POUR GUILLAUME, LOLA ET LES AUTRES…

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Guillaume et Lola

Pour Guillaume, mon camarade « rock-critic » c’était mardi dernier à l’église Notre Dame des Champs à Montparnasse, pour Lola, la fille ado de mon collègue Éric c’était hier au cimetière parisien de Bagneux. Deux disparitions déchirantes. Deux cérémonies. Deux hommages. Deux occasions de pleurer et de serrer les poings pour deux insupportables tragédies, ce putain de 13 novembre !

 

Ouzounian-LolaL’un avait 43 ans, l’autre seulement 17. Guillaume et Lola ne se connaissaient pas, mais tous deux partageaient cet amour du rock et de toute la liberté qu’il peut incarner. Tous deux étaient venus pour vibrer aux accords des Eagles of Death Metal. Tous deux ont été fauchés dans leur jeunesse et leur insouciance par des terroristes-hachichins drogués aux fausses prophéties et biberonnés à la haine de l’autre. Cet « autre » que nous incarnons tous avec notre rock, notre indépendance, notre joie de vivre et l’amour de ce pays. Guillaume Barreau-Decherf, mon homonyme en initiales GBD, avait dédié sa vie au service de ce rock qui l’habitait. Il aurait pu choisir d’écrire sur la politique ou le sport et décrocher un CDI, mais fidèle à ses convictions il avait opté pour le rock et décidé de demeurer free-lance, indépendant. Guillaume s’était fait une spécialité du rock métal d’AC/DC, de Motorhead ou d’Iron Maiden, son groupe fétiche. Dans notre métier, la frontière entre boulot et plaisir est parfois infime. Guillaume avait chroniqué le dernier CD d’Eagles of Death Metal pour les Inrocks ? Était-il présent ce soir-là pour cet hebdo ? Dans l’affirmative, les Inrocks vont-ils assumer toute leur responsabilité envers un « salarié pigiste » et épauler comme il se doit sa compagne Carine et leurs deux petites filles désormais orphelines ? De même, Guillaume signait également dans les colonnes de Rolling Stone, l’éditeur du magazine, les éditions 1633 SA, va-t-il se contenter d’un simple bouquet de fleurs ou va-t-il réellement soutenir financièrement la femme et les enfants de Guillaume ? Mardi l’église de Montparnasse était pleine à craquer. Les membres de sa famille se sont exprimés comme sa compagne si courageuse, son frère qui se souvenait que lorsqu’il devait réviser, Guillaume baissait le volume de sa chaine hi fi. Moi je me souvenais de notre rencontre au cours d’un voyage de presse à New York pour le chanteur des Killers. J’avais tout de suite craqué sur ce grand garçon jovial et fan de musique, qui vénérait ses ainés rock-critics, au point de vouloir imiter leur exemple. Je me souviens de ses goûts si éclectiques, de sa curiosité, de son enthousiasme et c’est l’image que je conserverai de lui. Dans l’église, des collègues journalistes de la musique, des gens de maisons de disques, mais également Nicola Sirkis, le chanteur d’Indochine auquel il avait consacré un livre « Indochine, pas de repos pour l’aventurier » (Premium), tous nous étions si émus, mais également si unis.

Deux jours plus tard, autre cérémonie, autres larmes, cette fois au cimetière de Bagneux pour accompagner la petite Lola, 17 ans, la Guillaumefille de mon camarade de BEST Eric Ouzounian. Lola, la plus jeune victime de la tuerie du Bataclan était un ange. Sa photo a circulé des jours durant, car Éric ne retrouvait pas sa fille, ni dans les hôpitaux où il la cherchait sans relâche ni sur les listes des disparus fournies par le gouvernement. De longues journées d’angoisse pour que finalement l’insupportable nouvelle tombe : Lola a bien été assassinée au Bataclan, sans doute parmi les premières victimes. Lola serait morte sur le coup. Mais cela ne rend pas moins intolérable sa disparition. Hier sous un rayon de soleil, comme si ce dernier voulait lui sourire, face à un océan de roses blanches, aux côtés d’Éric et sa famille, comme des copains et copines de son lycée Sophie Germain, comme les élèves d’Eric qui enseigne à l’ISCPA, une foule immense avait tenu silencieusement à accompagner la petite Lola. Et malgré le fait que BEST se soit désintégré voici plus de vingt ans, toute l’ancienne rédaction du magazine rock était présente, comme un seul homme, pour marquer notre soutien à Éric et pouvoir le serrer très fort dans nos bras, dérisoire, mais oh combien nécessaire marque d’affection pour cet enfant qu’on lui a arraché. Eric dont je ne peux qu’admirer tout le courage et la sagesse. Lola 17 ans, Guillaume 43 ans, deux victimes innocentes de la folie humaine, deux disparitions aussi intolérables qu’absurdes. Voici quelques jours, Jesse Hughes, le chanteur-guitariste des EDM a expliqué que « La raison majeure pour laquelle il y a eu autant de tués, c’est que la plupart d’entre eux n’ont pas voulu abandonner leurs potes. On a vu tant de gens faire un rempart de leur corps pour protéger ceux qu’ils voulaient sauver. ». C’est juste bouleversant de réaliser que des garçons et des filles, comme Guillaume Barreau-Decherf, ou toi petite Lola Ouzounian, n’étaient pas des victimes, mais des héros morts pour notre liberté, notre joie de vivre et de partager. Alors, je sais que je reviendrai au Bataclan, la salle de mon adolescence, si proche de mon ancien lycée où j’ai vibré tant et tant de fois aux sons de tant et tant de groupes pour leur premier concert parisien, des New York Dolls à Oasis en passant par Roxy Music ou encore Cure. Mais je ne pourrai pas m’empêcher de penser très fort à Guillaume et Lola, en continuant, pour eux comme pour nous, à défendre les idéaux pour lesquels ils ont donné leur vie lorsqu’ils sont tombés pour le rock…et la France.

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