COUTIN OU LA SAGA DE L’HOMME « QUI AIMAIT REGARDER LES FILLES » ÉPISODE 1

Coutin studio-marcadet-1982Il est un peu le grand frère que mes parents ne m’ont jamais donné…Patrick Coutin, rencontré au Gibus à l’automne 79, avait déjà quitté Rock & Folk pour se consacrer à la musique. Deux ans plus tard, il devient le seul rock-critic à signer un tube aussi incontestable que colossal avec son fulgurant « J’aime regarder les filles ». Quatre décennies se sont écoulées et Coutin n’a jamais renoncé, la preuve par ces trois albums vinyles publiés en simultanée, un projet fou et ambitieux qui nous a donné envie de vous faire partager l’incroyable saga de cet homme « qui aimait regarder les filles ».

Épisode 1 de Sfax à San Francisco…

Coutin albumLe « Paradis » selon Patrick Coutin est un projet fou, d’une totale et craquante utopie, un coffret triple LP vinyle qui se décline en « Welcome in Paradise » album de compositions entièrement en anglais, « Obsolete Paradise » album d’adaptations ou de reprises de grands classiques, mais en français et enfin « Paradis électriques », où ses éclectiques compositions se teintent de rock, bien entendu, mais aussi de blues, de rap ou de country. Beaucoup ont essayé, tant ont échoué : de nombreux critiques rock ont voulu troquer leur plume bien trempée pour un micro, s’essayant au rock, des étoiles dans les yeux, sans jamais parvenir à composer un titre qu’on se retrouve tous à chanter sous notre douche. Prenez Patrick Eudeline, collègue de BEST avec sa formation Asphalt Jungle, entre 77 et 78 il publie ca composition la plus marquante, « Polly Magoo » et depuis… il court toujours à la recherche du diamant vert. Heureusement, il lui reste l’écriture où il excelle. Autre collègue de BEST, Gilles Riberolles, qui forme son brillant Casino Music au crépuscule des 70’s, il publie un superbe album qui hélas ne rencontrera jamais le succès qu’il méritait. S’il n’a jamais renoncé à la musique, via ses formations successives Jumbo Layer puis aujourd’hui Spirit of My My My, Gilles n’est pas parvenu à décrocher la queue du Mickey. Même Bruno Blum, pour lequel j’ai une tendresse toute particulière ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/?s=Blum  ) n’a jamais massivement cassé la baraque discographique pour générer de confortables droits SACEM. Côté Rock & Folk, c’est encore pire, avec le pathétique Jerome Soligny, qui a parcouru le chemin inverse, passant d’une musique absolument banale à une posture de critique rock bouffi d’orgueil, aussi mégalo que fatalement imbu de sa personne.

Coutin Paradis

Seule et unique exception : Patrick Coutin, qui a abandonné sa carrière de rock-critic à succès, pour vivre le rock tel qu’il le concevait et parvenir à signer un hit imparable, capable de traverser les décennies avec son irrésistible « J’aime regarder les filles », addictive composition qui ferait bouger hors de son fauteuil même un magistrat … du siège. Comme un Keith Richards à la Française, il appartient désormais à notre patrimoine rock.  J’avais revu Coutin sur scène il y a peu de temps ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/coutinrockuptible.html )  et il m’avait confié son projet dingue de publier son coffret triple LP vinyle.  Nous avions convenu de nous retrouver, pour en parler à sa sortie, cette interview s’est transformée en entretien fleuve de plusieurs heures que je vous propose de découvrir en plusieurs épisodes. Voici donc enfin la première partie de « La saga de l’homme qui aimait regarder les filles » !

 

Gibus

 

« C’est super émouvant de t’interviewer, car tu es un des premiers « collègues » que j’ai rencontrés… au moment où tu n’étais déjà plus tout à fait un collègue, puisque tu avais quitté Rock & Folk pour assurer la sono des concerts du Gibus. Et comme j’y étais super souvent à l’époque, au bout d’un moment, on a fini par se parler et j’étais fasciné par toi, parce que tu étais à mes yeux comme un grand frère. Tu avais commencé avant moi à écrire sur le rock ; tu t’intéressais au rock US, tu étais simple et tu ne te prenais pas la tête contrairement à tant de nos confrères à l’ego hypertrophié. Tu aimais la musique et tu n’étais pas au bar à picoler au lieu de regarder les groupes comme tant d’autres… voilà, plein de choses positives. Mais ce qui m’a le plus bluffé chez toi, c’est ta décision de changer de vie, te disant : ben non, je veux faire de la musique, je veux être dans le son et plus seulement un spectateur à l’extérieur qui l’observe. » Et quand tu as publié « J’aime regarder les filles » j’étais encore plus bluffé, car c’était un super rock et un super tube. Je pense que s’il était sorti juste quelques années après, au moment de l’explosion des radios FM, il aurait eu un succès encore plus fracassant. Tout ça pour te poser une première question : où es-tu né ?

