BOOGIE WONDER BALAGAN Épisode 1
Si depuis mai dernier je vous tanne gentiment avec mes freewheelin’ Boogie Balagan et leur hallucinant 3ème album en près de vingt ans, « Gözlerim Yahalom », cela fait déjà un sacré paquet d’années que je me shoote à leur ardent cocktail rock oriental si désorienté, comme le disait si bien Amina. Car moi qui déplore si souvent l’absence d’héritier de Rachid Taha, je dois reconnaitre qu’il y a un petit quelque chose de l’espièglerie de notre habibi chez ces deux-là. Épisode 1
Fichtre, le duo franco-israélien- extra-terrestre et cousin par alliance de Rachid Taha ( Voir sur Gonzomusic https://gonzomusic.fr/?s=Rachid+Taha ) ne s’était jamais exprimé dans la colonnes de votre webzine, une terrible injustice heureusement rattrapée par cette éloquente explication de textes de leur vibrant et multicolore et 3ème épisode de leurs aventures en près de vingt ans !
Azri cheveux longs est à gauche tandis que Gabri est à droite. Pourtant si le guitariste multi instrumentiste est le plus volubile, la parole plus rare du fantasque chanteur n’en est que plus précieuse. Car malgrè toutes les apparences légères et ce petit grain de folie de Gabri, le duo rock-electro-world a édifié une architecture musicale extrêmement sophistiquée où tout est forcément question d’équilibre et surtout de dosage. On va donc dire que si les Boogie Balagan ( Voir sur Gonzomusic SAZ POWERet aussi BOOGIE BALAGAN « Gözlerim Yahalom » ) repoussent avec dilletante les frontières de l’imagination, ils traitent leur fusion sonique avec le plus grand sérieux. Premier épisode de cette rencontre forcément stratosphérique…
« C’est votre 4éme album, vous êtes un peu radin sur le nombre car avec toutes ces années de rock, ça ne fait pas bezef ! Surtout en deux décennies…
Azri : C’est notre 3é album, mais on a aussi fait un EP en plus, donc cela fait 4 disques en tout, oui.
Mais donc pourquoi pas plus de disques ? il y en a un de très paresseux sur les deux ? Lequel ?
A : Boogie Balagan c’est une niche, c’est une décision commune. Quand on s’est rencontrés, on bossait sur des choses complètement différentes. Moi j’étais plutôt dans la musique électronique ; à cette époque-là, j’avais arrêté le rock and roll. Et Gabri était plutôt dans la pop israélienne. Et on devait bien trouver un terrain d’entente. Et ça a été le blues qui nous a permis de communiquer musicalement à travers Muddy Waters. On avait un ami qui était un des anciens ingénieurs du son d’AC/DC à Miraval, et on a refait l’éducation de Gabriel à ce niveau-là. Tout naturellement, on s’est dit qu’on allait commencer par des reprises de Muddy Waters. Et forcément vu l’accent très marqué de Gabri, vu mon travail avec des Américains et ces notions de studio, on s’est dit qu’on allait forcer le trait pour « arabiser » Muddy Waters. Ça c’était la Genèse du groupe. Et forcément, quand on a décidé de switcher sur Boogie Balagan c’était une décision un peu punk. On s’est dit : on va aller sur un truc qui n’existe pas : on va mélanger les langues, on va mélanger les styles, on va assumer notre « israélisme », notre background. Et forcément c’est beaucoup de boulot, c’est une niche, mais tu penses bien qu’écrire en anglais, arabe, turc, espagnol, français, tout en essayant de créer une langue ce n’est pas juste prendre des expressions jetées à la va vite et basta. Le véritable challenge de Boogie, c’était le texte avant la musique…

Gabri : Oui, on voulait donner un vrai sens au texte. Ce n’est pas juste un couplet en français et un refrain en arab,e où les mots se mélangent juste au hasard d’une même phrase.
C’est vrai qu’il y a un côté jeu de mots humoristique en plus !
A : Cela parait comme ça balancé et puis voilà… mais en fait c’est difficile. Sur trois albums, c’est un sacré exercice de style d’autant plus difficile qu’on apprend à parler le turc, on apprend à creuser sur l’arabe littéraire, il y a un gros travail en amont d’écriture et avant qu’on arrive à « Falafel Power » sur ce troisième album, il aura traversé quatre cinq six transformations radicales.
G : Le texte a changé, il a évolué avec nous. Le premier album on aura mis quatre ans à l’écrire.
A : Oui car on était aussi forcé de bosser sur des trucs alimentaires à côté. Et aussi des trucs qui nous plaisaient bien, comme cette BO dont on avait parlé la dernière fois pour « Le cochon de Gaza », par exemple. On a aussi pas mal bossé pour Frederic Leibovitz qui a la plus grosse boite de synchro en France. C’est de l’instrumental, mais avec notre mix d’influences toujours présent évidemment.
Je vous comparais à Rachid Taha, parce que quelque part vous avez les mêmes références, le rock, le punk, mais aussi une multitude d’instruments orientaux et d’influences tout autour de la Méditerranée.
A : On a eu un projet avec Rachid, c’est vrai.
