait que plus précieuse. Certes, certains sons ont un peu vieilli, mais dans l’ensemble on ne peut avoir que du respect pour ce disque. Car non seulement la voix de Gilbert sonne de manière absolument troublante, comme s’il était black, avec un un timbre entre Stevie Wonder, Ray Charles et Otis Redding, mais la plupart des titres, principalement ceux qui sont vocalisés en anglais, ont juste la classe internationale. Il faut aussi se souvenir qu’à l’époque en France seul un Nino Ferrer osait s’aventurer dans une telle blackitude agitée. C’est dire si Gilbert Montagné se distinguait dans notre paysage musical hexagonal.

Gilbert MontagnéD’abord ce « The Fool », incroyable soul slow-braguette dans la même catégorie Top of the Pops de « It’s Five O’Clock » des Aphrodite Child voire carrément le « Night In White Satin » des Moody Blues. Du très lourd. Qui a forcément occulté le reste de ce premier LP d’un tout jeune homme de 20 ans. On découvre la balade romantique « Hideaway », qui sonne un peu comme le « Ben » de Michael Jackson. Carrément gospel porté par ses chœurs féminins, « Now » sous ses faux airs de « Honky Cat », que Elton enregistrera seulement un an plus tard au même château d’Hérouville, le fameux « Honky Château », nous emporte sur son boogie festif. Tandis que la nostalgique romantique « I’ve Tried » a de très forts accents de Ray Charles. Enfiévrée, portée par le swing du piano « Walking Down the Street » est une des bonnes surprises de l’album, un courant puissant de soul blanche qui sonne comme le premier Chicago Transit Authority… mais sans les cuivres. Cependant, LA révélation de « The Fool » c’est la soul dorée à l’or fin de« Baby I Feel So fine » où la voix de Gilbert démultipliée par les chœurs féminins, surfe sur une soul cuivrée façon Ike and Tina Turner. Billy Joel et Elton John sont au carrefour des influences de « Why », tandis que la joyeuse « I’m Going Away My Love » aurait pu être écrite et interprétée par Billy Preston.  Certes, deux ou trois titres aux arrangements trop sirupeux variété française se sont hélas glissés dans le track-listing, mais dans l’ensemble ce « The Fool » si soul ne ressemble décidément à rien dans ce qui se faisait alors dans l’Hexagone et c’est sans doute ce qui rend son témoignage si précieux.

 

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