Je suis né à Sfax, en Tunisie d’une mère juive tunisienne et d’un père militaire français.

Ah mais c’est peut-être ça qui explique ce lien entre nous !

Je ne sais pas, mais j’ai toujours eu de la sympathie pour les gens qui ont une mentalité de vagabond. Et s’il y a une chose que je trouve bien dans la judaïcité, c’est bien cette mentalité de vagabond …

… de juif errant ?

… de juif errant, parce que c’est vrai que, pas tous, mais il y a cette tradition de voyager, de porter sa culture où que tu sois, de rencontrer d’autres personnes, de s’intégrer à sa façon… c’est une tradition ancestrale, qui fait que je suis souvent proche des gens qui ont ce même genre de feeling.

Donc tu es arrivé à Paris ?

Je suis arrivé en France vers l’âge de quatre ans, on s’est installé chez ma grand-mère, dans un petit village des Deux Sèvres. Et puis mon père, qui était militaire et dont l’affectation dépendait de sa carrière, s’est installé à Saumur, ville du Cadre noir et des blindés. Moi je n’étais pas tellement là-dedans, mais j’ai passé mon enfance à Saumur et je suis monté à Paris en mai 68.

Le bon moment !

Je suis arrivé à peu près au moment des vacances, car je m’étais fait virer de mon internat dans le Maine-et-Loire. À la fin des vacances, je devais intégrer ce collège situé à Sarcelles. On m’a donné une liste de livres à acheter chez Gibert Jeune. J’y suis allé et, quand j’en suis sorti, ça pétait dans tous les sens, les pavés volaient bas et il n’y avait plus de train pour rentrer à Sarcelles. J’ai finalement réussi à rejoindre la Gare du Nord, mais j’étais avec tous mes bouquins comme un âne. Je me suis fait engueuler par mes parents qui étaient fous d’inquiétude, évidemment. La télévision montrait tout ça. Et c’est ainsi que s’est passée mon arrivée à Paris.

Tu ne pouvais pas mieux choisir !

Mais je n’y comprenais rien. Ma passion à l’époque, c’était un peu la musique et beaucoup le foot. J’avais quinze ans, on n’était pas politisé du tout quand on était au collège, à cette époque, mais c’est arrivé assez vite.

En province, car à Paris on l’était beaucoup plus.

Nous non, on était des oies blanches.

Mai 68

St Michel mai 68

Moi je suis rentré à Voltaire en 67, même si j’étais un tout petit gamin, je voyais très bien ce qui se passait autour de nous…les AG, les grèves, les bastons avec les fachos du GUD qui débarquaient d’Assas pour nous attaquer…

… la belle époque ! (rires)

… mais donc la musique c’est venu tardivement en fait. À quinze ans tu n’écoutais pas encore de rock ?

Si, j’écoutais ce qu’on écoutait à l’époque, c’est-à-dire les Beatles, les Rolling Stones, un truc des Animals, de temps en temps …

… et puis, les hits dorés genre « A Whiter Shade of Pale »…

… voilà ! Tout ça c’était ma jeunesse, mais à l’époque on avait un tourne-disque qui était essentiellement fait pour les 45 tours. Les disques coutaient cher, je ne faisais pas partie d’une famille riche.  Acheter un 33 tours, c’était vraiment un investissement, c’était un cadeau de Noël. Donc tu n’allais pas toutes les semaines t’offrir le nouveau Stones ou le nouveau Beatles…

Moi, c’est deux trois ans après, mais c’est pour ça que dans la cour de récré on faisait des deals : il y en avait un qui achetait l’album et tu lui empruntais pour le recopier sur K7 et toi tu faisais pareil avec l’album que tu détenais.

Ça s’est arrivé un peu plus tard. Car à l’époque on n’était pas équipé en 68.

La mini-cassette est arrivée en 72 /73 et elle a un peu changé nos vies, car du coup on a pu accéder à beaucoup plus de musique que nos moyens ne nous le permettaient.