Ah mais, mais vous connaissiez ?
A : Moi j’ai bossé avec lui, notamment sur un truc qui n’était pas glorieux pour une bande originale pour ce film de 1988 « Charité Biz’ness » avec Elie Semoun et Smaïn. On a fait une reprise de Gérard Lenorman « La ballade des gens heureux » avec Rachid. Donc on s’est connu à l’époque par l’intermédiaire de Francis Kertekian et on aura été très proche sur un espace-temps très court. Car je devais partir en tournée juste après avec lui ; j’étais censé devenir le guitariste de Rachid. Mais entre-temps j’avais commencé à bosser avec Gabrl, j’ai décliné, j’ai démissionné entre guillemets de l’histoire.
Musicalement, vous n’êtes pas très nombreux à faire des fusions aussi complètes. Je citais Rachid Taha, mais à part lui et vous, je ne vois personne en France. Mais on va revenir à Boogie Balagan, car ce qui m’a vraiment séduit c’est le côté rock. Je parlais de Led Zep, je pense qu’il y a au moins deux titres sur votre album qui sont très influencés par Led Zeppelin. Mais je voudrais que ce soit toi Gabri qui réponde ! Cela fait partie de ta culture ?
G : Led Zep, bien entendu, cela fait total partie de ma culture, comme Pink Floyd ; j’écoutais aussi beaucoup Deep Purple, Rush. Après, moi j’ai baigné dans le quartier avec des chanteurs orientaux comme Zohar Argov, la légende Israélienne orientale d’origine yéménite qui s’est suicidé en prison. On écoutait aussi à la maison la musique française comme Brassens et Brel. Mais nous les gamins on était à fond sur Led Zep.
Cependant ces deux chansons qui sonnent Lec Zep, c’est de sa faute à lui ?
G : Oui c’est de la faute d’Azri, c’est lui le cerveau. Non seulement on a le background musical rock, mais aussi pendant que moi je courais dans les montagnes, que j’étais à Gaza et au Liban avec une arme, lui il enregistrait déjà son premier album avec un groupe de hard rock qui avait un chanteur américain au studio Davout. Donc quand je l’ai rencontré, il avait déjà des années d’avance sur moi. Et cela n’a pas changé, au niveau création il a toujours un coup d’avance sur moi.
Tu aurais pu lui dire : ah ben non, je n’ai pas envie !
(rire) G : Déjà j’ai pas le choix ( rire) et je sais que moi tout seul je n’y serais jamais arrivé. J’ai donc dit amen à tout ce qu’il fait !
Tu n’y aurais pas pensé, mais quand lui y pense tu es content ?
G : Je suis content.
Il devance tes désirs ?
G : Exactement.
A : Les désirs, on les a. Il y a un degré d’exigence, c’est un défaut de fabrique car moi j’ai eu la chance de côtoyer très jeune des musiciens d’exception. Quand on parlait de Davout, j’y étais pratiquement à la maison pendant plus d’un an, c’était quasiment devenu mon chez-moi. Via les tunnels de câble cachés dans Davout j’avais accès aux séances de Tina Turner, de Depeche Mode, de Cure, Sting, où j’étais témoin de l’enregistrement des batteries de « Englishman In New York »… Simple Minds … j’étais dans une école de malade. Jean-Loup était ingénieur là-bas à l’époque et nous on était signé en direct par le propriétaire du studio. Peut-être as-tu connu cette compilation Française intitule « Hard Rock rendez-vous » ? Forcément pouvoir assister aux enregistrements de chœurs de Tina Turner, des séances de piano des sœurs Labèque, avec McLaughlin qui sortait avec une des deux, j’ai eu accès à une mine d’information pour de vrai. Et chez Gabri forcément, ce qui m’a plu et c’est pour revenir à ta question, un des deals tacites qu’on a eu c’est : on va y aller, mais tu vas prendre cher. Car avec un projet comme Boogie, on ne veut pas être dans la caricature, même si on va jouer avec les codes de la caricature avec la moustache égyptienne, le tarbouche, le fez. On va essayer d’en jouer, mais la frontière va elle va être délicate, un pas trop et on perd toute crédibilité musicale. Et par conséquent ce cheminement rejoint ta première question et la réponse c’est que si tout ce processus est long, parce que chez Gabri pour moi c’est important de garder ce truc de diamant brut. Il ne faut pas que Gabri soit trop poli, trop lisse. Pour moi, en tant que réalisateur du projet et en toute humilité, il fallait que je préserve ce côté brut de Gabri. Alors forcément d’album en album, il fallait que sa souffrance soit élevée, mais sur cet album il a pris encore cher en studio. (rire) On a tout géré à deux et quand il s’agissait d’arriver aux séances vocales à la fin j’étais en mode stress. J’avais peur d’attaquer ce chapitre, parce que je savais qu’on allait devoir aborder un chapitre difficile à grand renfort de : tu peux faire mieux, tu peux faire encore mieux, allez encore un effort.
À SUIVRE
Boogie Balagan live
Le 16 octobre au InDnegev festival
Le 29 octobre avec Gong au Blacklab
Le 30 octobre avec Gong Bal Chavaux
