BOB MOULD “Workbook”

Bob Mould Voici 30 ans dans BEST, GBD continuait à vous exhorter de plonger à ses côtés dans le courant tumultueux du punk-rock de Minneapolis pour suivre la nouvelle traversée en solitaire de Bob Mould, tout juste affranchi de sa formation furibarde d’Husker Dü. Intense et forcément tonitruant flashback rock and roll !

BOB MOULDÀ la fin des années 1980, après six albums juste explosifs, Hüsker Dü se sépare dans les larmes et le sang pour diverses causes conjuguées : toxicomanie de certains de ses membres, divers problèmes personnels, nombreux désaccords sur les crédits de l’écriture des chansons, la direction musicale, sans oublier le tragique suicide du manager du groupe, David Savoy. Chez BEST, j’avais toujours craqué sur Husker Dü et pas seulement à cause de leur origine minneapolitaine. Hallucinant power-trio, le Dü savait comme nul autre mêler ses racines traditionnelles de blues et de rock à une ardente punkitude pour créer le plus explosif des cocktails que j’avais souvent chroniqué. Aussi, lorsque Bob Mould, après avoir désintégré son groupe, signe chez Virgin pour publier son tout premier LP solo, je ne pouvais forcément rester indifférent. La preuve…

Publié dans le numéro 253 de BEST

BOB MOULDÀ mi-distance de l’incommensurable Midwest et des Grands Lacs, Minneapolis (Minnesota) reste à ce jour la capitale incontestée du cross-over, ce son fusion qui ne carbure qu’au mélange funk-rock. À l’ombre de Sa Sérénissime Altesse Pourpre, les garagistes du furieux label indépendant Twin Tone ont su, à leur tour, réaliser une osmose sauvage de la tradition folk pionnière de Dylan et d’un rock déchiré au speed du temps. Husker Dü constituait l’incontestable fer de lance de ces rockers croisés baba/punks sous forme d’un power trio blitzkrieg aux décibels ravageurs. Too much, too soon, Bob Mould, chant/guitares/claviers, Greg Norton, basse et Grant Hart, batterie, brûlaient la chandelle par les deux bouts. Vertigineux et tracé comme les balles d’un semi-automatique, leur rock attentat permanent à la pudeur consacrait l’union contre nature de Led Zeps destroyés à la colle des Pistols et au « moonshining » – gnole artisanale et illégale des bouilleurs de cru yankees- de Woody Guthrie. No Future, les Dü n’étaient pas des doux et, une poignée d’albums plus tard, le groupe se dissout, tandis que le mouvement fait école avec les Replacements et les country-punks Souls Asylum. Mais la bête est toujours vivante… Gourou du Dü, Bob Mould revient solo, et sur un label civilisé (Virgin records : NDR), avec ce « Workbook », un carnet de textes intimiste doublé d’un rock totale- ment désintégrant auto-produit au Paisley Park, le luxueux studio-jardin psychédélique de Prince. Et si Bob n’a pas perdu une once de sa terrible hargne, il parvient à la dompter en somptueuses accalmies qui précédent le cyclone. De l’intro néo-classique de « Sunspots » aux déflagrations de « Whichever Way The Wind Blows », Mould nous fait transiter sans transition d’un feeling à l’autre, des guitares sudistes de Lynyrd Skynyrd au folk fleurs dans les cheveux du Jethro Tull des premiers jours en passant par Cat Stevens, les Ramones, XTC et X. Débarrassé des problèmes de dope de ses ex- Dü, Bob Mould passe sans peine a l’âge adulte et cette fièvre ado qui brille encore au fond de ses yeux est désormais maitrisée.

Publié dans le numéro 253 de BEST daté d’aout 1989

BEST 253

 

 

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