UNE HISTOIRE DE LA PRESSE ROCK EN FRANCE

Pavillon de ParisAvec son « Une histoire de la presse Rock en France », on peut dire que l’auteur Grégory Vieau s’attaque à un très gros dossier. En effet, dans ces années de « monopole des ondes radio et télé » gaulliste, où le conducteur du Journal télévisé était dicté par le  Ministère de l’Intérieur, pour les amoureux de la musique, l’unique espace de liberté  et d’information se trouvait chez nos marchands de journaux. Et encore, à part BEST, Rock & Folk et un article ou deux dans Libé et le Monde, la rock culture n’intéressait absolument pas les médias « main stream » comme c’est le cas aujourd’hui. Voyage à remonter le temps…

Une-histoire-de-la-presse-rock-en-FranceEn juin 1981, dans BEST je partageais mon expérience des radios pirates qui avaient commencé à fleurir sur les toits de Paris au crépuscule du septennat de Giscard d’Estaing comme une nouvelle révolte sonique dans la grisaille parisienne ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/quand-le-drapeau-pirate-flotait-sur-les-toits-de-paris.html ). Avec son « Une histoire de la presse Rock en France », l’auteur complète de manière très précise cet horizon médiatique si étriqué hérité de la parano gaullienne contre sa jeunesse depuis la révolte de mai 68 et dont la meilleure illustration était la localisation du Pavillon de Pantin, quasi-unique salle de concert rock pour les jeunes … située dans une friche du nord de Paris, dénuée de  chaussées en pavés à proximité et si facilement encerclable par des cars de CRS contrairement aux petites rues du quartier Latin.

 

Par Jean-Christophe MARYBEST 100

 

Après l’explosion du jazz puis du rock’n’roll, le monde des arts, celui de la musique en particulier, connait une explosion de créativité sans précédent en France. La culture teenager qui ne se reconnaît plus dans la presse généraliste gaullienne se jette sur cette nouvelle presse rock. Grégory Vieau journaliste (Arte, VICE, New Noise) raconte l’histoire de ces magazines spécialisés qui avant les radios libres, étaient avec quelques très rares émissions de télé et de radio grandes ondes le seul moyen de s’informer sur les nouveaux courants de la scène rock internationale.

Dans le sillage de la révolution culturelle anglo-saxonne, la musique rock  connait aussi en France une ébullition créatrice qui donne au pays tout entier une bande son pleine de fraicheur et de liberté. Quelques jeunes ados passionnés vont redoubler d’inventivité pour réunir les fonds nécessaires au lancement de magazines dont ils rêvent. L’idée étant que la presse musicale rock ne soit plus considéré comme un parent pauvre au milieu des magazines, mais devienne un vrai outil d’information. Après des débuts sont balbutiants, naissent Disco Revue et Salut les Copains, Rock & Folk ( d’abord hors série de la revue Jazz Mag avant de devenir mensuel !) puis Best, Rock Sound et Rolling Stone France, sans oublier Pop Music, Extra mais aussi Les Inrockuptibles ou les pages musique du quotidien Libération. Couvrant la période de 1961 à nos jours, l’ouvrage relate les temps forts de ces revues à travers la ténacité de journalistes et photographes pour la plupart autodidactes, bien décidés à faire bouger l’ordre établi par la presse généraliste. L’arrivée de ces nouveaux magazines change la donne. Lire devient un rituel car ils sont attendus comme le messie en début de mois. A la différence de la presse nationale ou régionale, le lecteur y puise alors toutes les infos sur les courants du rock, les chroniques de disques, mais aussi les dates et compte-rendu de concerts. L’idée est de dénicher les nouvelles musiques anglaises et américaines, de sillonner les seules scènes rock où ca bouge.rock-and-fol

Dans la France Giscardienne des 70’s, le mot rock n’est pas pris au sérieux. Si les radios consacrent un peu d’antenne sur le sujet , les 3 chaines qui succèdent à l’ORTF en 1974 TF1, Antenne 2 ou FR3 n’en parlent jamais. ( pas souvent serait plus exact la preuve par « Pop2 » sur Antenne 2, «  Juke Box sur TF1 : NDREC)  Les revues spécialisées passent en revue tous les styles, rock, folk, blues, R & B, envoient des reporters dans toutes les villes où la scène rock est en pleine effervescence (New York, Los Angeles, San Francisco, Londres). Ces revues font échos des évolutions cette musique rock en perpétuelle évolution mais traite aussi des mouvements culturels politiques et sociaux.  Très rapidement sous la plume de ces journalistes en herbe, les revues deviennent des bibles pour les amateurs de rock avec des tirages qui font aujourd’hui rêver (BEST tire à 200.000 exemplaires en 1980, Rock & Folk  130.000 exemplaires en 1981). Fondé par Gérard Bernar sur les cendres de Disco Revue, BEST, grâce au flair de son rédacteur en chef Christian Lebrun, devient vite l’ « insolent rival » du leader Rock & Folk  ( ( Voir sur Gonzomusic    https://gonzomusic.fr/best-vs-rock-folk-ou-la-rue-dantin-vs-la-rue-chaptal.html ). Édité en monochrome, d’abord bimensuel puis mensuel, le magazine compte dans ses rangs Brenda Jackson, une des premières femmes à écrire sur le rock. Un tour de force dans un milieu largement dominé par les hommes. Plus populaire, BEST s’ouvre aux nouveaux styles musicaux quand Rock & Folk se veut plus intello et élitiste. Magazine interactif, les nombreux lecteurs votent chaque mois pour les albums du moment. Sans oublier les posters en page centrale qui décorent les murs des chambres d’ados.

BEST 109

Grégory Vieau a retrouvé et interviewé quelques vétérans de cette épopée fantastique où défile ici une pléiade de rock critiques aux plumes aiguisées, tels Jacques Barsamian (Disco Revue), Alexis Bernier (Rock & Folk , Trax) Michka Assayas (Rock & Folk, Libération), Yves Adrien (Rock & Folk), Philippe Manœuvre (Rock & Folk), Francis Dordor (rédacteur en chef de BEST), Patrick Eudeline (BEST , Rock & Folk), Sacha Reins (BEST) Christophe Conte (Inrockuptibles, Libération), Franck Frejnick (Rock Sound), Serge Loupien (Libération) Gérard Bar-David (Rock & Folk, BEST Rolling Stone… Gonzomusic) ou Laurence Romance (BEST) pour ne citer qu’eux. Ce précieux ouvrage compile une somme d’anecdotes et d’informations sur la naissance, le fonctionnement et l’apogée de ces revues pour la grande majorité disparues aujourd’hui. Pop, Rock, folk hard rock puis punk rock, les magazines spécialisés se multiplient aussi vite que les genres musicaux se créent. En mage des kiosques et maisons de presse, les magasins de disques alternatifs tel l’Open Market de Marc Zermati  ( Voir sur Gonzomusic  https://gonzomusic.fr/marc-zermati-mort-du-dernier-dandy-du-rock.html  )   et Jacques Dauty au 58, rue des Lombard à Paris relaient cette presse de la contre-culture en pleine effervescence. Tout est raconté ici avec des détails croustillants de manière chronologique. Ça se lit d’une traite.  

 

Une histoire de la presse Rock en France par Grégory Vie 

Le Mot Et Le Reste

Une-histoire-de-la-presse-rock-en-France

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.