Condorcet

Lycée Condorcet

Et en plus cela avait un certain son ! Là-dessus, je me suis aussi fait virer du lycée de Sarcelles, pour me retrouver au lycée Condorcet.  Là,  j’arrive dans le monde parisien qui était effectivement le monde de la culture où les mômes de 16 ans étaient engagés politiquement, écoutaient du rock and roll et commençaient à fumer de l’herbe. Condorcet ça a été l’explosion, à la fois il y avait de grands profs en Khâgne et en Hypokhâgne, qui étaient connus en tant qu’écrivains. En même temps, tu avais les manifs à portée de la main, on pouvait aller casser quelques gueules à droite et à gauche. Les Maos Spontex étaient en train de naitre…

… les Maos quoi ?

… les Maos Spontex , c’était des maoïstes qui voulaient être spontanés, c’est ce que cela voulait dire. En clair, spontanément ils sortaient et ils foutaient le bordel dans un lycée (rires). Tout ça était très agité, c’était l’époque de l’Internationale situationniste, et je me suis politisé très vite. Et, en même temps, est arrivée toute cette vague d’albums incroyables de la fin des années 60, car même si on dit que les grandes années étaient 62,63 et 64, à la fin des 60’s, en 69 il se passe des choses incroyables. Il sort des trucs insensés.  En 70 il y a des disques qui sont juste une folie…

… « Imagine », « McCartney » …

Pink Floyd…. Pink Floyd, les Soft Machine…

… Santana… Hendrix, le Velvet…

… et en même temps, coté américain ça ne chômait pas non plus. Il y avait des choses immenses, donc je suis très rapidement devenu un voleur de 33 tours. Comme j’étais à Condorcet, j’allais au drugstore Saint Lazare …

… avec un grand manteau…

… j’avais un grand duffle-coat, avec une grande poche et je prenais. Je le soupçonne les vendeurs de ne pas m’avoir balancé, car parfois ils me collaient aux basques comme s’ils voulaient me faire comprendre : « bon, là ça suffit, tu en as assez chouravé pour la semaine ! ». C’est ainsi que j’ai piqué King Krimson, par exemple. Ou Ten Years After. Led Zep. Les Who…

À l’époque, on connaissait par cœur les paroles de « Tommy », on pouvait chanter tout le double album tant on l’avait écouté.

Moi j’ai vu deux fois « Tommy » en concert. Une première fois, ils passaient dans un théâtre classique, je crois que c’était le théâtre des Champs Élysée. Là, ils ont joué l’intégrale, il y avait encore quelques titres d’avant, mais il y avait tout « Tommy ». Puis je les ai revus à Londres, deux ans plus tard. Mais les albums d’avant étaient aussi extraordinaires.Tommy

Moi, je les ai découverts après coup, comme quand j’ai découvert Bowie avec « Ziggy Stardust », du coup je suis remonté en arrière avec « Hunky Dory » et « Space Oddity » .

Alors que moi je les ai écoutés au fur et à mesure. Mais, par contre, je n’ai pas connu le début des Doors en 65. Ni celui des Stones d’ailleurs. Le début des Beatles j’avais entendu « She Loves You », mais on n’était pas au courant du Mariachi , on n’avait que les tubes. Je n’ai pas connu l’ère de leurs albums, juste leurs 45 tours. C’est seulement à partir de la fin 68 qu’a démarré pour moi le temps des albums, lorsque j’ai réalisé que, petit un, cette musique et bien plus qu’une musique. Deux, elle véhicule des idées et des paroles qui sont pour l’époque très d’avant-garde, très révolutionnaire. Et que trois, elle occasionne un mode de vie.

Dès le début tu étais plus sensible au côté US du rock que de son côté British ?

Maintenant, je peux te le dire, en fait à l’époque on n’avait pas conscience de ça, on ne savait pas qui était anglais ou américain. Moi j’aimais les Rolling Stones, mais je n’ai jamais été fan des Beatles, la grande tare aux yeux de tous mes contemporains. J’aimais les Stones, mais j’aimais surtout leur attitude. J’étais un peu révolté, en plus. Et tu avais ces albums des Stones qui s’enchainent, sans prendre position, ils parlent du monde tel qu’il est. Tous les mois, tu découvrais un groupe extraordinaire. Il y avait déjà quelques grands comme Dylan, les Stones, Donovan et tout, mais tous les mois des albums arrivaient et tu te disais : mais c’est quoi ce truc de folie ?… un MC5, un Chicago Transit Authority, par exemple, qui était un groupe hallucinant. C’est là que le virus m’a pris, c’est là que j’ai acheté ma première guitare, une guitare espagnole… pour le rock and roll, ce n’est pas terrible …

Comment as-tu sauté le pas, te dire que « je vais faire ça de manière professionnelle et puis je vais donner mon avis de critique » ?

