ELI « PAPERBOY » REED « 99 Cent Dreams »

Eli Paperboy Reed by Roberto Chamorro La soul-music éternelle peut compter désormais sur un nouveau héros : Eli « Paperboy » Reed. Mais contrairement à la plupart ses pairs Sam Cooke, Otis Redding, Rufus Thomas ou Wilson Pickett, il a au moins deux atouts : il est encore bien vivant et surtout il comptabilise moins de 40 ans au compteur. Ce qui ne retire rien à la qualité de son sidérant « 99 Cent Dreams », bien au contraire. Et j’allais oublier, dernier détail, Eli a beau être doté d’un feeling digne d’une blackitude exacerbée, il est aussi blanc qu’un… Justin Timberlake. Bruno Mars a peut-être du souci à se faire…

99 Cent DreamDés le premier titre porté par les cuivres, l’adrénalisé « News You Can Use », on se laisse emporter par sa voix de soul-star. Pourtant Eli « Paperboy » Reed né en 82 n’a jamais signé chez Stax records durant l’âge d’or des compilations « Formidable ». Mais avec un tel appendice vocal, il aurait pu. Son 6éme album « 99 cents Dreams » a été capturé au légendaire studio de Sam Philips à Memphis, épaulé par les vétérans vocaux The Masqueraders. Et c’est comme un incroyable voyage musical à remonter le temps. Ainsi « Said She Would » évoque irrésistiblement le style de Smokey Robinson & the Miracles de « Tears of a Clown ». De même, la suivante « Bank Robber » swingue comme le « I’m a Road Runner » de Junior Walker & the All Stars et c’est absolument sidérant. La chanson-titre « 99 Cent Dreams » n’échappe pas à cette faille spatio-temporelle. Portée par les chœurs, et avec la complicité du fameux Big daddy Kane, elle a la délicatesse d’une « My Girl » des Temptations. Et la voix puissante d’Eli « Paperboy » Reed très largement le job. Le pouvoir de cette musique c’est qu’elle parvient par son insouciance à nous faire oublier tout le speed de ce second millénaire. Comme avec l’ensoleillée « Holiday » au sentiment de déjà vu de « The Way You Do the Things You Do » – encore des Temptations- ou la très Otis Reddinguienne, la puissante « Trying » qui a aussi son petit coté James Brown. Si c’était du pinard, on serait tout de même entre un Petrus et un Château Margaux !

 

Eli Paperboy Reed  by Roberto Chamorro Ces compositions sont tellement bien foutues que chacune d’elle donne l’impression d’être un classic, comme un défilé de rutilantes automobiles des 50’s ou des 60’s aux chromes étincelants. Il manquait un grand fauve dans la galerie de portraits de Eli « Paperboy » Reed, la rugissante « Lover’s Compensation » l’évoque à sa manière portée par son style « godfather of soul »…mister James Brown ! Slow et grave, portée par une soul incandescente, « In the End » sans doute une des plus belles chansons de cet album, rend hommage à sa manière à l’immense Isaac Hayes. Eli n’oublie pas Chicago, une ville qui a compté pour lui, avec son rock and roll façon Chuck Berry « A New Song ». Enfin, ce prodigieux retour vers le futur de la « musique de l’âme » s’achève dans l’harmonie et la ferveur sur l’émotionnelle « Couldn’t Find A Way » qui me fait paradoxalement songer à une immense soul…woman : Sharon Jones qui nous a quittés en novembre 2016 ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/so-long-sweet-cool-sharon-jones.html et aussi https://gonzomusic.fr/sharon-jones-and-the-dap-kings-soul-of-a-woman.html  ). Sans doute, l’une des meilleures surprises de cette année 2019, toute la feel good music de ce « 99 Cent Dreams » ne sera pas superflue pour affronter ce monde brutal.

 

 

Eli « Paperboy » Reed sera en concert parisien le 14 juin prochain à Le Flow une (péniche amarrée aux Invalides).

  

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