PULP AU ZÉNITH
Quatorze ans après leur dernier concert parisien, Jarvis Cocker et son groupe ont retrouvé un Zénith à guichets fermés pour un show en deux actes aussi généreux qu’ambitieux. Une démonstration de force où les classiques de la Britpop ont côtoyé les nouvelles chansons de « More », dans une mise en scène soignée qui a confirmé que Pulp est un des groupes majeurs qui incarne toute l’élégance, et le charme d’une pop-music impeccable au petit grain de folie so British qui fait tourner la tête de JCM.

Pour les avoir côtoyés tout au long des 90’s, j’ai toujours eu un faible pour Pulp et pour Jarvis et Candida en particulier dont j’ai eu la chance de partager des moments de franche rigolade en studio ou en tournée ( Voir sur Gonzomusic PULP STORY ), les voir ainsi se reformer et remonter sur scène est sans doute une surprise dont le rock a tant le secret. Et en lisant le live report de JCM on peut à nouveau placer tous nos espoirs dans ce retour inespéré de la brillante formation de Sheffield.
Par Jean-Christophe MARY
A 20h tapantes, sur les trois écrans géants, un message s’affiche comme une adresse solennelle au public : « Vous êtes sur le point de voir Pulp. Ce concert est un rappel. Un rappel signifie que le public en veut encore. Alors… Faites du bruit ! J’ai dit : FAITES DU BRUIT ! ». Le Zénith répond comme un seul homme sous les clameurs et les cris. Dans la fournaise de la salle archi-comble, transformée en étuve par la canicule, les musiciens surgissent sur scène avec « Sorted For E’s & Wizz, » dont Jarvis Cocker adapte malicieusement les paroles en remplaçant « Hampshire » par « Paris ». À peine le temps de reprendre son souffle que « Disco 2000 » fait littéralement trembler les murs et le parquet du Zénith. La fosse danse déjà. Quatorze ans après son dernier concert parisien, le groupe britannique signe une entrée en matière sans faute. Le retour était particulièrement attendu. Porté par « More », premier album studio depuis vingt-quatre ans, Pulp retrouve la scène avec une formation élargie autour du quatuor historique – Jarvis Cocker, Candida Doyle, Mark Webber et Nick Banks – auquel s’ajoutent plusieurs musiciens. Ce renfort apporte une ampleur nouvelle aux arrangements sans jamais dénaturer l’identité du groupe.
Fidèle à lui-même, Jarvis Cocker apparaît en veste de costume, silhouette longiligne et démarche de pantin désarticulé. À 62 ans, le chanteur n’a rien perdu de son élégance ni de son charisme. Lorsqu’il s’adresse au public en français – « Je suis très heureux d’être de retour à Paris. C’est important pour moi parce que j’ai vécu ici » –, la salle lui réserve une ovation.Ce soir, le concert est construit en deux actes, séparés par un entracte de quinze minutes, une idée aussi originale que bienvenue. Le premier set déroule une impressionnante traversée de l’univers de Pulp. « Spike Island », « Razzmatazz », « Slow Jam », « F.E.E.L.I.N.G.C.A.L.L.E.D.L.O.V.E. », « Pink Glove », « Underwear », « This Is Hardcore » ou « Sunrise » témoignent d’une discographie dont la richesse dépasse largement les seuls succès radiophoniques. Mais ce sont évidemment les grandes chansons qui ont écrit la légende du groupe qui provoquent les plus fortes émotions. « Disco 2000 », « Babies », « Do You Remember the First Time? », « Mis-Shapes », « Something Changed « et, bien sûr, « Common People » rappellent pourquoi Pulp demeure l’un des sommets de la Britpop des 90’s. Trente ans après leur naissance, ces morceaux conservent une étonnante modernité et une puissance émotionnelle intacte.
Après l’entracte, la seconde partie débute tout en douceur avec une version acoustique de « Something Changed » avant de réserver l’une des belles surprises de la soirée. À l’applaudimètre, le public est invité à choisir entre « Have You Seen Her Lately? » et « Don’t You Want Me Anymore? », deux chansons absentes des concerts de Pulp depuis 2012. La première remporte le vote, déclenchant une ovation. Mais Jarvis Cocker, fidèle à son sens du spectacle, offrira finalement les deux titres pour le plus grand bonheur des aficionados. Le groupe en profite pour exhumer quelques raretés comme « The Fear », « O.U. (Gone, Gone) » ou « Acrylic Afternoons », tout en mettant à l’honneur les nouvelles compositions de « More ». Parmi elles, « Begging for Change » s’impose comme l’un des moments forts du concert. Jarvis Cocker y retrouve sa veine d’observateur social, jouant sur le double sens du mot change pour évoquer les inégalités, les promesses politiques et les désillusions contemporaines. Au milieu de « Mis-Shapes », la chaleur finit pourtant par avoir raison du chanteur. Visiblement éprouvé, il demande quelques chocolats restés en loge. Cet intermède est accueilli avec une bienveillance immédiate par le public. Quelques instants plus tard, Cocker repart de plus belle pour un « Common People » monumental transformant le Zénith en une immense chorale. Au-delà de la nostalgie, c’est surtout la qualité de la proposition artistique qui impressionne. La set-list, parfaitement équilibrée entre classiques, raretés et nouveaux titres, la prestation irréprochable des musiciens, les arrangements plus amples, mais aussi la mise en scène élégante, portée par un remarquable travail vidéo projeté sur les écrans géants, donnent à ce retour une véritable dimension de grand spectacle. Plus qu’un simple concert de retrouvailles, Pulp a offert au Zénith une véritable célébration de son histoire tout en démontrant qu’il reste profondément ancré dans son époque. Servi par une scénographie raffinée, une setlist exemplaire et un Jarvis Cocker toujours aussi magnétique, ce retour parisien s’impose comme l’un des grands rendez-vous rock de l’année. Quatorze ans d’absence n’ont rien altéré : les dandys de Sheffield n’ont pas seulement retrouvé leur public, ils ont rappelé avec éclat pourquoi leur œuvre continue de traverser les décennies avec autant de grâce que de pertinence.
All pix by JCM
Set-list
Set 1 :
Sorted for E’s & Wizz
Disco 2000
Spike Island
Razzmatazz
Slow Jam
F.E.E.L.I.N.G.C.A.L.L.E.D.L.O.V.E.
Pink Glove
Underwear
Farmers Market
This Is Hardcore
Sunrise
Set 2 :
Something Changed
The Fear
Have You Seen Her Lately?
Begging for Change
O.U. (Gone, Gone)
Acrylic Afternoons
Do You Remember the First Time?
Mis-Shapes
Got to Have Love
Babies
She’s a Lady
Common People
A Sunset
Don’t You Want Me Anymore?
