MEAT LOAF: AVEC LUI LE REQUIN DEVIENT VEGETARIEN

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Meat Loaf 

Non, je ne parle ni des musiciens de studio, ni des cadres de maisons de disques…quoi que ? Voici trente ans, pour le numéro 220 de BEST, je rencontrais à nouveau l’imposant Meat Loaf qui venait de publier« Blind Before I Stop » son sixième LP, étrangement dance, capturé dans l’exotique studio de Francfort de Frank Farian, l’homme derrière…Boney M et les infamants Milli « playback » Vanilli. Mais que diable faisait le héros de « Bat Out Of Hell » dans cette galère, c’est ce que GBD se devait alors de découvrir.

 

Meat LoafMeat et moi c’est une longue histoire, une histoire forcément à épisodes qui commence durant l’hiver 1981. En effet, je n’avais pas quitté Rock & Schnock depuis deux mois, que Christian Lebrun, le rédac-chef de BEST, me confiait ma première mission spéciale sur le continent US. Direction New York City, que je connaissais déjà lorsque j’étais étudiant, pour interviewer Meat Loaf. Super, j’avais adoré son « Bat Out of Hell » un album de rock aussi massif qu’historique. Bien entendu, je n’avais encore rien entendu de son album « Deadringer ». Et pour cause, il ne sortira finalement que six mois plus tard. À NY, le label Epic de Meat était aux petits soins pour moi. J’étais confortablement logé au 25 éme étage du Hilton, situé si commodément juste en face du CBS building, où se trouvaient justement les bureaux du label. J’ai passé finalement plus d’une semaine aux frais de la princesse, pour une interview qui n’est jamais venue. En fait, je n’ai jamais su si c’était prémédité ou non, mais à la place de Meat Loaf…je me suis retrouvé à tendre mon micro à un certain Jim Steinman lequel, oh coïncidence, sortait son tout premier 33 tours solo intitulé « Bad For Good »…plus Meat loaf que Meat Loaf sous sa pochette épique et son rock grandiloquent. Et pas vraiment l’album du siècle, on va dire. Sachant que Steinman avait composé toutes les chansons du Meat, je me suis dit que décidément il n’y avait pas si loin entre l’arbre et l’écorce. Bon, Steinman était cool et son appart offrait une vue vraiment vertigineuse sur Central Park, la rançon forcément de la gloire récoltée avec « Bat Out Of Hell ». Mais cet hiver 81, je me suis néanmoins vengé, plutôt que de tourner en rond dans Manhattan, j’ai proposé à BEST un article intitulé « En attendant Meat Loaf » où j’en ai profité pour rencontrer les héros de mon adolescence : David Johanssen, l‘ex-vocaliste des New York Dolls, Elliott Murphy le troubadour rock magique d’« Aquashow » ou encore Todd Rundgren, dont je vénérais à la fois les prods et les albums avec ou sans Utopia…mais c’est une autre histoire.(Patience ce premier reportage New Yorkais reparaitra sur Gonzomusic…dés l’hiver 2021 !)   Quant à Meat Loaf, j’ai finalement fini par le croiser, mais deux ans plus tard, pour son 4éme 33 tours, « Midnight at the Lost and Found » et j’ai appris à apprécier ce personnage fantasque à l’humour décalé. C’est donc , nous allons dire,une vieille connaissance que je retrouvais cet hiver 1986 pour le mag de la rue d’Antin.

 

Publié dans le numéro 220 de BEST

Meat Loaf by JY Legras

Meat Loaf by JY Legras

 

Intoxiqué par un banal plateau-repas à bord de son vol transatlantique, Meat Loaf ressemble à s’y méprendre à un grizzli tiré de l’hibernation. Massif le Meat, et pourtant ! Depuis notre ultime meeting, la bête a fondu de 40 kilos, dans la foulée pugnace de « Blind Before I Stop », son petit dernier.

«  Ton nouvel album est étrangement  « danse orientée».

En 86, les blacks sonnent comme les blancs et vice versa. Tu peux  taxer mon LP de dance-music  ça ne me gène pas. Si les gens ont envie de danser sur mes chansons, tant mieux, mais c’est sans aucune préméditation. Mon rock n’a pas le côté force de la musique à danser.

« Blind Before I Stop » a été mis en boite à Francfort : comment vont les saucisses ?

À la fin des sessions, j’étais tellement écœuré que je ne mangeais plus que des légumes.

Comment t’es-tu retrouvé expédié en Allemagne?

Je cherchais un producteur ( Pour remplacer Steinman, justement: NDR) et j’ai entendu ce cover incroyable de « Strairway To Heaven »  par Far Corporation, en fait un pseudo pour un dénommé Frank Farian. On a discuté. J’ai craqué sur ses sons de batterie, mais je voulais en plus une space invasion de guitares. Je fais des tas de trucs drôles sur cet album, des trucs subliminaux à lire entre les lignes. C’est un code secret entre les kids et moi, un code qui échappe totalement aux critiques-rock.

Où vit désormais Meat Loaf?

Je me suis installé à Westport dans le Connecticut.Là bas, je suis pote avec une bande de petits mecs de 14, 15 ans. En fait, j’étais avec eux dans une baraque qui domine l’océan. C’était un dimanche et la plage était aussi bondée que votre Cote d’Azur en plein mois d’aout. On a passé l’album non mixé à fond la caisse sur un ghetto-blaster. C’était du délire ; à la fin toute la plage s’est mise à applaudir, j’étais si embarrassé.

 Et ta carrière au cinéma ?

Je tourne un thriller comédie intitulé « Slip Tracer » et j’ai vraiment un rôle de sale type. J’incarne Tightest, un personnage inquiétant à la Peter Lorre qui s’adonne au comique de situation en faisant, par exemple, exploser un méga-aquarium au cours d’une baston…avec un requin. Et le requin est devenu végétarien, comme moi, that’s rock and roll. C’est comme le titre de mon album « Blind Before I Stop ». Mon sens de l’humour consiste en des choses diamétralement opposées à ce que je pense, sinon Meat ne serait définitivement pas Meat !« 

 

Publié dans le numéro 220 de BEST de novembre 1986

 

BEST 220

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