D’abord, j’ai poursuivi mes études. J’ai passé le bac en 71, 72, j’ai sauté un an, car je savais que je ne tiendrais pas un an de plus au lycée. Après je suis rentré à la Sorbonne…

… Lettres ?

…. Lettres et Philo.  J’ai fait surtout Philo, mais j’ai aussi une licence de Lettres. J’ai fait de l’art plastique, tout ce qui était intéressant. On était dans un monde où la peinture rencontrait la musique, le cinéma percutait la peinture. C’était passionnant ! Donc tu voulais tout être. J’aurais voulu être Andy Warhol, Mick Jagger, Crumb … et Jack Kerouac. Tout cela est arrivé avec une puissance incroyable. Tu allais à la Coupole et tu tombais sur Allan Ginsberg, c’était le rendez-vous des Américains. Mais tu croisais aussi un chanteur anglais, Sartre… c’était une époque très marrante. Où le rock and roll semblait être la bonne bande-son. Immédiatement on s’est éloigné de nos valeurs d’avant qui pouvaient être Adamo, Johnny, Brel ou Ferré. Hop… on a délaissé cette partie de la culture française qu’on connaissait bien, trop bien même, pour se jeter corps et âme dans cette musique. Et, au bout d’un moment, il y a eu une forme d’addiction.

Paul-McCartney-McCartney-Album-CoverTu ne pouvais pas t’empêcher d’écouter le nouveau disque. Tu savais une semaine avant qu’il allait arriver, tu passais dans le magasin : tu disais « Vous avez le nouveau McCartney ? ». On te répondait : ah ben non, on le reçois demain. Tu revenais le lendemain et c’était : ah non non, on ne l’a pas encore. Revenez demain. Et quand tu revenais, il n’y en avait déjà plus ! C’était vraiment une période magique. Même si tu dessinais, tu voulais faire du rock. Si tu rêvais d’être cinéaste, tu voulais faire du rock. Ce que je veux dire, c’est que le rock était le pivot de cette culture. C’était aussi le pivot d’une certaine révolution, en tout cas dans les modes de vie. Donc j’ai voulu faire du rock, j’en ai fait. Mais je n’étais pas très bon musicien, pour tout te dire, parce que j’avais commencé très tard. Et puis, avec un de mes potes, on s’est retrouvé par hasard dans un concert du Grateful Dead à Londres en 72, c’était juste après mon bac. Et donc, on arrive à Londres, on rencontre des filles qui nous disent : venez, on va au concert du Grateful Dead. On leur dit qu’on n’a pas de places. Elles nous répondent que ce n’est pas grave. Et là, les portes s’ouvrent, tu n‘as pas de billet, tu n’as rien et tu rentres quand même pour encaisser quatre ou cinq heures sublimes de musique. Avec mon pote, on s’est dit : il faut qu’on aille en Californie, avant que tout cela ne soit fini. Donc j’ai pris un aller simple, c’est quand même une époque extraordinaire, pour San Francisco. Je suis arrivé à San Francisco, alors que mon pote m’attendait à Oakland (rires). Sur le papier c’est San Francisco, mais en réalité ce n’est pas du tout San Francisco ! Quand tu parles mal l’anglais, que tu n’as pas de bagnole, quand tu arrives là-bas et qu’il est huit heures du soir, tu es tout seul, tu n’as pas un numéro de téléphone… heureusement, une hôtesse de l’air m’a sauvé la vie. Bref, je me suis installé un an et demi à San Francisco.

On est en quelle année ?

On est en 73. À San Francisco, les musiciens, tu buvais ton café avec eux. Santana, il habitait à deux maisons de là où je vivais. Le Dead, ils avaient toujours leur immense baraque sur Haight et Ashbury, à côté. Il y avait l’Airplane pas loin. John Lee Hooker vivait là et chantait tous les week-ends au café en bas de chez lui. Le Grateful Dead, j’ai dû voir trente ou quarante concerts. Quand je les ai découvert, finalement je ne les connaissais pas. Le seul groupe psychédélique vraiment connu en France c’était les Doors. J’ai compris ce que pouvait être le mouvement hippie, en débarquant à San Francisco.

C’était encore frais !

