POISSON SOLO « Philophobie »
Hé non … trois fois non, Poisson Solo n’est en aucun cas le fils légitime de Napoléon Solo, l’agent très spécial de l’UNCLE du feuilleton de notre enfance. Par contre, sa filiation remonte effectivement au groupe français des 90’s Little Nemo, ce trio pop allumé débordant d’imagination dont je chroniquais les albums dans BEST. Métamorphosé Poisson, Vincent le Gallo nage à contre-courant pour nous offrir ses compositions naïves et intimistes, gorgées de mélodies et au feeling éthéré, oscillant entre Serge Gainsbourg et Dick Annegarn en passant par Brian Wilson, les Smith, Jean Louis Murat ou les Stranglers pour nous alpaguer à jamais dans son univers si délicat aux couleurs pastel.
Pour avoir largement documenté les Little Nemo ( Voir sur Gonzomusic LITTLE NEMO), je ne pouvais manquer de tendre une oreille particulièrement attentive aux aventures de ce Poisson Solo. D’autant que ce dernier ne manquait jamais de me rappeler à l’ordre, publiant chaque semaine une composition fraiche portée par un nouveau clip inédit. Voix piano, mélancolie et candeur, c’est ainsi que je suis devenu tel l’arroseur arrosé, le pêcheur péché par ce Poisson Solo, capable de me tenir ainsi autant en haleine.
C’est dire si ce nouvel album au titre calembour peut me réjouir et me donner envie de vous faire partager ce réel coup de cœur. Certes, ne vous attendez pas à retrouver quelques solos de guitares aussi héroïques que distortionnées, car ici tout n’est que quiétude et coolitude exacerbée. Dés le premier titre « Au bal fleuri » le ton est donné par un piano intimiste porté par une voix douce au flot parlé chanté, qui nous emporte de toute sa mélodie mélancolique. Puis avec « Bateau rêve », Poisson Solo nous fait à nouveau chavirer de son émotion aquatique, avant un « Bowie Spirit » climatique et scotchant au piano aux accents de Ryuichi Sakamoto dont les vocaux me rappellent un certain Jean Louis Murat. Avec « Comme un danseur » notre Poisson nage jusqu’aux sources de Paul McCartney. Comme un écho aux compositions radieuses de Brian Wilson « Où tu es parti ? » résonne de toute sa nostalgie sixties. Mais c’est bien la puissante chanson-titre « Philophobie » qui résume tout l’esprit poétique et décalé de cet inclassable artiste. Le sens exacerbé de l’allitération est aussi démontré par la fantasque « Prière des pierres », porté par sa guitare délicate et son funk évanescent, qui est sans doute un des titres le plus cruciaux de ce joli projet. Et c’est avec la balade aérienne « Rue de l’oubli » que s’achève cet album forcément entre deux eaux d’un Poisson Solo à la vibrante et fantasque poésie.
All pix by Gildas Debaussard
