AN EVENING WITH DAVID BYRNE À LA SEINE MUSICALE
Good news : le « psycho killer qu’est-ce que c’est » était de retour à Paris les 18 et 19 mars 2026 dans le cadre de sa tournée Who Is The Sky?, David Byrne a offert deux soirées d’exception à La Seine Musicale. JCM himself a assisté au second soir, le 19 mars, un spectacle total, entre concert et performance chorégraphique. Une communion collective avec le public d’une rare intensité mêlant compositions de son petit dernier « Who Is The Sky? » et florilège de ses plus fameuses Byrneries avec ou sans les Talking Heads dont la prophétique « Life During Wartime ».
Par Jean-Christophe MARY
Ce jeudi 19/03, il y avait cette sensation rare, celle d’assister à un moment suspendu, presque irréel. Un instant où tout converge, la musique, le mouvement, la lumière, le public, pour produire quelque chose d’intensément vivant, quelque chose qui tient du génie. Le tout offert avec une immense humanité, une immense générosité…
Il est tout juste 20 heures lorsque la voix off de David Byrne annonce avec malice que ce soir « le public est exceptionnellement autorisé à danser ». Une permission symbolique car dès les premières mesures, la salle entière se lève, transformée en un vaste dancefloor. La promesse sera tenue durant les deux heures du show.
Car chez David Byrne, la scène n’est jamais un simple lieu d’exécution musicale. C’est un une fresque vivante où chaque déplacement est pensé. Les musiciens — en perpétuel mouvement — évoluent dans une précision quasi mathématique. Tout est réglé au millimètre.
Chaque chanson devient un tableau chorégraphique à part entière, un espace traversé de flux où circulent simultanément les sons, les gestes et les regards. À travers ces tableaux successifs, se déploie une esthétique profondément new-yorkaise, arty, épurée et conceptuelle. C’est la signature de David Byrne depuis la fin des années 1970.
Sur scène, Byrne danse comme il chante, à contre-courant Saccadée, angulaire, sa gestuelle donne l’impression d’un corps parfois désarticulé. Les bras se plient à des angles improbables, les épaules se contractent. Lui avance par petits pas rapides, répète certains gestes, pivote court sur place, martèle le sol ou se couche sur le plateau. Et pourtant, derrière cette apparente maladresse, tout est d’une précision redoutable. Une signature scénique unique, à mi-chemin entre le théâtre, la danse contemporaine et la performance artistique. Ce goût pour la scène chorégraphiée ne date pas d’hier : dès 1981, il explorait déjà ces territoires avec « The Catherine Wheel », bande originale du spectacle de la chorégraphe Twyla Tharp à Broadway. Une filiation évidente avec ce que propose aujourd’hui An evening with David Byrne.
Sur le plan musical, le dernier album « Who Is The Sky? » irrigue largement le concert. La moitié du programme lui est consacré — « Everybody Laughs », « What Is the Reason for It? », « When We Are Singing », « I Met the Buddha at a Downtown Party », « My Apartment Is My Friend ». Portés par une énergie collective ces titres lumineux déploient une palette riche, teintée de world music et de funk où les percussions dialoguent avec les cuivres et les chœurs.
L’autre moitié du show convoque les classiques de Talking Heads : « Psycho Killer », « Life During Wartime », « Once in a Lifetime » ou encore « Burning Down the House ». Des hymnes qui traversent les décennies avec une vigueur intacte, revisités ce soir avec une intelligence scénique renouvelée et parfaitement intégrés à cette mécanique chorégraphique d’ensemble.
Entre les morceaux, Byrne amuse, surprend, improvise. Il glisse quelques traits d’humour, détourne les codes, installe une proximité rare avec le public. Mais au-delà de la performance, c’est une véritable philosophie qui se dessine : celle d’un artiste qui conçoit la musique comme un lien, un espace de partage, une célébration du collectif.
Avec « An Evening with David Byrne – Who Is The Sky? », David Byrne signe un spectacle total d’une remarquable cohérence esthétique. À 73 ans, le chanteur confirme non seulement son statut avant-gardiste mais aussi son goût prononcé pour les musiques du monde et les formes hybrides capable de faire dialoguer le corps et le son, la rigueur et la joie dans une célébration d’une rare élégance.
All pix by JCM
Set-list
Heaven (Talking Heads song)
Everybody Laughs
And She Was (Talking Heads song)
Strange Overtones (Brian Eno & David Byrne cover) extrait de Everything That Happens Will Happen Today (2008)
Houses in Motion (Talking Heads song)
T Shirt sortie en single
(Nothing but) Flowers (Talking Heads song)
This Must Be the Place (Naive Melody) (Talking Heads song)
What Is the Reason for It?
Like Humans Do Look Into the Eyeball (2001)
When We Are Singing
Independence Day Rei Momo (1989)
Slippery People (Talking Heads song)
I Met the Buddha at a Downtown Party
My Apartment Is My Friend
Air (Talking Heads song)
Psycho Killer (Talking Heads song)
Life During Wartime (Talking Heads song)
Once in a Lifetime (Talking Heads song)
Rappels :
Everybody’s Coming to My House extrait de American Utopia (2018)
Burning Down the House (Talking Heads song)