C’était encore frais et cela avait profondément influencé les gens, cela avait créé cette culture de l’ouverture, de la confiance dans l’autre, du partage, du je fume un joint pour m’ouvrir la tête, je prends un acide pour la même chose… il y avait encore cette espèce de magie. On est parti à SF pour aller voir un concert du Dead et trois jours après, évidemment il y a un concert du Dead. Ils jouaient quatre soirs de suite dans un théâtre ; et ils commençaient le premier soir par un morceau, puis ils enchainaient les morceaux en arrêtant au milieu d’un morceau. Et ils reprenaient le lendemain au milieu du morceau, ils enchainaient sans jamais refaire le même titre… quatre jours de musique comme ça.

Grateful Dead

The Grateful Dead

C’était un petit théâtre, genre 2000 places. Je n’avais pas de sou, je n’avais que 100 dollars, mais sans avoir le droit de les dépenser, car à l’époque aux USA, si tu n’avais pas au moins 100 dollars sur toi, tu pouvais être embarqué par les flics pour vagabondage. Donc je grappillais, j’essayais de bosser, etc… mais on n’avait pas de quoi se payer un billet. On était à la porte de la salle avec mon pote et au bout d’un moment, je suis allé voir la fille au guichet, car elle me souriait. Je lui expliquais le problème : on n’a pas de sous, mais on est venu de France pour voir le Dead. Est-ce qu’à un moment, ça allait s’ouvrir ? C’était courant en Amérique : première demi-heure ils ouvraient les portes et tout le monde rentrait. Et on est rentré les quatre soirs de suite ! C’était incroyable. Tous les soirs j’arrivais, elle me souriait et me disait : ah Patrick…ça c’était vraiment tout l’esprit de San Francisco, totalement magique ! Dans ma vie j’avais dû voir quinze concerts, la moitié à Paris en rentrant en force, c’était l’époque où on s’amassait à une centaine devant la porte du concert jusqu’à ce que ça ouvre, que les vigiles te laissent passer plutôt que de se faire piétiner. C’était plus apaisé à San Francisco. C’est vrai que la musique californienne, Crosby, Stills, Nash and Young c’est un rock plus mélodique, teinté de country, teinté de jazz, de soft music.

Paradoxalement, il y a un groupe que l’on connaissait tous, c’était les Beach Boys !

On savait qu’ils étaient américains, mais c’était un groupe qui ressemblait par certains côtés beaucoup aux Beatles, pour nous c’était le même mouvement, qu’ils soient américains ou anglais. Car vu de France on ne comprenait ce qui se passait en Californie. Le mouvement hippie c’est 65-68. Les grandes révoltes, Watts, etc… c’est 67-68.

Sunset Blvd riots

Sunset Blvd riots

Watts c’était 65 et la manif sur Sunset boulevard qui a inspiré « For What It’s Worth » à Buffalo Springfield c’était 66…

Et 68 c’est la convention démocrate de Chicago…

… qui a généré la chanson de Graham Nash « Chicago »…

Nous, en France en 68, on est encore un peu dans notre idée d’une révolution à l’Européenne, communisme contre capitalisme, alors qu’eux sont dans u tout autre truc. Ils ne croient pas ni à la gauche ni à la droite, ils pensent qu’on peut changer le monde avec de la bonne volonté. Donc, nous on a pris la musique, mais on n’est pas du tout dans ces idées. On est de « révolutionnaires français » qui arrivent en Californie et qui se prennent une gigantesque gifle sur les modes de vie, les modes de pensée… je découvre l’écologie, les premiers panneaux solaires c’était là bas… on chauffait l’eau avec des sortes des serpentins sur les toits. Sans oublier cette liberté sexuelle très importante à l’époque, liberté de parler aux gens…

… de fumer de la weed, souviens-toi, tu avais le droit de te balader avec une once sur toi…28 grammes tout de même, c’était dingue avec les head-shops qui te vendaient tout le matos …

… y compris tout ce qui était aussi interdit en France, les bouquins, les graines tout ce que tu voulais. Cela a été deux années assez renversantes pour le pt’it gars qui venait de banlieue parisienne. À Oakland, il y avait ces immenses concerts dans le stade de baseball où on se retrouvait à 50.000 pour écouter Zappa ou autres.Zappa

 

À suivre… retour à Paris et pourquoi/ comment Coutin a-t’il rejoint la rédaction de Rock & Folk…

 

Voir également sur Gonzomusic  l’Episode 2 https://gonzomusic.fr/coutin-ou-la-saga-de-lhomme-qui-aimait-regarder-les-filles-episode-2.html

l’Episode 3 https://gonzomusic.fr/coutin-ou-la-saga-de-lhomme-qui-aimait-regarder-les-filles-episode-3.html

et aussi la chronique dans le BEST 153 de son album COUTIN de 1981 https://gonzomusic.fr/coutin-the-album.html

 

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